31.10.2009
Dracula - Bram Stoker

Cela ne devait être qu’une mission professionnelle, exotique, certes, puisque l’emmenant dans les Carpates, mais sans rien de particulier. Pourtant, au fur et à mesure qu’il se rapproche du château du comte Dracula, Jonathan Harker est pris d’un étrange sentiment d’angoisse. La faute sans aucun doute aux superstitions locales, à la peur manifeste des autochtones, à l’étrangeté du château du comte et à celle de son hôte qui se révèle petit à petit jusqu’à l’emmener aux portes de l’horreur et de la folie.
Pourtant, Jonathan survit et retrouve sa fiancée, Mina Harker qu’il épouse, sans savoir que dans son entourage, d’étranges événements sont survenus et ont touché son amie intime, Lucy. Gravement atteinte par une mystérieuse maladie, celle-ci décède sans que son fiancé Arthur Goldming, les amis de celui-ci, le docteur Jack Sewald et Quincey Morris, ni le célèbre professeur Van Helsing à qui il avait été fait appel en dernier recours puissent faire quelque chose. Mais Van Helsing sait ce qui a tué Lucy et va emmener Goldaming, Seward, Morris et les Harker sur la piste de quelque chose qui n’est pas censé exister : un vampire.
Si Bram Stoker n’a pas inventé le vampire, il n’en reste pas moins celui qui a créé, à partir du riche terreau antérieur (folklore, superstitions, travaux scientifiques et philosophiques, et oui), le mythe moderne du vampire. Et avec Polidori, LeFanu, et quelques autres, le père d’un genre dont le succès ne s’est jamais démenti. Autant dire que pour les amateurs de littérature vampirique, c’est un indispensable ! Vous me direz, il s’avère parfois que les indispensables sont diantrement enquiquinants pour ne pas dire littéralement soporifiques. Certes. Mais Dracula n’est pas seulement un indispensable. C’est aussi un très bon roman d’aventure.
Pour construire son intrigue, Stoker n’a pas utilisé un récit linéaire des événements, mais un ensemble d’échanges épistolaires, d’extraits de journaux intimes qui lui permet de croiser les points de vue de manière fluide et de donner un tableau progressif et complet des événements dont nos héros sont les témoins et les acteurs. Plus que cela d’ailleurs, c’est l’occasion d’une plongée dans leurs pensées intimes qui se révèle assez passionnante. Il faut dire que Stoker a choisit ses personnages : un futur lord ayant vécu moult aventures, un pistolero américain, un psychiatre, une jeune femme à l’intelligence acérée, un clerc de notaire qui cache sous des abords conventionnels un courage sans faille ! Et que dire du professeur Van Helsing et de ses connaissances pour le moins approfondies du monstre qu’ils traquent pour venger la pauvre Lucy.
Il est vrai cependant que le roman est empreint des conventions littéraires et sociales de son époque. Il n’est qu’à voir la place donnée à Mina Harker et la manière dont son intelligence est considérée comme masculine par ces messieurs… Et que Bram Stoker ne s’est pas franchement encombré de petites choses comme la cohérence. J’ai remarqué plusieurs petites bizarreries dans l’enchaînement des événements, et dans le comportement des personnages mais comme rien de tout cela ne nuit au plaisir de la lecture, ce n’est pas fondamental ! D’autant que ces quelques petites incohérences ne sont rien face au travail de titan accompli par l’auteur !
Mais revenons au vampire lui-même. Là où Stoker a fait date, c’est en fixant pour les siècles à venir les caractéristiques principales de ce monstre. Quelque part, quand on dit aujourd’hui qu’un roman réinvente le mythe du vampire, c’est au mythe version Stoker qu’on fait référence : le mort-vivant qui se nourrit du sang des vivants, ne meurt pas, dont le pouvoir cesse au lever du soleil, qui peut se rendre maître de certains éléments, se faire obéir de certains animaux, se rendre immatériel, se grandir ou se rapetisser… Bon, autant mettre un extrait !
