23.11.2009

La face cachée de Margot

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Depuis l’enfance, Quentin aime Margot. Margot sa jolie voisine. Mais au fil du temps leurs relations se sont distendues. Margot est devenue flamboyante, populaire. Quentin s’est effacé. Jusqu’au soir où Margot vient frapper à sa fenêtre pour l’embarquer dans une de ces expéditions dont elle a le secret. Le lendemain, elle a disparu, semant derrière elle des indices que Quentin va désespérément essayer de remonter.

On croit au départ à une banale histoire d’amitié amoureuse adolescente. Un de celles qui va explorer le milieu des lycées américains avec leurs joueurs de foot et leurs pom-pom girls, leurs ratés et leurs bals de fin d’année. Tout faux. Car rapidement le récit dérape, entre polar et quête initiatique sur fond de poésie, de folk et de jazz. L’histoire de Margot est celle d’une jeune fille qui fait face à tout ce que l’univers dans lequel elle vit a de factice et qui décide un beau jour de prendre la poudre d’escampette pour vivre mieux, plus intensément, sans se laisser prendre au piège de la famille, des amis, de l’université… Quentin lui est sans doute plus conventionnel : il y croit à tout ça, à l’avenir, à la fac, au mariage et pourquoi pas aux bébés. Tous les deux vont se découvrir progressivement, apprendre à se connaître derrière la façade de ce qu’ils croyaient savoir l’un sur l’autre. Raconté du point de vue de Quentin, La face cachée de Margot se révèle être un roman prenant malgré quelques longueurs, souvent drôle et en tout cas attachant en diable, comme ses héros qui grandissent tout d’un coup. L’intrigue prend des tours et des détours originaux pour aborder pléthore de questions fondamentales sur l’identité, la manière dont on peut assumer ce que l’on est face à la pression des parents et des amis, sur l’amour et ce que l’on sait de ce qu’on aime. La face cachée de Margot est une histoire qui raconte d’une jolie manière ce qu’il se passe quand on devient adulte : la perte de certaines certitudes, quelques souffrances au passage, et la certitude de pouvoir continuer à avancer. J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’auteur aborde cette question, la perte des idéaux et des repères, la remise en question de ce qui semblait acquis. Le tout en introduisant quelques concepts assez fascinant comme celui des villes de papier qui scande le récit et en gardant une certaine fraîcheur dans le ton et un humour parfois décapant.
Une jolie découverte qui me donne envie d’aller voir du côté du premier roman de l’auteur.

 

John Green, La face cachée de Margot, Scripto, 2009, 3.5/5

16.11.2009

Lombres - China Miéville

 

Il se passe des choses étranges dans la vie jusque là sans histoire de Zanna et Deeba. De gens bizarres abordent Zanna, une fumée épaisse semble la traquer, les parapluies se mettent à bouger... Et tourner la roue d'une chaudière les fait basculer dans Lombres, la ville où vont s'échouer toutes les choses perdues ou cassées, objets ou êtres vivants. Un univers merveilleux, loufoque, effrayant parfois qu'un nuage doué de vie, Smog, veut détruire. Une ville merveilleuse et loufoque qui attend la Schwazzy, celle qui pourra combattre le Somg... Mais les choses sont loin d'être aussi simples qu'elles le paraissent.

On pense à beaucoup de chose au tout début de Lombres. On pense à Alice au pays des Merveilles, on pense au Neverwhere de Neil Gaiman par exemple. Il faut dire que c'est facile: Zanna et Deeba passent de l'autre côté du miroir pour ainsi dire, entrant dans un univers curieusement distordu, où la magie et les choses les plus étranges sont légion et qui est une image distordue du Londres humain! Mais petit à petit, China Miéville se démarque en créant un monde bien à lui et une histoire qui se révèle, somme toute, assez originale.

Première chose à noter, Lombres est un roman pour adolescents publié par Le Diable Vauvert dans une collection adulte. Seule indice, la référence à la loi de 1949 et une citation de Wired sur la quatrième de couverture. Rien à dire à cela, c'est typiquement le genre de roman "pour jeune adulte" qui va plaire de 15 à 115 ans! Du moins si l'on est pas trop regardant sur le style un peu plat. C'est mon seul regret d'ailleurs. Je ne sais guère si cela est du à la traduction, à la volonté d'adopter un style d'écriture simple et facile, ou au style de l'auteur, mais j'ai trouvé que l'écriture ne servait pas suffisamment l'histoire racontée. Il y manque un petit brin de folie qui irait parfaitement avec les aventures de Zanna et Deeba. Et je n'ai pas toujours été convaincue par les jeux de mots et autres anagrammes qui rythment les pages. Ceci étant dit, si cela m'a chagrinée pendant quelques pages, j'ai bien vite mis mes réticences de côté pour partir avec enthousiasme à la découverte de Lombres!

