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Littératures anglo-saxonnes - Page 11

  • L'amour par climat froid

     

    Fanny et Polly, deux amies, deux jeunes femmes dont les choix de vie vont être radicalement opposés. Dans l’Angleterre des années 1930, la première, heureuse en ménage, va observer les rebondissements de la vie amoureuse et familiale de la seconde, livrant ainsi une chronique douce-amère et ironique de la vie de l’aristocratie britannique.
     
    Alléchée par de nombreux billets et certaine de retrouver cette littérature british qui fait mes délices, j’ai ouvert pleine de confiance et de joyeuse attente L’amour dans un climat froid. A en croire quatrième de couverture et autres billets, ce roman avait tout pour me plaire : ironie, humour, chronique sociale et amoureuse, personnages attachants, etc. Et pourtant, pourtant, la mayonnaise n’est pas montée. J’ai refermé le roman avec un sentiment d’inachevé et une certaine frustration qui quelques semaines après ma lecture ont pris le pas sur le plaisir somme toute réel que j’ai pris à suivre les aventures de Fanny et Polly.
    Pauvre Fanny d’ailleurs, narratrice singulièrement absente dans toute cette histoire. J’aurais tant aimé en savoir plus sur ses premiers pas d’épouse et mère, sur les émois qui l’on poussée à accepter la demande en mariage de son universitaire et désagréable époux, sur sa découverte du petit monde universitaire anglais. A la place de ses aventures, c’est un récit un peu superficiel de la trajectoire chaotique de Polly qui est offert au lecteur. Là encore, il y aurait eu matière : une jeune aristocrate étouffée par sa mère qui pense trouver dans le mariage sa libération, erreur commune, et qui découvre les affres de la vie conjugale après une guerre sans merci livrée contre sa mère. Je reconnais à Nancy Mitford la pertinence de ses observations, un certain humour, un brin d’amoralité rafraîchissant et la capacité à croquer des personnages hauts en couleur. J’ai adoré Ned, et lady Montdore, la guerre sans merci déclarée entre la mère et la fille. Mais quel regret de voir à quel point le récit reste superficiel et comment l’auteur boucle en deux coups de cuillère à pot son histoire, laissant le lecteur interloqué ! L’amour dans un climat froid m’a laissée relativement froide, mais cela ne m’empêchera pas d’aller jeter un œil ou deux sur La poursuite de l’amour.
     
    Pour la petite histoire, L’amour dans un climat froid était également cité dans Au bon roman de Laurence Cossé.

    Nancy Mitford, L'amour dans un climat froid, 10/18, 2007, 2.5/5
     

  • Finnigan et moi

     

    Quand Anwell rencontre Finnigan, l'enfant perdu et solitaire a enfin le sentiment d'avoir trouvé un ami. Mais très vite, les jeux prennent une tournure étrange: car à Anwell rebaptisé Gabriel a été dévolu le bien et à Finnigan le mal. Leur petite ville australienne va vivre des heures difficiles.

    Voilà un roman dont il va être difficile de parler sans trop en dire. Pour ceux qui voudraient garder le mystère, sachez que c'est un roman complexe, sur le rejet, la différence et la folie qui ne permet au lecture d'assembler les pièces du puzzle qu'à la toute fin. Assez magistral dans sa construction et dans son atmosphère, il vaut le détour.

    Allons-y maintenant pour plus de détails. Je sais, c'est affreux, je ne peux pas m'en empêcher! Finnigan et moi est certes un roman sur le rejet, la différence et la folie, mais c'est aussi et surtout un romans sur l'enfermement. Anwell est un enfant solitaire dont la famille vit en marge de la société de leur petite ville isolée. Double solitude donc: celle d'une ville entourée par les montagnes, celle d'une famille repliée sur elle-même et son "statut". Un père avocat très, voire trop conscient de son importance, une mère étouffante, et un drame, celui de la mort du frère aîné attardé. C'est là que se noue l'intrigue et la rupture pour Anwell: quel que soit la manière dont on a expliqué le décès, lui sait qu'il a voulu, désiré la mort de ce frère tant aimé, qu'il l'a provoquée même dans son désir d'enfant d'avoir enfin la même vie de que les autres. Troisième enfermement, dans la culpabilité cette fois, une culpabilité que jamais son père et sa mère ne vont lui permettre d'oublier.

