27.02.2009
Du rangement
J'avais dit au détour d'une conversation avec Caro[line]que le tag qui fleurit sur la blogosphère ces dernières semaines me serait fort utile pour ranger ma PAL. Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde, et me voilà dans l'obligation de vous dévoiler l'ampleur de ma névrose livresque. D'autant que j'ai de nouveau été taguée entre-temps! Par Rose par exemple! Je n'arrive plus à retrouver les autres!
Ce n'est pas que je ne range pas ma bibliothèque, non, bien au contraire., j'ai des crises qui me voient passer un dimanche après-midi à réorganiser tout ça. Ce n'est pas non plus que je ne range pas ma PAL, c'est juste qu'au gré des ajouts, retraits, consultations, revirements et autres atermoiements de la LCA en quête de sa prochaine lecture, ladite PAL subit moult bouleversements. Et comme je n'ai décidément pas envie du tout de ranger ce soir, vous l'aurez en l'état. Et que les choses soient claires, je ne maltraite pas mes livres!
En premier lieu, les règles du jeu:
- Prendre en photo la PAL ou les PALs pour ceux qui poussent le vice... Oui, je pousse le vice, j'attends de pieds ferme celui qui me jettera le premier Barbara Cartland!
- Présenter celui qui vous motive le plus.
- Présenter celui qui vous motive le moins.
- Taguer quatre autres personnes.
Pour que vous compreniez quelque chose à ce qui va suivre, je classe mes bibliothèques comme suit: classement par format, par genre et par ordre alphabétique d'auteur. Il y a donc quelques étagères de grands formats, puis des étagères de format poche, le policier et la SF étant à part. Tout comme les albums et la BD. Et les mangas. Et les essais. Et... Bref, c'est un bazar organisé dans lequel je me retrouve!
Pour vous donner une vue d'ensemble, voilà l'une des étagères incriminées
Vue générale tout d'abord... Mangas de la bibliothèque, bandes dessinées, livres jeunesse, empilements instables... Oui, je sais, c'est un désastre...
Dans le tas, il y a la PAL des prêts (oui, oui, ils sont bien là):
Et puis la PAL bibliothèque (qui a pris de l'ampleur depuis que j'ai pris les photos mais ceci est un autre problème)
Et la PAL SF
Deuxième couche
La PAL polar et bazar
La PAL des grands formats: vous noterez la chouette de la sagesse devant...
Je vous épargne la PAL essais dont on paerçoit un bout à gauche de la photo précédente (histoire, géopolitique, cuisine, histoire des religions principalement), la PAL BD, la PAL manga délocalisée dans le salon, etc...
Dans tout ça, qu'est-ce quej 'ai le plus envie de lire? C'est une question à laquelle je vais avoir du mal à répondre! A peu près tout en fait! Dernièrement Giono avait ma préférence mais s'est effacé devant Ursula Le Guin! Je suis atrocement versatile! Ce que j'ai le moins envie de lire? Mmmmmmh, L'histoire des peuples arabes achetée au temps de mes études et qui est restée sur mes étagères depuis! Je finirai par y revenir!
Je devais être une des dernières à être passée entre les mailles du filet! Je refile donc le bébé et l'eau du bain à qui veut!
13:29 Publié dans Contemplation | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : tag
25.02.2009
Le début de la fin
Je ne cache pas plus ma folle passion pour Jasper Fforde que mon incommensurable vénération de Neil Gaiman. Il y a des choses comme ça dans la vie qu'il ne faut pas avoir honte de clamer. Bref. J'avais donc terminé, à la fois hilare et désespérée le quatrième tome des aventures de Thursday Next, atterrée par la prespective d'attendre une bonne année avant que le tome 5 ait la décence de se matérialiser au format poche. Pour vous situer le drame, j'étais devant la table de la librairie le jour même de la sortie en poche du quatrième... Lequel s'était vu achevé deux pauvres petits jours plus tard malgré mes tentatives de ralentissement.