 C'est qu'il est passionnant cet univers, délirant juste comme j'aime. Il est pourvu d'un Anti-Sol, un espèce de beignet dont le trou correspondrait au morceau qui s'est détaché et éclaire Londres, les girafes y sont des prédateurs, les fantômes tiennent registre, les mots peuvent y prendre vie... Quelque part, tout au long, China Miéville parle du pouvoir des mots et des histoires. Un de mes passages préféré se passe dans le royaume de M. Parroll, un despote qui créé des créatures à chaque mot qu'il prononce et qui les tient sous sa coupe puisqu'il leur donne sens. Avide de connaître de nouveaux mots pour obtenir de nouveaux sujets, il va perdre le contrôle de ses créations. Parce qu'on n'est jamais maître du sens des mots... J'ai aussi beaucoup aimé Obaday, le couturier qui habille ses clients avec des pages et des pages de romans! Et les bibiothécaires de l'extrême, qui risquent tout pour rapporter à leurs usagers les livres demandés et qui délivrent les livres... Allez savoir pourquoi, j'ai adoré ce concept! Et il y a le Smog, avide de tout brûler pour absorber avec la fumée tout le savoir du monde et devenir maître de tout! Il brûle le Smog, les gens, les maisons... Et par-dessus tout, il rêve de brûler le Puit Lettré. Tout le récit est sous-tendu par des inventions, des aventures qui soulignent l'importance et le rôle fondamental de la connaissance et des mots. D'ailleurs, j'en avait oublié le Grimoire, recueil de prophétie qui parle, qui recherche lui-même dans son index et qui se révèle chatouilleux et irascible!

Rien qu'avec ça, il y avait la matière d'un roman attachants. Mais ce n'est pas tout ce que l'on trouve dans Lombres. China Miéville a aussi choisi de prendre le contre-pied de toutes les histoires d'élu et de prophétie qui sont légion depuis quelques années. Certes, Zanna est la Schwazzy, mais ce n'est pas l'héroïne de l'histoire. C'est Deeba qui va tout prendre en main, et notamment la destinée de Lombres. De déductions en déductions, elle comprend le terrible danger que court la ville et part à la rescousse de ses amis, devenant au fil de ses aventures la Pas-Schwazzy qui va quand même sauver le monde! Au grand dam du Grimoire qui va se rendre compte qu'il y a quelque chose qui cloche dans ses prophéties! J'ai adoré cette idée et le personnage de Deeba, pas toujours courageuse, parfois un peu pleurnicharde, mais fermement décidée à tout faire pour sauver Lombres malgré la bande bizarre qui lui colle aux basques. Être une héroïne aidée d'un demi-fantôme, de quelques mots incarnés et d'un aventurier pour le moins volatile n'est pas une sinécure!

On peut aussi lire Lombres comme un roman écologique. Tout le monde admettra que c'est facile: une anti-ville où vont s'échouer tous les objets cassés et abimés, lesquels servent de nouveau comme matériel de construction par exemple, ou deviennent étrangement vivants! Quand au Smog, le grand méchant de toute cette histoire, il est composé de toutes les émanations toxiques de notre monde: gaz d'échappement, fumées d'usines... Et avide d'étouffer Lombres après avoir échoué à prendre le pouvoir à Londres au 19e siècle. C'est un ennemi terrifiant: rampant, rusé, et aidé par tous ceux qui voient un intérêt à s'allier avec lui et à produire toujours plus de fumée et de gaz sans se rendre compte qu'ils seront perdant à l'arrivée puisque le Smog ne se contrôle pas...

Au final, Lombres est un roman qui malgré de petits défauts, attrape son lecteur et ne le relache qu'une fois arrivé au bout de son histoire! C'est souvent drôle, parfois effrayant, en tout cas intelligent et intéressant, riche d'idées, et émaillé d'illustrations que j'ai personnellement trouvé réussies.

Pour la petite histoire, c'est le premier roman pour la jeunesse de cet auteur qui a été primé plusieurs fois pour ses romans adultes. Que je vais bien entendu maintenant lorgner d'un oeil intéressé, pour ne pas dire concupiscent.

Miéville, China, Lombres, Au Diable Vauvert, 2009, 4/5

23.10.2009

Thomas Drimm, La fin du monde tombe un jeudi - Didier Van Cauwelaert

"J'AI 13 ANS MOINS LE QUART
ET JE SUIS LE SEUL
A POUVOIR SAUVER LE MONDE
SI JE VEUX."

