06.01.2009
Le château de Hurle

Lorsque Sophie, l'ainée de trois soeurs, croise le chemin de la Sorcière du désert, c'est pour elle le début d'une aventure qui va l'amener à investir le château du terrifiant magicien Hurle, à terroriser quelques araignées, apprivoiser un démon du feu, le tout, pour le meilleur et pour le pire.
C'est un article sur les femmes en fantasy publié sur le site Elbakin qui m'a fait me souvenir que le superbe desin animé de Miyazaki, Le château ambulant est une adaptation de ce classique de la littérature de jeunesse anglo-saxonnes. C'est peu de dire qu'aussitôt pensé, aussitôt fait, je me suis procuré l'objet de ma convoitise!
Les aventures rocambolesques de Sophie sont rondement menées, haletantes parfois, portées par des personnages plus ambivalents qu'il n'y paraît au premier abord. Ils ne sont pas méchants, ou gentils, mais un peu perdus, un peu lâches, un peu courageux, un peu soupes au lait. Il y a bien sûr la méchante sorcière qui provoque tous les rebondissements, mais même elle finalement, est surtout une victime. Diane Wyne Jones amène petit à petit à regarder au delà des apparences: c'est ce que symbolise le personnage de Sophie, transformée en vieille femme par vengeance. Cette transformation va l'obliger à mieux regarder autour d'elle et en elle, à se méfier de ce que disent les convenances et les traditions.
Diane Wyne Jones parvient à emprisonner gentiment son lecteur dans son château qui ressemble à une cheminée et qui court dans les collines, poursuivi par un épouvantail enchanté, porte ouverte sur des univers parallèles. On voit avec plaisir les héros sauter d'un port de pêche à une capitale en passant par un jardin enchanté, le pays de Galles,... enfiler des bottes de sept lieux, papoter avec un crâne qui claque des dents.
L'avis de Lilly, celui d'ActuSF.
Et pour la route, un extrait de ce merveilleux dessin-animé, tellement magique que ça en devient indécent.
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22.08.2008
Il faut sauver Saïd

Saïd aime les mots, le français, son dictionnaire et être bon élève. En tout cas, il aimait avant le collège Camille Claudel et ses 1200 élèves, le bruit, le racket, le mépris et la haine de ceux qui veulent détruire tout ce qui est beau et bon. Ce n’est pas qu’il ne veut pas s’en sortir Saïd, mais comment lutter quand on a 11 ans, une famille déchirée par la délinquance et la religion. A quoi s’accrocher ? Un tableau vu pendant une visite scolaire au musée d’Orsay ? L’amitié de son copain Antoine ? Le professeur d’histoire-géographie qui ressemble à l’acteur de Mission : impossible ?
Mois après mois, Saïd raconte dans son cahier sa vie d’enfant des cités. Une vie qui a radicalement changé depuis qu’il est entré en sixième et qu’il a quitté le petit monde douillet de l’école primaire pour la jungle d’un collège sans âme. Smadja ne caricature pas. Au contraire, avec des mots simples, elle donne à voir à ses jeunes lecteurs et aux adultes qui auront la curiosité d’ouvrir son roman un quotidien qui fait froid dans le dos mais qui n’est pas exempt d’espoir et de petits bonheurs. Avec intelligence, elle aborde des thèmes graves : l’extrémisme religieux auquel se livrent des adolescents perdus, le chômage, l’échec scolaire, l’avenir fermé malgré l’énergie et la volonté des parents, des enseignants. Alors bien sûr on peut reprocher un brin de caricature, un trop plein de tendresse et une fin peut-être trop idyllique, mais on ne peut que d’attacher à ce gamin. Saïd tente de garder la tête haute, de protéger son tout petit frère, sa sœur, la belle et grande Samira qui a décidé de vivre en femme libre ; Tout en sachant qu’il n’est pas meilleur que les autres, qu’il peut céder au chantage, renoncer à intervenir pour se protéger. Qu’il a besoin de l’aide et de la protection des adultes alors qu’il est contraint de quitter le monde de l’enfance de la manière la plus violente qui soit.
Le tout est ponctué des définitions de ces mots qu’aime tant Saïd : invectives, rictus, abdiquer, tintamarre, admonestation, apogée, dignité, méditer, mépriser, etc.
Un beau roman sur la vie et le destin.
« Devant moi, les lignes forment des lignes comme les mailles d’un filet dont on ne peut pas s’échapper. »
Brigitte Smadja – Il faut sauver Saïd, Neuf de l’Ecole des loisirs, 2003, 92 p.
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05.08.2008
A vos dictionnaires!!!