Mais c'était sans compter sur SBM qui a eu la merveilleuse et adorable idée de me faire la fabuleuse surprise de m'envoyer par les mains de mon facteur préféré (vu les paquets qu'il se coltine, je peux vous dire que j'ai acheté le calendrier Martine sans moufter), le tome 5!! J'ai sautillé dans tous le sens, piaillé peu dignement et ai du me contenter de le regarder d'un oeil chagrin pendant au moins deux semaines (l'enfer sur terre) pour cause d'urgence lecturesque. La vie est parfois atroce. Mais bon, tout est bien qui finit bien dans cet exposé ennuyeux de ma vie follement trépidante puisque vous vous en doutez, j'ai fini par me jeter sur Le début de la fin comme la peste sur le choléra, la Chiffonnette sur le chocolat ou tout autre comparaison hasardeuse que vous souhaiteriez utiliser ici.
Parlons peu, parlons bien, qu'est-ce que ça raconte donc: Thursday Next est marié, mère d'un adolescent de 16 ans boutonneux et mutique, de deux filles dont l'une au QI surdéveloppé. Pickwick pouique toujours et Landen s'occupe de tout son petit monde pendant qu'elle pose des moquettes en bonne mère de famille et célébrité sur le retour. Enfin, ça, c'est pour la galerie. Parce que Thursday qui raccroche, c'est comme un petit-déjeuner sans café. Impossible. Entre la chute du nombre de lecteurs, la formation de stagiaires de la jurifiction qui lui ressemblent comme deux gouttes d'eau, les tentatives de meurtre du minotaure, la fin du monde en approche et le grave problème de l'excédent de bêtise, elle a beaucoup trop à faire pour songer à faire des devis.
Cinquième tome, cinquième réussite. A son habitude, Jasper Fforde trousse un roman certes un brin foutraque mais palpitant, intelligent, drôle et mine de rien drôlement érudit sans jamais tomber dans la pédanterie. Cet homme est un génie. Si, si.
Déjà, le simple fait que Thursday se retrouve coincée avec deux stagiaires qui sont ses sosies parfaits est drôle. Ajoutez-y le fait que l'une est une espèce de psychopathe et l'autre une végétarienne pacifique et vous obtiendrez un cocktail détonnant dans lequel il faut ajouter les emprunts et les références habituels à la littérature sous toutes ses formes et les miltiples rebondissements et fils d'intrigues qui finissent par se rejoindre. J'ai également a^pprécié à sa juste valeur les réflexions sur le voyage dans le temps qui parvienne tà faire tourner la tête de nos héros et celle du lecteur apr la même occasion.
Et puis mine de rien, c'est à une sacré réflexion sur la place et le rôle du lecteur qu'il invite. Le fameux projet de livre-réalité dont je ne parlerais pas plus de peur de spoiler est une mine de de questions d'une brûlante actualité. Le lecteur peut-il être tout puissant? Le lecteur doit-il être tout puissant? Et en conséquent, quelle est le rôle de l'édition? Produire toujours plus pour répondre aux goûts mouvant du public? Priviliégier l'exigence? Quelle est la place de l'écrivain dans tout cela, son droit sur son oeuvre? Beaucoup de questions, et pas des moindres vous me l'accorderez.
Voilà fonc. Pour les afficionados de la série, il n'est pas besoin d'en jeter plus, pour ses détracteurs non plus. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas, mieux vaut commencer par le début!
SBM propose de faire voyager Thursday! Les volontaires sont donc priés de se faire connaître!
Mes notes de lecture sur les quatre tomes précédents: L'affaire Jane Eyre, Délivrez-moi!, Le puit des histoires perdues, Sauvez Hamlet!.
19:13 Publié dans Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : fforde
18.02.2009
Jacek Yerka
J'ai récemment découvert l'univers du peintre polonais Jacek Yerka. Né en 1952, il s'inspire des surréalistes, de maître nords européens comme Bosch.
