31.03.2009

Miss Charity

 

Charity aime les animaux, les champignons et les moisissures, trembler en écoutant les histoires sanglantes que lui raconte Tabitha la bonne écossaise, peindre à l'aquarelle et se promener dans la campagne, échevelée et mal habillée. Des choses auxquelles une petite anglaise de la bonne société des années 1880 ne devrait pas s'intéresser et qui deviennent le centre de son existence.

Il y a des romans comme ça qui ensoleillent, rendent le sourire et donnent envie de croquer la vie à pleines dents. Miss Charity est du nombre. C'est une petite merveille de délicatesse, de tendresse, d'humour et de bonheur où se croisent des tortues, des souris, un rat, des canards, une pie voleuse et bavarde, un lapin magicien, une ânesse, quelques parterres de champignons, un serpent à deux tête et des humains pas toujours bien malins.

Miss Charity c'est d'abord une histoire, celle de Charity. Charity n'a pas la vie facile, grandissant entre une mère étouffante et un père mutique, tous deux engoncés dans les conventions et la piété d'une société anglaise puritaine et rigide. On la suit petite fille découvrant la vie foisonnante du jardin, se taisant devant les amies de sa mère, incapable de regarder son père, puis grandissant et exerçant un sens critique aiguisé par l'observation de ses compagnons à poils et à plumes. C'est un personnage attachant, maladroit, exubérant, et toujours fourré dans les situations les plus rocambolesques et gênantes, surtout quand Kenneth, l'exaspérant Kenneth est là pour la surprendre. Une excentrique à qui est promis l'avenir d'une vieille fille à charge de sa famille et qui va prendre un envol et une indépendance choquante pour son milieu grâce à une gouvernante française toute pâle, un répétiteur allemand pas très beau mais très intelligent, une bonne paresseuse mais débrouillarde, un éditeur timide et des enfants séduits par les petites histoires qu'elle raconte. A travers le regard d'abord naïf puis de plus en plus lucide de Charity, c'est tout un tableau de l'Angleterre qui se déploie au fil des pages, des rues embrumées de Londres aux champs et aux rivières de la campagne anglaise, de la haute société au monde des asiles, des orphelinats et des tavernes.

Miss Charity, ce pourrait être une biographie déguisée de la célèbre Miss Potter, c'est un mélange de roman et de pièce de théâtre détonnant. Marie-Aude Murail parvient à faire un tableau criant de vérité de l'Angleterre de l'époque et à manier un humour so british qui fait mouche à chaque page. Les dernières pages sont à cet égard un monument du genre, les citations croisées d'Oscar Wilde et Bernard Shaw à la manière d'une finale de Roland Garros étant à l'égal des dialogues des meilleures comédies. D'ailleurs, tout le roman ferait une merveilleuse pièce de théâtre: Marie-Aude Murail déploie son sens du rythme, du dialogue, de la réplique qui fait mouche. Les références fourmillent et c'est un bonheur de les repérer aux détours d'une phrase ou d'un dialogue. A tout cela s'ajoutent les superbes illustrations de Philippe Dumas qui accompagnent et complètent le texte avec pertinence et finesse tout en donnant envie de retourner vers les délicates et merveilleuses petites histoires de Beatrix Potter qui a inspiré l'histoire comme les illustrations.

C'est enlevé, passionnant de bout en bout, intelligent et profond, c'est, vous l'aurez je pense compris, une merveille de roman qui s'avale d'une traite malgré son épaisseur imposante. Un des premiers coups de coeur de cette année qui va gagner une place d'honneur sur les étagères dès que j'aurai eu le temps d'aller le quérir en librairie pour pouvoir le feuilleter à ma guise et rêver, rire, frémir de nouveau avec Charity.

 

L'avis de Cathulu, de Cuné, Lael, Emjy, Fashion,...