« Il est prisonnier, plus qu'un homme condamné aux galères, plus qu'un fou enfermé dans un cabanon. Aller là où il a envie lui est interdit. Lui qui n'est pas un être selon la nature, il doit cependant obéir à certaines de ses lois - pourquoi, nous n'en savons rien. Toutes les portes ne lui sont pas ouvertes ; il faut au préalable qu'on l'ait prié d'entrer ; alors seulement il peut venir quand il le désire. Son pouvoir cesse, comme d'ailleurs celui de toutes les puissances malignes, dès les premières lueurs de l'aube. Il jouit d'une certaine liberté, mais en des moments précis. S'il ne se trouve pas à l'endroit où il voudrait être, il ne peut s'y rendre qu'à midi, ou au lever, ou au coucher du soleil (...). Ainsi, tandis que le vampire peut parfois accomplir sa propre volonté, pourvu qu'il respecte les limitations qui lui sont imposées et se confine dans son domaine : son cercueil à lui, son enfer à lui, ou encore dans un endroit non béni (...) ; et encore ne peut-il se déplacer qu'à des moments bien précis. On dit aussi qu'il ne peut franchir des eaux vives qu'à marée haute ou lorsque la mer est étale. Et puis, il y a des choses qui lui ôtent tout pouvoir, comme l'ail, nous le savons assez ; comme ce symbole, ma petite croix d'or, devant laquelle il recule avec respect et s'enfuit. Il y en a encore d'autres (...) : une branche de rosier sauvage, posée sur son cercueil, l'empêche d'en sortir, une balle bénite que l'on tirerait sur son cercueil le tuerait et il deviendrait alors un mort véritable. Quant au pieu que l'on enfonce dans son cœur, nous savons qu'il lui donne également le repos éternel, repos éternel qu'il connaît de même si on lui coupe la tête. Il ne se reflète pas non plus dans les miroirs et son corps ne fait pas d'ombre. »
Une bien étrange créature qui donnerait presque (j'insiste sur le presque) envie par certains côtés de goûter à cette vie éternelle et qui reste terrifiant par d'autres. A travers elle, c'est toute un réflexion sur la mort, l'immortalité et la vie éternelle qui attend le lecteur. La non-vie est un état fascinant, d'autant plus fascinant qu'on ne trouve aucune explication à son origine et qu'elle est une figure de la liberté. Je vous rassure, je ne suis pas devenue folle! Il me semble simplement que malgré les limitations que lui impose sa nature, Dracula est plus libre que les humains, dans le sens où il est capable d'accomplir ce qu'il désire, et par là même, est destiné au mal. Plus de moral, plus de barrières sociales ou religieuse: juste la puissance et la force de l'instinct comme porte ouverte à l'horreur (séduction, meurtre, etc.). Le vampire serait presque une sorte de figure repoussoir ou catharsique. Ceci dit, je m'égare sans doute!
Je m'arrête là! Vous aurez deviné sans peine que j'ai aimé et que je compte bien poursuivre ma découverte de la littérature vampirique, à commencer par ces classiques que je n'ai pas encore lus!
Au prochain épisode, Dracula l'immortel!
Caro[line] m'a précédé!
Stoker, Bram, Dracula, Pocket, 2002, 4.5/5
21:58 Publié dans Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : comment diable quincey fait-il pour tirer avec les rènes de son, ça ne doit pas être confotable. mais bon ce n'est pas grave, il y a dracula, il est quand grand et ténébreux, sexy je ne sais pas, il faudrait étudier de prêt la question de la sexytude du grand
25.10.2009
Kimi Wa Pet

Sumire est un beau personnage de femme moderne déchirée entre des aspirations contraires, entre réussite professionnelle et une vie plus traditionnelle incarnée par son amie Yuri.
07:00 Publié dans Côté soleil levant | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : kimi wa pet
23.10.2009
Thomas Drimm, La fin du monde tombe un jeudi - Didier Van Cauwelaert

"J'AI 13 ANS MOINS LE QUART
ET JE SUIS LE SEUL
A POUVOIR SAUVER LE MONDE
SI JE VEUX."
Tiraillé entre la femme de ses rêves et un vieux savant parano réincarné dans un ours en peluche, Thomas va découvrir, de pièges en rebondissements, l'exaltant et périlleux destin d'un super-héros à mi-temps.
Course contre la montre et voyage initiatique, cette aventure de Thomas Drimm, au suspense haletant et à l'humour féroce, a tout pourt passionner les lecteurs de douze à cent douze ans."
Ou comment Thomas se retrouve à assassiner un vieux professeur bougon à l'aide de son cerf-volant, à abriter ledit professeur dans son ours en peluche et à patauger dans les ennuis.