Vladimir a voulu fêter à sa manière la naissance du tout petit riquiqui duc Ivan avec un poème ! Un poème plein de V et rimes en vlan ! Un poème que le grand-duc n’a pas du tout, mais alors pas du tout apprécié ! Résultat : tous les mots en v sont purement et simplement interdits et la police spéciale de Répression du V créée !
Seulement, avec la lettre 22 en moins, est-il encore possible de parler ? Et de penser ? Et de sentir ?
Voilà un roman pour les plus jeunes fort agréable ! Je connaissais Marie-Aude Murail par ses œuvres pour adolescents, mais je découvre là qu’elle est tout aussi douée pour les autres ! Ce dont il est question ave finesse sous la forme d’un conte drolatique n’est rien moins que le pouvoir des mots, de la poésie et des chansons !
Une lettre vous manque et tout est dépeuplé ! Rien de plus vrai ! Car le vent, ce n’est pas le zéphyr ou la brise ! » Je vous adore », ce n’est pas la même chose que « Je vous aime » ! Les mots ont leur importance ! C’est ce dont tout le monde va très vite se rendre compte ! Mais impossible de résister quand la police veille au grain ! Qui aurait envie de perdre sa langue, voire sa tête pour avoir laisser échapper ce petit son si anodin ! Même le grand-duc va se rendre compte de sa bêtise, et du fait qu’avoir le pouvoir absolu n’empêche pas de faire des erreurs, bien au contraire !
Heureusement que les enfants sont moins idiots, et bien plus courageux que les adultes !
Une jolie histoire qui laisse avec le sourire !
Marie-Aude Murail, 22 !, Mouche de l’Ecole des loisirs, 2008, 51 p.
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07.03.2008
Toujours plus loin vers l'ouest

Jean-Claude Mourlevat, L’enfant Océan, Pocket jeunesse, 2002, 151 p.
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11.11.2007
Avalon, embarquement immédiat, embarquement immédiat!

Eva Ibbotson, Le secret du quai 13, Ablin Michel, coll., Wiz, 2005,234 p.
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07.11.2007
A l'aventure compagnon!

Eva Ibbotson, Reine du fleuve, Albin Michel, coll. Wiz, 2004, 379 p.
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28.09.2007
Un si grand amour

