23.10.2009
Thomas Drimm, La fin du monde tombe un jeudi - Didier Van Cauwelaert

"J'AI 13 ANS MOINS LE QUART
ET JE SUIS LE SEUL
A POUVOIR SAUVER LE MONDE
SI JE VEUX."
Tiraillé entre la femme de ses rêves et un vieux savant parano réincarné dans un ours en peluche, Thomas va découvrir, de pièges en rebondissements, l'exaltant et périlleux destin d'un super-héros à mi-temps.
Course contre la montre et voyage initiatique, cette aventure de Thomas Drimm, au suspense haletant et à l'humour féroce, a tout pourt passionner les lecteurs de douze à cent douze ans."
Ou comment Thomas se retrouve à assassiner un vieux professeur bougon à l'aide de son cerf-volant, à abriter ledit professeur dans son ours en peluche et à patauger dans les ennuis.
J'ai retrouvé dans ce premier tome des aventures de Thomas, les raisons pour lesquelles j'aime les littératures dites de l'imaginaire. Elles, plus que toute autres, permettent de parler de notre monde et de ses évolutions. Didier Van Cauwelaert ne se prive pas de ces possibilités. Le monde de Thomas est un véritable cauchemar: puce implantée dans le cerveau, contrôle et punition par déclassement social de toute transgression, pénalisation de tous les aspects de l'existence de la conception des enfants à la mort. Autant dire qu'on pense très fort aux puces RFID et à certains nombres d'événements. Ainsi qu'à nombre de classiques de la SF. Ceci dit, si le fonds est riche de références et porteur de réflexion plus intéressantes les unes que les autres, il n'est en rien un obstacle au plaisir de la lecture: Thomas et le professeur sont des personnages attachants et leurs aventures s'enchaînent tambour battant, faisant penser à un feuilleton (ce que Thomas Drimm a été puisqu'il a été publié en épisodes sur téléphone portable cet été). Le premier est d'ailleurs un adolescents fort crédible dans ses petites crises et le second provoque quelques scènes pour le moins cocasses. Il faut dire qu'habiter le corps d'un vieil ours en peluche n'est pas de tout repos!
Il est vrai que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans cet univers et à me faire au style de Didier Van Cauwelaert, mais une fois installée dans le récit, la lecture a été facile et agréable. Certes les ficelles se voient parfois un peu mais il y a du potentiel chez Thomas Drimm, et des choses tout à fait intéressantes qui donnent envie de savoir ce qu'il va bien pouvoir se passer dans le tome 2. Après tout, maintenant que le décor est planté, la lutte entre le Bien et le Mal va sans doute déployer toute la complexité qu'on aperçoit par moment dans les décisions que doit prendre Thomas et les mystérieux Nox et Noctis. Rien de révolutionnaire donc, mais après tout, en est-il besoin? Thomas Drimm est un bon roman d'aventure, le récit du passage à l'âge adulte d'un adolescent confronté aux dérives d'un monde qui permet de réfléchir au notre.
07:00 Publié dans Littérature pour "Adolescents", Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : la sf c'est fantastique!
11.10.2009
A-Apocalypse

Moz joue de la musique depuis des années avec son meilleur ami, Zahler. Les choses vont brutalement changer le jour où sa route croise celle d'une guitare mythique et de Pearl, surdouée, musicienne et fermement décidée à monter un groupe avec les deux compères. Et son amie Minerva qui se remet d'une étrange maladie. Ensemble, ils parviennent à créer une atmosphère, une musique étrange qui entre en résonnance avec le monde qui tombe en ruine autour d'eux. Rats, vampires, chats et vers, la bataille pour la survie de l'espèce humaine a commencé.
Il y a déjà belle lurette, j'avais lu avec enthousiasme le V-Virus de Scott Westerfeld, une variation intéressante sur le thème du vampire. Or, V-Virus a eu une suite. Et bien évidemment arriva ce qui devait arriver, cette suite croisa ma route. Comme chacun le sait maintenant, je suis faible et ma main s'est donc automatiquement tendue vers ce roman. Qui se lit très vite. Qui n'a pas fait long feu. Et qui m'a beaucoup plu.