J'ai retrouvé dans ce premier tome des aventures de Thomas, les raisons pour lesquelles j'aime les littératures dites de l'imaginaire. Elles, plus que toute autres, permettent de parler de notre monde et de ses évolutions. Didier Van Cauwelaert ne se prive pas de ces possibilités. Le monde de Thomas est un véritable cauchemar: puce implantée dans le cerveau, contrôle et punition par déclassement social de toute transgression, pénalisation de tous les aspects de l'existence de la conception des enfants à la mort. Autant dire qu'on pense très fort aux puces RFID et à certains nombres d'événements. Ainsi qu'à nombre de classiques de la SF. Ceci dit, si le fonds est riche de références et porteur de réflexion plus intéressantes les unes que les autres, il n'est en rien un obstacle au plaisir de la lecture: Thomas et le professeur sont des personnages attachants et leurs aventures s'enchaînent tambour battant, faisant penser à un feuilleton (ce que Thomas Drimm a été puisqu'il a été publié en épisodes sur téléphone portable cet été). Le premier est d'ailleurs un adolescents fort crédible dans ses petites crises et le second provoque quelques scènes pour le moins cocasses. Il faut dire qu'habiter le corps d'un vieil ours en peluche n'est pas de tout repos!
Il est vrai que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans cet univers et à me faire au style de Didier Van Cauwelaert, mais une fois installée dans le récit, la lecture a été facile et agréable. Certes les ficelles se voient parfois un peu mais il y a du potentiel chez Thomas Drimm, et des choses tout à fait intéressantes qui donnent envie de savoir ce qu'il va bien pouvoir se passer dans le tome 2. Après tout, maintenant que le décor est planté, la lutte entre le Bien et le Mal va sans doute déployer toute la complexité qu'on aperçoit par moment dans les décisions que doit prendre Thomas et les mystérieux Nox et Noctis. Rien de révolutionnaire donc, mais après tout, en est-il besoin? Thomas Drimm est un bon roman d'aventure, le récit du passage à l'âge adulte d'un adolescent confronté aux dérives d'un monde qui permet de réfléchir au notre.
07:00 Publié dans Littérature pour "Adolescents", Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : la sf c'est fantastique!
21.10.2009
La grand-mère de Jade - Frédérique Deghelt

"J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune."
Quand Jade est partie cherchée Mamoune au fond de sa Savoie pour la sauver de la maison de retraite médicalisée, elle n'a pas plus réflechi que ça. Elle s'est même empêché de réflechir, de peur de ne pas trouver le courage de vivre, elle, jeune trentenaire, avec sa grand-mère octogénaire. Mais la vie avec Mamoune va se révéler pleine de surprises. Aussi surprenante que la femme qui vit derrière le masque de la douce et tranquille grand-mère.
La douceur et la tendresse. C'est ce que je vais retenir de ce superbe roman, avec la multitude de petites phrases qui touchent au coeur. C'est un coup de coeur, un vrai, un gros. Frédérique Deghelt raconte une histoire peu commune, celle d'une jeune femme qui part en croisade pour sauver Mamoune, la femme qui a enrobé son enfance d'amour. Sa Mamoune, garde d'enfants, ancienne ouvrière issue d'une famille paysanne, montagnarde jusqu'au bout de ses chaussures de randonnées. Sa Mamoune veuve depuis trois longues années et en mauvaise santé. Sa Mamoune qui est aussi une femme qu'elle va découvrir au fil de leur cohabitation. Frédérique Deghelt raconte tout en finesse cette découverte mutuelle, la manière dont les masques tombent, dont on s'habitue à l'autre et dont on l'aime de plus en plus fort. Jade et Jeanne, les cinquante années qui les séparent et tant à apprendre l'une de l'autre.
Mais plus que tout, ce qui m'a enchantée dans ces pages est cet extraordinaire portrait de lectrice. Par petites touches, à travers le regard de Jade et les mots de Jeanne, Frédérique Degehlt brosse le portrait tendre et attachant d'une lectrice. Jeanne qui découvre les livres et qui vit avec la littérature une passion honteuse et essentielle, plus intense et profonde presque que l'amour, une passion fruit du hasard, d'un carton de livres laissé par une femme de notaire dont elle avait gardé l'enfant:
"Bénie soit cette femme qui m'a apporté tout un carton de livres qu'elle ne pouvait emporter. Il y avait dans ces ouvrages la comtesse de Ségur, Jack London, Victor Hugo, Colette, Jules Verne, Edmond Rostand et même des classiques du théâtre comme Molière ou Racine. J'ai voulu tout d'abord retrouver les histoires de Jules Verne que nous lisait mon grand-père. Puis j'ai glissé un oeil dans Les misérables puis dans tout le reste et j'ai pris l'habitude de lire chaque jour quelques pages, toujours plus de pages. Quelle merveilleuse découverte. De semaines en semaines, le coeur battant, j'ouvrais des livres."
