Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

SFFF - Page 17

  • La vieille anglaise et le continent

     

    Après de longues années passées en recherches, en combats pour l'écologie, Ann Kelvin pensait pouvoir mourir, sinon en paix, au moins dans la tranquillité. C'est sans compter un de ses anciens étudiants et amant qui lui propose une nouvelle vie. Pas une humaine, mais celle d'un cachalot. Avec pour mission, presque désespérée, de sauver cette espèce en voie de disparition de la voracité humaine. Mais c'est sans compter avec la soif d'immortalité des hommes...

    Il est vrai que l'écologie est un sujet à la mode qui inspire avec plus ou moins de bonheur les écrivains, qu'ils sévissent dans le genre des thrillers ou de la science-fiction. Dans cette déferlante, Jeanne A-Debats tire son épingle du jeu de belle manière. En mêlant l'humain et l'animal, elle crée une intrigue complexe: on bascule du transfert d'esprits humains aux manipulations génétiques en passant par la lutte pour la préservation des espèces animales, et alors que ces enjeux pourraient paraître bien éloignés les uns des autres, le tout forme au final un ensemble cohérent et harmonieux. On sent chez l'auteur un amour contagieux des cétacés et la mer, ce qui donne lieu à de beaux moments. Ann, dans son corps de cachalot découvre un monde avec ses règles, ses jeux, ses luttes et ses amours. Avec elle, le lecteur part à la découverte de l'océan, et de ce mystérieux continent cétacé. Le transfert de son esprit dans ce corps si différent de celui qui était le sien est un moyen pour elle de vivre encore, mais surtout, d'aller au bout des convictions qui animaient la grande biologiste qu'elle était, même en sachant qu'elle n'a aucune chance de gagner son combat.

    C'est un autre aspect appréciable de cette novella d'ailleurs. Les personnages luttent, mais comme tous ceux qui mènent des combats perdus d'avance, ils le font aussi en se battant contre leur lassitude, leurs doutes, leur colère. Pas d'angélisme: Ann est une affreuse vieille dame acariâtre, son ancien étudiant n'est pas beaucoup plus sympathique. L'une a versé dans l'extrêmisme, l'autre s'interroge un peu tard sur les conséquences de ses recherches. Ce sont le bout de chemin qu'ils vont faire ensemble qui est au centre de la novella, et pas les aspects scientifiques qui trop souvent plombent ce type de récit en cassant le rythme de l'intrigue. D'ailleurs, l'alternance des trames et des points de vue donne de la vie au texte et la plume fort agréable de Jeanne A-Debats permettent d'entrer complétement dans l'histoire qu'elle conte. La concision du format ne l'empêche pas de donner de l'épaisseur aux décors comme aux personnages et de faire rêver par quelques jolies trouvailles.

    Bref, une belle découverte, et un auteur à suivre!

     

    Pour la petite histoire, Jeanne A-Debat a obtenu le Grand prix de l'imaginaire 2008 et le prix Julia Verlanger pour La vieille anglaise et le continent.

    On en parle sur  Yozone, ActuSF, Noosfère

    Les avis de Nébal, Lucile, Brize, Chimère, ... 

     

    Jeanne A-Debats, La vieille anglaise et le continent, Griffe d'encre, 2008

  • Des joyeuses commères d'Elseneur

    "- Qui est-ce chérie? cria ma mère depuis le salon?

    - Un tueur sanguinaire décidé à se rendre maître de la galaxie, lui répondis-je.

    -C'est bien ma poulette."

     

    Thursday Next est de retour, son petit Friday sous un bras, Hamlet sous l'autre et le couteau entre les dents, fermement décidée à enfin récupérer son époux éradiqué par les soins de l'affreuse compagnie Goliath et à vivre heureuse avec lui, son fils et son dodo.

     

    J'avais adoré les trois premiers tomes des aventures de Thursday Next. Souvenez-vous, c'était ici et . Je ne vous étonnerai donc pas en vous disant que j'étais au garde-à-vous dans un lieu de perdition autrement appelé librairie le jour même de la sortie et que quelques heures plus tard, je me poilais dans une rame de métro dont je suis descendue une station trop tôt (d'habitude c'est une à quatre trop tard, mais le résultat est le même).