Je retrouve dans ses toiles un peu de l'univers de Miyazaki, un peu de celui de Neil Gaiman et Dave McKean,... De la poésie, de l'étrange qui s'installe dans des cuisines, des jardins, des champs, parmi les objets de la vie quotidiennes. On frissonne, on contemple le sourire aux lèvres, on rit parfois.
Je vous laisse en profiter:




20:35 Publié dans Contemplation | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : peinture
15.02.2009
Ombres

Une épidémie de scorbut, une cloche qui se remet à sonner après des années de silence, des fantômes qui errent dans les rues de la ville. Quand les morts reviennent venger un naufrage causé par l'amour fou, la jalousie et la vénalité, brumes et mort viennent mettre en cause tout ce qui faisait la vie de Laurence, la jolie infirmière, et la lancent dans une quête qui sera dorénavant toute sa vie.
Ombre est l'histoire d'un amour fou, celui de Laurence pour Bernard, son ami et son amant, emporté par les marins du Solitaire, le bâteau fantôme. Seule solution pour le retrouver, se plier aux exigences de l'Ombre, un homme masqué qui vit figé dans le temps et qui cherche à réunir la cargaison du Solitaire, navire perdu par la faute de son armateur, jaloux de l'amour unissant sa promise et un marin. Une cargaison qui contenait les reliques d'Ozbek, suceptibles d'apporter l'immortalité à ceux qui sauraient l'utiliser.
En fait, il est extrêmement difficile de faire un résumé complet de l'intrigue de ces sept tomes. C'est que ses fils se mêlent et s'entremêlent. On y trouve un navire fantôme, une ombre détachée de son maître, une divinité maîtresse du temps, un sablier porteur de mort, des fantômes, des sorcières, des esprits et des démons, des failles temporelles. Le tout donne une série à l'ambiance mystérieuse dont on se plaît à suivre les rebondissements et les révélations.
L'Ombre cherche à exister par et pour elle-même, Laurence à rejoindre son amour perdu par-delà la mort. Seule solution, dominer le temps, et donc, se rendre maître des reliques d'Ozbek, de son sablier, du diamant et de ses os. C'est l'occasion de réflechir à ce qu'est l'amour, au désir d'immortalité des hommes et à leur peur de la mort.
La construction en elle-même est intéressante: de l'exposition des personnages et de l'intrigue à la quête de Laurence, chaque partie de l'intrigue se découpe en deux albums. Seul regret pour moi, un nombre finalement trop peu nombreux de tomes qui ne permet pas d'exploiter au maximum le potentiel du scénario.
Bref, un scénario riche, des dessins qui servent à merveille l'atmosphère de l'histoire, qui me laisseront un excellent souvenir.
Un article sur SFMag.
Ombres, Dufaux, Rollin, 7 tomes, Glénat
07:00 Publié dans Bulles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
14.02.2009
Swap Saint-Valentin
En ces temps de frimas, recevoir un colis tout plein d'amour et de coeurs, emballé dans un superbe papier rose réchauffe l'atmosphère en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire! Je n'ai pas pu m'en empêcher: le cabas encore sous le bras et le manteau fushia sur le dos, je me suis jetée sur le paquet histoire de tout déballer au plus vite! Les courses pouvaient attendre, et elles attendirent effectivement! Et quelle ne fut pas ma joie quand je constatais que je connaissais ma swappeuse, l'adorable Maijo!! J'ai failli en oublier l'appareil photo le malheureux!
Bref, bref, bref, voilà donc pour vos yeux ébahis et envieux le contenu de la boiboite rose. Et juste avant,la boiboite rose herself avant que je ne déchire sauvagement le papier, du moins dans la mesure de la sacrée couche de scotch qui l'entourait (ma douce et chaste bouche a alors prononcé dans son impatience des mots que la morale réprouve mais qui sont permis en cas d'urgence).