Après Tomek dans La rivière à l’envers, c’est au tour d’Hannah de raconter son voyage. Un voyage bien différent de celui de son compagnon, plus dangereux et épique encore.
Je viens de tomber en amour. Non, non, pas d’un machin qui respire ! Attendez que je vous explique. Il y a quelques jours je terminais totalement enchantée La rivière à l’envers de Jean-Claude Mourlevat. Et bien après la lecture d’Hannah, je peux affirmer que je suis complètement conquise.
Brinquebalée dans un métro bondé, humide et bruyant comme à l’accoutumée, je me suis lancée dans ce roman qui est le pendant de La rivière à l’envers. Et j’ai tout oublié, transportée dans un autre univers par le magicien Mourlevat. J’ai souri, soupiré, tremblé un peu, sous les yeux un peu éberlués du monsieur assis en face de moi ! Et j’ai réitéré jusqu’à tourner la dernière page.
Déjà l’idée me plaisait. J’ai toujours bien aimé redécouvrir une histoire par les yeux d’un autre personnage. Mais en plus, Jean-Claude Mourlevat gagne en puissance et en poésie par rapport à La rivière à l’envers.
Autant Tomek était un rêveur un peu mou par moment, se laissant porter par les événements et la chance, autant Hannah fait preuve d’une énergie sans faille ou presque et d’un courage proche de la folie. Elle sait où elle va et ne se laisse jamais décourager, acceptant la perte de certaines choses pour atteindre ce qu’elle veut, apprenant à chaque étape de son voyage. Cela en fait un personnage que je préfère à celui de Tomek. Je la trouve plus touchante, plus adulte sans doute aussi. Une femme avant l’heure, amoureuse, sûre d’elle et de ses choix même les plus difficiles.
Quand à ses aventures… Jean-Claude Mourlevat développe de nouveaux mondes tout aussi poétiques et absurdes que ceux qu’il avait construits dans La rivière à l’envers. J’ai particulièrement aimé sa description du désert et des caravanes, mais aussi le pays des moches ! On est parfois proche du conte détourné, tout en flirtant avec le roman d’aventure mâtiné d’une bonne louchée de roman initiatique. Mélange étrange, mais passionnant, servi par un style agréable à lire.
C’est une œuvre plus intéressante que La rivière à l’envers, plus profonde à mon sens. J'aurais encore des choses à dire, mais il faudrait trop en dévoiler. Hannah m’accompagnera un petit moment je pense.
Pour le plaisir, les dernières phrases : « Maintenant, comme promis, je vais me taire. L’histoire est finie. Il n’y a plus rien à dire. Mais puisqu’il faut un dernier mot, moi, la bavarde, je choisirai le plus joli de tous. Je l’ai appris dans le désert. Il se prononce silence. »
Jean-Claude Mourlevat, Hannah, Pocket jeunesse, 2002, 157 p.
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25.09.2007
Chou blanc et blanc chou ne sont guère les mêmes

En un temps où l'on n'avait pas encore inventé le confort moderne, il y avait tout de même les arcs-en-ciel, la confiture d'abricot avec des amandes dedans, les bains de minuit et aussi les chagrins d'amour et le rhum des foins. C'est dans cet autrefois que vit Tomek, dans un petit village dont il tient l'épicerie. Il y vend tout Tomek. Ses tiroirs regorgent de trésors. Mais il n'a pas d'eau de la rivière Qjar, la rivière qui coule à l'envers et dont l'eau, lorsqu'elle cesse de couler donne la vie éternelle. Cete eau que lui demande la jolie demoiselle de passage dont il tombe amoureux. Faute d'avoir pu la satisfaire et su la retenir, il va partir sur ses traces. Peut-être ne l'aurait-il ps fait s'il ne s'était tant ennuyé...
Quelle différences entre une rivière qui coule à l'endroit et une rivière qui coule à l'envers? Ni plus ni moins celle qui sépare le joli quotidien de la magie! Avec la rivière à l'envers, Jean-Claude Mourlevat offre à ses lecteurs une petite merveille de roman. Beaucoup de poésie dans ces pages, et une utilisation des figures du merveilleux qui laisse un grand sourire aux lèvres. La forêt de l'oubli qui efface de la mémoire des vivants ceux qui pénètrent en son sein, la prairie aux fleurs tellement odorantes qu'elles rendent fous ceux qui la traverse, l'île inexistante puis existante, et finalement la rivière elle-même sont un cadre idéla aux aventures de Tomek. A chacune de ses étapes, il rencontre des hommes ou des femmes qui lui permettent de grandir, de s'affirmer et de comprendre le monde qui l'entoure. Il est question de la mort dans ce roman, mais aussi de l'amour, de l'amitié, du courage.
Avec la quête de l'eau de la rivière Qjar, Tomek quitte le domaine du rationnel. Il passe en quelque sorte de l'autre côté du miroir. Mais si ses aventures sont "réelles", elles ne sont que le prétexte à lui faire comprendre que le merveilleux et le bonheur sont aussi dans son village, dès lors qu'il sait ouvrir les yeux.
Une belle découverte. Je vais lire avec plaisir d'autres de ses oeuvres.
Jean-Claude Mourlevat, La rivière à l'envers, Pocket Junior, 2000, 190p.
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20.09.2007
Je veux changer de soeur... Enfin, certains jours!