    Tout ça pour dire que ce nouvel opus est comme les précédent un condensé de bonne humeur, d'idées plus loufoques les unes que les autres, de rebondissements tellement serrés qu'on frôle l'embouteillage et de bonne humeur certifiée conforme. Certes Thursday Next quitte le Monde des livres pour retrouver le réel, mais ce n'est finalement que pour mieux permettre à son créateur de mélanger allégremment personnages de fiction et humains en chair et en os. C'est ainsi qu'Hamlet débarque dans le salon de Mme Next déjà squatté par Bismarck (oui, celui qui a des moustaches) et Emma Hamilton (la lady de lord Nelson) avec ses questions existentielles. Il va se trouver confronté à un coach en développement personnel et aux multiples interprétations de sa pièce pendant qu'Ophélie fomente une révolution. Mme Bradshaw, gorille de sa personne va venir faire un peu de baby sitting et se suspendre aux lustre de Mme Next pendant que Thursday tente de récupérer un clone de Shakespear. Quand à l'empereur Jark, tyran sanguinaire de son état, il va passer le roman à faire les entrées les plus retentissantes possibles. En bref, l'interpénétration des deux univers dans lesquels évolue Thursday Next apporte une grande richesse au roman. Quand on pense qu'avec tout ce bazar, Jasper Fforde parvient à maintenir une trame cohérente et à mener à bien une intrigue aux multiples ramifications, on ne peut que plébisciter son talent!

    Avec Thursday Next, il a développé une héroïne attachante. Une femme aventureuse, forte et fragile à la fois, que ni mariage ni maternité n'empêchent de partir à l'aventure.

    "-Chéri? appelai-je.

    -Oui? répondit Landen de l'escalier.

    - Je dois ressortir.

    - Encore un tueur à gages?

    - Non, un tyran mégalomaniaque décidé à conquérir le monde.

    - Je t'attends pour aller au lit?

    - Non, mais Friday a besoin d'un bain... et n'oublie pas derrière les oreilles."

    Une nouvelle conception du partage des tâches: madame sauve le monde d'une énième apocalypse et monsieur donne son bain au petit.

    Je vais parler ici de choses que Canthilde a aussi abordé ici, mais c'est à mon avis un aspect trop important pour qu'il soit passé sous silence. Si dans les précédents tomes, Jasper Fforde disait beaucoup de choses sur les livres, les lecteurs et ceux qui font les livres, cette fois-ci, la critique politique et sociale s'affirme. Il montre là, s'il en était encore besoin, à quel point l'uchronie est un excellent moyen de parler du monde dans lequel nous vivons et des dérives probables des systèmes économiques, politiques et sociaux. Là, c'est l'hégémonie économique et ses conséquences qui sont questionnées, le consumérisme à tous crins aussi. Goliath, la fameuse multinationale à l'origine de bien des aventures de Thursday brigue cette fois-ci le statut de religion. L'occasion de souligner à quel point l'argent est devenu maître et presque dieu. Goliath est juste une entreprise. Mais une entreprise qui a réussi à pousser son emprise sur le monde au point de ronger jusqu'à l'os le monde politique et de justifier son attitude hégémonique par le fait que contrairement aux politiques, elle a la capacité et les moyens de penser l'avenir sur le long terme. Et en effet, loin du bien commun, les hommes politiques campés par Jasper Fforde poussent la manipulation et l'égoïsme jusqu'à l'absurde. Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous, mais en poussant la logique qui préside les relations entre politique et économie à son paroxysme Fforde donne à réfléchir. On rit, parce qu'il est difficile de faire autrement, mais on rit un peu jaune, tant la fiction se rapproche là de ce que la réalité annonce.

     Je ne vais pas m'étendre plus. Jasper Fdorde est définitivement entré dans mon panthéon personnel d'auteurs chouchous (cop. Caro[line]) et ne risque pas d'en sortir avant un bon bout de temps. Il est un des rares à me faire hurler de rire, frémir d'angoisse et réflechir intensivement en 400 et quelques pages, dévorer avant de freiner des quatre fers par peur de tourner trop vite la dernière page. Vivement le tome 5 en poche!