Dans une société sous contrôle total où le jeu règne en maître, un ado se retrouve détenteur d'un secret terrifiant, qui déchaîne contre lui les forces du Mal... et celles du Bien.
Tiraillé entre la femme de ses rêves et un vieux savant parano réincarné dans un ours en peluche, Thomas va découvrir, de pièges en rebondissements, l'exaltant et périlleux destin d'un super-héros à mi-temps.
Course contre la montre et voyage initiatique, cette aventure de Thomas Drimm, au suspense haletant et à l'humour féroce, a tout pourt passionner les lecteurs de douze à cent douze ans."

Ou comment Thomas se retrouve à assassiner un vieux professeur bougon à l'aide de son cerf-volant, à abriter ledit professeur dans son ours en peluche et à patauger dans les ennuis.

J'ai retrouvé dans ce premier tome des aventures de Thomas, les raisons pour lesquelles j'aime les littératures dites de l'imaginaire. Elles, plus que toute autres, permettent de parler de notre monde et de ses évolutions. Didier Van Cauwelaert ne se prive pas de ces possibilités. Le monde de Thomas est un véritable cauchemar: puce implantée dans le cerveau, contrôle et punition par déclassement social de toute transgression, pénalisation de tous les aspects de l'existence de la conception des enfants à la mort. Autant dire qu'on pense très fort aux puces RFID et à certains nombres d'événements. Ainsi qu'à nombre de classiques de la SF.  Ceci dit, si le fonds est riche de références et porteur de réflexion plus intéressantes les unes que les autres, il n'est en rien un obstacle au plaisir de la lecture: Thomas et le professeur sont des personnages attachants et leurs aventures s'enchaînent tambour battant, faisant penser à un feuilleton (ce que Thomas Drimm a été puisqu'il a été publié en épisodes sur téléphone portable cet été). Le premier est d'ailleurs un adolescents fort crédible dans ses petites crises et le second provoque quelques scènes pour le moins cocasses. Il faut dire qu'habiter le corps d'un vieil ours en peluche n'est pas de tout repos!

Il est vrai que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans cet univers et à me faire au style de Didier Van Cauwelaert, mais une fois installée dans le récit, la lecture a été facile et agréable. Certes les ficelles se voient parfois un peu mais il y a du potentiel chez Thomas Drimm, et des choses tout à fait intéressantes qui donnent envie de savoir ce qu'il va bien pouvoir se passer dans le tome 2. Après tout, maintenant que le décor est planté, la lutte entre le Bien et le Mal va sans doute déployer toute la complexité qu'on aperçoit par moment dans les décisions que doit prendre Thomas et les mystérieux Nox et Noctis. Rien de révolutionnaire donc, mais après tout, en est-il besoin? Thomas Drimm est un bon roman d'aventure, le récit du passage à l'âge adulte d'un adolescent confronté aux dérives d'un monde qui permet de réfléchir au notre.

Merci à Paola, aux Editions Albin Michet et à Didier Van Cauwelaert pour sa gentille dédicace!
Van Cauwelaert, Thomas Drimm, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 2009, 3.5/5

11.10.2009

A-Apocalypse

Moz joue de la musique depuis des années avec son meilleur ami, Zahler. Les choses vont brutalement changer le jour où sa route croise celle d'une guitare mythique et de Pearl, surdouée, musicienne et fermement décidée à monter un groupe avec les deux compères. Et son amie Minerva qui se remet d'une étrange maladie. Ensemble, ils parviennent à créer une atmosphère, une musique étrange qui entre en résonnance avec le monde qui tombe en ruine autour d'eux. Rats, vampires, chats et vers, la bataille pour la survie de l'espèce humaine a commencé.

 

Il y a déjà belle lurette, j'avais lu avec enthousiasme le V-Virus de Scott Westerfeld, une variation intéressante sur le thème du vampire. Or, V-Virus a eu une suite. Et bien évidemment arriva ce qui devait arriver, cette suite croisa ma route. Comme chacun le sait maintenant, je suis faible et ma main s'est donc automatiquement tendue vers ce roman. Qui se lit très vite. Qui n'a pas fait long feu. Et qui m'a beaucoup plu.

Parce que Scott Westerfeld n'a pas perdu la main. Plutôt que de donner une suite linéaire à son premier tome, il a choisit de changer totalement de point de vue. Plus d'étudiants, plus de biologie, mais de la musique, et la volonté d'un petit groupe d'adolescents fort attachants de monter un groupe et de faire connaître leur musique. Celle qui les habite et les fait avancer. Ce qui commence comme une aventure presque banale prend un tour progressivement plus angoissant jusqu'à l'explosion, la chute du monde tel qu'ils l'ont connu et la découverte de cet univers étrange où les vampires sont les protecteurs de l'humanité. Ce qui est intéressant est la position que l'auteur donne au lecteur. En lisant le premier tome, on découvre les vampires, les vers, et la lutte millénaire qui les oppose. Dans le second, c'est plutôt la manière dont cette lutte émerge au grand jour qui est au centre du récit. On assiste à la prise de conscience, aux angoisses, à la destruction, aux batailles et à la naissance de la volonté de se battre et de gagner. D'une chronique adolescente, on passe à un récit apocalyptique. Autant dire que la montée en tension est comme il faut!

