06.11.2009

Le livre des choses perdues - John Connolly

 

Il était une fois David, un garçon de 12 ans qui vient de perdre sa mère et qui voit son monde basculer une fois de plus, une fois de trop quand son père se remarie avec Rose et qu'arrive dans cette nouvelle famille le petit Georgie. Mais David n'est pas n'importe quel garçon: il entend les livres murmurer et sa mère l'appeler, il voit un étrange bonhomme biscornu apparaître et disparaître. Et une nuit, alors qu'il vient de trouver un passage caché au fond du jardin, il découvre un drôle de monde, peuplé de personnages de contes et de monstres. Seul sésame pour en sortir, Le livre des choses perdues, conservé par le vieux souverain de cet étrange royaume. La quête de David va être longue.

Parfois, on tombe sur une de ces petites perles qui non contentes d'être follement enthousiasmante sur le principe, le sont aussi sur le fond. On aimerait d'ailleurs que ça arrive plus souvent, mais ceci est, comme dirait l'autre, une autre histoire. Revenons à notre Livre des choses perdues. L'univers créé par John Connolly est une jolie et terrifiante métaphore du chemin que tout être humain doit affronter en devenant adulte. David est encore un enfant quand sa vie bascule et qu'il doit affronter non seulement la maladie de sa mère, mais aussi le deuil, la culpabilité de ne pas être parvenu à aider sa mère à guérir, la colère de voir son père se remarier, la rancoeur et la jalousie quand arrive le petit Georgie. Les réactions et les souffrances de David sont décrites avec finesse et a propos, sans exagération ni misérabilisme.

C'est petit à petit que les choses dérapent. D'abord, il y a ces livres qui murmurent, puis la voix de sa mère qu'il entend, puis cette créature qui rôde dans la maison... Un autre monde se laisse entrevoir, dans lequel David va se retrouvé piégé. Un monde dangereux et cruel dans lequel la méfiance est encore le meilleur moyen de survivre. De fil en aiguille, David va faire la connaissance d'un garde-chasse, de Roland le chevalier en quête, croiser la route des Sire-Loups, plus tout à fait animaux et pas franchement humains, être piégé par une chasseresse cruelle, être mis dans le secret des sept nains et vivre pléthore d'aventures. Chaque rencontre, chaque mésaventure est une épreuve qui fait grandir l'enfant. Il apprend petit à petit à maîtriser sa colère,  à accepter la différence, le changement, la mort, il apprend la méfiance, mais aussi la confiance... Jusqu'au choix final qui va décider de son avenir. Céder à la rancoeur ou résister, deux chemins de vie différents symbolisés par le vieux roi et David. Le personnage du Bonhomme Biscornu, connu sous des noms divers est assez fascinant à sa manière. C'est une sorte de mauvaise conscience, un être qui joue sur les désirs secrets et inavouables et est, de ce fait, effrayant.

Tout cela sous-tend un récit passionnant où l'on retrouve au fil des pages les figures et décors des contes anciens. Pas les versions Disney où tout se finit bien, mais les cruels, les terrifiants, où les parents abandonnent les enfants, tentent de les tuer, où les sorcières mangent de la chaire humaine, où les maléfices provoquent les morts les plus atroces. Et puis il y a aussi les matérialisations des terreurs de David, la bête qui dévore tout sur son passage, les Sire-Loups... On frémit pour David et ses alliés. Mais l'humour n'est pas absent pour autant! Croiser la route de sept nains marxistes jusqu'au trognon et opprimés par une Blanche-Neige ébouriffante laisse un sacré souvenir et le sourire! Bref, John Connolly parvient à créer une ambiance et un univers très réussis. Le récit initiatique gagne à sa confrontation aux contes et rappelle par la même occasion le rôle initial des contes populaires et des versions des frères Grimm, de Perrault et de leurs contemporains et successeurs: métaphoriser les peurs et les dangers encourus par les enfants et les adultes. J'ai du coup bien envie de reprendre la lecture de Bettelheim et de relire ces contes que j'avais vraiment découvert à l'adolescence (Seigneur, La belle au bois dormant, je n'en ai pas dormi pendant une semaine!).

John Connolly n'est pas le premier à avoir raconté les aventure d'un enfant ou d'un adulte perdu dans un autre monde, pas plus qu'il est le premier à user du principe du conte détourné. On pense par exemple à Narnia, pourquoi pas à Pierre Bottero plus près de nous, à Orson Scott Card pour les adultes, et j'en oublie. Mais ce n'est pas parce que le principe est connu qu'il est impossible d'en faire un roman enthousiasmant et c'est que prouve John Connolly avec brio et originalité. Dommage cependant que la chute soit un peu facile et fasse retomber dans un univers cartésien... Mais bon, même Alice est rentrée à la maison, et Peter Pan n'est pas totalement parvenu à ses fins non plus... A moins que je confonde version Disney et textes originaux!

 

L'avis de Leiloona, celui de Fashion, de Cathulu, de Karine:), Cuné, Malice,...