    L'avis de Canthilde, de Karine:), Yozone.

    ps: je n'ai pas trouvé la couverture 10/18, mais félicitations: elles sont drôles, colorées, et tout à fait en accord avec l'univers de Fforde!

    Jasper Fforde, Sauvez Hamlet!, 10/18, 2008, 471 p.

  • Les terres qui rêvent

     

    Magie et mystères, c'est ce que propose Nathalie Dau dans ses Contes myalgiques. Un recueil de onze nouvelles qui a le mérite de porter le chiffre I avant son titre propre, Les terres qui rêvent, ce qui laisse espérer au lecteur déçu d'avoir du trop vite tourner la dernière page, la possiblilité de retrouver de nouveau cet univers riche et fascinant.

    Nathalie Dau a le grand talent de savoir exploiter le format de la nouvelle. Un exercice difficile la nouvelle: raconter une histoire en si peu de pages, faire vivre des personnages, des paysages, leur donner de la profondeur sans oublier de poser très vite le point final. Là, dès l'entame, la plume trace les contours de décors chatoyants et tisse un récit qui attrape le lecteur dans ses rêts. Un petit miracle qui se repête onze fois. Son inspiration, Nathalie Dau l'a trouvée dans les contes et les légendes d'Inde, de Bretagne, de Sibérie et d'ailleurs. Elle transporte son lecteur du soleil provençal aux brouillards lorrains en passant par les neiges du nord et la touffeur des jungles, mais toujours, toujours en féérie. Fées, esprits, trolls, chamans se croisent au fil des pages. Chaque nouvelle amène sa part d'émotion et porte à regarder autrement le monde qui nous entoure. Pour moi, Le Siestophage est peut-être la nouvelle qui résume le mieux ce que dit Nathalie Dau: un fonctionnaire bien sous tout rapport, un poivrot fauteur de trouble et deux frères dont le plus turbulent devient soudainement si étrangement sage. Sage par la faute de l'homme gris qui prône raison et tempérance. Sage parce qu'on le prive de la force de vie qu'est le rire, le rêve. Sauvé par l'exubérance, et l'amour de son frère. L'important est finalement de continuer à voir la magie dans la vie quotidienne quoi qu'il arrive, et de savoir aller contre les apparences. Mais à chaque histoire qu'elle raconte, Nathalie Dau dit surtout que la souffrance n'est pas la fin de tout. Tous ses personnages souffrent: ils souffrent d'amour, de maladie, de deuil, d'ambition, ce qui ne les empêche pas de continuer vaille que vaille leur route.

    Ce que je retiens de ces contes, est principalement ses personnages féminins. La veuve qui refuse la mort de son époux, Aenor qui aime malgré le prix à payer pour ce amour, la sorcière qui se sacrifie pour que le monde continue à tourner, la fée qui se venge si subtilement de celui qui la retenait prisonnière, la princesse qui choisit de vivre libre... Des femmes qui vivent intensément et entiérement. Et la musique qui résonne dans les pages, et surtout dans celles du Violon de la fée, sans doute mon conte préféré entre tous.

     

    Un très beau recueil donc, qui emporte dans un monde plein de magie dont on voudrait ne jamais ressortir.

    Les avis de Martlet, Fashion, Florinette.

    Khimeira, ActuSF qui donne une analyse fort intéressante des contes,...

    Et le site de Griffe d'Encre pour en savoir plus!

     

    Nathalie Dau, Contes myalgiques I, Les terres qui rêvent, Griffe d'encre, 2007

  • Cette bonne vieille Betsy

     

    Planète Terre, un de ces jours. Les Nods ont débarqué sur cette planète où s'agite une poignée de bestioles bizarres dont l'intelligence ne casse pas trois pattes à une Cocop. Désireux de faire de le bonheur de l'humanité, les extraterrestres vont commencer à se mêler des affaires des hommes avec bonté, honnêteté et abnégation... Enfin, c'est ce qu'ils disent.