Intéressante aussi la place centrale accordée à la musique: elle devient une arme, ce qui est une manière de montrer que l'art, la musique comme d'autres discplines est un moyen de lutter et d'affirmer. Et ce qui ne gache rien, Westerfield utilise à merveille son thème, employant des noms de groupesparfaitement adaptés comme tête de chapitre! J'ai passé un certain temps ensuite à les chercher et les écouter, découvrant au passage quelques perles!

Mon seul regret, la fin est un peu rapide, et sans doute un peu trop happy end au regard de l'univers sombre qui la précède, mais il n'y a pas là de quoi bouder son plaisir!

 Virginie en parle.

Westerfeld, Scott, A-Apocalypse, Milan, 2008, 3.5/5

 

 

 

28.09.2009

Eon et le douzième dragon - Alison Goodman

Des dragons il y en a douze, douze créatures capables de manipuler l'énergie naturelle présente en toute chose. Par cycles de douze ans, l'un d'eux devient ascendant du cycle de puissance de douze années. Mais depuis 300 ans, un des dragons, le dragon miroir a disparu. Malgré cela, 11 hommes communient avec les dragons pour protéger le pays, leur alliance avec ces créatures leur donnant un pouvoir phénoménal qui les épuise petit à petit.

C'est la veille du premier jour de la nouvelle année, la veille de la cérémonie qui va voir douze garçons de douze ans faire face au dragon ascendant qui va choisir l'un d'eux comme apprenti Oeil du Dragon. Eon est un de ces garçons. Depuis sa naissance il a le pouvoir de voir tous les dragons énergétiques, un don parmi les plus rares qu'il garde secret. Mais ce n'est pas le seul secret qu'il dissimule: Eon n'est pas un jeune garçon de douze ans, il est en fait Eona, une jeune fille infirme de 16 ans, ce qui devrait, de fait, lui interdire le monde de la magie et du pouvoir, strictement réservé aux hommes. Or, si le dragon Rat, ascendant de cette nouvelle année ne la choisit pas, le dragon Miroir réapparaît et en fait son Oeil du Dragon C'est le début de bien des aventures à la cour impériale

Chine impériale, récit d'apprentissage, aventure, amour, Eon et le douzième dragon avait a priori toutes les qualités requises pour me conquérir. L'essais a été transformé avec brio.

Alison Goodman s'est manifestement documentée, et passionnée par son sujet, brosse des décors et des personnages inspirés de la Chine impériale absolument magnifiques. Le résultat est tout simplement époustouflant: l'univers d'Eona est cohérent, crédible et passionnant. Les descriptions de la cour, des vêtements, des cérémonies sont fascinantes et souvent poétiques. Elle a intégré en finesse des éléments de la philosphie du tao et des arts qui en découlent: feng shui, arts martiaux, tout est question d'équilibre entre le lin et le yan, les principes contraires. Mais dans le monde d'Eona, l'équilibre a été rompu, ce qui se traduit dans les structures sociales, les jeux de pouvoir et, symboliquement, dans le fait que le cercle de pouvoir des dragons a été déséquilibré par la disparition mystérieuse du Dragon Miroir. Eona représente ce déséquilibre: normalement, ses talents auraient du rester lettre morte. Fille, elle aurait du rester cantonnée à la sphère des activités féminines: enfants, maison, soumission à l'époux.Ou mourir esclave, puisqu'elle avait été vendue à une mine de sel. Pour pouvoir exploiter ses talents, elle est contrainte à se travestir, à effacer toute trace de féminité au point de se droguer pour faire disparaître les preuves de sa nature de femme. Situation qui la met en danger de bien des manières: danger physique d'être découverte et donc executée pour cette dissimulation et avoir osé briser la loi interdisant aux femmes de devenir Oeil du Dragon, danger mental aussi. IL va falloir qu'elle se réconcilie avec sa féminité, qu'elle l'affirme et l'assume pour avoir une chance de survivre.