Il y a les fantaises du lecteur, le carnet où elle recopie les citations qui l'ont touchée, ses emportements et ses rejets, les rencontres et les dialogues avec d'autres lecteurs, sa découverte de l'univers de l'écriture et de l'édition. Toute une vie d'aventure et de découvertes.
"Maintenant quand je parcours ce livre de citations, de poème, d'extraits de tous les ouvrages que j'ai aimés, c'est un peu comme si ma vie rêvée se tenait là, blottie entre les pages. Je ne peux jamais relire ce cahier sans qu'il me tire des larmes. Il est ma vie racontée par les plus grands auteurs du monde. C'est un livre unique, le plus précieux que je possède."
Quand Jeanne raconte la lectrice qu'elle fut et qu'elle est encore, c'est le pouvoir immense de la littérature qui se révèle: miroir, leçon de vie, leçon de beauté. Il y a la vie cachée sous les mots, il y a le plaisir de retrouver ces livres qui sont comme de vieux amis, le plaisir d'en découvrir de nouveaux et de les partager. J'ai particulièrement apprécié un tout petit passage où Jade offre un livre à sa grand-mère, tellement révélateur de ce que le partage entre lecteur peut être:
"Orgueil et Préjugé, suivi de Raison et sentiments de Jane Austen dans une magnifique collection en cuir. Je ne me souvenais plus d'avoir dit que j'avais envie de découvrir cet auteur que je ne connaissais pas. Tu as de la chance m'a lancé Jade avec cette envie impossible qu'à toute lectrice de redécouvrir pour la première fois ce qu'elle a déjà aimé."
Et que dire du rapport instinctif, sensuel que Jeanne a entretenu avec les romans! Il y a un passage magnifique où elle raconte que le seul lieu où elle pouvait lire était la cuisine et qu'elle aurait aimé une immense cuisine-bibliothèque... "J'aurais ouvert après quelques années des romans qui auraient eu des parfums différents. Le romarin pour Maupassant, le curry pour Baudelaire, les oignons pour..." En quelques phrases se dévoile ce rapport parfois déroutant que le livre entretient avec l'art culinaire et son univers d'odeurs, de couleurs, de sons et de goûts.
L'amour des livres et de la littérature va rendre encore plus profond l'attachement que se portent les deux femmes. L'une lectrice, l'autre écrivain vont se nourrir mutuellement
La grand-mère de Jade est en quelque sorte une histoire de la lecture au féminin, presque une sociologie de la lecture tant les parcours croisés de Jade et de Jeanne sont exemplaires. Un petit extrait comme celui qui suit dit tout: "Replace les élèments de mon époque. K'étais une petite ouvrière d'une vallée industrielle, fille de paysans montagnards, puis femme d'un ouvrier. J'avais mon certificat d'étude, ce qui était déjà rare pour une femme de la région. Je gardais des enfants et il faut croire que je donnais satisfaction puisqu'on m'en amenait sans cesse de nouveaux. Je n'avais pas de mérite, je les adorais. Et ils furent même ma cachette de lectrice. Aux bébés je pouvais lire des extraits de Victor Hugo, de Flaubert, de Joyce." Les obstacles sociaux à une lecture ravalée au rang de loisir pour oisif, le poids des regards et des règles sociales, l'incongruité pour quelqu'un de classe sociale modeste à accéder à la littérature, le fossé immense entre hier et aujourd'hui qui ne masque pourtant pas la persistance de ces obstacles... on se croirait dans des essais de Michèle Petit, de Hubert Nyssen. Lequel fait d'ailleurs une apparition au détour de quelques pages... Accompagné par quelques grands noms qui ont permis qu'aujourd'hui, lire aux tout-petits ne soient plus considéré comme une aberration...
Il y a ces pages merveilleuses sur la lecture, mais il y a aussi ces phrases qui sonnent juste sur la maternité, sur les liens qui se tissent entre femmes d'une même famille et qui se brisent parfois. Quand Jeanne raconte sa vie de femme et de mère, c'est son amour pour ses enfants qu'elle exprime, le déchirement de les voir grandir et affronter la vie. Sa relation avec Jade est tout simplement superbe de tendresse. L'alternance de leurs voix permet de s'attacher aussi bien à l'une qu'à l'autre et de regarder la jeunesse de Jade comme la vieillesse de Jeanne avec des yeux différents.