La boiboite donc avec scotch et coeurs:
La boiboite après ouverture:
Là j'en entends hurler devant ce suspense insoutenable.
Et... La boiboite en phase de déballage:
Vous noterez qu'il y a déjà des choses extrêmement intéressantes qui se profilent. Ceux qui connaissent Lyon et ses gourmandises doivent déjà avoir la bave aux lèvres.
La boiboite enfin éventrée:
Je vous épargne la vision horrifique du papier volant dans le salon avec une BOF de gloussements ravis pour vous montrer le résultat:
J'ai été outrageusement gâtée!
De l'amour et autres démons de Garcia Marquez, un auteur que j'aime beaucoup, Vampire Knight, un manga avec des vampires et de l'amour dedans (le principal donc à mon humble avis), Un tramway nommé désir, le film où Brando est le plus sexy, et pour accompagner lecture et visionnage:
- du chocolat Voisin (lait noisette, noir praliné, noir café) qui a déjà pris une sacrée claque
- du thé chocolat noisette qui a accompagné toutes mes pauses goûter de la semaine
- du sucre avec des coeurs dessus que c'est pitié de les faire fondre tellement ils sont jolis
- des petits coeurs pour customiser mes gâteaux (oh que je vais m'amuser)
- du parfum qui sent le cassis et la rose avec un superbe bouchon
- un coeur cousu main qui embaume la lavande et qui a déjà trouvé sa place sur ma porte de placard
- un carnet Gautier-Languereau
- des boutons coeur trop mignons
et.......
- une pochette à livre avec Colin dessus. Je crois que je vais dormir avec...
Merci Maijo pour tous ces beaux cadeaux et ses doigts d'or!! Et merci aux glamourous organisatrices de ce swap Saint-Valentin, Stéphanie et Fashion Victim!!
PS: c'est aujourd'hui le deuxième anniversaire du Terrier!!

07:00 Publié dans Contemplation | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : swap
13.02.2009
Maus

Art Spiegelman, dessinateur et auteur américain underground décide de réaliser une bande dessinée sur la vie de son père, juif polonais qui a survécu à la déportation. Pendant de longs mois il va récouter le récit de ce vieil homme malade qui lui raconte la vie avant, les ghettos, son mariage heureux, la guerre et les camps de la mort, le miracle de sa survie et de celle de son épouse. L'occasion pour lui de commencer à se réconcilier avec l'histoire de sa famille et avec un père qu'il a tant de mal à comprendre.
On pourrait se dire qu'il s'agit d'un énième récit sur la Shoah, d'une bande dessinée étrange et hermétique, d'un récit autobiographique pas très alléchant en noir et blanc et très stylisé. C'est loin, très loin d'être le cas. Si Maus est au premier abord une oeuvre dans laquelle il est difficile d'entrer, elle a tôt fait de vous prendre dans ses filets. Art Spilegelman a pris le parti de faire des personnages de son histoire des animaux: les juifs sont des souris, les nazis des chats, les polonais des cochons. Le choix de représenter les différentes nationalités ou "races" par des animaux m'a interrogées. L'image du chat et de la souris qui sous-tend l'oeuvre est évidente, celle du cochon également. Mais est-ce une manière de ramener les hommes aux archétypes raciaux qu'ils étaient devenus à cette époque par la faute des théories nazies? Est-ce une manière de se distancier de l'insoutenable et de venir à bout de cette histoire familiale qui a empoisonné sa vie?
Maus n'est pas seulement l'histoire de la Shoah à travers la vie d'un individu. C'est aussi une réflexion sur ce que représente être l'enfant de survivants, sur la manière dont on peut appréhender et intégrer ces faits historiques qui ont marqué d'une empreinte indélébile les personnalités de ceux qui sont revenus des camps. Spiegelman raconte pourquoi et comment il en est venu à arracher à son père son histoire, comment il arbitre entre ce récit et l'image de ce vieil homme égoïste et avare qui lui gâche la vie. Comment il essaie d'intégrer cette histoire qui n'est pas la sienne mais qui définit tellement ce qu'il est au point de l'étouffer de la culpabilité d'être vivant quand les autres, comme son frère Richieu qu'il n'a jamais connu, sont morts dans ces conditions atroces.