Marie-Aude Murail, Miss Charity, L'école des loisirs, 2008, 562 p., 5/5

29.03.2009

Mrs Palfrey, hôtel Claremont

Veuve, ne pouvant plus assumer l'entretien de sa maison, Mme Palfrey choisit de s'installer dans un hôtel qui sert de résidence à un petit groupe de personnes âgées. Dans ce petit monde où la lecture des menus et des conversations rythme le temps qui passe, de toutes petites choses éclairent ou assombrissent le quotidien.

J'amorce avec ce très beau roman reçu dans le cadre du London Swapma découverte d'une merveilleuse romancière anglaise. Elizabeth Taylor, puisque c'est d'elle dont il est question a une plume superbe qui parvient avec finesse, tendresse, cruauté et drôlerie, à dresser le portrait de personnes âgées et de leurs relations avec le monde qui les entoure.

Dieu sait qu'il est hostile ce monde: une jeunesse dont les us et coutumes sont incompréhensibles, des familles dont la compassion et les bons sentiments sont insupportables, de vieux os qui trahissent chaque jour un peu plus leurs propriétaires, le spectres des hospices et de la perte de toute indépendance qui se profile à l'horizon. Et pourtant, l'espoir toujours, la volonté de faire face et de prendre le meilleur de ce qui reste. A travers les yeux de Mrs Palfrey et de quelques uns des autres pensionnaires on prend la mesure de la cruauté de cet âge de la vie, de la solitude et de ce besoin viscéral d'un peu d'amour et d'attention.

 Il n'y a pourtant rien de larmoyant ou de pitoyable dans les aventures de cette bande de retraités. Bien au contraire, tous portent sur leurs copensionnaires et leur vie un regard acéré et parfois cynique réjouissant. Ils épinglent leurs petits travers, trépignent de pouvoir faire enrager les autres, se réjouissent un peu honteux de leurs petits malheurs, tentent de cacher ce dont ils ont honte. Mrs Palfrey est un personnage adorable: digne vieille damee anglaise, terrifiée par l'horrible Mrs Arbuthnot et pourtant capable de faire face à de folles aventures et à l'amitié qui se noue entre elle et Ludo, un jeune écrivain désargenté. C'est une jolie histoire qui se noue entre eux et apporte du sel à l'existence de Mrs Palfrey: elle se découvre capable de mentir, de faire le mur, d'affronter le regard des vieilles dames comme il faut en allant boire un doigt de sherry avec la vieille dame de mauvaise vie du groupe, de faire tourner en bourrique un petit-fils avec lequel les liens se sont distendus. Ludo lui, se retrouve embringué dans une drôle d'amitié, alors qu'il ne voyait là que l'occasion d'amasser de la matière pour son roman. Ensemble, ils vont faire un bout de chemin qui va leur donner de la force. Pour l'une celle de faire face aux derniers jours de sa vie, pour l'autre, de grandir un petit peu plus. Au-delà de l'amitié de Ludo et Mrs Palfrey, tout un ensemble de petites histoires drôles ou tragiques émaillent le récit et rendent le petit monde de l'hôtel Claremont follement vivant tout en nous parlant de ce que la société occidentale fait de ces personnes âgées devenues encombrantes.

Une très belle lecture donc, pour laquelle je remercie plutôt deux fois qu'une Chimère!

Figurez-vous qu'il y a un film! J'ai trouvé la bande annonce! J'adorerais le voir!

 

J'ai aussi beaucoup pensé à cette magnifique chanson de Jacques Brel, Les vieux.


Découvrez Jacques Brel!

L'avis de Dominique.

Elizabeth Taylor, Mrs Palfrey, hôtel Claremont, Rivage poche, 1992, 213 p., 5/5

27.03.2009

Le stradivarius caché

 

En passant devant ce roman, mon oeil a été attiré par son titre, puis par le nom de son auteur qui me disait furieusement quelque chose. Et pour cause, puisque John Meade Falkner n'est autre que l'auteur du merveilleux Moonfleet que j'ai usé jusqu'à ce qu'il tombe en morceau quand j'étais adolescente (et même plus tard, que voulez-vous, je suis fidèle à mes premières amours): des contrebandiers, des aventures, des amours contrariées, de l'histoire, pensez donc! Tout ceci pour expliquer pourquoi diable je me suis jetée dessus sans retenue aucune et l'ai dévoré le temps de quelques trajets de métro manquant à plusieurs reprise de rater ma station, comme le veut la tradition de la LCA parisienne plongée dans un bon bouquin.