 

Connolly, John, Le livre des choses perdues, L'Archipel, 2009, 4.5/5 

02.11.2009

Dracula l'immortel - Stoker/Holt

 

« En 1888, un groupe de six intrépides a réussi à détruire Dracula aux portes de son château de Transylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, ils se sont dispersés mais le souvenir de cette périlleuse aventure où l’un d’eux a laissé sa vie les poursuit. Combat quasi mystique contre les forces du mal, vengeance d’amoureux endeuillés ou inextinguible jalousie : les raisons mêlées de leur acte continuent de perturber leur existence et la disparition du prince des ténèbres n’a pas apaisé leurs tourments. Une mort inexpliquée devant un théâtre parisien et un deuxième assassinat d’une effroyable cruauté au cœur de Londres vont réveiller la peur. Du Quartier latin à Piccadilly Circus, l’ombre de Dracula semble à nouveau planer… Les héros d’autrefois devront faire face à un ennemi insaisissable aux attaques sournoises ou d’une violence inouïe, mais aussi à leurs propres démons. De quoi brouiller les pistes et troubler les esprits, dans une intrigue menée avec maestria qui ressuscite le fantasme et la malédiction de l’immortalité. »


Il y avait de quoi avoir peur, mais cette suite au Dracula de Stoker se révèle être finalement une réussite. Dacre Stoker et Ian Holt ont fait plusieurs choix intelligents qui leur ont permis de rester relativement fidèles à l’œuvre originale tout en écrivant un roman qui ne se contente pas de rejouer les aventures de Van Helsing et de ses amis mis à la sauce 21e siècle.
- Première bonne idée, jouer le décalage avec Dracula et faire apparaître Bram Stoker dans le récit. Oui, oui, vous avez bien lu ! Bram Stoker est un des personnages secondaires de l’intrigue ! Celui qui en écoutant un des héros de 1888 a écrit un roman intitulé Dracula… Et qui dit roman, dit petits arrangements avec la réalité ! Du coup, le champ est libre : ce qu’on vécu les Harker, Arthur Goldaming, Jack Seward et Quincey Morris avec le docteur Van Helsing n’est pas tout à fait ce que l’on a pu lire dans Dracula. Avantage de la manœuvre et non des moindre, les personnages se font d’une certaine manière plus complexes. Sans doute parce qu’on les retrouve après une vie et loin de ce que l’on pouvait attendre pour eux. Dracula lui-même n’est pas le monstre décrit par Bram Stoker mais une créature bien plus complexe. J’ai vraiment apprécié la manière dont les événements du roman original sont vu sous un angle nouveau, la manière dont les personnages apparaissent. Là où ils étaient sujets au doute, à la souffrance amoureuse ou physique, au scepticisme, mais étaient quelque part moralement irréprochables, Dacre Dtoker et Ian Holt laissent la place à l’humain avec ses failles, ses ambiguïtés, ses rancoeurs sans être infidèles à ce qu’ils étaient plus jeunes. A cet égard, Mina est superbe, tout comme Seward d’ailleurs.
- Deuxième bonne idée, le récit n’est pas centré sur Dracula mais sur Elisabeth Bathory, autre personnage historique à la réputation sulfureuse. La dame est en effet connue pour s’être baignée dans le sang de jeunes femmes pour garder la jeunesse éternelle. De là à en faire un vampire, il n’y avait plus qu’un pas qui est allégrement franchi et qui évite de jouer au retour de la menace du grand ténébreux!
- Troisième bonne idée, choisir Londres comme cadre et de nouveaux personnages comme l’inspecteur Cotford (présent dans les notes de Bram Stoker) et Quincey Harker, devenu adulte et insupportable dans les certitudes de sa jeunesse.


L’intrigue se tient, et si on peut reprocher aux deux auteurs un style assez plat et quelques facilités (je dois dire que la brume rouge de Bathory m’a fait sourire plus que frémir), les 500 pages s’avalent sans coup férir et le suspense est bon. On peut évidemment regretter les infidélités à l’œuvre originale, le retour à un récit linéaire loin du choix épistolaire de Dracula. On peut également regretter avec un petit pincement au cœur ce côté roman gothique et victorien si savoureux. Il n’en reste pas moins que Dracula l’immortel est dans sa catégorie un bon roman qui se lit avec plaisir et qui sera peut-être un brin plus accessible à ceux que la littérature classique rebute. Le ton et la manière d'aborder les événements et les personnages sont résolument de notre temps. Mina Harker devient une suffragette rangée par exemple, la sensualité est plus clairement affirmée, voire affichée que dans la version 19e qui restait dans le non-dit. A mon sens cependant, ce n’est pas réellement une suite de Dracula, mais un roman de vampire différent dans le ton, reprenant les personnages de Stoker. On est un peu dans le même genre de démarche que les suites à Autant en emporte le vent et autres grands romans, pas mauvaises, qui reprennent les personnages et le fond du premier roman mais qui ne sont évidemment pas du même tonneau que les originaux! Ceci dit, aucune raison de ce priver de ce bon moment de lecture!

Emmyne a aimé, Tamara aussi, c'est un peu plus mitigé par-là et par-là! Le site officiel est !


Stoker, Dacre, Holt, Ian, Dracula l'immortel, Robert Lafon, 2009, 3.5/5

31.10.2009

Dracula - Bram Stoker

 

Cela ne devait être qu’une mission professionnelle, exotique, certes, puisque l’emmenant dans les Carpates, mais sans rien de particulier. Pourtant, au fur et à mesure qu’il se rapproche du château du comte Dracula, Jonathan Harker est pris d’un étrange sentiment d’angoisse. La faute sans aucun doute aux superstitions locales, à la peur manifeste des autochtones, à l’étrangeté du château du comte et à celle de son hôte qui se révèle petit à petit jusqu’à l’emmener aux portes de l’horreur et de la folie.
Pourtant, Jonathan survit et retrouve sa fiancée, Mina Harker qu’il épouse, sans savoir que dans son entourage, d’étranges événements sont survenus et ont touché son amie intime, Lucy. Gravement atteinte par une mystérieuse maladie, celle-ci décède sans que son fiancé Arthur Goldming, les amis de celui-ci, le docteur Jack Sewald et Quincey Morris, ni le célèbre professeur Van Helsing à qui il avait été fait appel en dernier recours puissent faire quelque chose. Mais Van Helsing sait ce qui a tué Lucy et va emmener Goldaming, Seward, Morris et les Harker sur la piste de quelque chose qui n’est pas censé exister : un vampire.
 