Parce que Scott Westerfeld n'a pas perdu la main. Plutôt que de donner une suite linéaire à son premier tome, il a choisit de changer totalement de point de vue. Plus d'étudiants, plus de biologie, mais de la musique, et la volonté d'un petit groupe d'adolescents fort attachants de monter un groupe et de faire connaître leur musique. Celle qui les habite et les fait avancer. Ce qui commence comme une aventure presque banale prend un tour progressivement plus angoissant jusqu'à l'explosion, la chute du monde tel qu'ils l'ont connu et la découverte de cet univers étrange où les vampires sont les protecteurs de l'humanité. Ce qui est intéressant est la position que l'auteur donne au lecteur. En lisant le premier tome, on découvre les vampires, les vers, et la lutte millénaire qui les oppose. Dans le second, c'est plutôt la manière dont cette lutte émerge au grand jour qui est au centre du récit. On assiste à la prise de conscience, aux angoisses, à la destruction, aux batailles et à la naissance de la volonté de se battre et de gagner. D'une chronique adolescente, on passe à un récit apocalyptique. Autant dire que la montée en tension est comme il faut!
Intéressante aussi la place centrale accordée à la musique: elle devient une arme, ce qui est une manière de montrer que l'art, la musique comme d'autres discplines est un moyen de lutter et d'affirmer. Et ce qui ne gache rien, Westerfield utilise à merveille son thème, employant des noms de groupesparfaitement adaptés comme tête de chapitre! J'ai passé un certain temps ensuite à les chercher et les écouter, découvrant au passage quelques perles!
Mon seul regret, la fin est un peu rapide, et sans doute un peu trop happy end au regard de l'univers sombre qui la précède, mais il n'y a pas là de quoi bouder son plaisir!
Virginie en parle.
Westerfeld, Scott, A-Apocalypse, Milan, 2008, 3.5/5
28.09.2009
Eon et le douzième dragon - Alison Goodman
Des dragons il y en a douze, douze créatures capables de manipuler l'énergie naturelle présente en toute chose. Par cycles de douze ans, l'un d'eux devient ascendant du cycle de puissance de douze années. Mais depuis 300 ans, un des dragons, le dragon miroir a disparu. Malgré cela, 11 hommes communient avec les dragons pour protéger le pays, leur alliance avec ces créatures leur donnant un pouvoir phénoménal qui les épuise petit à petit.
C'est la veille du premier jour de la nouvelle année, la veille de la cérémonie qui va voir douze garçons de douze ans faire face au dragon ascendant qui va choisir l'un d'eux comme apprenti Oeil du Dragon. Eon est un de ces garçons. Depuis sa naissance il a le pouvoir de voir tous les dragons énergétiques, un don parmi les plus rares qu'il garde secret. Mais ce n'est pas le seul secret qu'il dissimule: Eon n'est pas un jeune garçon de douze ans, il est en fait Eona, une jeune fille infirme de 16 ans, ce qui devrait, de fait, lui interdire le monde de la magie et du pouvoir, strictement réservé aux hommes. Or, si le dragon Rat, ascendant de cette nouvelle année ne la choisit pas, le dragon Miroir réapparaît et en fait son Oeil du Dragon C'est le début de bien des aventures à la cour impériale
Chine impériale, récit d'apprentissage, aventure, amour, Eon et le douzième dragon avait a priori toutes les qualités requises pour me conquérir. L'essais a été transformé avec brio.
Alison Goodman s'est manifestement documentée, et passionnée par son sujet, brosse des décors et des personnages inspirés de la Chine impériale absolument magnifiques. Le résultat est tout simplement époustouflant: l'univers d'Eona est cohérent, crédible et passionnant. Les descriptions de la cour, des vêtements, des cérémonies sont fascinantes et souvent poétiques. Elle a intégré en finesse des éléments de la philosphie du tao et des arts qui en découlent: feng shui, arts martiaux, tout est question d'équilibre entre le lin et le yan, les principes contraires. Mais dans le monde d'Eona, l'équilibre a été rompu, ce qui se traduit dans les structures sociales, les jeux de pouvoir et, symboliquement, dans le fait que le cercle de pouvoir des dragons a été déséquilibré par la disparition mystérieuse du Dragon Miroir. Eona représente ce déséquilibre: normalement, ses talents auraient du rester lettre morte. Fille, elle aurait du rester cantonnée à la sphère des activités féminines: enfants, maison, soumission à l'époux.Ou mourir esclave, puisqu'elle avait été vendue à une mine de sel. Pour pouvoir exploiter ses talents, elle est contrainte à se travestir, à effacer toute trace de féminité au point de se droguer pour faire disparaître les preuves de sa nature de femme. Situation qui la met en danger de bien des manières: danger physique d'être découverte et donc executée pour cette dissimulation et avoir osé briser la loi interdisant aux femmes de devenir Oeil du Dragon, danger mental aussi. IL va falloir qu'elle se réconcilie avec sa féminité, qu'elle l'affirme et l'assume pour avoir une chance de survivre.