La grand-mère de Jade est un roman enveloppant qui laisse le coeur serré tant son épilogue est touchant. C'est un de ces romans dont la force fait oublier les quelques faiblesses et ce côté par moment un peu tiré par les cheveux. Force va m'être de le rendre à la bibliothèque, mais je sais déjà que c'est un roman qui va rejoindre mes étagères, tant j'ai l'envie de pouvoir me couler, autant que je le souhaite, dans les pas de Jeanne et de Jade.
"Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombaient des étagères pour venir répondre à des questions que me posait l'existence. J'ai récupéré ainsi la patience à une époque où je serais partie dans l'expasoération, découvert les vertus de l'amour rpevé, abandonné le voyage à d'autres vies, rangé le meurtre au ranyon de l'impossible. J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."
Cuné m'avait donné envie de m'y plonger, qu'elle en soit remerciée. Anne l'a aimé. Leiloona aussi. Tous les liens sur Blog-O-Book.
07:00 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : au bonheur de lire, frédérique deghelt
19.10.2009
Ghost of India
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Il était une fois une CHiffonnette pourvue d'amis qui lui voulaient du bien. Enfin, qui voulaient lui faire plaisir. Parce que d'un autre côté, pour sa santé mentale déjà bien ébranlée, lui fourrer entre les mains entre deux muffins et trois crêpes "A Doctor Who novel", franchement... L'obliger comme ça à aller se racheter un mini dico d'anglais pour pouvoir bouquiner tranquille dans le métro sous l'oeil éberlué des passagers... L'obliger à déambuler l'oeil vitreux le reste du temps, se demandant si elle a bien compris ce qui se passait page 158... Je vous aiiiiiiimmmmmeeee, les filles!
Bref, revenons à nos Tardis. Ou plutôt à nos romans. Car figurez-vous que nos amis british, non content de réaliser de fantabuleuses séries, en font en plus des produits dérivés ma foi capable de déclencher l'hystérie des faibles whomaniaques que nous sommes. Il y a donc toute une tripotée de romans se déroulant dans le whoniverses et qui sont autant d'aventures inédites du Doctor et de ses compagnes.
Mais que penser de ces romans. Il fallait lire pour se forger une opinion. Mon abnégation en bandoulière, je me suis donc lancée à l'assaut!
"India in 1947 is a country in the grip of chaos - a country torn apart by internal strife. When the Doctor and Donna arrive in Calcutta, they are instantly swept up in violent events. Braely escaping with their lives, they discover that the city si rife with tales of half-made men, who roam the streets at night and streal people away. These creatures, it is said, are as white as salt and have only shadows where they eyes should be. With help from India's grat spitirual leader, Mohandas "Mahatma" Gandhi, the Doctor and Donna set out to investigate these rumours. What is the real truth behind the half-made men? Why is Gandhi's role in history under threat? And has as ancient, all-powerful god of destruction really come back to wreak his vengeance upon earth?"
Et bien la véritable et véridique vérité est que je me suis diantrement amusée à lire les aventures du Doctor. Moins qu'à le regarder courir en vrai sur l'écran, certes, mais la version papier est presque tout aussi enthousiasmante. On retrouve bien dans le roman l'ambiance un peu folle des épisodes, l'humour bien particulier du Doctor, le mauvais caractère de Donna et sa capacité à se fourrer dans les situations les plus invraisembables. Les rebondissements s'enchaînent sans qu'on ait une minute pour s'ennuyer, le récit est cohérent et haletant, les points de vues des personnages s'entrecroisent en apportant chacun leur petite touche à l'histoire et les guests sont ma foi fort sympathique. Je passe sur le gentil docteur anglais et son infirmière de bonne famille, sur le pater familias sanguin et diplomate de son état, sa femme neurasthénique et tellement bien sous tout rapport. Tous jouent parfaitement leur rôle. Non contente d'être enchantée de faire leur connaissance, j'ai adoré croiser la route d'un Gandhi traité avec une gentille irrévérence et faisant face aux aliens et au Tardis avec une sérnénité à toute épreuve.
Bref, on a l'impression d'être devant son écran sauf que c'est un roman et qu'il faut un dictionnaire aux quiches de l'anglais telles que moi. Mais c'est tellement bon que je suis prête à continuer! Surtout si c'est mon Tenth Doctor qui vit ainsi de nouvelles folles aventures!