L'aller-retour entre le présent du fils et le passé du père rend permet d'appréhender l'après. Le plus frappant dans tout ça reste l'absence totale de mélodrame: le père raconte de manière factuelle cette période de sa vie, n'essaie jamais d'embellir son rôle. Il raconte simplement à son fils ce qu'il lui a fallu faire et abdiquer pour survivre aux années de guerre en étant juif polonais. La simplicité du récit rend d'autant plus fort l'impact des images, et des faits. C'est dense, lourd, difficile à lire et c'est bien, parce qu'on prend le temps de la lecture, de la compréhension et de la réflexion. On prend de plein fouet l'horreur. Voir l'histoire à travers des destins d'individus et pas à travers les parcours de héros ou des faits bruts la rend vivante, touchante, révoltante comme elle doit l'être sans rien obérer de la rigueur nécessaire à ce genre de récit. Parce que c'est arrivé à des gens comme vous et moi, avec leurs qualités et leurs défauts et qui ne demandaient qu'à vivre tranquillement.
Un grand classique de la bande-dessinée, certes, mais aussi une lecture indispensable et salutaire et un grand moment de BD.
L'article époustouflant de Céline, la série de Catgirl, l'avis d'Emeraude.
Art Spiegelman, Maus, t. 1 et 2, Flammarion, 1994 5/5
07:00 Publié dans Bulles | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : shoah, spiegelman, maus
12.02.2009
Pilule bleue

Frederik aime Cati, Cati aime Frederik. Mais Cati est séropositive, tout comme son petit garçon...
Pilule bleue est un roman graphique extrêment touchant. Pas de morale, pas de pitié ni de sensiblerie larmoyante, juste la vie quotidienne d'un couple presque comme les autres: Cati a un petit garçon qu'il faut apprivoiser, il y a les voisins, les copains, le travail, et presque en plus, la maladie qui s'immisce dans les failles et qui rend cet amour plus profond et plus vrai. Parce qu'il y a la mort qui rode, Frederik et Cati le vivent avec intensité, bonheur et angoisse. Frederik, le narrateur, fait partager ses pensées, ses doutes, l'admiration profonde qu'il ressent pour cette femme qui lutte contre la peur et contre la mort, contre la culpabilité d'avoir transmis à son petit garçon la mort en même temps que la vie. On prend plaisir à le suivre quand il raconte la première rencontre, le coup de foudre qui n'est pas réciproque, la vie qui éloigne, la redécouverte de l'autre, l'amour qui naît de nouveau, l'aveu de la séropositivité et les questions qui suivent. Avec pudeur et dignité, il montre de quelle manière il est parvenu à accompagner Cati et son fils.
Ses réflexions sur la vie, la mort, la maladie et le sens de l'amour sont d'autant plus percutantes qu'elles font partie d'un choix de vie qui est loin dêtre facile.
C'est une belle histoire qui démythifie la séropositivité en douceur dans une veine autobiographique parfaitement maîtrisée. Peeters sait parler de ses interrogations, de ses doutes, de ses peurs et de la maladie qui guette avec humour et une certaine légéreté qui rappelle que les séropositifs sont des gens qui ont droit au bonheur comme les autres.
Bravo monsieur Peeters pour cette oeuvre superbe, touchante et utile.
Frederik Peeters, Pilule bleue, Atrabile, 2001, 200 p.
07:00 Publié dans Bulles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : séropositivité, roman graphique
11.02.2009
Le livre des théophanies

" Théophanies.