Finalement, c'est surtout la question de l'identité et du rejet qui sous-tend le récit: Eona n'est pas la seule dont l'identité est brouillée. Autour d'elle il y a des travestis, comme Dame Dela qui est Contraire, une âme de femme dans un corps d'homme, il y a des Ombres de Lune, des eunnuques dont certains se droguent pour conserver un corps viril. Il y a ceux qui sont rejetés aussi, les infirmes surtout, dont la malchance pourrait "infecter" ceux qui les entoure. Eona et ses compagnons évoluent dans un monde cruel où la survie est rien moins qu'aléatoire, à plus forte raison dans une cour où les ambitions et les luttes de pouvoir gangrènent tout. Eona va se retrouver prise au piège dans les intrigues de cours et dans le combat qui oppose l'empereur et son frère Sethon et qui se répercute dans le cercle des Oeils du Dragon. Eon devient le partisan de l'empereur, s'opposant de fait à l'Oeil du Dragon ascendant, Sire Ido. Le retour du Dragon Miroir marque le passage d'un conflit souterrain en guerre ouverte. Autant dire que les rebondissements vont s'enchaîner. Le tout donne un récit parfois un brin longuet mais passionnant: on suit Eona dans sa découverte de la cour, dans sa prise de conscience des enjeux de sa présence, dans ses combats et dans sa découverte de l'amour. Après tout il faut bien qu'il y ait un peu d'amour!
Je n'ai qu'une chose à dire, vivement le tome 2 pour savoir ce qu'il va advenir d'Eona et qui va conquérir son coeur!
Fashion en parle, Lael aussi, tout comme Karine), et bien d'autres!
Goodman, Alison, Eon et le douzième dragon, Gallimard jeunesse, 2009, 4/5
07:00 Publié dans Littérature pour "Adolescents", Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : dragons, goodman
23.08.2009
Memory Park

Poldavie, 2022. Trois ans après le génocide qui a touché la population d'origine ukrainienne, le gouvernement lance une campagne d'effacement de la mémoire des survivants. Pour la paix de la société poldave et le bien de tous. Mais certains ne veulent pas perdre leur mémoire. Pavel Soutine est de ceux-là. Ce qu'il sait va faire de lui la cible privilégiée des services gouvernementaux.
J'ai finalement assez souvent l'occasion de hurler mon amour pour les littératures de l'imaginaire mon intime conviction que les romans qui relèvent de ces genres sont parmi ceux qui parlent le mieux du monde qui nous entoure et de ses enjeux. Memory Park ne déroge pas à la règle, Fabrice Colon offrant à ses lecteurs un texte percutant et intelligent sur les enjeux de la mémoire collective et les mouvements nationalistes qui s'éveillent de temps à autre à la violence.
Sa Poldavie, petit état récemment indépendant d'Europe de l'Est est totalement crédible. On retrouve au fil des pages tout ce qui a hanté les pages des journaux dans les années 90 et au début des années 2000: les revendications indépendantistes, les mouvements de population, les crispations identitaires, les tensions ethniques et religieuses, les affrontements, l'impuissance des grandes puissances... Et surtout, le cheminement lent et terrifiant qui mène des hommes à exterminer leurs semblables au nom de valeurs dévoyées et faussées. J'ai été, faut-il le dire, impressionnée par la qualité de la trame et du paysage politique imaginés par Fabrice Colin.
Ce cadre, et les événements qui se sont déroulés en 2019, le lecteur les découvre au fil des souvenirs d'un adolescent, Pavel, un des rares survivants de la vague de violence qui a déferlée sur la Poldavie, et de sa lutte contre le "devoir d'oublier" prôné par le gouvernement poldave trois ans après que des camps d'extermination aient fait leur réapparition. Le devoir d'oublier, comme pendant au devoir de mémoire. Les aventures de Pavel posent une question fondamentale: peut-on faire oublier le pire au nom du bien collectif, peut-on purement et simplement effacer ce qui dérange pour éviter d'y faire face et de risquer la réprobation des générations futures? Le message est fort, complexe, d'autant plus complexe que Fabrice Colin n'y apporte pas de réponse toute faite et évite soigneusement tout sentimentalisme ou sensationnalisme morbide. Pavel oscille entre l'envie d'oublier, la colère, la volonté de rapporter au monde ce qui s'est passé. Seule certitude, la nécessité du témoignage. Questions et amorce de réponse sont distillé au fil des aventures vécues par Pavel et son entourage, aventures qui ne m'ont pas toujours convaincue, mais permettent de maintenir un suspense efficace.