Finalement, c'est surtout la question de l'identité et du rejet qui sous-tend le récit: Eona n'est pas la seule dont l'identité est brouillée. Autour d'elle il y a des travestis, comme Dame Dela qui est Contraire, une âme de femme dans un corps d'homme, il y a des Ombres de Lune, des eunnuques dont certains se droguent pour conserver un corps viril. Il y a ceux qui sont rejetés aussi, les infirmes surtout, dont la malchance pourrait "infecter" ceux qui les entoure. Eona et ses compagnons évoluent dans un monde cruel où la survie est rien moins qu'aléatoire, à plus forte raison dans une cour où les ambitions et les luttes de pouvoir gangrènent tout. Eona va se retrouver prise au piège dans les intrigues de cours et dans le combat qui oppose l'empereur et son frère Sethon et qui se répercute dans le cercle des Oeils du Dragon. Eon devient le partisan de l'empereur, s'opposant de fait à l'Oeil du Dragon ascendant, Sire Ido. Le retour du Dragon Miroir marque le passage d'un conflit souterrain en guerre ouverte. Autant dire que les rebondissements vont s'enchaîner. Le tout donne un récit parfois un brin longuet mais passionnant: on suit Eona dans sa découverte de la cour, dans sa prise de conscience des enjeux de sa présence, dans ses combats et dans sa découverte de l'amour. Après tout il faut bien qu'il y ait un peu d'amour!

Je n'ai qu'une chose à dire, vivement le tome 2 pour savoir ce qu'il va advenir d'Eona et qui va conquérir son coeur!

Fashion en parle, Lael aussi, tout comme Karine), et bien d'autres!

Goodman, Alison, Eon et le douzième dragon, Gallimard jeunesse, 2009, 4/5

23.08.2009

Memory Park

Poldavie, 2022. Trois ans après le génocide qui a touché la population d'origine ukrainienne, le gouvernement lance une campagne d'effacement de la mémoire des survivants. Pour la paix de la société poldave et le bien de tous. Mais certains ne veulent pas perdre leur mémoire. Pavel Soutine est de ceux-là. Ce qu'il sait va faire de lui la cible privilégiée des services gouvernementaux.

J'ai finalement assez souvent l'occasion de hurler mon amour pour les littératures de l'imaginaire mon intime conviction que les romans qui relèvent de ces genres sont parmi ceux qui parlent le mieux du monde qui nous entoure et de ses enjeux. Memory Park ne déroge pas à la règle, Fabrice Colon offrant à ses lecteurs un texte percutant et intelligent sur les enjeux de la mémoire collective et les mouvements nationalistes qui s'éveillent de temps à autre à la violence.

Sa Poldavie, petit état récemment indépendant d'Europe de l'Est est totalement crédible. On retrouve au fil des pages tout ce qui a hanté les pages des journaux dans les années 90 et au début des années 2000: les revendications indépendantistes, les mouvements de population, les crispations identitaires, les tensions ethniques et religieuses, les affrontements, l'impuissance des grandes puissances... Et surtout, le cheminement lent et terrifiant qui mène des hommes à exterminer leurs semblables au nom de valeurs dévoyées et faussées. J'ai été, faut-il le dire, impressionnée par la qualité de la trame et du paysage politique imaginés par Fabrice Colin.

Ce cadre, et les événements qui se sont déroulés en 2019, le lecteur les découvre au fil des souvenirs d'un adolescent, Pavel, un des rares survivants de la vague de violence qui a déferlée sur la Poldavie, et de sa lutte contre le "devoir d'oublier" prôné par le gouvernement poldave trois ans après que des camps d'extermination aient fait leur réapparition. Le devoir d'oublier, comme pendant au devoir de mémoire. Les aventures de Pavel posent une question fondamentale: peut-on faire oublier le pire au nom du bien collectif, peut-on purement et simplement effacer ce qui dérange pour éviter d'y faire face et de risquer la réprobation des générations futures? Le message est fort, complexe, d'autant plus complexe que Fabrice Colin n'y apporte pas de réponse toute faite et évite soigneusement tout sentimentalisme ou sensationnalisme morbide. Pavel oscille entre l'envie d'oublier, la colère, la volonté de rapporter au monde ce qui s'est passé. Seule certitude, la nécessité du témoignage. Questions et amorce de réponse sont distillé au fil des aventures vécues par Pavel et son entourage, aventures qui ne m'ont pas toujours convaincue, mais permettent de maintenir un suspense efficace.

La construction assez ambitieuse du texte avec de constants aller-retour du présent au passé, les thèmes abordés, les personnages complexes, tout concourt à faire de Memory Park un roman pour adolescent intéressant et passionnant, non pas essentiel, mais utile pour soulever sous un angle nouveau les questions du devoir de mémoire, du génocide, de la manipulation. et rappeler que l'histoire se répète trop souvent.

Colin, Fabrice, Memory Park, Mango, coll. Autremonde,  2007, 4/5

31.03.2009

Miss Charity

 

Charity aime les animaux, les champignons et les moisissures, trembler en écoutant les histoires sanglantes que lui raconte Tabitha la bonne écossaise, peindre à l'aquarelle et se promener dans la campagne, échevelée et mal habillée. Des choses auxquelles une petite anglaise de la bonne société des années 1880 ne devrait pas s'intéresser et qui deviennent le centre de son existence.