Si Bram Stoker n’a pas inventé le vampire, il n’en reste pas moins celui qui a créé, à partir du riche terreau antérieur (folklore, superstitions, travaux scientifiques et philosophiques, et oui), le mythe moderne du vampire. Et avec Polidori, LeFanu, et quelques autres, le père d’un genre dont le succès ne s’est jamais démenti. Autant dire que pour les amateurs de littérature vampirique, c’est un indispensable ! Vous me direz, il s’avère parfois que les indispensables sont diantrement enquiquinants pour ne pas dire littéralement soporifiques. Certes. Mais Dracula n’est pas seulement un indispensable. C’est aussi un très bon roman d’aventure.
Pour construire son intrigue, Stoker n’a pas utilisé un récit linéaire des événements, mais un ensemble d’échanges épistolaires, d’extraits de journaux intimes qui lui permet de croiser les points de vue de manière fluide et de donner un tableau progressif et complet des événements dont nos héros sont les témoins et les acteurs. Plus que cela d’ailleurs, c’est l’occasion d’une plongée dans leurs pensées intimes qui se révèle assez passionnante. Il faut dire que Stoker a choisit ses personnages : un futur lord ayant vécu moult aventures, un pistolero américain, un psychiatre, une jeune femme à l’intelligence acérée, un clerc de notaire qui cache sous des abords conventionnels un courage sans faille ! Et que dire du professeur Van Helsing et de ses connaissances pour le moins approfondies du monstre qu’ils traquent pour venger la pauvre Lucy.
Il est vrai cependant que le roman est empreint des conventions littéraires et sociales de son époque. Il n’est qu’à voir la place donnée à Mina Harker et la manière dont son intelligence est considérée comme masculine par ces messieurs… Et que Bram Stoker ne s’est pas franchement encombré de petites choses comme la cohérence. J’ai remarqué plusieurs petites bizarreries dans l’enchaînement des événements, et dans le comportement des personnages mais comme rien de tout cela ne nuit au plaisir de la lecture, ce n’est pas fondamental ! D’autant que ces quelques petites incohérences ne sont rien face au travail de titan accompli par l’auteur !
 
Mais revenons au vampire lui-même. Là où Stoker a fait date, c’est en fixant pour les siècles à venir les caractéristiques principales de ce monstre. Quelque part, quand on dit aujourd’hui qu’un roman réinvente le mythe du vampire, c’est au mythe version Stoker qu’on fait référence : le mort-vivant qui se nourrit du sang des vivants,  ne meurt pas, dont le pouvoir cesse au lever du soleil, qui peut se rendre maître de certains éléments, se faire obéir de certains animaux, se rendre immatériel, se grandir ou se rapetisser… Bon, autant mettre un extrait !
 
« Il est prisonnier, plus qu'un homme condamné aux galères, plus qu'un fou enfermé dans un cabanon. Aller là où il a envie lui est interdit. Lui qui n'est pas un être selon la nature, il doit cependant obéir à certaines de ses lois - pourquoi, nous n'en savons rien. Toutes les portes ne lui sont pas ouvertes ; il faut au préalable qu'on l'ait prié d'entrer ; alors seulement il peut venir quand il le désire. Son pouvoir cesse, comme d'ailleurs celui de toutes les puissances malignes, dès les premières lueurs de l'aube. Il jouit d'une certaine liberté, mais en des moments précis. S'il ne se trouve pas à l'endroit où il voudrait être, il ne peut s'y rendre qu'à midi, ou au lever, ou au coucher du soleil (...). Ainsi, tandis que le vampire peut parfois accomplir sa propre volonté, pourvu qu'il respecte les limitations qui lui sont imposées et se confine dans son domaine : son cercueil à lui, son enfer à lui, ou encore dans un endroit non béni (...) ; et encore ne peut-il se déplacer qu'à des moments bien précis. On dit aussi qu'il ne peut franchir des eaux vives qu'à marée haute ou lorsque la mer est étale. Et puis, il y a des choses qui lui ôtent tout pouvoir, comme l'ail, nous le savons assez ; comme ce symbole, ma petite croix d'or, devant laquelle il recule avec respect et s'enfuit. Il y en a encore d'autres (...) : une branche de rosier sauvage, posée sur son cercueil, l'empêche d'en sortir, une balle bénite que l'on tirerait sur son cercueil le tuerait et il deviendrait alors un mort véritable. Quant au pieu que l'on enfonce dans son cœur, nous savons qu'il lui donne également le repos éternel, repos éternel qu'il connaît de même si on lui coupe la tête. Il ne se reflète pas non plus dans les miroirs et son corps ne fait pas d'ombre. »

Une bien étrange créature qui donnerait presque (j'insiste sur le presque) envie par certains côtés de goûter à cette vie éternelle et qui reste terrifiant par d'autres. A travers elle, c'est toute un réflexion sur la mort, l'immortalité et la vie éternelle qui attend le lecteur. La non-vie est un état fascinant, d'autant plus fascinant qu'on ne trouve aucune explication à son origine et qu'elle est une figure de la liberté. Je vous rassure, je ne suis pas devenue folle! Il me semble simplement que malgré les limitations que lui impose sa nature, Dracula est plus libre que les humains, dans le sens où il est capable d'accomplir ce qu'il désire, et par là même, est destiné au mal. Plus de moral, plus de barrières sociales ou religieuse: juste la puissance et la force de l'instinct comme porte ouverte à l'horreur (séduction, meurtre, etc.). Le vampire serait presque une sorte de figure repoussoir ou catharsique. Ceci dit, je m'égare sans doute!