Maintenant, je n'ai plus qu'à me lancer dans la version Torchwood de la chose. Il faut dire qu'il y a deux terribles qui ont su frapper en plein coeur! Tout est de leur faute monsieur le juge!!
17:42 Publié dans Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
13.10.2009
Bonjour, c'est la gardienne...
Oui, à Paris, c'est parfois le facteur qui sonne et c'est parfois la gardienne qui toque, ou qui laisse le ravissant petit mot magique: "Vous avez un colis". Je l'aime ce petit mot, presque autant que Dorothy aime ses chaussures magiques dans le magicien d'Oz. Et comme en général je rentre tard (oui, ma vie est tout à fait fascinante), je vais presque systématiquement récupérer min paquet dans l'antre magique de la gardienne à 7h30 du matin. Je ne sais pas qui a dit que gardienne d'immeuble est une sinécure, je peux vous affirmer que ce n'est pas le cas quand je suis dans les parages! Imaginez le tableau à la période de Books and the City!
Bref, tout cela pour dire que je suis aprtie en sautillant vers la loge vendredi dernier, quasi certaine de repartir en direction de ma bassine de café avec un joli colis sous le bras. Une fois n'est pas coutume, j'ai gagné!
Voilà la bête, en provenance directe de Belgique!
18:32 Publié dans Contemplation | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : swap again and again, tag et autres histoires
Le vent dans les saules, Le vent dans les sables
C'est le printemps et tout le petit monde de la forêt bruisse d'activité et de bonheur. Abandonnant son grand ménage, Taupe le solitaire part en promenade. De rencontres en rencontres, se constitue autour de lui une petite bande de joyeux lurons. C'est le début de bien des aventures!

Voilà une série pour laquelle il est bien difficile de ne pas avoir un coup de coeur! Michel Plessix en décidant d'adapter le roman de Kenneth Graham offre aux amateurs de bande dessinée un petit bijou de bonne humeur et de tendresse. N'ayant pas lu l'original, je ne peux guère commenter la qualité de l'adaptation, mais peux, quoi qu'il en soit, crier bien fort l'immense plaisir que je prends à lire et relire les aventures de Taupe, Rat, Blaireau et Crapaud. C'est qu'ils sont attachants tous avec leurs lubies, leur amour de la vie et de la bonne chère, leur inébranlable amitié qui les pousse à tout tenter pour tirer d'affaire celui d'entre eux qui est en difficulté, bien souvent Crapaud, il faut le dire! Michel Plessix avec son trait tout en rondeur et en finesse, ses couleurs douces et tendres fait se dérouler sous les yeux du lecteur le petit monde de la forêt. Il y a des pages d'une immense poésie, d'autres d'une drôlerie incontestable avec de temps à autres de savoureux clins d'oeil. On prend plaisir à suivre les aventures et mésaventures de ces compères qui préféreraient bien souvent être restés confortablement à l'air dans leurs logis que d'être partis à l'aventure dans le vaste monde pour sauver Crapaud de sa passion délirante pour l'automobile! Évasions rocambolesques, accidents, promenades sous les arbres, batailles et autres bagarres ne manquent pas au fil des pages et on quitte Taupe et Rat avec une petite pointe de regret encore qu'on les sache revenus à leurs sylvestre amours.
Mais... C'est sans compter avec ce mystérieux rat bourlingueur et tatoué qui débarque non loin... Un rat bourlingueur dont la route va croiser celle de nos mais et les embarquer pour un nouveau voyage tout aussi extraordinaire, sinon plus! La faute à Crapaud évidemment qui a décidé sur un coup de tête, encore un, deprendre la mer. Et c'est reparti pour les aventures, du côté des sables cette fois-ci, avec un scéario qui rend justice aux personnages de Graham, et un dessin toujours aussi somptueux. Les décors sont détaillés, les couleurs intenses sans perdre de la douceur qui caractérisait Le vent dans les saules. Et il y a toujours cette pointe d'humour bien présente, notamment avec ces deux mouches qui se cherchent au fil des pages.
C'est un petit bonheur à déguster tranquillement au fond du jardin, ou au coin du feu dès que le besoin d'un peu de tendresse et d'air frais se fait sentir.
Tout cela chez Delcourt! Le vent dans les saules est disponible en quatre tomes ou en intégrale. Le vent dans les sables compte pour l'instant trois tomes.
Une interview de Michel Plessix ici!