Mais qu'est-ce que ça raconte tout ça allez-vous me demander sans doute et avec raison. Allons-y donc pour un résumé de l'intrigue: au cours de ses études à Oxford, le jeune lord Maltravers, musicien accompli, commence à entendre des bruits étranges et à voir un fantôme dès lors qu'avec son ami, il joue l'Aeropagita, pièce italienne du 18e siècle. Quelques temps plus tard, le spectre, un gentilhomme anglais, le mène vers la cachette d'un magnifique instrument: un merveilleux stradivarius. Mais cette découverte, loin d'être anodine, va le mener à sa perte.

 Autant le dire tout de suite, Le stradivarius caché est un roman furieusement de son temps, et pourtant abominablement passionnant. Les deux ne sont pas antinomiques, loin de là! Falkner trousse à merveille son histoire de fantôme, faisant monter l'angoisse et le suspense à mesure que l'étrange s'instille dans la vie de Maltravers. Peu de choses au départ: un fauteuil en rotin qui craque, la sensation d'une présence, une brume. Et puis, petit à petit, le roman bascule avec la découverte du Stradivarius. Pourtant, le fantastique n'est pas l'aspect principal du récit même s'il y tient une place importante, un violon maléfique n'étant pas après tout la base d'une banale histoire d'aventure. Ce n'est pas tant le fantôme et le violon qui sont au centre que la lente déchéance et la folie qui sont au bout de la route du héros et la manière dont son entourage a perçu cette histoire. Le narrateur est d'ailleurs la propre soeur de John Maltravers, Sophia, qui raconte à son neveu, héritier du titre, les mystérieuses circonstances dans lesquelles son père et sa mère sont morts. Son discours, qui ne rejette pas les phénomènes inexplicables dont elle a été témoin tout en les condamnant avec toute la force de la foi chrétienne qui est la sienne est contrebalancer par celui du deuxième tuteur du jeune lord, l'ami intime de Maltravers, lequel au contraire, malgré tout ce qu'il a vu et malgré les discours tenus au cours de sa jeunesse, tente de trouver une explication rationnelle à tout cela. Le tout donne un récit dont les rebondissements s'enchaînent sans temps morts malgré le style un peu "passé" de l'auteur et des réflexions sommes toutes très marquées par le christianisme et sa morale. Il est tout de même question au fond de la tentation et des risques qu'il y a à y céder et à vivre hors des chemins tracés par la tradition et la foi. Ceci étant dit, rien de cela ne gêne la lecture et c'est au final un roman court mais passionnant qui mérite d'être connu et qui donne une furieuse envie d'écouter cette Aréopagita.

 L'article de Mazel.

John Meade Falkner, Le stradivarius caché, Rivages poche, 1995, 381 p. 3.5/5

19.03.2009

Mais où est donc passée la Chiffonnette Chiffon?

Ce matin jai emmené mes (fausses) converses faire le travail buissonnier. DSCN2070.JPG

 

 

 

 

 

 

Elles et moi avont papoté bruyères avec un charmant monsieur, contemplé les jonquilles

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et les reflets dans l'eau

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avant de faire connaissance avec miss Charity et de hanter les salles obscures.

 

 

 

 

 

 

 

 

Demain je pars faire un tour au pays des scones, des autobus rouges, des romancière et des sexy men. Si je croise Colin ou Daniel, je les ramène dans mon sac à dos en même temps que le fudget et autres gourmandises!

Reprise des activités et tout plein d'articles à mon retour!