La construction assez ambitieuse du texte avec de constants aller-retour du présent au passé, les thèmes abordés, les personnages complexes, tout concourt à faire de Memory Park un roman pour adolescent intéressant et passionnant, non pas essentiel, mais utile pour soulever sous un angle nouveau les questions du devoir de mémoire, du génocide, de la manipulation. et rappeler que l'histoire se répète trop souvent.
Colin, Fabrice, Memory Park, Mango, coll. Autremonde, 2007, 4/5
12:46 Publié dans Littérature pour "Adolescents", Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : fabrice colin, l'anticipation c'est d'la balle, la sf c'est intelligent
31.03.2009
Miss Charity

Charity aime les animaux, les champignons et les moisissures, trembler en écoutant les histoires sanglantes que lui raconte Tabitha la bonne écossaise, peindre à l'aquarelle et se promener dans la campagne, échevelée et mal habillée. Des choses auxquelles une petite anglaise de la bonne société des années 1880 ne devrait pas s'intéresser et qui deviennent le centre de son existence.
Il y a des romans comme ça qui ensoleillent, rendent le sourire et donnent envie de croquer la vie à pleines dents. Miss Charity est du nombre. C'est une petite merveille de délicatesse, de tendresse, d'humour et de bonheur où se croisent des tortues, des souris, un rat, des canards, une pie voleuse et bavarde, un lapin magicien, une ânesse, quelques parterres de champignons, un serpent à deux tête et des humains pas toujours bien malins.
Miss Charity c'est d'abord une histoire, celle de Charity. Charity n'a pas la vie facile, grandissant entre une mère étouffante et un père mutique, tous deux engoncés dans les conventions et la piété d'une société anglaise puritaine et rigide. On la suit petite fille découvrant la vie foisonnante du jardin, se taisant devant les amies de sa mère, incapable de regarder son père, puis grandissant et exerçant un sens critique aiguisé par l'observation de ses compagnons à poils et à plumes. C'est un personnage attachant, maladroit, exubérant, et toujours fourré dans les situations les plus rocambolesques et gênantes, surtout quand Kenneth, l'exaspérant Kenneth est là pour la surprendre. Une excentrique à qui est promis l'avenir d'une vieille fille à charge de sa famille et qui va prendre un envol et une indépendance choquante pour son milieu grâce à une gouvernante française toute pâle, un répétiteur allemand pas très beau mais très intelligent, une bonne paresseuse mais débrouillarde, un éditeur timide et des enfants séduits par les petites histoires qu'elle raconte. A travers le regard d'abord naïf puis de plus en plus lucide de Charity, c'est tout un tableau de l'Angleterre qui se déploie au fil des pages, des rues embrumées de Londres aux champs et aux rivières de la campagne anglaise, de la haute société au monde des asiles, des orphelinats et des tavernes.
Miss Charity, ce pourrait être une biographie déguisée de la célèbre Miss Potter, c'est un mélange de roman et de pièce de théâtre détonnant. Marie-Aude Murail parvient à faire un tableau criant de vérité de l'Angleterre de l'époque et à manier un humour so british qui fait mouche à chaque page. Les dernières pages sont à cet égard un monument du genre, les citations croisées d'Oscar Wilde et Bernard Shaw à la manière d'une finale de Roland Garros étant à l'égal des dialogues des meilleures comédies. D'ailleurs, tout le roman ferait une merveilleuse pièce de théâtre: Marie-Aude Murail déploie son sens du rythme, du dialogue, de la réplique qui fait mouche. Les références fourmillent et c'est un bonheur de les repérer aux détours d'une phrase ou d'un dialogue. A tout cela s'ajoutent les superbes illustrations de Philippe Dumas qui accompagnent et complètent le texte avec pertinence et finesse tout en donnant envie de retourner vers les délicates et merveilleuses petites histoires de Beatrix Potter qui a inspiré l'histoire comme les illustrations.
C'est enlevé, passionnant de bout en bout, intelligent et profond, c'est, vous l'aurez je pense compris, une merveille de roman qui s'avale d'une traite malgré son épaisseur imposante. Un des premiers coups de coeur de cette année qui va gagner une place d'honneur sur les étagères dès que j'aurai eu le temps d'aller le quérir en librairie pour pouvoir le feuilleter à ma guise et rêver, rire, frémir de nouveau avec Charity.
L'avis de Cathulu, de Cuné, Lael, Emjy, Fashion,...