Il y a des romans comme ça qui ensoleillent, rendent le sourire et donnent envie de croquer la vie à pleines dents. Miss Charity est du nombre. C'est une petite merveille de délicatesse, de tendresse, d'humour et de bonheur où se croisent des tortues, des souris, un rat, des canards, une pie voleuse et bavarde, un lapin magicien, une ânesse, quelques parterres de champignons, un serpent à deux tête et des humains pas toujours bien malins.

Miss Charity c'est d'abord une histoire, celle de Charity. Charity n'a pas la vie facile, grandissant entre une mère étouffante et un père mutique, tous deux engoncés dans les conventions et la piété d'une société anglaise puritaine et rigide. On la suit petite fille découvrant la vie foisonnante du jardin, se taisant devant les amies de sa mère, incapable de regarder son père, puis grandissant et exerçant un sens critique aiguisé par l'observation de ses compagnons à poils et à plumes. C'est un personnage attachant, maladroit, exubérant, et toujours fourré dans les situations les plus rocambolesques et gênantes, surtout quand Kenneth, l'exaspérant Kenneth est là pour la surprendre. Une excentrique à qui est promis l'avenir d'une vieille fille à charge de sa famille et qui va prendre un envol et une indépendance choquante pour son milieu grâce à une gouvernante française toute pâle, un répétiteur allemand pas très beau mais très intelligent, une bonne paresseuse mais débrouillarde, un éditeur timide et des enfants séduits par les petites histoires qu'elle raconte. A travers le regard d'abord naïf puis de plus en plus lucide de Charity, c'est tout un tableau de l'Angleterre qui se déploie au fil des pages, des rues embrumées de Londres aux champs et aux rivières de la campagne anglaise, de la haute société au monde des asiles, des orphelinats et des tavernes.

Miss Charity, ce pourrait être une biographie déguisée de la célèbre Miss Potter, c'est un mélange de roman et de pièce de théâtre détonnant. Marie-Aude Murail parvient à faire un tableau criant de vérité de l'Angleterre de l'époque et à manier un humour so british qui fait mouche à chaque page. Les dernières pages sont à cet égard un monument du genre, les citations croisées d'Oscar Wilde et Bernard Shaw à la manière d'une finale de Roland Garros étant à l'égal des dialogues des meilleures comédies. D'ailleurs, tout le roman ferait une merveilleuse pièce de théâtre: Marie-Aude Murail déploie son sens du rythme, du dialogue, de la réplique qui fait mouche. Les références fourmillent et c'est un bonheur de les repérer aux détours d'une phrase ou d'un dialogue. A tout cela s'ajoutent les superbes illustrations de Philippe Dumas qui accompagnent et complètent le texte avec pertinence et finesse tout en donnant envie de retourner vers les délicates et merveilleuses petites histoires de Beatrix Potter qui a inspiré l'histoire comme les illustrations.

C'est enlevé, passionnant de bout en bout, intelligent et profond, c'est, vous l'aurez je pense compris, une merveille de roman qui s'avale d'une traite malgré son épaisseur imposante. Un des premiers coups de coeur de cette année qui va gagner une place d'honneur sur les étagères dès que j'aurai eu le temps d'aller le quérir en librairie pour pouvoir le feuilleter à ma guise et rêver, rire, frémir de nouveau avec Charity.

 

L'avis de Cathulu, de Cuné, Lael, Emjy, Fashion,...

Marie-Aude Murail, Miss Charity, L'école des loisirs, 2008, 562 p., 5/5

10.03.2009

L'étrange vie de Nobody Owens

Nobody Owens n'est pas transparent, il ne se promène pas recouvert d'un drap en agitant des chaînes, ni en poussant des cris perçants et terrifiants. Non, Nobody Owens est un petit garçon tout à fait normal. Sauf qu'après l'assassinat de sa famille, il va trouver refuge dans le cimetière en haut de la colline et être adopté par M. et Mme Owens, décédés depuis un temps certains. Protégé part Silas, un être étrange ni vivant ni mort, élevé par un couple de fantômes, choyé par tous les fantomatiques habitants du lieu, il va grandir protégé des dangers d'un monde extérieur bien trop proche pour ne pas être dangereux.

 

Il va sans dire qu'avec mon amour immodéré de Neil Gaiman, on peut me soupçonner de ne pas être vraiment objective quand je clame que je trouve une de ses oeuvres absolument et totalement géniale, fabuleuse, transcendante, enthousiasmante, et tous qualificatifs en -ante dithyrambiques que vous pourrez ajouter à la liste. Or, je plaide non coupable, car (si cela est possible), quand Neil Gaiman est moins bon, il est encore extrêment bon. Et comme L'étrange histoire de Nobody Owens est fort bon... Bref, vous l'aurez compris, j'ai aimé et je peux avancer de bonnes raisons pour ça.