Je m'arrête là! Vous aurez deviné sans peine que j'ai aimé et que je compte bien poursuivre ma découverte de la littérature vampirique, à commencer par ces classiques que je n'ai pas encore lus!

Au prochain épisode, Dracula l'immortel!

 

Caro[line] m'a précédé!

 

Stoker, Bram, Dracula, Pocket, 2002, 4.5/5

23.10.2009

Thomas Drimm, La fin du monde tombe un jeudi - Didier Van Cauwelaert

"J'AI 13 ANS MOINS LE QUART
ET JE SUIS LE SEUL
A POUVOIR SAUVER LE MONDE
SI JE VEUX."

Dans une société sous contrôle total où le jeu règne en maître, un ado se retrouve détenteur d'un secret terrifiant, qui déchaîne contre lui les forces du Mal... et celles du Bien.
Tiraillé entre la femme de ses rêves et un vieux savant parano réincarné dans un ours en peluche, Thomas va découvrir, de pièges en rebondissements, l'exaltant et périlleux destin d'un super-héros à mi-temps.
Course contre la montre et voyage initiatique, cette aventure de Thomas Drimm, au suspense haletant et à l'humour féroce, a tout pourt passionner les lecteurs de douze à cent douze ans."

Ou comment Thomas se retrouve à assassiner un vieux professeur bougon à l'aide de son cerf-volant, à abriter ledit professeur dans son ours en peluche et à patauger dans les ennuis.

J'ai retrouvé dans ce premier tome des aventures de Thomas, les raisons pour lesquelles j'aime les littératures dites de l'imaginaire. Elles, plus que toute autres, permettent de parler de notre monde et de ses évolutions. Didier Van Cauwelaert ne se prive pas de ces possibilités. Le monde de Thomas est un véritable cauchemar: puce implantée dans le cerveau, contrôle et punition par déclassement social de toute transgression, pénalisation de tous les aspects de l'existence de la conception des enfants à la mort. Autant dire qu'on pense très fort aux puces RFID et à certains nombres d'événements. Ainsi qu'à nombre de classiques de la SF.  Ceci dit, si le fonds est riche de références et porteur de réflexion plus intéressantes les unes que les autres, il n'est en rien un obstacle au plaisir de la lecture: Thomas et le professeur sont des personnages attachants et leurs aventures s'enchaînent tambour battant, faisant penser à un feuilleton (ce que Thomas Drimm a été puisqu'il a été publié en épisodes sur téléphone portable cet été). Le premier est d'ailleurs un adolescents fort crédible dans ses petites crises et le second provoque quelques scènes pour le moins cocasses. Il faut dire qu'habiter le corps d'un vieil ours en peluche n'est pas de tout repos!

Il est vrai que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans cet univers et à me faire au style de Didier Van Cauwelaert, mais une fois installée dans le récit, la lecture a été facile et agréable. Certes les ficelles se voient parfois un peu mais il y a du potentiel chez Thomas Drimm, et des choses tout à fait intéressantes qui donnent envie de savoir ce qu'il va bien pouvoir se passer dans le tome 2. Après tout, maintenant que le décor est planté, la lutte entre le Bien et le Mal va sans doute déployer toute la complexité qu'on aperçoit par moment dans les décisions que doit prendre Thomas et les mystérieux Nox et Noctis. Rien de révolutionnaire donc, mais après tout, en est-il besoin? Thomas Drimm est un bon roman d'aventure, le récit du passage à l'âge adulte d'un adolescent confronté aux dérives d'un monde qui permet de réfléchir au notre.

Merci à Paola, aux Editions Albin Michet et à Didier Van Cauwelaert pour sa gentille dédicace!
Van Cauwelaert, Thomas Drimm, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 2009, 3.5/5

19.10.2009

Ghost of India

Il était une fois une CHiffonnette pourvue d'amis qui lui voulaient du bien. Enfin, qui voulaient lui faire plaisir. Parce que d'un autre côté, pour sa santé mentale déjà bien ébranlée, lui fourrer entre les mains entre deux muffins et trois crêpes "A Doctor Who novel", franchement... L'obliger comme ça à aller se racheter un mini dico d'anglais pour pouvoir bouquiner tranquille dans le métro sous l'oeil éberlué des passagers... L'obliger à déambuler l'oeil vitreux le reste du temps, se demandant si elle a bien compris ce qui se passait page 158... Je vous aiiiiiiimmmmmeeee, les filles!

Bref, revenons à nos Tardis. Ou plutôt à nos romans. Car figurez-vous que nos amis british, non content de réaliser de fantabuleuses séries, en font en plus des produits dérivés ma foi capable de déclencher l'hystérie des faibles whomaniaques que nous sommes. Il y a donc toute une tripotée de romans se déroulant dans le whoniverses et qui sont autant d'aventures inédites du Doctor et de ses compagnes.

 Mais que penser de ces romans. Il fallait lire pour se forger une opinion. Mon abnégation en bandoulière, je me suis donc lancée à l'assaut!

"India in 1947 is a country in the grip of chaos - a country torn apart by internal strife. When the Doctor and Donna arrive in Calcutta, they are instantly swept up in violent events. Braely escaping with their lives, they discover that the city si rife with tales of half-made men, who roam the streets at night and streal people away. These creatures, it is said, are as white as salt and have only shadows where they eyes should be. With help from India's grat spitirual leader, Mohandas "Mahatma" Gandhi, the Doctor and Donna set out to investigate these rumours. What is the real truth behind the half-made men? Why is Gandhi's role in history under threat? And has as ancient, all-powerful god of destruction really come back to wreak his vengeance upon earth?"

