24.08.2007
La maison des célibataires
Cinq célibataires dans une maison au bout du monde. Cinq célibataires qui commencent à s'inquiéter pour leurs vieux jours. Un célibataire qui décide alors de se marier pour assurer les-dits vieux jours. Mais la fiancée est une marâtre. Riche certes, mais une marâtre. Et les vieux copains n'ont pas dit leur dernier mot.
Le lecteur (ou la lectrice), lui, n'a pas fini de se tordre de rire! Jorn Riel offre en quelques trop courtes pages un petit conte drôlatique, vaudevillesque et immoral. Une apologie de la paresse et une célébration de la capacité à tromper son monde (gentiment ou presque) pour arriver à faire sa sieste au soleil. On croise des célibataires paresseux et malins, une veuve au tempérament chaud lançant sa rivale par une fenêtre, un administrateur administrant, et quelques autres personnages hauts en couleur. Quelques traits suffisent à leur donner corps et vie dans des situations poussées à leur extrême. Le pire, c'est qu'on se dit qu'il doit bien s'en trouver de parle monde de vieux roublards dans ce genre!
Les accroches de chapitre sont savoureuses, l'écriture enlevée, et mon seul regret que cela ait té trop court! Ne surtout pas bouder Jorn Riel par lui-même à la toute fin! Non seulement le monsieur a une vie fascinante, mais en plus il se fait subir le même traitement humoristique qu'à ses personnages!
"Une chance, ces dents du commerce, parce qu'ainsi, il n'avait pas à envisager de frais plus tard pour ces outils si fondamentaux à la mastication."
Papillon en parle plus que bien ,tout comme Florinette, Valdebaz, Clarabel et Gachucha.
Jorn Riel, La maison des célibataires, 10/18, 2006, 75 p.
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10.08.2007
Trollitude

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18.05.2007
Le buveur de lune
Il ya des livres comme ça qu'il faut prendre le temps de digérer. Laisser le temps aux mots, aux phrases de reposer, puis de s'envoler. Avant de pouvoir ouvrir d'autres pages.
Pétur est un petit garçon islandais presque comme les autres. Il vit avec son père, la voix la plus célèbre du pays. Sa maman sismique, Lara, a disparu un beau jour. Toute en fantaisie et en tendresse, son enfance va laisser la place à la souffrance de grandir, de se construire et de comprendre, enfin, que l'éloignement n'est pas une solution.
C'est peu dire que j'ai aimé. Göran Tunström a cette manière bien à lui de faire basculer son lecteur dans un monde onirique, où le merveilleux est chose courante. La musique des mots, des notes et la musique de la terre qui gronde façonnent ses personnages. On est emporté dès les premières lignes dan ce pays où la poésie est un moyen de respirer.
L'histoire se centre principalement sur la relation du père et du fils. On voit le regard tendre du petit garçon évoluer, se transformer, devenir plus dur, plus amer. On voit ses remords et l'amour qui malgré tout persiste. On lit la douleur d'un père qui voit son enfant s'éloigner de lui, ne plus le comprendre. Certaines pages exhalent la souffrance à en couper le souffle. C'est un beau roman sur l'identité, la quête de l'accomplissement de soi.
Les personnages, principaux et secondaires, m'ont un peu fait penser à ceux de Paasilina, dans ces attitudes burlesques, dans ces répliques qui font mouche, dans ces relations sur le fil du couteau. Mais avec la drôlerie en moins. Ce n'est pas un reproche. C'est juste différente et savoureux à sa manière. Et cela n'empêche pas l'humour d'être bien présent! La description du mode de gouvernement et des hommes politiques est d'ailleurs savoureuse. Il faut lire les pages où ils se retrouvent à jouer au scrabble ou à chanter de l'opéra! Et la guerre diplomatique provoquée par un ballon de foot est tout bonnement extraordinaire. Certains passages sont peut-être un tantinet longs, parfois un brin confus, mais globalement, j'ai passé un excellent moment.
"En fin de compte tout ce que nous vivons n'est que divagations de l'esprit. En fin de compte nous aurons quand même investi nos vies, écrit une chanson, qui s'attarde sur la surface de la terre une minute encore après que s'est tue la dernière note. C'est la raison pour laquelle cette bougie est ici, pour dire: il y a bien eu un récit, la flamme est faible, vacille faiblement."
Voir l'avis de Chimère.
Göran Tunström, Le buveur de lune, Actes Sud, Babel, 1997, 302 p.
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14.04.2007
La parole du désert
Ce qui m'a le plus frappé dans ce roman, c'est la beauté des phrases. On a la tentation d'en lire certaines à haute voix pour mieux les goûter si vous voyez ce que je veux dire. Et comble de bonheur, ce n'est pas seulement bien écrit, c'est aussi beau dans le fond! Goran Tunström parvient en 200 pages à rendre les figures du Christ et de Jean le Baptiste profondément humaines. L'un est un écorché vif en perpétuelle rebellion, l'autre un doux qui apprend petit à petit à faire face à ce qu'il est et à l'accepter. Leurs chemins se croisent jusqu'à ce que l'on rejoigne Jésus au coeur de sa retraite de 40 jours dans le désert.
J'ai particulièrement aimé le fait que le Christ doute au départ de ce qu'il est et qu'il lutte de toute ses forces contre l'idée qu'il puisse être le Messie tout en étant quelque part flatté. Et les figures de Marie et de Joseph qui souffrent de l'enfant qu'ils ont mis au monde même s'ils l'aiment.
On y trouve de surcroît des reflexions qui laissent songeur: "Au coeur du silence, toutes les entraves disparaissent: ce n'est que là qu'il est possible de jalonner le chemin qui va tout droit. Il mène tout droit à la mort. Trop de gens vivent continuellement à côté de la voie qui y mène. Ils peuvent se cacher dans leurs souvenirs, dans le temps anéantis. Ils se croient immortels. Ils sont des enfants."
Bref, c'est beau, c'est bon, c'est chaudement recommandé.
Göran Tunström, La parole du désert, Actes Sud Lettres scandinaves,1993, 201 p.
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