Le livre s'ouvre, et les hommes découvrent Dieu, et les dieux découvrent l'homme. Quoi de plus normal : le livre a toujours tenu une place de choix quand il s'agissait de rapprocher divin et humain. Et qui mieux qu'un auteur pour arbitrer cette rencontre.
Au fil des textes qui composent ce recueil, laissez-vous guider par son créateur omnipotent. Sous les traits d'hommes, sous les traits de dieux, il y pliera la réalité pour qu'elle se glisse dans les empires virtuels, qu'elle se confonde dans les contrées oniriques.
Huit nouvelles en forme de révélations où l'acte littéraire devient une manifestation du divin ô combien humaine !"
Vous admettrez que c'est alléchant. Le bout des doigts picote, on a envie de feuilleter histoire de voir si le contenu est aussi bon que ce que laisse augurer la quatrième de couverture, de picorer dans les nouvelles. A raison puisque, je peux le dire en connaissance de cause, c'est aussi bon que ce que laisse augurer la quatrième de couverture.
Huit nouvelles donc, dont quatre inédites, qui parlent de mythologie, qui jouent avec les mythes et les mêlent à la science-fiction, à la fantasy, au fantastique... Chaque nouvelle a une atmosphère qui lui est propre, mais toutes dégagent une poésie empreinte de violence et de souffrance. Il y a de multiples thèmes qui sont abordés dans ces nouvelles, mais les plus importants sont à mon sens l'identité et l'acte créateur. La question de l'identité, on la trouve dans l'heure du maître, à travers une histoire d'amour et d'escalvage, dans Les Elytres du temps où un enfant shuilong élevé par des humains part à la découverte de son peuple, dans Ariane à Naxos. La question de l'acte créateur et de la responsabilité du créateur traverse La leçon de ténèbre, Le maître de céramique... La plume de Jonas Lenn, sa manière d'amener presque sur la pointe des pieds la magie, la technologie donnent à ses textes une grande force. D'ailleurs, j'aimerais développer plus, mais j'ai bien peur de spoiler et de gâcher le plaisir de la découverte!
En tout cas j'ai parfois sourit, parfois frémit, parfois eu le coeur serré, mais jamais je ne me suis ennuyée. Je recommande fortement le voyage! C'est une bonne manière de découvrir les mauvais genres pour ceux qui n'en sont pas familiers, et une lecture très agréable pour ceux qui le sont!
Vous pouvez lire ici des extraits de chaque nouvelle.
Jonas Lenn, Le livre des théophanies, Griffe d'Encre, 2008, 200 p., 4/5
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09.02.2009
Le coeur cousu

Frasuita Carasco a la réputation d'une magicienne, d'une sorcière dans son village du sud de l'Espagne. Sa beauté, son don qui donne la vie aux choses qu'elle coud et brode, son destin de femme trahie et bafouée par son époux, tout la destine à devenir une réprouvée. Jetée sur les routes avec ses enfants, elle va partir à la poursuite de ce que jamais plus elle ne pourra retrouver: l'amour.
Autant ne pas maintenir le suspense trop longtemps, ceci est un de mes coups de coeur de l'année. Non pas que je sois d'une originalité folle, les billets élogieux ayant fleuris sur la toile, mais de fait, Le coeur cousu fait partie de ces romans qui vous happent et qui chantent longtemps dans la mémoire. Je le définis comme un roman, mais c'est plutôt un conte, un long conte cruel et acéré comme le sont le plus souvent les contes. Un de ceux dont les héros souffrent et ne trouvent pas nécessairement le bonheur. Un de ceux où la Mort prend le visage d'une jeune femme en robe rouge, où les dons sont les pires des malédictions et où les princes charmants apportent le malheur à celles qui ont la malchance d'en être aimées. Un conte foisonnant, où le merveilleux fait irruption au détour d'une ruelle ou dans les méandres d'une caverne.