Et bien la véritable et véridique vérité est que je me suis diantrement amusée à lire les aventures du Doctor. Moins qu'à le regarder courir en vrai sur l'écran, certes, mais la version papier est presque tout aussi enthousiasmante. On retrouve bien dans le roman l'ambiance un peu folle des épisodes, l'humour bien particulier du Doctor, le mauvais caractère de Donna et sa capacité à se fourrer dans les situations les plus invraisembables. Les rebondissements s'enchaînent sans qu'on ait une minute pour s'ennuyer, le récit est cohérent et haletant, les points de vues des personnages s'entrecroisent en apportant chacun leur petite touche à l'histoire et les guests sont ma foi fort sympathique. Je passe sur le gentil docteur anglais et son infirmière de bonne famille, sur le pater familias sanguin et diplomate de son état, sa femme neurasthénique et tellement bien sous tout rapport. Tous jouent parfaitement leur rôle. Non contente d'être enchantée de faire leur connaissance, j'ai adoré croiser la route d'un Gandhi traité avec une gentille irrévérence et faisant face aux aliens et au Tardis avec une sérnénité à toute épreuve.

Bref, on a l'impression d'être devant son écran sauf que c'est un roman et qu'il faut un dictionnaire aux quiches de l'anglais telles que moi. Mais c'est tellement bon que je suis prête à continuer! Surtout si c'est mon Tenth Doctor qui vit ainsi de nouvelles folles aventures!

Maintenant, je n'ai plus qu'à me lancer dans la version Torchwood de la chose. Il faut dire qu'il y a deux terribles qui ont su frapper en plein coeur! Tout est de leur faute monsieur le juge!!

11.10.2009

A-Apocalypse

Moz joue de la musique depuis des années avec son meilleur ami, Zahler. Les choses vont brutalement changer le jour où sa route croise celle d'une guitare mythique et de Pearl, surdouée, musicienne et fermement décidée à monter un groupe avec les deux compères. Et son amie Minerva qui se remet d'une étrange maladie. Ensemble, ils parviennent à créer une atmosphère, une musique étrange qui entre en résonnance avec le monde qui tombe en ruine autour d'eux. Rats, vampires, chats et vers, la bataille pour la survie de l'espèce humaine a commencé.

 

Il y a déjà belle lurette, j'avais lu avec enthousiasme le V-Virus de Scott Westerfeld, une variation intéressante sur le thème du vampire. Or, V-Virus a eu une suite. Et bien évidemment arriva ce qui devait arriver, cette suite croisa ma route. Comme chacun le sait maintenant, je suis faible et ma main s'est donc automatiquement tendue vers ce roman. Qui se lit très vite. Qui n'a pas fait long feu. Et qui m'a beaucoup plu.

Parce que Scott Westerfeld n'a pas perdu la main. Plutôt que de donner une suite linéaire à son premier tome, il a choisit de changer totalement de point de vue. Plus d'étudiants, plus de biologie, mais de la musique, et la volonté d'un petit groupe d'adolescents fort attachants de monter un groupe et de faire connaître leur musique. Celle qui les habite et les fait avancer. Ce qui commence comme une aventure presque banale prend un tour progressivement plus angoissant jusqu'à l'explosion, la chute du monde tel qu'ils l'ont connu et la découverte de cet univers étrange où les vampires sont les protecteurs de l'humanité. Ce qui est intéressant est la position que l'auteur donne au lecteur. En lisant le premier tome, on découvre les vampires, les vers, et la lutte millénaire qui les oppose. Dans le second, c'est plutôt la manière dont cette lutte émerge au grand jour qui est au centre du récit. On assiste à la prise de conscience, aux angoisses, à la destruction, aux batailles et à la naissance de la volonté de se battre et de gagner. D'une chronique adolescente, on passe à un récit apocalyptique. Autant dire que la montée en tension est comme il faut!

Intéressante aussi la place centrale accordée à la musique: elle devient une arme, ce qui est une manière de montrer que l'art, la musique comme d'autres discplines est un moyen de lutter et d'affirmer. Et ce qui ne gache rien, Westerfield utilise à merveille son thème, employant des noms de groupesparfaitement adaptés comme tête de chapitre! J'ai passé un certain temps ensuite à les chercher et les écouter, découvrant au passage quelques perles!

Mon seul regret, la fin est un peu rapide, et sans doute un peu trop happy end au regard de l'univers sombre qui la précède, mais il n'y a pas là de quoi bouder son plaisir!

 Virginie en parle.

Westerfeld, Scott, A-Apocalypse, Milan, 2008, 3.5/5

 

 

 

07.10.2009

World War Z - Max Brooks

Un enfant de douze ans dans un village chinois, une pandémie et sa conséquence, la plus terrible guerre que l’humanité ait connue. L’auteur, en mission pour l’ONU recueille les témoignages de ceux qui ont survécu aux affrontements avec les zombies et à l’horreur que représente un ennemi qui ne pense plus, ne ressent plus.
 