Marie-Aude Murail, Miss Charity, L'école des loisirs, 2008, 562 p., 5/5
07:00 Publié dans Littérature pour "Adolescents" | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : et si je me mettais à l'aquarelle?
10.03.2009
L'étrange vie de Nobody Owens

Nobody Owens n'est pas transparent, il ne se promène pas recouvert d'un drap en agitant des chaînes, ni en poussant des cris perçants et terrifiants. Non, Nobody Owens est un petit garçon tout à fait normal. Sauf qu'après l'assassinat de sa famille, il va trouver refuge dans le cimetière en haut de la colline et être adopté par M. et Mme Owens, décédés depuis un temps certains. Protégé part Silas, un être étrange ni vivant ni mort, élevé par un couple de fantômes, choyé par tous les fantomatiques habitants du lieu, il va grandir protégé des dangers d'un monde extérieur bien trop proche pour ne pas être dangereux.
Il va sans dire qu'avec mon amour immodéré de Neil Gaiman, on peut me soupçonner de ne pas être vraiment objective quand je clame que je trouve une de ses oeuvres absolument et totalement géniale, fabuleuse, transcendante, enthousiasmante, et tous qualificatifs en -ante dithyrambiques que vous pourrez ajouter à la liste. Or, je plaide non coupable, car (si cela est possible), quand Neil Gaiman est moins bon, il est encore extrêment bon. Et comme L'étrange histoire de Nobody Owens est fort bon... Bref, vous l'aurez compris, j'ai aimé et je peux avancer de bonnes raisons pour ça.
Là où l'on pourrait penser trouver une gentille histoire de fantômes pour petits, Neil Gaiman emprunte des chemins de traverse pour offrir à ses lecteurs, grands et petits, un roman plein de poésie, de tendresse, d'un brin de magie, de mystère et de rebondissements. Un peu comme Coraline avec un univers différent mais qui raconte aussi, même si c'est sur un autre mode comment on peut passer de l'autre côté du miroir et ce qu'il s'y passe. L'autre côté du miroir dans ce cas, c'est l'univers des morts, la différence entre Nobody et ceux qui vivent à l'extérieur, dans un monde qui pour paraître dénué de magie et plus fade, n'en manque pas moins d'attraits quand on sait les reconnaîtres. Et pour les reconnaître, il faut accepter de quitter un peu l'enfance, sans pour autant oublier que la vie peut être magique. C'est le chemin que va faire Nobody, du petit garçon aventureux à l'adolescent décidé et volontaire.
Du début à la fin, on se promène dans les allées d'un monde peuplé de fantômes attachants comme la famille Frobisher et Frobysher dont les enfants jouent dans tous les coins, la mère Slaughter, Nehemia Trot le poète, Liza la sorcière, de personnages mystérieux comme Silas et miss Lupescu, d'autres effrayants comme le Jack ou les goules. Tous sont issus de la tradition des contes et du folklore européen, avec quelques emprunts à des univers plus lointains et sont allégremment réutilisés et mélangés avec la patte si particulière de Neil Gaiman jsuqu'à acquérir une originalité qui n'est jamais dépaysante. J'avoue avoir particulièrement apprécié le fait que rien n'est jamais vraiment nommé, obligeant à deviner ce que sont les personnages, ce dont ils sont capables. De toute manière, dès les premières pages, on est piégé par l'atmosphère créée par l'auteur: un meurtre mystérieux perpétré par un terrifiant personnage, des rues et un cimetière perdus dans une brume qui s'enroule et se déroule au coeur d'une nuit dont on sent la noirceur et l'humidité. Et puis, alors qu'on attend de s'enfoncer dans une terrifiante histoire, tout dérape: une horde de fantômes sympathiques, la mort qui vient faire un tour, des discussions agitées, de l'humour à revendre, un revenant qui essaie d'être terrifiant et n'y parvient pas. Et la pointe d'amertume qu'il faut par-dessus pour que jamais la miévrerie ne devienne une menace.
J'ai particulièrement aimé être accompagnée dans ma lecture par les illustrations de Dave McKean (que j'apprécie énormément) qui font du livre un bel objet.
C'est un merveilleux roman, fait pour ceux qui aiment rêver, une lecture doudou qui fait peur juste ce qu'il faut, et qui enrobe dans la confortable chaleur des personnages, une lecture qui fait réfléchir aussi à l'enfance et à l'âge adulte, aux chemins que nous prenons et à la nécessité, toujours, de continuer à s'émerveiller.
L'avis de Yue Yin, de Fashion, Karine, Pimpi, SBM,...
Neil Gaiman, L'étrange histoire de Nobody Owens, Albin Michel, Wiz, 2009, 310 p.