18.03.2009

Oedipe sur la route

Oedipe le parricide, le fils incestueux, l'aveugle dont les enfants sont promis à un sombre destin. Ce personnage antique, nous le connaissons par le fameux complexe que Freud a mis en lumière et qui a connu une postérité telle qu'on en parle aujourd'hui à presque toutes les sauces, en oubliant un peu vite qu'Oedipe est aussi, et avant tout un personnage littéraire, une figure tragique d'une rare envergure, le personnage  principal d'une pièce superbe et le père d'une fille dont le nom est aussi célèbre que le sien. Cet Oedipe tragique, j'en garde un souvenir lointain, brumeux, celui d'un homme fait d'une pièce, jouet des dieux qui se soumet à son destin. Henry Bauchau lui, en a fait plus qu'un homme. Sous sa plume, Oedipe devient un être humain dans le parcours duquel tout le monde peut se reconnaître.

 Coupable, Oedipe l'est sans aucun conteste. Il est même LA figure de la culplabilité. Mais responsable du drame qui a ruiné sa vie, celle de femme et mère, celle de ses enfants et frères et soeurs, il ne l'est pas. La culpabilité qu'il ressent et qui le pousse à se crever les yeux avant de partir sur la route est celle d'avoir été aveugle toute sa vie à ce qu'il était et à ce qui l'entourait. En s'aveuglant et en s'exilant, il part d'abord vers l'anéantissement. Puis, sous l'influence d'Antigone qui l'a suivi magré tout, et sous celle de Clios le bandit qui va devenir l'ami et le frère, il va se revenir vers la vie et commencer à parcourir le long chemin intérieur qui va le mener vers la connaissance de soi et l'acceptation de ce qu'il est et de ce qu'il a fait.

A travers Oedipe, Bauchau raconte le parcours de tout homme et de toute femme qui décide de faire face à ses démons et parle de l'aide que peut apporter l'art dans ce parcours, et de l'importance des rencontres, de l'entourage. Clios qui maintient en vie, protège , Diotime la guérisseuse qui ouvre la voie vers la guérison, Calliope qui jalonne le chemin, Constance qui raconte, ... Une galerie de personnages lumineux, qui deviennent des compagnons.

Au fil des pages, le long voyage d'Oedipe et Antigone se confond avec le voyage intérieur d'Oedipe en un récit au temps suspendu. L'errance dure des années que le lecteur ne voit pas passer. Les indications de temps sont rares. On se sait en été, en hiver, en automne, au printemps, à l'aube, au coeur de la nuit. Rien de plus et c'est bien ainsi. L'important n'est pas le temps que prend le chemin, mais le visage de ce chemin, les paysages de Grèce, les éléments que Bauchau parvient à faire sentir au lecteur en peu de mots. L'histoire et les légendes aussi sont au centre. L'histoire des personnages, et à travers eux de la Grèce. Quand cela devient nécessaire, Bauchau se fait conteur comme Oedipe l'aède. Des histoires dans l'histoire émaillent le récit, l'aèrent, l'enrichissent. La parole de Constance par exemple, qui dit l'histoire des hautes colline a les résonnances d'un mythe fascinant.

Le chant, le conte, l'art quel qu'il soit est de toute manière au centre de l'oeuvre de Bauchau. Il est moyen de la connaissance de soi, de la catharsis. Oedipe s'exprime à travers la sculpture et le chant. Symboliquement, sa voix lui revient au fil du travail qu'il accomplit sur lui-même. Antigone, elle, sculpte et file, danse et combat. Clios danse et exprime dans cette danse tout ce qu'il est, il va rencontrer la couleur, la peinture. L'art, s'il vient du fond du coeur et de l'âme est essentiel. Peu importe qu'il survive à celui qui a créé: Oedipe abandonne ou détruit ses oeuvres, et rien n'est plus éphémère qu'un chant ou une danse. Ce n'est pas important. L'art est simplement, et justement ce qui permet d'exister et c'est bien. La vague est un chapitre particulièrment impressionnant par la démesure de l'oeuvre accomplie et par la symbolique forte de cette vague sculptée dans une falaise qui menace d'engloutir une barque qui pourtant la surmonte. Oedipe sculpte, et il sculpte d'autant mieux que ses mains traduisent totalement et pleinement ce qu'il est et ce qu'il est en train de devenir. Oedipe sculpte parce qu'il est aveugle et parce que dans le noir, il devient totalement et pleinement conscient de ce qu'il est et de l'essence de ce qui l'entoure. La vague, il la dompte avant qu'elle ne retombe et n'engloutisse tout sur son passage. Et ainsi, il se sauve et sauve Antigone, Clios et ceux qui l'entourent. Au terme de sa route, Oedipe s'est trouvé, mais il a aussi permis à Antigone de devenir Antigone, à Clios d'être Clios, à Calliope de trouver sa voix.