Qu’allais-je faire dans cette galère, moi qui ai toujours refusé de voir el moindre film d’horreur, à plus forte raison réunissant sur la même bande des zombies et des humains ? Allez donc savoir ! Et le pire, c’est que ça m’a plu ! Je dirais même que ça m’a beaucoup, mais alors beaucoup plu ! Il y a de ces mystères dans l’univers.
Allons-y donc pour le pourquoi du comment !
Difficile pour moi de dire pour quelles raisons les morts se relèvent en temps habituel, mais il me semble que la manière dont Max Brooks traite son sujet est assez originale : pas de cimetières en pleine nuit, de villages sous les glaces, et autres cadres adaptés à des zombies, mais le quotidien dans tout ce qu’il a de quotidien. Les zombies apparaissent pour ainsi dire de nulle part : un patient dans un village chinois, un virus, une pandémie, et l’horreur s’abat sur le monde. Toute personne atteinte meurt et toute personne morte de ce virus reprend vie. SI l’on peut appeler vie cet état post-mortem qui voit le mort se relever et chercher à se nourrir de la chair des être vivants qui l’entourent. Plus de conscience, plus de sensation, plus de pensée, juste des influx nerveux et cette faim atroce.
Max Brooks a fait à mon sens un choix intéressant : il ne raconte pas la pandémie en un récit linéaire, suivant les aventures d’un ou de plusieurs héros pour lesquels le lecteur pourrait frémir. Non, le fond du récit est très différent. C’est une sorte de travail scientifique : l’auteur (pas Max Brooks, mais celui qui est censé être à l’origine de ce texte) a été missionné par l’ONU pour écrire un rapport sur la pandémie. Les témoignages qu’il n’a pas pu inclure dans son rapport, il a choisit d’en faire un livre. En une suite de parties qui suivent les étapes de la guerre, il présente les témoignages de survivants. Certains ont eu un rôle central, d’autres non, tous mettent en mot l’expérience vécue pendant les années de guerre. De cette manière, ce n’est pas simplement les combats, les massacres et autres festins zombiesques qui sont mis en valeur, mais le cheminement qui a mené du déni à la guerre, puis à la victoire. La tension monte au fil des pages : il y a le premier patient, la panique, les mouvements de fuite des populations, les passeurs, les tension diplomatiques et les guerres, les premiers plans de sauvetage de l’espèce humaine. Divers aspects sont évoqués : les armes et les tactiques nouvelles développées face à ces ennemis inédits, les règles de survie, le nettoyage des zones infectées par le virus, l’impact psychologique, écologique de cette guerre, la redéfinition des aires géopolitiques et de l’équilibre des puissances.
Petit à petit se dessine le tableau d’une guerre, étouffant, mais fascinant. C’est d’autant plus prenant que le choix des témoignages permet de se concentrer sur le facteur humain : les actes de courage, les lâchetés petites et grandes, la peur omniprésente, le retour à une vie «normale»… En filigrane perce la critique sociale : World War Z est aussi un regard sans concession sur la nature humaine, sur l’inadaptation de l’homme moderne à la survie, sur les inhibitions sociales, sur l’incurie politique.
Le tout donne un univers cohérent, crédible et qui ne prête pas une minute à l’humour ou la parodie. On est dans l’horreur, d’autant plus crue qu’elle est crédible. C’est glacial, violent mais passionnant. Max Brooks donne à réfléchir tout en restant abordable pour qui n’apprécie pas particulièrement les histoires de morts vivants.

On en parle sur Fractale Framboise, sur le blog de la librairie Critic, chez Efelle, ...  
 

Brooks, Max, World War Z, Calmann-Levy Interstice, 2009, 5/5
 

28.09.2009

Eon et le douzième dragon - Alison Goodman

Des dragons il y en a douze, douze créatures capables de manipuler l'énergie naturelle présente en toute chose. Par cycles de douze ans, l'un d'eux devient ascendant du cycle de puissance de douze années. Mais depuis 300 ans, un des dragons, le dragon miroir a disparu. Malgré cela, 11 hommes communient avec les dragons pour protéger le pays, leur alliance avec ces créatures leur donnant un pouvoir phénoménal qui les épuise petit à petit.

C'est la veille du premier jour de la nouvelle année, la veille de la cérémonie qui va voir douze garçons de douze ans faire face au dragon ascendant qui va choisir l'un d'eux comme apprenti Oeil du Dragon. Eon est un de ces garçons. Depuis sa naissance il a le pouvoir de voir tous les dragons énergétiques, un don parmi les plus rares qu'il garde secret. Mais ce n'est pas le seul secret qu'il dissimule: Eon n'est pas un jeune garçon de douze ans, il est en fait Eona, une jeune fille infirme de 16 ans, ce qui devrait, de fait, lui interdire le monde de la magie et du pouvoir, strictement réservé aux hommes. Or, si le dragon Rat, ascendant de cette nouvelle année ne la choisit pas, le dragon Miroir réapparaît et en fait son Oeil du Dragon C'est le début de bien des aventures à la cour impériale

Chine impériale, récit d'apprentissage, aventure, amour, Eon et le douzième dragon avait a priori toutes les qualités requises pour me conquérir. L'essais a été transformé avec brio.

Alison Goodman s'est manifestement documentée, et passionnée par son sujet, brosse des décors et des personnages inspirés de la Chine impériale absolument magnifiques. Le résultat est tout simplement époustouflant: l'univers d'Eona est cohérent, crédible et passionnant. Les descriptions de la cour, des vêtements, des cérémonies sont fascinantes et souvent poétiques. Elle a intégré en finesse des éléments de la philosphie du tao et des arts qui en découlent: feng shui, arts martiaux, tout est question d'équilibre entre le lin et le yan, les principes contraires. Mais dans le monde d'Eona, l'équilibre a été rompu, ce qui se traduit dans les structures sociales, les jeux de pouvoir et, symboliquement, dans le fait que le cercle de pouvoir des dragons a été déséquilibré par la disparition mystérieuse du Dragon Miroir. Eona représente ce déséquilibre: normalement, ses talents auraient du rester lettre morte. Fille, elle aurait du rester cantonnée à la sphère des activités féminines: enfants, maison, soumission à l'époux.Ou mourir esclave, puisqu'elle avait été vendue à une mine de sel. Pour pouvoir exploiter ses talents, elle est contrainte à se travestir, à effacer toute trace de féminité au point de se droguer pour faire disparaître les preuves de sa nature de femme. Situation qui la met en danger de bien des manières: danger physique d'être découverte et donc executée pour cette dissimulation et avoir osé briser la loi interdisant aux femmes de devenir Oeil du Dragon, danger mental aussi. IL va falloir qu'elle se réconcilie avec sa féminité, qu'elle l'affirme et l'assume pour avoir une chance de survivre.