Pour moi, Le coeur cousu est avant tout une histoire de femme. C'est, paradoxalement pour un roman, un récit oral. Le style est certes très travaillé, trop parfois peut-être, mais tout tourne autour des traditions orales, des récits des conteuses et de ces histoires racontées dans les cuisines, de ces rites transmis de mère en fille. C'est sa mère qui va initier Frasquita à ses premières règles, en lui apprenant les prières et en lui donnant ce coffre qui, ouvert après neuf mois d'attente, lui révélera son don.Ce coffre, Frasquita le transmettra à ses filles, qui se le transmettront les unes aux autres. Et Soledad, la dernière, racontera l'histoire de sa mère, et en de cette famille. En écrivant, en racontant différemment et en éflechissant aussi sur l'histoire de sa mère, Soledad est celle qui rompt le fil de la tradition, qui tente de donner aux générations de femmes qui vont la suivre une liberté qu'elle même n'a pas connue. La liberté de celles sur qui ne pèsent pas des siècles d'histoires de femmes opprimées ou fortes. Elle apporte la liberté, mais aussi l'absence de cette magie, de cette solidarité qui la lie si fort à ses soeurs.
C'est une histoire de femme par son personnage central même, Frasquita la solaire, toute de passion et de retenue, avide d'un amour que rien dans son milieu et dans son temps ne peut lui permettre d'obtenir sinon pour son malheur. Une histoire de femmes parce qu'elle dit aussi la difficulté d'aimer pour les femmes leurs époux, leurs amants et leurs fils et la force qu'il faut pour continuer malgré tout à vivre et à tracer sa route.
Mais ce n'est pas tout. C'est aussi un roman sur la guerre, un roman sur la folie du jeu, un roman sur la figure paternelle, un roman sur la violence, un roman sur l'exil, un roman sur l'amour et la passion. J'ai aimé Anita et son Juan, capable d'attendre quinze années qu'une promesse soit accomplie pour qu'enfin leurs noces soient consommées, Martirio qui va aimer malgré sa peur d'apporter la mort, Clara le papillon attiré par la lumière, Salvador porté par un idéal qui le consume, Angela et le père André...
Porté par la plume de l'auteur qui sait à merveille donner l'impression de respirer l'odeur du soleil et des oliviers, ressentir la morsure du sable et de la peur, on rit, on pleure et on frémit au récit des destins croisées de Frasquita et de ses filles et on se laisse emprisonner dans les méandres d'un conte d'une rare force.
"Prisonnière de quelques pages blanches, j'ai davantage rêvé sa vie que la mienne. Je le sais, mais qu'importe. Ce qui devait être rêvé l'a été.
La boîte ouverte le mois dernier ne m'appartient déjà plus. Demain, Martirio la remettra à Françoise, sa fille aîné pour que se perpétue la tradition. Il ne nous reste qu'une prière du dernier soir, les autres ont été perdues. Une dernière prière, un lien tenu entre nous et l'au-delà.
L'envie me prend parfois de gaspiller ce sésame, de le dire aux quatre vents pour que les morts ne viennent plus jamais dévorer nos vies. Plus d'héritages. Plus de douleur. Plus d'échos dans nos âmes. Plus qu'un présent étale.
N'est-ce pas la douleur de nos mères que nous nous léguons depuis la nuit des temps dans cette boîte en bois?"
L'avis de Florinette, de Sylvie, de Fashion, Emeraude, Leaticia B, Clarabel, Dda, Yohan, Elfique,...
Carole Martinez, Le coeur cousu, Gallimard, 2008, 5/5
18:28 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : conte, tradition orale, amour et trahison
06.02.2009
Laver les ombres

Léa danse, elle se perd entre sa compagnie dont elle fête les dix ans, les tournées et ses échecs amoureux. Sa mère, elle, au fond de la Bretagne, se tait. Elle tait comme elle l'a toujours fait les blessures d'un passé qui ronge, comme une lèpre, sa vie et celle de sa fille.