07:00 Publié dans Bulles | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : les saules c'est joli, moi j'aimerais bien conduire comme crapaud, mais c'est la maison de taupe que je préfère
11.10.2009
A-Apocalypse

Moz joue de la musique depuis des années avec son meilleur ami, Zahler. Les choses vont brutalement changer le jour où sa route croise celle d'une guitare mythique et de Pearl, surdouée, musicienne et fermement décidée à monter un groupe avec les deux compères. Et son amie Minerva qui se remet d'une étrange maladie. Ensemble, ils parviennent à créer une atmosphère, une musique étrange qui entre en résonnance avec le monde qui tombe en ruine autour d'eux. Rats, vampires, chats et vers, la bataille pour la survie de l'espèce humaine a commencé.
Il y a déjà belle lurette, j'avais lu avec enthousiasme le V-Virus de Scott Westerfeld, une variation intéressante sur le thème du vampire. Or, V-Virus a eu une suite. Et bien évidemment arriva ce qui devait arriver, cette suite croisa ma route. Comme chacun le sait maintenant, je suis faible et ma main s'est donc automatiquement tendue vers ce roman. Qui se lit très vite. Qui n'a pas fait long feu. Et qui m'a beaucoup plu.
Parce que Scott Westerfeld n'a pas perdu la main. Plutôt que de donner une suite linéaire à son premier tome, il a choisit de changer totalement de point de vue. Plus d'étudiants, plus de biologie, mais de la musique, et la volonté d'un petit groupe d'adolescents fort attachants de monter un groupe et de faire connaître leur musique. Celle qui les habite et les fait avancer. Ce qui commence comme une aventure presque banale prend un tour progressivement plus angoissant jusqu'à l'explosion, la chute du monde tel qu'ils l'ont connu et la découverte de cet univers étrange où les vampires sont les protecteurs de l'humanité. Ce qui est intéressant est la position que l'auteur donne au lecteur. En lisant le premier tome, on découvre les vampires, les vers, et la lutte millénaire qui les oppose. Dans le second, c'est plutôt la manière dont cette lutte émerge au grand jour qui est au centre du récit. On assiste à la prise de conscience, aux angoisses, à la destruction, aux batailles et à la naissance de la volonté de se battre et de gagner. D'une chronique adolescente, on passe à un récit apocalyptique. Autant dire que la montée en tension est comme il faut!
Intéressante aussi la place centrale accordée à la musique: elle devient une arme, ce qui est une manière de montrer que l'art, la musique comme d'autres discplines est un moyen de lutter et d'affirmer. Et ce qui ne gache rien, Westerfield utilise à merveille son thème, employant des noms de groupesparfaitement adaptés comme tête de chapitre! J'ai passé un certain temps ensuite à les chercher et les écouter, découvrant au passage quelques perles!
Mon seul regret, la fin est un peu rapide, et sans doute un peu trop happy end au regard de l'univers sombre qui la précède, mais il n'y a pas là de quoi bouder son plaisir!
Virginie en parle.
Westerfeld, Scott, A-Apocalypse, Milan, 2008, 3.5/5
09.10.2009
La peine du menuisier

J'étais la fille du Menuisier, je le savais. Jeanne, malgré sa folie, était plus normale que moi, côté filiation. Elle le nommait. Pas moi. Nous n'avions pas de mots l'un pour l'autre. Notre lien était un long fil continu que personne ne pouvait voir. Aucun mot ne s'y accrochait comme le font les notes sur une portée. Nous-mêmes en étions ignorants, seulement soupçonneux de sa présence tenace."
Marie-Yvonne est née sur le tard dans une famille bretonne. Elle a été un accident, accident mené à son terme parce que sa mère a refué de prendre le risque d'aller chez la faiseuse d'ange. Elle va grandir, silencieuse, entre Louise, sa mère sourde, Jeanne, sa sœur folle, Mélie sa grand-mère et Le menuisier, son père. Ce père qu’elle ne nommera jamais autrement que Le menuisier.
La peine du menuisier est le récit de cette enfance peu commune, des déchirements familiaux, et le portrait d’un taiseux. C’est qu’il n’est guère causant le menuisier. En Bretagne, le silence est d’or. Ce n'est pas qu'on ne parle pas, mais il y a des choses que l'on tait où dont on parle à demi-mot, ou en breton. Du coup, la petite Marie-Yvonne grandit dans un silence déchiré par les cris de sa soeur et habité par les morts de la famille auxquels elle redonne vie. Ils sont là, peuplant les murs et les manteaux de cheminés, protégés dans leurs photographies, la fascinant comme la fascine les tombes, l'accompagnant au quotidien, plus vivants presque que sa famille et en tout cas, bien moins effrayants.