    C'est une étrage famille que celle d'Anwell, le lieu de toutes les névroses, de toutes les violences et de toutes les indifférences. De fil en aiguille, on voit un petit garçon avide d'amour partir chercher un peu d'affection vers un ailleurs qui s'appelle Finnigan: un enfant sauvage, intrépide, toujours accompagné de son chien Surrender et capable du pire. L'un va se révéler manipulateur, égoïste, assassin, mauvais et libre comme l'air, l'autre incapable de résister à l'ascendant de son ami et constamment déchiré entre son profond besoin d'amour et le sentiment que rien ne va plus.

    Là où Sonya Hartnett se révèle machiévélique, c'est qu'elle construit son roman comme le récit que fait Anwell/Gabriel sur le lit où il est en train de mourir à même pas vingt ans d'une mystérieuse maladie. Un flash-back donc, mais raconté à deux voix, celle d'Anwell cédant parfois la place à celle de Finnigan dans une succession de scènes parfois difficiles à remettre dans l'ordre, d'autant que le présent vient parfois faire irruption dans les souvenirs. Ce désordre, soigneusement construit, perd le lecteur tout en l'orientant tout doucement vers le fondement du récit. C'est une belle mécanique bien maîtrisée et mise en valeur par l'atmosphère étouffante et poisseuse que Sonya Hartnett installe: Finnigan est le grain de sable qui va gripper le mécanisme bien huilé d'une vie familiale et d'une ville. Méfiance, rancoeurs, violence qui explose au grand jour, la tension monte progressivement, le suspense aussi. On cherche à comprendre, on se dit qu'on a trouvé avant de changer d'avis et de tomber des nues quand enfin le pot au rose se dévoile. L'ambiance fantastique n'y est, il faut dire, pas pour rien.

    Une lecture dérangeante, intense, qui parle d'amour, de haine et de culpabilité avec talent.

    L'avis de Lily, Sylire, JoelleHilde, ...

    Merci à Anne de m'avoir permis cette découverte!

    Sonya Hartnett, Finnigan et moi, Le serpent à plume, 209, 3.5/5  

  • Wisconsin

    1967, Wisconsin. La famille Lucas vit sur ses terres: le père, alcoolique et violent, Claire, la mère, battue par son époux, considérée comme folle par son voisinage, James, 16 ans, chasseur émérite et admirateur d'Elvis Presley, Bill, 6 ans, qui voue un amour et une admiration sans borne à son frère et à la nature qui l'entoure.

    Une vie marquée par la violence, par le passage des saisons jusqu'au jour où James s'engage dans l'armée et part au Vietnam, autant pour fuir que pour rabattre le caquet de son père. Commence alors pour sa mère et son frère une longue descente aux enfers marquée par sa disparition, la lutte contre un époux et père qui sombre dans la folie et l'amour que les Morriseau, couple de voisins porte au petit garçon.

    Une histoire de folie, de fureur, de souffrance et d'amour  dans les paysages magnifiques et sauvages du Wisconsin. Une polyphonie qui fait plonger le lecteur au coeur d'une famille déchirée et malheureuse. C'est ainsi que l'on peut résumer Wisconsin.

     Mary Relindes Ellis fait parler tour à tour ses personnages, Claire, Bill, James, mais aussi Ernie Morrisseau le demi-sang et sa femme la superbe Rosemary. De récit en récit, de voix en voix, elle révèle avec un souffle romanesque enthousiasmant les forces et les faiblesses de ses personnages, les secrets qui rongent, les doutes, les petites joies et les amours. Elle révèle aussi la folie qui se cristallise autour du deuil de James, le pivot, ce garçon si fort, si courageux, un peu bête parfois comme tout adolescent, mais capable de protéger sa mère et son frère. 

    C'est un roman terrifiant par bien des côtés, un roman qui exsude le mal, la violence, l'indifférence du monde, les ratés des destins humains: Claire incapable de quitter ce raté qu'elle a épousé et qui fait payer le prix de ses échecs et de ses manquements à ses fils et sa femme, Claire considérée comme folle, sur les marques de coup de laquelle toute la ville ferme les yeux, Ernie et Rosemary dont l'amour ne va pas sans le deuil de l'enfant qui n'est jamais né, Bill qui grandit comme il peut et sombre de trop en avoir encaissé, sans que personne sauf Ernie, Rosemary et sa mère ne tente de le sauver. Après tout, il faut qu'un fils suive les traces de son père.