Là où l'on pourrait penser trouver une gentille histoire de fantômes pour petits, Neil Gaiman emprunte des chemins de traverse pour offrir à ses lecteurs, grands et petits, un roman plein de poésie, de tendresse, d'un brin de magie, de mystère et de rebondissements. Un peu comme Coraline avec un univers différent mais qui raconte aussi, même si c'est sur un autre mode comment on peut passer de l'autre côté du miroir et ce qu'il s'y passe. L'autre côté du miroir dans ce cas, c'est l'univers des morts, la différence entre Nobody et ceux qui vivent à l'extérieur, dans un monde qui pour paraître dénué de magie et plus fade, n'en manque pas moins d'attraits quand on sait les reconnaîtres. Et pour les reconnaître, il faut accepter de quitter un peu l'enfance, sans pour autant oublier que la vie peut être magique. C'est le chemin que va faire Nobody, du petit garçon aventureux à l'adolescent décidé et volontaire.

Du début à la fin, on se promène dans les allées d'un monde peuplé de fantômes attachants comme la famille Frobisher et Frobysher dont les enfants jouent dans tous les coins, la mère Slaughter, Nehemia Trot le poète, Liza la sorcière, de personnages mystérieux comme Silas et miss Lupescu, d'autres effrayants comme le Jack ou les goules. Tous sont issus de la tradition des contes et du folklore européen, avec quelques emprunts à des univers plus lointains et sont allégremment réutilisés et mélangés avec la patte si particulière de Neil Gaiman jsuqu'à acquérir une originalité qui n'est jamais dépaysante. J'avoue avoir particulièrement apprécié le fait que rien n'est jamais vraiment nommé, obligeant à deviner ce que sont les personnages, ce dont ils sont capables. De toute manière, dès les premières pages, on est piégé par l'atmosphère créée par l'auteur: un meurtre mystérieux perpétré par un terrifiant personnage, des rues et un cimetière perdus dans une brume qui s'enroule et se déroule au coeur d'une nuit dont on sent la noirceur et l'humidité. Et puis, alors qu'on attend de s'enfoncer dans une terrifiante histoire, tout dérape: une horde de fantômes sympathiques, la mort qui vient faire un tour, des discussions agitées, de l'humour à revendre, un revenant qui essaie d'être terrifiant et n'y parvient pas. Et la pointe d'amertume qu'il faut par-dessus pour que jamais la miévrerie ne devienne une menace.

J'ai particulièrement aimé être accompagnée dans ma lecture par les illustrations de Dave McKean (que j'apprécie énormément) qui font du livre un bel objet.

C'est un merveilleux roman, fait pour ceux qui aiment rêver, une lecture doudou qui fait peur juste ce qu'il faut, et qui enrobe dans la confortable chaleur des personnages, une lecture qui fait réfléchir aussi à l'enfance et à l'âge adulte, aux chemins que nous prenons et à la nécessité, toujours, de continuer à s'émerveiller.

 

L'avis de Yue Yin, de Fashion, Karine, Pimpi, SBM,...

 

Neil Gaiman, L'étrange histoire de Nobody Owens, Albin Michel, Wiz, 2009, 310 p.

 

03.02.2009

Fleurs de dragon

 

Japon, 15e siècle. Le pays sombre dans le chaos des guerres civiles. Dans ce contexte troublé, l'enquêteur Ryôsaku est chargé par le shogun de poursuivre un mystérieux groupe d'assassins qui prend pour cible des samouraïs. Accompagné de trois adolescents, Kaoru, Keiji et Sôzô qui maîtrisent le sabre, il prend la route.

Fleurs de dragon est une bonne surprise, un roman plutôt prenant qui se lit d'une traite. Il faut dire que les personnages y sont attachants et pittoresques. Ryôsaku l'inspecteur par exemple, armé de son seul marteau à sagesse qu'il utilise sur lui-même quand ses idées sont embrouillées, et pour faire entrer quelques grammes de sagesse dans la tête pour le moins dure de ses trois compagnons. Et Kaoru, l'adolescent puéril, frondeur et provocateur au grand coeur, Keiji qui ne vit que pour mener à bien une vengeance, Sôzô qui préfère la musique au bushido, les trois soeurs Ninja, adorables pestes qui relâchent des carpes domestiques... Tous acquièrent au fil des pages une épaisseur qui les rend proche du lecteur malgré la période historique lointaine au cours de laquelle ils vivent  C'est un des rare reproche que je ferais au roman d'ailleurs, maigre reproche s'il en est: les trois adolescents sont un brin trop adolescents pour un monde où à 15 ans, on passait à l'âge adulte. Mais en dehors de cela, Jérôme Noirez sait utiliser avec intelligence et sans pédanterie aucune le cadre qu'il a choisit pour son histoire. On voit avec plaisir les quatre héros s'apprivoiser, apprendre à se connaître, se soutenir et se chamailler. On en apprend plus au fil des pages sur le Japon féodal et ses coutumes, sur la religion japonaise, le culture, les dissensions politiques. Et sans s'ennuyer puisque tout cela est distillé entre deux rebondissements de l'enquête, deux combats haletants et les mésaventures parfois drôlatiques que subit surtout le pauvre Kaoru prompt à s'attirer des ennuis. Le tout est appuyé par un dossier en fin de roman qui permet d'en apprendre encore plus dans le même esprit.