Finalement, c'est surtout la question de l'identité et du rejet qui sous-tend le récit: Eona n'est pas la seule dont l'identité est brouillée. Autour d'elle il y a des travestis, comme Dame Dela qui est Contraire, une âme de femme dans un corps d'homme, il y a des Ombres de Lune, des eunnuques dont certains se droguent pour conserver un corps viril. Il y a ceux qui sont rejetés aussi, les infirmes surtout, dont la malchance pourrait "infecter" ceux qui les entoure. Eona et ses compagnons évoluent dans un monde cruel où la survie est rien moins qu'aléatoire, à plus forte raison dans une cour où les ambitions et les luttes de pouvoir gangrènent tout. Eona va se retrouver prise au piège dans les intrigues de cours et dans le combat qui oppose l'empereur et son frère Sethon et qui se répercute dans le cercle des Oeils du Dragon. Eon devient le partisan de l'empereur, s'opposant de fait à l'Oeil du Dragon ascendant, Sire Ido. Le retour du Dragon Miroir marque le passage d'un conflit souterrain en guerre ouverte. Autant dire que les rebondissements vont s'enchaîner. Le tout donne un récit parfois un brin longuet mais passionnant: on suit Eona dans sa découverte de la cour, dans sa prise de conscience des enjeux de sa présence, dans ses combats et dans sa découverte de l'amour. Après tout il faut bien qu'il y ait un peu d'amour!

Je n'ai qu'une chose à dire, vivement le tome 2 pour savoir ce qu'il va advenir d'Eona et qui va conquérir son coeur!

Fashion en parle, Lael aussi, tout comme Karine), et bien d'autres!

Goodman, Alison, Eon et le douzième dragon, Gallimard jeunesse, 2009, 4/5

20.09.2009

Indomptable

Après un siècle d’hibernation dans une capsule de survie, le capitaine John Geary est récupéré par un cuirassé de l’Alliance. La guerre entre l’Alliance et le Syndic dont la bataille qui a vu la perte de son vaisseau a été le premier acte dure toujours.  Mais la dernière attaque de l’Alliance, qui devait être décisive a échoué et sa flotte est menacée d’une destruction totale alors que l’Intrépide, le vaisseau amiral, cache ce qui pourrait se révéler être un atout majeur dans la guerre. Pour les équipages, Geary, qui a acquis le statut de légende, est le seul pouvant les sauver, eux et l’Alliance. Malgré les réticences et l’écoeurement que lui inspire le culte qu’on lui rend, il va prendre la tête de la flotte et tenter de la ramener à bon port.
 
Vaisseaux spatiaux, combats à mort, missiles capables de détruire des planètes, stratégie et complots, tous les ingrédients du space opéra militaire sont réunis. Ceux qui détestent la SF et/ou le space opéra militaire peuvent donc d’ors et déjà tourner les talons, sauf s’ils sont pris d’une curiosité dévorante pour ce que je vais bien pouvoir raconter dans ce qui suit.
Sans être inoubliable, Indomptable est un roman prenant, agréable à lire et plus profond qu’il n’en a l’air au premier abord grâce à son personnage principal. Au lieu d’un capitaine charismatique, courageux et téméraire, Jack Campbell campe un homme déboussolé qui vient de se réveiller dans un monde dont les coutumes lui sont étrangères. La flotte qu’il connaissait, les rites et les règlements auxquels il obéissait ne sont plus. La manière dont il se voit, un capitaine comme un autre ayant accompli son devoir se heurte à l’icône que son nom est devenu et aux comportements dangereux que cette icône conforte et justifie. Pourtant, c’est à lui de sauver la flotte. Tout au long du roman vont alterner scènes de bataille, conflits personnels, complots auxquels est confronté le héros, tout le monde n’étant pas ravis de son retour, introspection. On termine ce premier tome avec l’envie de connaître la suite et l’évolution de Black Jack Geary et de ses équipages.
Une bonne pioche donc !

Campbell, Jack, Indomptable, L'Atalante, 2008, 4/5
 

10.09.2009

Eifelheim

 

1348 en Forêt-Noire, un astronef s'écrase près du petit village d'Oberhochwald. Des créatures étranges survivent au crash, mettant à l'épreuve les habitants du village et leur pasteur, Dietrich, homme cultivé qui a étudié les sciences et la philosophie.

1349, le village est rayé de la carte. D'histoires en légendes, il devient Eifelheim, le lieu maudit où le diable s'est établi.

Aujourd'hui, Tom Schwoering, historien cliologue cherche à comprendre pourquoi Eifelheim n'a jamais repris vie. Ses recherches vont croiser de bien étrange manière celles de sa compagne, Sharon Nagy, cosmologue réputée.

Soyez d'ors et déjà averti, je vais ici hurler toute ma reconnaissance à Michael Flynn pour m'avoir sortie du marasme dépressif dans lequel m'avait plongé la rentrée littéraire. Tombant de Charybde en Scylla, j'avais ni plus ni  moins l'impression que plus jamais je ne lirais quoi que ce soit susceptible de déclencher chez moi un fol enthousiasme. Erreur de ma part, bien évidemment. Il est vrai, que j'ai l'enthousiasme facile.

Ceci dit, dans ce cas précis, mon enthousiasme est à mon humble avis, tout à fait justifié. Eifelheim est non seulement un roman original, mais en plus superbement construit et passionnant. Rien de moins.