    Il y a tout cela et l'amour aussi qui peut sauver, la rédemption. La nature autour, grandiose, dont les mystères sont livre ouvert pour ceux qui savent l'écouter et la regarder, la volonté de continuer vaille que vaille et malgré tout. Cadre et personnage à part entière, la nature prend une place importante et magnifique: vue par les yeux de Claire qui y puise le courage de continuer à vivre, par les yeux d'Ernie qui porte en héritage son sang indien, par les yeux de Bill qui l'aime à se damner et à y consacre sa vie d'adulte. C'est elle qui soigne les blessures, qui sans les guérir, permet de les supporter.

    Même si certains aspects du récit m'ont paru un brin artificiels, même si la voix des fantômes un peu trop présente m'a parfois agaçée, force m'est d'admettre la force de ce récit, la sensibilité qui s'en dégage et l'empreinte qu'il laisse une fois la lecture terminée. Un très très beau roman.

    L'avis de Fashion, de TamaraLily, Amanda, Sassenach, ...

    Mary Relindes Ellis, Wisconsin, 10/18, 2008, 4/5 

  • Ivanhoé à la rescousse

    " Bien-aimés lecteurs de romans, vous avez sans doute été souvent frappés par le fait que les oeuvres qui excitent le plus notre curiosité s'achèvent de manière aussi peu satisfaisante que prématurée à la page 320 de leur troisième tome."

     

     

    Ou ce qu'il se passe quand William Thackeray, atrocement frustré et outré qu'Ivanhoé ait épousé l'horrible bigote qu'est Rowena, décide de raconter ce qu'il se passe après que Walter Scott ait écrit le mot fin. Vous auriez pu résister vous? Avec en plus du reste une Fashion absolument dythyrambique pour vous faire l'article? Et bien moi non! Et vous savez quoi, heureusement que j'ai cédé! Il est vrai qu'ayant aimé La foire aux vanité, j'étais un public plus ou moins acquis à l'humour et à la plume de William.

    Ceci étant dit, Ivanhoé à la rescousse est absolument hilarant. Non seulement Thackeray garde sa capacité à se moquer d'une bonne société anglaise prompte à imiter les moeurs d'un moyen-âge amplement fantasmé, mais en plus il frôle à plusieurs reprises le rôle de précurseur des Monty Python. Alors évidemment, si Sacré Graal vous laisse de marbre, il y a des chances pour que ce vieil Ivanhoé ne vous tire pas le début d'une esquisse de sourire. A vous de voir. Revenons à nos moutons. Nous avons donc en lieu et place du preux chevalier un époux soumis à son horrible femme et au bord de la dépression nerveuse; en lieu et place d'un roi sans peur et sans reproche, un gros bonhomme ridicule et colérique; en lieu et place de l'épouse douce et aimante une harpie qui terrorise tellement son monde que même le fou n'ose plus rire. Et dans un pays loin, très de la douce Angleterre, une Rebecca qui se morfond. Ce que ne peut supporter Thackeray: il est pro-Rebecca, il trouve insupportable que Scott n'ait pas donné à Rebecca ce qu'elle méritait pour de bêtes questions de morale et de sensibilité de son lectorat. Bref, il va tout faire pour caser Ivanohé avec Rebecca: on se retrouve donc avec un Ivanohé qui part en guerre pour fuir son mariage et qui, après moult aventures et improbables rebondissements, va tomber dans le bras de sa véritable dulciné. Je ne vous dirai pas comment diable il se débarrasse de l'encombrante Rowena, c'est trop savoureux pour que je vous refuse le plaisir de la découverte. Au milieu de tout ce bazar, les personnages qui ont terminé leur rôle partent boire une bière, les anachronismes fourmillent, les principaux personnages en font des tonnes et l'auteur ne se refuse pas le plaisir de s'adresser directement au lecteur.  

    Exemple type: " Chers amis, ce n'est pas par manque d'imagination ou d'intérêt pour le sensationnel ou le pathétique que je ne m'étends pas sur le sujet (NdC: une atroce boucherie). Cette description gâcherait votre digestion, vous empêcherait de dormir et vous ferait dresser les cheveux sur la tête." Sauf que le lecteur veut l'atroce description nom d'un lapin géant!

    C'est tout bonnement savoureux et délicieusement ironique: en faisant des personnages de Scott les marionnettes d'un spectacle complétement dément, Thackeray retourne les grands mythes: Robin des Bois en prend pour son grade, le roi Richard, n'en parlons pas. La piété? Rowena se charge de l'illustrer. Les grands faits d'arme? Le triste destin de la comtesse de Châlu mitonnée avec sa robe en flanelle et quelques bras et jambes voltigeant se chargent d'en donner une image plus juste. Les croisés? Des tueurs psychopathes. Bref, Thackeray se plaît à faire tourner son lecteur en bourrique et à moquer tous les clichés des grands romans de chevalerie. Loin d'être un simple pochade, sa suite d'Ivanhoé se révèle être un petit bijou d'humour, d'ironie et de critique sociale en même temps qu'un hommage à la littérature .