Bref, l'équilibre se fait sans difficulté entre roman policier et roman historique dans l'humour, le frisson et le plaisir de lire un bonne histoire de fantômes qui n'en sont pas. Fortement conseillé!

L'avis de Francesca, d'Algernon, de Sylvie, de Tvless.

Le Cafard cosmique en parle avec un enthousiasme communicatif.

L'auteur a un site.

Pour la petite histoire, Fleurs de dragon a été sélectionné pour le Prix des mordus du polar 2009.

 

Jérôme Noirez, Fleurs de dragon, Gulf Stream, 2008, 4/5

 

22.10.2008

Breaking down

Je pourrais faire passer ça pour un talent inné de l'a-propos, pour la volonté sans faille de ne pas parler avant que les lieux de perdition que sont les librairies ne soient approvisionnées en version française, mais force m'est de reconnaître que je suis juste en retard, la faute à une flemmingite aigüe, aux vacances et à un rhum. Ben oui! Et pourtant, pourtant, je l'ai lu en anglais mesdames et messieurs! Une performance que tout ceux qui connaissent mon niveau d'anglais jugeront à sa juste valeur! Une folie qui dit assez à quel point j'avais envie d'en savoir plus!

Bref. Revenons à nos vampiresmoutons. Edward veut Bella, Bella veut Edward. Seule condition posée par notre vampire préféré pour transformer Bella, un mariage. Une demande à genoux, une bague et un consentement paternel plus tard, nos tourtereaux repartent vers de nouvelles aventures.

Stephenie Meyer's Breaking Dawn

 

 Je ne sais pas trop quoi dire que Fashion n'ait pas déjà dit. Le moins qu'on puisse dire est que Stéphanie Meyer remplit amplement son contrat. Ce quatrième tome attendu par des hordes de fans en folie tient toutes ses promesses! Pas de spoiler ici, je ne tiens pas à mourir dans d'atroces souffrances, mais je pense pouvoir tout de même écrire que rien n'est épargné aux héros et aux lecteurs. Plutôt que de choisir une veine guimauve du genre "il vécurent heureux et chassèrent plein de pumas dans la montagne", Stéphanie Meyer surprend et brode à merveille sur le thème qu'elle a choisi, continuant par ailleurs de tirer les ficelles de ce qu'elle a mis en place dans les trios tomes précédents sans les perdre. Et quand je dis qu'elle surprend, elle surprend (même s'il y a certaines choses que j'ai senti venir ce qui m'a éviter de hurler)! Je trouve même à titre personnel que ce qu'elle met en place en terme de mythe vampirique ouvre des perspectives intéressantes. Elle n'hésite pas à parler galipette, relations familiales, amicales, tolérance tout en parvenant à garder le rythme et le suspense. Chose appréciable, on ne reste pas dans le huis-clos de la famille Cullen, mais on découvre de nouveaux personnages avec leurs pouvoirs, et d'autres que l'on connaissait moins, comme Leah, finalement bien plus attachante que ce que l'on aurait pu croire.

L'alternance des points de vue Bella-Jacob-Bella donne une dynamique intéressante au récit et permet, avec le changement de regard sur les événements de creuser mieux la psychologie des personnages. Et ce qui ne gâche rien, Jacob fait un narrateur hilarant, fascinant, attachant et touchant. Edward est fidèle à lui-même et toujours aussi fabuleux! On a les réponses aux questions que l'on pouvait se poser, l'univers de Fascination s'étoffe et prend de l'ampleur, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes! Seul regret sur la fin, la tension retombe un peu comme un soufflé. Ceux qui ont déjà lu sauront de quoi je parle!

 En attendant de pouvoir vérifier quelques petites choses en VF, j'ai relu les trois premiers tomes histoire de confirmer mon avis sur le tout... On ne se refait pas! Et mon avis sur le tout? Une sacrément bonne série malgré quelques grosses ficelles et un style parfois un peu trop simple!

L'avis de Karine:), de Stéphanie, de Maijo

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