Lire Bauchau, c'est prendre un risque à chaque fois. C'est en tout cas ce que je ressens chaque fois que je termine une de ses oeuvres. On peut ne pas être sensible à ses écrits. En ce qui me concerne, ses mots résonnent, rencontrent un écho. Comme Antigone, Oedipe sur la route est un roman fort, plein de la lumière et des senteurs de la Grèce, plein des drames et du cheminement d'hommes et de femmes en quête d'eux-même.  

 

Les mots d'Erzébeth, ceux de Dda

J'ai retrouvé l'article qui m'avait amenée à Henry Bauchau et son Antigone... Erzébeth, soit mille fois remerciée pour cette belle rencontre.

 

Henry Bauchau, Oedipe sur la route, Actes Sud, Babel, 1992, 410 p., 5/5

16.03.2009

La cucina

 

Si Rosa Fiore aime quelque chose, c'est la cuisine, un art qui lui permet de surmonter les pires des drames et de continuer à vivre vaille que vaille. Jusqu'au jour où sa route croise celle du mystérieux Inglese, pas particulièrement beau mais tellement attirant, qui en échange des secrets de la cuisine sicilienne, va initier la vieille fille qu'elle est devenue aux plaisirs de la chair. La Cucina est à la fois une ode à la Sicile, ses femmes et sa cuisine et un roman truculent, parfois un brin fantastique et souvent drôle. Dès le premier chapitre, j'ai été emprisonnée dans l'histoire racontée par l'extraordinaire Rosa. " Dépose un tas de farine sur la table, la vieille table de chêne qui nous vient de Nonna Calzino, patinée par des années d’usage quotidien. Il en faut juste assez, ni trop, ni trop peu. De la fine farine de blé dur du moulin de Papa Grazzi à Mascali. Ajoute une bonne pincée de sel. Fais un puits et casses-y des œufs entiers extra-frais, plus quelques jaunes, puis incorpore un filet d’huile d’olive premier choix et quelques cuillerées d’eau froide. Ensuite, du bout des doigts, mélange les liquides à la farine, jusqu’à ce que tu obtiennes une pâte souple. Si les œufs la rendent un peu collante, c’est normal. Continue à la fraiser en la faisant rouler sous la paume des mains. Il faut que les bras fatiguent et qu’une petite rigole de sueur naisse entre les omoplates et descende vers le sillon entre les fesses. Cela vaut pour l’hiver, bien entendu. En été, la sueur ruisselle sur le visage et le cou et tombe goutte à goutte sur la table et le dallage en imprégnant les vêtements. Quand la pâte est élastique, huile-la au pinceau, recouvre-la d’un linge humide et laisse-la reposer. Elle en a tout autant besoin que toi. Cela te laisse le temps de feuilleter un magazine et de te tenir au courant de la dernière mode, ou d’observer par la fenêtre la jeune Maria en train de flirter avec le postier au coin de la rue, un peu plus bas, Fredo qui passe à bicyclette ou les chiens errants qui tentent d’échapper à l’employé de la fourrière. La vie qui va sous tes yeux. C’est le moment de commencer à étaler la pâte. Saupoudre la table de farine et divise le pâton en huit sections égales. Une à une, aplatis-les avec le rouleau à pâtisserie, en exerçant une pression vers l’avant, de manière à obtenir une forme rectangulaire. Procède ainsi jusqu’à ce que chaque section de pâte forme une longue bande de l’épaisseur de la lame d’un couteau. Le couteau qui a tranché la gorge de Bartolomeo. Qui est entré dans cette chair jeune et tendre comme un coltello dans du lard. Coupe la bande en deux dans le sens de la largeur et fais-la sécher cinq minutes sur une perche. Répète l’opération avec le reste de pâte de manière à obtenir seize bandes. Découpe chacune d’entre elles dans le sens de la longueur en formant des rubans aussi minces que possible. Et voilà, tes spaghetti sont prêts à être cuisinés. Préparés avec une délicieuse sauce à base de tomates mûres, de jeunes aubergines, de basilic et de ricotta, tu vas pouvoir les manger à la colazione, au moment où les employés de bureau, les acrobates et les hommes des abattoirs rentrent chez eux faire la sieste et où, pendant une brève période, l’agitation cesse et la ville s’endort."