Voilà un joli petit roman sur lequel je suis tombée au hasard des rayonnages de la biblitohèque.
Emma, douze ans, n'est pas une adolescente comme les autres. Elle est certes préoccupée par sa rentrée scolaire, par les nouveaux amis à se faire, par les professeurs, mais surtout, elle a une petite soeur, Aliénor. Jusque là rien que de très normal. Sauf qu'Aliénor est autiste. Et qu'entre un père qui fuit dans le travail et une mère fermement décidée à s'occuper seule et envers et contre tous de la petite, la vie d'Emma a quelque chose d'un enfer. Jusqu'au jour où le vase déborde.
Si j'ai apprécié ce roman destiné aux enfants et jeunes adolescents, c'est pour le traitement sensible que fait l'auteur, Sylvaine Jaoui, du thème du handicap. Pour une fois, ce n'est pas une ode à la différence et à la tolérance, avec bons sentiments à la clé.
Emma aime et déteste sa soeur. Un peu comme ceux qui ont des frères et soeurs ont pu à la fois aimer et détesté leur fratrie, mais en pire. Elle la déteste non pas parce qu'elle existe, mais parce qu'à cause d'elle, elle a perdu sa mère et son père. Absent pour l'un, centrée autour de l'enfant malade pour l'autre, ils ne s'occupent plus guère d'elle. Emma se sent transparente à une période de sa vie où plus que jamais, elle aurait besoin d'attention. Sa mère, par sa volonté e vivre le quotidien avec Aliénor en oublie les sentiments de sa fille ainée. Sa souffrance, réelle, n'existe pas à ses yeux, seule l'enfant malade ayant finalement le droit d'avoir mal.
Sylvaine Jaoui pose mine de rien de vraies questions sur la maladie, sur la place de l'enfant malade dans la famille, sur le rôle des parents, sur la jalousie, sur le regard de ceux qui ne savent pas. Le problème d'Emma n'est pas tant sa soeur que sa difficulté à rendre publique l'existence de cette soeur. Elle n'ose pas en parler, et ce secret qu'elle garde rend bien difficile toute amitié. La moindre chose devient une épreuve. Inviter une amie, faire des courses, etc. Emma est à la fois rendue plus mature par cette épreuve, et en même tant fragilisée.
Tout est bien qui finit bien, mais le lecteur aura eu avant une évocation fine et sensible de l'adolescence et une approche concrète de ce qu'est l'autisme.
Sylvaine Jaoui, Je veux changer de soeur!, Casterman, 2003, 75 p.
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06.04.2007
Honte sur moi!
Parce que je suis pire que Camille! Qui est Camille? Un sympathique jeune garçon de 10 ans qui vit un drame. A son âge antédiluvien, il n'est pas marié! Et pire, il n'est pas amoureux! Ce qui fait de lui la honte de la famille! Que devrais-je dire alors, moi qui ai coiffé Sainte-Catherine! Enfin, là n'est pas la question. Camille décide de tomber amoureux. Car quand on veut, on peut:!
Un sympathique court roman. On se souvient de la capacité qu'on avait à 10 ans à se torturer quand on ne comprenait pas si bien que ça le fonctionnement du monde des adultes. Arnaud Catherine pose un regard attendri sur son héros et mène tombour battant une intrigue légère mais attachante.
"Parfois je me dis que tout ça, c'est la faute des parents. Comme souvent dans la vie."
Arnaud Catherine, Je suis la honte de la famille, Neuf de l'Ecole des Loisirs, 2006.
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