22:51 Publié dans Littérature pour "Adolescents" | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
03.02.2009
Fleurs de dragon

Japon, 15e siècle. Le pays sombre dans le chaos des guerres civiles. Dans ce contexte troublé, l'enquêteur Ryôsaku est chargé par le shogun de poursuivre un mystérieux groupe d'assassins qui prend pour cible des samouraïs. Accompagné de trois adolescents, Kaoru, Keiji et Sôzô qui maîtrisent le sabre, il prend la route.
Fleurs de dragon est une bonne surprise, un roman plutôt prenant qui se lit d'une traite. Il faut dire que les personnages y sont attachants et pittoresques. Ryôsaku l'inspecteur par exemple, armé de son seul marteau à sagesse qu'il utilise sur lui-même quand ses idées sont embrouillées, et pour faire entrer quelques grammes de sagesse dans la tête pour le moins dure de ses trois compagnons. Et Kaoru, l'adolescent puéril, frondeur et provocateur au grand coeur, Keiji qui ne vit que pour mener à bien une vengeance, Sôzô qui préfère la musique au bushido, les trois soeurs Ninja, adorables pestes qui relâchent des carpes domestiques... Tous acquièrent au fil des pages une épaisseur qui les rend proche du lecteur malgré la période historique lointaine au cours de laquelle ils vivent C'est un des rare reproche que je ferais au roman d'ailleurs, maigre reproche s'il en est: les trois adolescents sont un brin trop adolescents pour un monde où à 15 ans, on passait à l'âge adulte. Mais en dehors de cela, Jérôme Noirez sait utiliser avec intelligence et sans pédanterie aucune le cadre qu'il a choisit pour son histoire. On voit avec plaisir les quatre héros s'apprivoiser, apprendre à se connaître, se soutenir et se chamailler. On en apprend plus au fil des pages sur le Japon féodal et ses coutumes, sur la religion japonaise, le culture, les dissensions politiques. Et sans s'ennuyer puisque tout cela est distillé entre deux rebondissements de l'enquête, deux combats haletants et les mésaventures parfois drôlatiques que subit surtout le pauvre Kaoru prompt à s'attirer des ennuis. Le tout est appuyé par un dossier en fin de roman qui permet d'en apprendre encore plus dans le même esprit.
Bref, l'équilibre se fait sans difficulté entre roman policier et roman historique dans l'humour, le frisson et le plaisir de lire un bonne histoire de fantômes qui n'en sont pas. Fortement conseillé!
L'avis de Francesca, d'Algernon, de Sylvie, de Tvless.
Le Cafard cosmique en parle avec un enthousiasme communicatif.
L'auteur a un site.
Pour la petite histoire, Fleurs de dragon a été sélectionné pour le Prix des mordus du polar 2009.
Jérôme Noirez, Fleurs de dragon, Gulf Stream, 2008, 4/5
07:00 Publié dans Littérature pour "Adolescents" | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : jérôme noirez, sabres et maillet, trois grammes de sagesse
22.10.2008
Breaking down
Je pourrais faire passer ça pour un talent inné de l'a-propos, pour la volonté sans faille de ne pas parler avant que les lieux de perdition que sont les librairies ne soient approvisionnées en version française, mais force m'est de reconnaître que je suis juste en retard, la faute à une flemmingite aigüe, aux vacances et à un rhum. Ben oui! Et pourtant, pourtant, je l'ai lu en anglais mesdames et messieurs! Une performance que tout ceux qui connaissent mon niveau d'anglais jugeront à sa juste valeur! Une folie qui dit assez à quel point j'avais envie d'en savoir plus!
Bref. Revenons à nos vampiresmoutons. Edward veut Bella, Bella veut Edward. Seule condition posée par notre vampire préféré pour transformer Bella, un mariage. Une demande à genoux, une bague et un consentement paternel plus tard, nos tourtereaux repartent vers de nouvelles aventures.