J'en avais l'eau à la bouche et une féroce envie de me lancer dans la confection de spaghettis à sa manière! Et pour mon plus grand plaisir, la cuisine est un des thèmes centraux du roman. Rosa est une cuisinière émérite. Suivre son histoire est un peu suivre une cuisinière qui explique en mots, en images, en odeurs et en saveurs, la cuisine de ses ancêtres. Or des odeurs et des saveurs, la cuisine sicilienne n'en manque pas. Au fil des pages, on découvre des plats, des desserts, des gourmandises: torta di ricotta, fritteda, pasta alla Norma, cassata, connoli, dolci, pollo alla Messinese, ciabbatas et focaccoas, panelle, formaggio all'Argenteria, timballo, pasticcio du Sostanza... Je ne sais pas vous, mais moi je me sens soudain un appétit féroce! C'est passionnant et enthousiasmant pour les gourmands.

Je rassure ceux que cet étalage gastronomique ne convaincrait pas, La cucina ne parle pas que de cuisines. C'est un roman foisonnant de vie et de drôlerie qui frôle par moment le vaudeville. C'est que la famille de Rosa n'est pas commune: un père écrasé par la personnalité d'une mère hors du commun aux appétits légendaires qui fait passer un casting original à ses prétendants une fois devenue veuve, des frères siamois dont le destin ne sera pas moins étonnant que celui des autres membres de cette fratrie. Tout ce petit monde vit, rit, se dispute et pleure autour de la cucina, le coeur de la ferme, le centre de la vie et de l'histoire de la famille.

"La cucina c'est le coeur de la fattoria et la toile de fond sur laquelle s'inscrit la mémoire de notre famille, les Fiore. Depuis des siècles, la cuisine est le terroir privilégié de tous les événements familiaux heureux et des malheurs, des naissances, des morts, des mariages, des fornications. Aujourd'hui encore, elle est habitée par les fantômes de nos ancêtres. Ils sont assis là, tels des vieux amis, et participent aux discussions ou donnent leurs avis sur les activités des vivants. La cucina est imprégnée des senteurs du passé et chaque note olfactive raconte un événement de son histoire."