    Plus que conseillé par temps pluvieux et en cas de morosité tenace.

     

    Tout est de la faute de Fashion, mais Lilly en parle aussi.

    William Thackeray, Ivanohé à la rescousse, Rivage, 2009, 5/5

  • De beaux mariages

     

    Ondine Spragg et jeune et très belle. Fille d'un homme d'affaire de la petite ville d'Apex, elle s'ouvre les portes de l'aristocratie new-yorkaise par son mariage avec Ralph Marvell. Mais son ambition dévorante ne peut se contenter de la respectabilité que lui apporte cette union. Ce que veut Ondine c'est le succès, la célébrité, la richesse, toutes choses qu'elle va chercher à obtenir de mariages en mariages et quelqu'en soit le prix.

    Il est rare de rencontrer en littérature une héroïne aussi antipathique, égoïste, lamentablement inculte, arrogante et imbue d'elle-même qu'Ondine Spragg. Et pourtant qu'elle est fascinante cette jeune femme avec ses défauts qui ne rachètent certainement pas ses qualités: une fois qu'on commence à suivre son ascension et ses chutes au sein de la Society, on ne peut plus faire autrement que tourner une page après l'autre. On est loin, très loin du roman de moeurs à l'anglaise. Pas d'humour, pas de légéreté, juste une description presque entomologique d'un monde en mutation et de sa cruauté. Ondine est une américaine de son temps: fiançailles rompues, divorces, rien ne la choque sinon l'échec dans la quête de la respectabilité et de la richesse. Elle est à l'image de l'univers des nouveaux riches, de Wall Street et de la spéculation et devient le symbole de la guerre qui se déclare entre ce monde et celui de l'ancienne aristocratie et de ses valeurs. Ondine au sein d'une vieille famille new-yorkaise, Ondine au sein d'une vieille famille de l'aristocratie française, Ondine dans l'univers interlope de la richesse, ses aventures montrent la rupture entre l'ancien monde et le nouveau monde. A travers elle, ce sont les rouages des sociétés américaines et européennes et de leur évolution qui sont analysés et décryptés avec un luxe de détails et une lucidité atroce. Ondine est le capitalisme: l'argent au centre de tout pour ce qu'il apporte de confort et de succès...

    Ondine est une sorte d'animal conduit par ses désirs et ses jalousies, son instinct social, jamais par la réflexion. Son histoire est celle de l'ambition: jamais satisfaite de ce qu'elle obtient, Ondine Spragg cherche à obtenir toujours plus, toujours mieux que ce qu'elle a, quitte à détruire ce qui ne lui sert plus qu'il s'agisse d'objets ou d'êtres humains sans jamais se soucier des dégâts. La dernière phrase du roman laisse sans voix. Pas de sentiments, pas d'âme, presque pas de sensations physiques, Ondine est une espèce de machine mue par sa volonté d'ascension sociale. Un personnage qui donne d'autant plus froid dans le dos qu'elle n'est pas seule de son espèce. En même temps, c'est une femme qui se bat admirablement pour exister, qui utilise toutes les armes à sa disposition pour obtenir ce qu'elle veut. Dans son cas, c'est une position sociale et de l'argent, ses armes sa beauté et le désir des hommes, le mariage et le divorce. Elle se trompe, elle tombe et se relève, elle lutte contre son éducation, sans jamais renoncer. Admirable, mais glaçant: on a un peu l'impression d'être devant une fourmi qui ne renonce jamais à passer un obstacle qu'elle pourrait éviter en prenant une autre direction. Or, qui ne s'est jamais entêté dans un projet, dans l'accomplissement d'un désir qui pourtant n'a pas apporté le bonheur escompté? Ondine est aussi un miroir dans lequel on se reconnaît un peu.

    Brillant, superbement écrit, De beaux mariages est une chronique sans fards et diablement actuelle malgré ses presque cent ans du Nouveau Monde. Passionnant, glaçant, c'est un roman qu'on lâche pas avant la dernière page et difficile à oublier.

     

    L'article d'Un renard dans une bibliothèque, Allie, Stéphanie, Canthilde,...

    Edith Wharton, De beaux mariages, La découverte, 2003, 4/5