Je ne sais pas trop quoi dire que Fashion n'ait pas déjà dit. Le moins qu'on puisse dire est que Stéphanie Meyer remplit amplement son contrat. Ce quatrième tome attendu par des hordes de fans en folie tient toutes ses promesses! Pas de spoiler ici, je ne tiens pas à mourir dans d'atroces souffrances, mais je pense pouvoir tout de même écrire que rien n'est épargné aux héros et aux lecteurs. Plutôt que de choisir une veine guimauve du genre "il vécurent heureux et chassèrent plein de pumas dans la montagne", Stéphanie Meyer surprend et brode à merveille sur le thème qu'elle a choisi, continuant par ailleurs de tirer les ficelles de ce qu'elle a mis en place dans les trios tomes précédents sans les perdre. Et quand je dis qu'elle surprend, elle surprend (même s'il y a certaines choses que j'ai senti venir ce qui m'a éviter de hurler)! Je trouve même à titre personnel que ce qu'elle met en place en terme de mythe vampirique ouvre des perspectives intéressantes. Elle n'hésite pas à parler galipette, relations familiales, amicales, tolérance tout en parvenant à garder le rythme et le suspense. Chose appréciable, on ne reste pas dans le huis-clos de la famille Cullen, mais on découvre de nouveaux personnages avec leurs pouvoirs, et d'autres que l'on connaissait moins, comme Leah, finalement bien plus attachante que ce que l'on aurait pu croire.
L'alternance des points de vue Bella-Jacob-Bella donne une dynamique intéressante au récit et permet, avec le changement de regard sur les événements de creuser mieux la psychologie des personnages. Et ce qui ne gâche rien, Jacob fait un narrateur hilarant, fascinant, attachant et touchant. Edward est fidèle à lui-même et toujours aussi fabuleux! On a les réponses aux questions que l'on pouvait se poser, l'univers de Fascination s'étoffe et prend de l'ampleur, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes! Seul regret sur la fin, la tension retombe un peu comme un soufflé. Ceux qui ont déjà lu sauront de quoi je parle!
En attendant de pouvoir vérifier quelques petites choses en VF, j'ai relu les trois premiers tomes histoire de confirmer mon avis sur le tout... On ne se refait pas! Et mon avis sur le tout? Une sacrément bonne série malgré quelques grosses ficelles et un style parfois un peu trop simple!
07:00 Publié dans Littérature pour "Adolescents" | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : jacccoooob, edwwwwaaard, vampires et loups-garous again, révélations, stéphanie meyer
10.10.2008
Et tu te soumettras à la loi de ton père

" La foi, entre les mains d'un homme comme toi, c'est une arme de poing. Une arme blanche. Elle fait infiniment plus de mal que de bien."
Une famille si bien comme il faut, terrorisée par un père fanatique. Les mots d'une enfant, cinglants, vivants, rendus lumineux par la force d'une révolte qui ne peut encore dire son nom mais qui lui permettra, un jour, de dépasser le désamour de son père, la soumission de sa mère, le silence qui pèse sur une maisonnée en suspens.
Marie-Sabine Roger offre un texte d'une force abasourdissante. A travers sa narratrice, elle démonte les rouages d'une destruction systématique de la beauté, de la joie, du bonheur. Ce père, aigri par ses échecs a basculé de la foi au fanatisme, oubliant ce que signifie la compassion, la charité, l'amour de son prochain. Il cache ses doutes, ses mauvaises pensées, ses failles sous des citations, une austérité, des contraintes, utilisant la seule arme à sa disposition pour exercer son pouvoir sur ceux, plus faibles qui l'entourent, maintenir sa femme enfermée, étouffer ses enfants, détruire encore et encore. Une arme qui ne résiste pas au fait que ses enfants grandissent et échappent peu à peu à son influence. Le récit est celui de la prise de conscience progressive d'une enfant de l'anormalité, de l'injustice de ce qu'elle subit au quotidien. Ce n'est pas la religion, la foi qui est mise en accusation, mais l'utilisation qui en faite, l'intolérance qui la prend pour caution. Si c'est le catholicisme qui est au coeur du récit, ce pourrait aussi bien être les orthodoxies de tout poil, et toute les croyances et idéologies qui font oublier à ceux qui les suivent leur liberté et leur humanité.
Car comme le dit Aristote, "L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"
J'ai vibré, presque pleuré, le ventre noué par la force d'un texte intense que j'aimerais entendre lu à voix haute tant il mérite d'être dit, crié.
"Je suis une enfant. Je te crains.
Plus grave: je te crois.
Tout ce que tu me dis est la vérité vraie, si dénuée d'espoir, si souvent déplaisante. Je n'aime pas la vie comme tu la présentes. Tu nous parles douleurs, devoirs et privations. Nous n'avons pas droit au bonheur, acceptons-le s'il nous échoit. Tu ne ris pas. De quoi pourions-nous rire? La vie n'est-elle pas une lutte sans fin? Rendons grâce au Seigneur, cette vallée de larme est notre bien.
Tu ne souris pas davantage. Tu observes, tu juges. Tu absous rarement.
Pour te plaire, que faut-il faire? Il faut se taire et garder profil bas. Prier Dieu. Marcher droit.