Par ce silence, Romilda, la mère, a emplit d'un vide immense le coeur de sa fille. Si Léa danse, c'est parce qu'elle a peur du silence, peur de l'immobilité qui appelle la mort. Parce que bouger est le seul moyen de ne pas penser, de ne plus penser et d'écarter la souffrance. Léa danse pour fuir, mais aussi pour que son corps lui appartienne même si elle ne sait pas très bien pourquoi il lui faut cette maîtrise totale de son corps pour se sentir bien.
"Danser c'est altérer le vide.
Pourquoi inscrire un mouvement dans le rien? Elle voudrait tant pouvoir juste contempler et habiter simplement, sans bouger. Elle envie ceux qui le peuvent. Elle, elle n'y arrive pas.
Elle est un mot étranger jeté dans une langue. Comme un mot tout seul jeté dans le silence. Elle se sent intruse. Depuis toute petite.
Alors elle danse. Il faut qu'elle trace, avec son corps, les lignes qui permettent d'intégrer l'espace. Seule la beauté du mouvement peut la sauver.
C'est sa façon de trouver place dans la vie."
Mais en rencontrant Bruno, tout en immobilité, en le fuyant malgré l'amour profond qu'elle éprouve pour lui, elle comprend qu'il va falloir qu'elle aille chercher les origines de la peur qui habite les yeux de sa mère, de la violence contenue de cette italienne en exil qui a fait d'elle ce qu'elle est. C'est au coeur d'une tempête d'une rare violence que la parole va éclore.
Jolie métaphore que celle de la tempête. Cette tempête est celle qui habite Léa et sa mère, qui les dévaste le temps d'une vie avant de les laisser enfin sereines, aptes à faire face au passé et au présent. C'est dans le cocon d'une cuisine qu'elles vont enfin se parler, se découvrir l'une l'autre, au chaud, alors que le vent détruit tout à l'extérieur.
Comme dans Les demeurées, Jeanne Benameur explore les méandres des relations entre mère et fille, de la transmission. Léa et Romilda, l'une et l'autre brisées par un homme. Romilda a aimé passionnément, aimé jusqu'à se taire quand l'homme qui lui avait promis le mariage a vendu son corps au premier venu. Aimé au point de le suivre en France, de l'épouser et de donner le jour à son enfant. Romilda a aimé, mais n'a fait que survivre, habitée par la peur qu'un jour sa fille apprenne et la rejette. Une peur qu'elle lui a transmise en même temps que les gestes, la nécessité du mouvement, la fuite. Laver les ombres raconte le poison du secret, mais aussi l'amour inaltérable et immense qui peut unir une mère et sa fille.
"Elle consacre.
Son unique baptême, il est là.
Elle se reconnaît fille de.
Et cette femme-là, allongée, qui ose enfin parler, c'est sa mère."
L'écriture syncopée, sèche de l'auteur traduit à merveille l'étouffement, la peur et la douleur rentrée. La difficulté de mettre en mot la souffrance, de parler. C'est violent, moralement, et physiquement aussi, mais très beau. On lit presque sans respirer ce texte. La narration qui alterne le présent de Léa perdue dans ses souvenirs et le passé de Romilda distille petit à petit l'horreur, la compréhension des noeuds noués dans cette famille.
Laver les ombres, en photographie, c'est amener des visages à la lumière. Là, c'est passer à l'âge adulte en regardant en pleine lumière ceux qui nous entourent. Quand Romilda met enfin des mots sur son passé, Léa quitte l'enfance, apprend, à défaut de comprendre, que son père, comme sa mère ont été des individus avec leurs noirceurs, leurs naïvetés, et la complexité d'un amour.
C'est beau, poignant, étouffant, très juste aussi.
"Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude.
Et c'est immense."
L'avis de Lily, Adlitteram, Sylire, Bellesahi, Yohan,...
Jeanne Benameur, Laver les ombres, Actes Sud, 2008 4/5
07:00 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : jeanne benameur