Le silence est au coeur du récit, puisqu'il est la matière première de la relation de l'enfant et de son père. D'abord silence protecteur et rassurant, puis silence menaçant. Il y a la rencontre ratée entre le père et la fille, le silence devenu impossible à briser alors que les mots sont devenus nécessaires. Il y a la fuite, puis les regrets de l'adulte face à une situation que rien n'aurait pu changer, et la quête qui commence. Parce que le silence cachait un secret, et le secret a tué cet amour qui s'exprimait par des petits cadeaux: un tablier en vichy rouge, un secrétaire...
Le secret, Marie-Yvonne va en deviner l’existence en écoutant des bribes des conversations des adultes, puis partir sur ses traces après la mort du menuisier. Il faut faire vite, les vieux de la famille meurent les uns après les autres, et encore faut-il qu’ils acceptent de parler.
Par des phrases sobres, percutantes, l’auteur fait entrer son lecteur dans une atmosphère oppressante, lourde, tragique, qui noue le ventre et fait retenir son souffle. Chaque mot, chaque situation touche. On a mal pour ce père, mais aussi pour cette mère tuée à petit feu par son malheur, pour grand-mère Mélie aussi qui cache bien des blessures sous son châle. Pour Jeanne, folle mais lucide par moment. Pour l’enfant aussi qui pousse comme elle peut.
Le portrait de la campagne des années 50 est littéralement glaçant. Tout comme ce lui d’une Bretagne en train de disparaître : les fermes, les femmes en noir et en coiffe, des lits clos, des églises et des calvaires. La Bretagne des traditions familiales, de la religion.C’est aussi un joli portrait d’une enfant secrète, fantasque, un brin morbide mais attendrissante dans sa fascination pour les cimetière et les morts.
"Nous ne sommes pas seulement les héritiers d'un patrimoine génétique, mais d'un nombre infini d'émotions transmises à notre insu dans une absence de mots, et plus fortes que les mots."
Seul regret, le style, parfois difficile qui m’a par moment perdue. Il y a cependant toujours eu une phrase pour me ramener dans ce récit pudique et douloureux qui atteint à l’universel dans ce qu’il dit des relations familiales.
On en parle chez Cuné, Yvon, Sylire, Aifelle, Lou, Cathulu, ...
LeGall, Marie, La peine du menuisier, Phébus, 2009, 4/5
07:00 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : rentrée littéraire 2009, marie le gall
08.10.2009
And the winner is...

Mesdames, messieurs, sous vos yeux ébahis de tant d'audace passionnée, Fashion et moi-même lancions au début de l'été les Harlequinades!
Objectif: explorer la littérature harlequinesque et affiliée.
Nombreux vous fûtes à embarquer sur les vagues de la brûlante passion et de l'amûr! Le temps est venu maintenant de la récompenses. Vous avez lu, vous avez voté, vous avez parfois commis une quatrième de couverture!
Le suspense est insoutenable!
Dans la première catégorie, celle du meilleur billet toutes catégories confondues, du froid chirurgien au vampire chaud comme la braise, nous déclarons vainqueur Lunem!! Son billet hilarant sur la vampirologie harlequinesque au format I-Phone s'est taillé un succès mérité!
Sur la deuxième marche du podium, Chimère a emporté la reconnaissance de toutes en révélant la puissance insoupçonnée du jasmin et la présence d'une certaine blue box aux alentours du Moyen-Âge français!
Sur la troisième marche du podium ex-equo, Theoma et son analyse du désir sous le soleil d'Afrique et Ofelia grâce à qui certains obscurs points géographiques ont été clarifiés!!
Mesdames, toutes nos félicitations!
Dans la seconde catégorie, celle de la meilleurs quatrième de couverture, la lutte a été âpre, les délibérations ardues! Mais finalement, finalement, le choix a été fait! C'est Secondflore mesdames et messieurs qui remporte sous vos yeux brillants ce prix si réputé! Parce que tout de même, Alfred et Georges!
Mention spéciale ceci dit à Leiloonapour sa superbe couverture et le teasing de folie! Pourrons-nous attendre le mois de décembre?
Merci à vous tous pour vos participations nombreuses, assidues et enthousiastes à ce challenge de l'été et cette déferlante d'amour et de passion!! On remet ça l'année prochaine?
21:20 Publié dans Harlequinades 2009 | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note