Rester grave.
La gaieté est un des travers de l'enfance. Elle se propage et croît comme un chiendent, pour peu qu'on l'encourage. Chez nous, elle est bridée. Tu la juges stérile, frivole. Dangereuse.
Ici, on ne rit pas pour rien. La joie, pour s'épancher, a besoin d'une excuse. Et même dans ce cas, il ne faut surtour pas qu'elle dure trop longtemps, ni qu'elle se manifeste de façon complaisante, trop visible, bruyante. Non, elle se doit de rester mesurée.
Ici, on ne peut être heureux qu'en aparté.
Le plaisir et un trésor secret, un bien-être qui se resquille.
C'est du bonheur de braconnier."
Marie-Sabine Roger, Et tu te soumettras à la loi de ton père, Ed. Thierry Magnier, 2008, 143 p.
L'avis de Goelen
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27.09.2008
The last summer...

Alice attend Paul sur le quai d'un ferry. Paul, l'ami de sa soeur Riley, le pivot de son enfance et de ces étés sur l'île de Fire Island où les enfants courrent en toute liberté.Paul, son presque frère. Mais tout à changé. Il ont vingt ans, et l'amitié se mêle à l'amour quand ce n'est pas l'amour qui se mêle à l'amitié. Grandir ou mourir, est-ce bien le seul choix?
Ami lecteur qui passe dans le secteur, dis-toi une chose: le prochain qui vient me dire que la littérature pour "adolescents ", c'est de la daube (je parle comme je veux d'abord), va se faire jeter à coups de tatanes! Et je lui balancerai ce petit moment de bonheur dans les dents pour faire bonne mesure! Non mais!
Les choses étant dorénavant claires, entrons dans le vif du sujet. Avec Quatre filles et un jean, Ann Brashares avait fait une entrée remarquée dans la chick-litt pour adolescentes: une bande de copines unies comme les doigts de la main, des drames, des amours contratriées, un jean magique et de foles aventures assaisonnées d'humour, elle avait offert une série de romans sympathiques, racontant dans la bonne humeur l'amitié, l'amour et le passage à l'âge adulte. Avec Toi et moi à jamais (je ne sais pas qui a pondu ce titre guimauvesque à souhait... On frôle l'overdose de glucose... Mais bon, je déteste la guimauve, ceci explique sans doute cela... Oui, mon petit coeur est atrocement musclé et dur), elle change de registre en offrant une histoire toute en mélancolie et tendresse.
Encore une fois il est question du passage de l'enfance à l'âge adulte, de la rupture qui soudain fait grandir même ceux qui ne le voulaient pas. Riley, Paul et Alice formaient un petit groupe en dehors de la norme: des enfants puis des adolescents attachés à la magie du monde qui les entoure, décidés à ne jamais perdre de vue cette magie, à rester campés sur leurs convictions. Mais Alice et Paul ont grandi quand Riley est restée désespérement la même. Or, ce qui ne change pas est condamné. C'est ce qu'il vont apprendre tous les trois en passant par le pire. Cette réflexion sur le changement sous-tend toute l'histoire d'amour passionnée, complexe qui lie Alice et Paul. L'un oscille entre l'envie de céder à cet amour qui l'habite depuis l'enfance et celle de fuir le risque de se voir abandonné par cele qu'il aime comme il l'a été par ses parents. L'autre ne sait que trop qu'elle aime Paul mais l'aimer au grand jour comme en secret revient à trahir sa soeur. Ann Brashares ne cède à aucun moment à la facilité: les aveux, la culpabilité, la "première fois", tout sonne juste. D'autant qu'elle n'hésite pas à porter le même regard tendre sur la manière dont les enfants qui grandissent finissent par changer de regard sur leurs parents et par comprendre leurs blessures.
C'est un très joli roman qui prend pour décor des paysages naturels et urbains qui ajoutent encore au charme de la lecture. Rien qui n'infirme la très bonne opinion que j'ai d'Ann Brashares.
"Elle s'était toujours dit qu'elle le saurait, quand ça arriveraitn mais là, tut à coup, elle n'en était plus si sûre. Cela pouvait sans doute se produire de mille manières différentes, sans qu'on en soit forcément conscient. Il n'y avait peut-être pas de rupture, pas de fossé à enjamber. On ne s'oubliait pas d'un seult coup. Peut-être qu'un beau jour on regardait autour de soi en se disant: "Tiens!" Et l'on avait franchi le pas."
Ann Brashares, Toi et moi à jamais, Gallimard jeunesse, 2008, 331 p.
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