Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Chiff' - Page 154

  • Fin du monde bis

    Je pense que je vais maudire ceux qui m'ont lancée sur Twentieth century boys. Bon, ce n'est pas du Murakami, mais c'est très bon aussi dans une autre catégorie!

    En 1969, une bande de gamins comme les autres joue à sauver le monde et à inventer des histoires de super-héros. A la fin du 20e siècle aucun n'a réalisé les rêves de son enfance. Mais leur petite vie tranquille va être bouleversée par les agissements d'un mystérieux personnage qui ne veut rien de moins que provoquer la fin du monde en suivant un scénario qu'ils ont inventé... Difficile de résumer le scénario de ce seinen riche en détails et en rebondissements. Il est resté rivé à mes mains et je bave après les tomes suivants. Merci à Naoki Urasawa!

    20th century boys, Naoki Urasawa, t.1 à 4, Panini Manga

     

    La suite ne concerne pas la fin des temps cette fois-ci, mais la fin de l'enfance. Ai Yazawa nous donne à lire un joli shojô avec Gokinjo. Bête histoire d'amour entre deux amis d'enfance, très tendre, très mignon et très bon pour le moral. Je suis fan.

    Gokinjo, une vie de quartier, Ai yazawa, t. 1 à 4, Delcourt

  • Désobliger sa famille

    "Voici une trentaine d'années, mademoiselle Maria Ward de Huntington fut assez heureuse pour captiver avec sept mille livres de rente comme seule fortune, le coeur de Sir Thomas Bertram de Mansfield Park, dans le comté de Northampton, et se hausser ainsi jusqu'au rang de femme de baronnet, acquérant de surcroît tout le bien-être et les avantages matériels qu'offrent une belle maison et un revenu considérable." Mais ses soeurs ne purent faire d'aussi beaux mariages. Mademoiselle Ward épousa le pasteur Norris, et la plus jeune, Frances épousa pour désobliger sa famille un officier de marine, rompant tout lien avec ses soeurs et sombrant dans la misère avec ses nombreux enfants dont elle était bien incapable de s'occuper. Une bonne dizaine d'années plus tard, la famille Bertram et la tante Norris décident dans leur infinie bonté d'accueillir la fille ainée de Frances, Fanny, à Mansfield Park pour l'éduquer et l'entretenir. C'est le début de la fin de la traquillité et le vrai début de folles aventures.

    Du Jane et du bon! Je ne suis certe pas très objective tant j'aime cette grande dame et ses oeuvres, mais c'est quand même du grand art! On retrouve dans ce gros roman les répliques assassines, les portraits au vitriol, la méchanceté soigneusement dissimulée des uns envers les autres, les multiples rebondissements, les thés et les bals. Il faut "voir" la Norris, confite de bêtise et d'orgueil, lady Bertram et son indolence, les Crawford et leur ambition! Et la pauvre et douce Fanny au milieu de tout cela, avec son sens moral sans faille et sa profonde gentillesse, coincée par les attentions importunes de son soupirant au point de se mettre en colère. J'ai beaucoup fait rire ma colocataire avec mes exclamations ("l'enfoirée de tante Norris", "mais crétin, elle est amoureuse de toi, ouvre les yeux"), puis je me suis tue. Ca faisait mauvais genre dans l'avion!

    Reste l'infini talent de cette plume et le bonheur de s'enfoncer dan cet univers comme dans un bon oreiller de plume, le tout avec une bonne tasse de thé.

    Jane Austen, Mansfield Park, 10/18, Domaine étranger, 1996, 510 p.

  • Gourmands de tous les pays

    " Cette bibliothèque gourmande contemporaine invite des écrivains à dévoiler, autour d’un jeu de mots-clés, les secrets de leurs plaisirs gourmands "
    e sujet semblait pourtant prometteur... Faire mettre en mot par des écrivains leur amour pour la nourriture et la cuisine. Plutôt attirant pour la gourmande que je suis. Mais je n'ai pas été convaincue par l'opus que j'ai lu pendant mes vacances. Chantal Pelletier donne à lire une série de petits textes autobiographiques ou non qui disent son amour de la bonne cuisine de son enfance et la bonne cuisine d'ailleurs. Parce qu'elle aime l'aiileurs: "Mon goût pour les bonnes choses est comme moi. Il aime voyager. "
    Mais les chapitres (ou micro nouvelles) sont très inégaux. Certains comme la description d'un repas dans le désert sont un vrai bonheur. Ou encore ce petit bout: "... mon plus grand plaisir est de manger dans les échoppes, sur les marchés. Découvrir sous mes doigts la texture voluptueuse des viandes, les pâtes grenues des galettes, les masses tendres des légumes, leurs peaux soyeuses. Je rechigne rarement à ce jeu: modeler dans un grand plat odorant des boulettes fragiles en pressant riz ou semoule, sauces de légumes, hachis de viande, porter cette improbable sculpture à la bouche, lèvres tétant les restes, langue léchant les doigts dégoulinant de sucs épicés, façon de ne rien perdre des jus et des parfums, de baigner au mieux dans les arômes, dont même la peau s'abreuve..." ou je me retrouve.
    Mais d'autres m'ont littéralement fait bayer. Je ne sais trop quoi en penser. En lire d'autres?

    Voyages en gourmandise, Chantal Pelletier, Nil, Exquis d'écrivains, 113 p.

  • La parole du désert

    Ce qui m'a le plus frappé dans ce roman, c'est la beauté des phrases. On a la tentation d'en lire certaines à haute voix pour mieux les goûter si vous voyez ce que je veux dire. Et comble de bonheur, ce n'est pas seulement bien écrit, c'est aussi beau dans le fond! Goran Tunström parvient en 200 pages à rendre les figures du Christ et de Jean le Baptiste profondément humaines. L'un est un écorché vif en perpétuelle rebellion, l'autre un doux qui apprend petit à petit à faire face à ce qu'il est et à l'accepter. Leurs chemins se croisent jusqu'à ce que l'on rejoigne Jésus au coeur de sa retraite de 40 jours dans le désert.

    J'ai particulièrement aimé le fait que le Christ doute au départ de ce qu'il est et qu'il lutte de toute ses forces contre l'idée qu'il puisse être le Messie tout en étant quelque part flatté. Et les figures de Marie et de Joseph qui souffrent de l'enfant qu'ils ont mis au monde même s'ils l'aiment.

    On y trouve de surcroît des reflexions qui laissent songeur: "Au coeur du silence, toutes les entraves disparaissent: ce n'est que là qu'il est possible de jalonner le chemin qui va tout droit. Il mène tout droit à la mort. Trop de gens vivent continuellement à côté de la voie qui y mène. Ils peuvent se cacher dans leurs souvenirs, dans le temps anéantis. Ils se croient immortels. Ils sont des enfants."

    Bref, c'est beau, c'est bon, c'est chaudement recommandé.

    Göran Tunström, La parole du désert, Actes Sud Lettres scandinaves,1993, 201 p.