    Oh que voilà une lecture sympathique, bourrée d'humour, de références, d'ironie corrosive et d'un sens du joyeux bordel tout à fait satisfaisant! Si, si, je vous jure! Guillaume Suzanne, sur un format court, offre une histoire complète, complexe et savamment menée de bout en bout. Rien de neuf sur la planète SF, mais un renouvellement sympathique et agréable des conventions du genre, de jolies inventions et des personnages hauts en couleur. La Terre telle qu'il l'imagine est transformée en un espèce d'enfer où des entités omniscientes et omnipotentes font le bien. En tout cas, ce qu'elles estiment être le bien: poubelles intelligentes pour le tri, réglementation sévère de la circulation, éradication pure et simple du tabac, il ne reste plus grand chose pour s'amuser de l'avis de la population! Finalement, se voir amener sur un plateau le moyen de résoudre tous les problèmes enlève du piquant à l'existence. Il ne reste guère que quelques petits complots à l'occasion, si tant est qu'un complot puisse être un vrai complot dans ces conditions, une ou deux, ou quelques millions de morts étranges... Car nos braves aliens ne sont pas aussi gentils et désintéressés qu'ils veulent bien le faire croire, ce que prouve amplement la chute de l'histoire, amère et violente.

     

    On s'interroge donc entre deux sourires, un éclat de rire et un noeud à l'estomac sur le libre-arbitre, le dirigisme, la manipulation.

     

    L'avis de Fashion, celui de Lucile, de Brize et de Chimère. Une critique sur Scifi Universe.

     

    Guillaume Suzanne, Les poubelles pleurent aussi; Griffe d'Encre, 2008, 75 p. (4/5)

  • Novice




    Une enfant de 10 ans, nue, blessée, amnésique, dont la famille a été massacrée. Recueillie par un charpentier, elle retrouve progressivement le fil de son histoire et découvre ses origines. Celle d'une enfant qui ressemble à une humaine mais qui ne l'est pas. Une Ina, une de ceux qui ont donné naissance au mythe des vampires. Lui reste à comprendre pourquoi ceux qui constituaient sa famille sont massacrés les uns après les autres et pourquoi elle est la cible de mystérieux tueurs. Est-ce sa peau noire? Sa capacité à rester éveillée le jour? Ou est-elle la victime d'une guerre de clans?

    Octavia E. Butler est une écrivaine noire-américaine, féministe, décédée récemment.

    Ce qu'elle offre à ses lecteurs n'est pas une simple histoire de vampire, avec grands êtres blafards qui vont mordre une fois la nuit tombée de malheureux humains. En racontant l'histoire de Shori, la jeune Ina, elle parle de l'altérité et de ce qu'elle provoque. Shori est différente de ceux de son espèce, fruit de manipulations génétiques visant à rendre les enfants Ina plus forts, plus aptes à survivre dans un monde où leur place est de plus en plus tenue. Mais dès que l'on parle de différence, pparaît l'intolérance, le rejet, la haine. Et même les plus sages d'entre les sages ne peuvent faire face à toutes leurs peurs malgré leur sagesse et leurs connaissances.
    Une chose est certaine, c'est un roman prenant et intéressant à défaut d'être très original. Intéressant parce que la société que forment les vampires d'Octavia E. Butler est communautariste, presque matriarcale, et la relation de symbiose que les Ina entretiennent avec les humains qui les nourissent est atypique. Ils ne se contentent pas de leur prendre leur sang, voire leur vie. Ils établissent avec leurs symbiotes un équilibre délicat: nourriture et force contre longue vie, plaisir contre plaisir.  Un échange librement consenti même si irrévocable.
    Et elle aborde des sujets qui fâchent sans avoir peur de choquer.
    Ceci étant, dès les premières pages, Shori malgré son corps d'enfant entame une relation amoureuse avec Whright, son premier symbiote.  J'avoue à titre personnel que cet aspect m'a gênée malgré le fait que les apparences ne sont pas ce qu'elles semblent être.

    Une chose est certaine, c'est un roman qui ne laisse pas indifférent malgré une fin un peu convenue. Et comme il semble que ses précédents romans soient absolument extraordinaires, je les lirai avec curiosité et plaisir!

    L'avis de
    Cuné. Celui d'ActuSF

    Octavia E. Butler, Novice, Au diable vauvert, 2008, 463 p.