Original, il l'est par l'utilisation que fait l'auteur du Moyen-Âge. Habituellement, celui-ci sert d'ingrédient assaissonné à toutes les sauces par la fantasy médiévale. Il est beaucoup plus rarement utilisé par la science-fiction, et encore plus rarement par la hard science-fiction. Or, Michael Flynn parvient de manière étonnante à mélanger le 14e siècle et les technologies de voyage interstellaire tout en offrant au passage de très belles pages sur le choc des cultures, l'acceptation de l'autre, et la vie intellectuelle du Moyen-Âge.

C'est un roman infiniment intelligent, ne serait-ce que par le tableau qui est brossé du Moyen-Âge. On sent que Michael Flynn s'est documenté sérieusement. Jamais il ne fait de cette période le pseudo-âge de l'obscurantisme qui est un des clichés les plus répandus au sujet de cette période. Non, les hommes du 14e siècles n'étaient pas des barbares incultes et violents. Non, ils n'étaient pas des fanatiques enclins à pousser au bucher tout ce qui n'avait pas l'heur de leur ressembler. Cela, le lecteur le découvre à travers la chronique de la vie quotidienne d'un petit village de la Forêt-Noire, chronique qui aborde bien des aspects de la vie de l'époque: culture des terres, justice, vie religieuse et spirituelle, commerce, loisirs et fêtes, rôle du seigneur des terres... On est littéralement immergé dans la vie de cette communauté, attachante par bien des aspects et on frémit pour eux quand la peste d'invite à la fête. L'identification n'est guère difficile, ces hommes et ces femmes ressemblent par bien des aspects à ceux que nous pouvons croiser tous les jours, avec leur part d'ombre, leur bêtise pour certains, leurs peurs, leurs bonheurs.

Par contre, le fait qu'ils fonctionnent selon des schémas mentaux et sociaux qui nous sont presque totalement étrangers est aisément perceptible à travers la rencontre des oberhochwaldois et des extra-terrestres qui seront vite appelés Krenkens. Je parlerais un peu plus tard des tenants et aboutissants de cette rencontre. Elle est en tout cas le point de départ d'une confrontation des points de vue entre les communautés, et surtout, entre le pasteur Dietrich, homme cultivé et scientifique, et les Krenkens. Ce sont deux visions de la nature et de ses mécanismes qui s'opposent, reposant sur des conceptions extrêment différentes du monde, rationnalité scientifique d'un côté, rationnalité scientifico-spirituelle de l'autre, se rejoignant parfois, mais se heurtant souvent à une incompréhension profonde. De mêmes mots peuvent recouvrir des significations et des concepts extrêmement différents. Je rejoins Nebalsur ce point: par moment, les Krenkens nous sont plus compréhensibles que les humains. Preuve en est que bien des siècles plus tard, les humains ont les clés nécessaires (pour certains du moins) pour comprendre ce que les Krenkens ont laissé derrière eux. Eifelheim est un roman fourmillant, qui plonge en profondeur dans les arcanes de la pensée médiévale et de la science qui en découle. C'est passionnant de croiser la route de Buridan, d'Occam, et de voir confronter leurs idées à la conception du monde des Krenkens.

Le roman est rythmé par les oppositions: opposition entre Oberhochwald et les Krenkens qui s'y sont échoués, opposition entre Tom l'historien et sa compagne physicienne, opposition entre 1348 et nos jours, oppositions dans l'Eglise aussi, opposition entre les religieux et les scientifiques. Ce jeu constant permet d'introduire des éléments de réflexion sur la manière dont nous appréhendons le monde qui nous entoure et l'Autre. J'ai pensé par moment à la controverse de Valladolid qui aura lieu deux siècles plus tard, avec ce questionnement sur l'âme qui obsède Dietrich: lui accepte que ses étranges visiteurs aient une âme, et bien que différents des humains, puissent et doivent être sauvés. D'autres voient en eux des démons. La facilité n'est donc pas au rendez-vous. Les extra-terrestres ne sont pas acceptés si facilement, voire pas acceptés. du tout dans certains cas.  Cela donne à la rencontre un aspect réaliste assez étonnant. Il y a sans doute quelques facilités dans l'aspect des krenkens, dans les technologies utilisées. Mais on voit petit à petit les relations entre les humains et les extra-terrestres évoluer, du rejet et de la peur à l'amitié et la connaissance, ou stagner au stade de la terreur. Aucun sentiment de superficialité ou d'irréalité: les liens se forgent au fil des épreuves partagées, des joies aussi. Et les tensions persistent. Eifelheim, raconte aussi de quelle manière des communautés très différentes peuvent apprendre à vivre ensemble, et combien les liens sont fragiles.

 Seul bémol pour moi, les passages philosophies et scientifiques sont parfois un brin déroutant si on n'est pas en forme. Et la vie de Tom et Sharon bien moins intéressante que ce qu'il se passe en Forêt-Noire, même si j'ai bien compris l'intérêt de ces passages contemporains dans l'intrigue: ouverture sur le future de l'humanité, réflexion sur l'histoire et la manière dont les hommes font l'histoire, découverte du passé.

En dehors de ça, j'ai passé quelques jours de pur bonheur en Allemagne médiévale. Par pitié, ne vous arrêtez donc pas à la couverture absolument hideuse (encore que finalement assez bien trouvée)! Le contenu vaut la peine de passer outre!

On en parle sur Sci-Fi Universe, sur le Cafard Cosmique, sur ActuSF, chez Manu qui n'a pas trop aimé,  d'Angua, chez Nebal, chez SBM.

Flynn, Michael, Eifelheim, Ed. Robert Laffont, 2008, 5/5

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