Dans une certaine mesure, La cucina est un roman initiatique, le cheminement de Rosa vers l'âge adulte et le bonheur à travers des épreuves atroces. L'auteur pourrait mettre la larme à l'oeil du lecteur avec ces drames, mais Rosa les raconte de telle manière que jamais on ne s'apitoie sur son sort. C'est émouvant, drôle, inquiétant, mais jamais larmoyant. On a juste envie de savoir ce que va devenir cette toute jeune fille brisée par le meurtre de son fiancé, exilée à la ville, s'étiolant dans une société où tout le monde, de ses frères à sa logeuse, veille sur une vertu que d'autres moquent. Elle fait partie d'une lignée de femmes fortes et tient de sa mère, Isabella, la capacité de surmonter, de faire face et de continuer à vivre malgré la mafia dont la violence fait irruption dans la vie des gens ordinaires aux moments où on en l'attend pas, d'assumer ce qu'elle est malgré le regard que la société sicilienne porte sur les comportements qui sortent de la norme. Ces réalités de la Sicile, on les découvre en filigrane, et on voit Rosa les défier en partant à la découverte de l'amour avec l'Inglese. A mon avis, les galipettes ne sont pas toujours bien amenées, mais le lien entre le sexe et la cuisine, la sensualité qui lie les deux est très bien exploitée et donne lieu à quelques jolies pages et à une belle histoire d'amour.

C'est donc un roman fort sympathique, enlevé, drôle et appétissant. J'ai passé un bon moment avec Rosa et j'ai été désolée de la laisser si vite à sa cuisine et à ses amours!

L'avis de Clemenciel, de Ségolène Ampelogos, de Lune de pluie,    

Lily Prior, La Cucina, Grasset, 295 p., 2002, 3.5/5

10.03.2009

L'étrange vie de Nobody Owens

Nobody Owens n'est pas transparent, il ne se promène pas recouvert d'un drap en agitant des chaînes, ni en poussant des cris perçants et terrifiants. Non, Nobody Owens est un petit garçon tout à fait normal. Sauf qu'après l'assassinat de sa famille, il va trouver refuge dans le cimetière en haut de la colline et être adopté par M. et Mme Owens, décédés depuis un temps certains. Protégé part Silas, un être étrange ni vivant ni mort, élevé par un couple de fantômes, choyé par tous les fantomatiques habitants du lieu, il va grandir protégé des dangers d'un monde extérieur bien trop proche pour ne pas être dangereux.

 

Il va sans dire qu'avec mon amour immodéré de Neil Gaiman, on peut me soupçonner de ne pas être vraiment objective quand je clame que je trouve une de ses oeuvres absolument et totalement géniale, fabuleuse, transcendante, enthousiasmante, et tous qualificatifs en -ante dithyrambiques que vous pourrez ajouter à la liste. Or, je plaide non coupable, car (si cela est possible), quand Neil Gaiman est moins bon, il est encore extrêment bon. Et comme L'étrange histoire de Nobody Owens est fort bon... Bref, vous l'aurez compris, j'ai aimé et je peux avancer de bonnes raisons pour ça.

Là où l'on pourrait penser trouver une gentille histoire de fantômes pour petits, Neil Gaiman emprunte des chemins de traverse pour offrir à ses lecteurs, grands et petits, un roman plein de poésie, de tendresse, d'un brin de magie, de mystère et de rebondissements. Un peu comme Coraline avec un univers différent mais qui raconte aussi, même si c'est sur un autre mode comment on peut passer de l'autre côté du miroir et ce qu'il s'y passe. L'autre côté du miroir dans ce cas, c'est l'univers des morts, la différence entre Nobody et ceux qui vivent à l'extérieur, dans un monde qui pour paraître dénué de magie et plus fade, n'en manque pas moins d'attraits quand on sait les reconnaîtres. Et pour les reconnaître, il faut accepter de quitter un peu l'enfance, sans pour autant oublier que la vie peut être magique. C'est le chemin que va faire Nobody, du petit garçon aventureux à l'adolescent décidé et volontaire.

Du début à la fin, on se promène dans les allées d'un monde peuplé de fantômes attachants comme la famille Frobisher et Frobysher dont les enfants jouent dans tous les coins, la mère Slaughter, Nehemia Trot le poète, Liza la sorcière, de personnages mystérieux comme Silas et miss Lupescu, d'autres effrayants comme le Jack ou les goules. Tous sont issus de la tradition des contes et du folklore européen, avec quelques emprunts à des univers plus lointains et sont allégremment réutilisés et mélangés avec la patte si particulière de Neil Gaiman jsuqu'à acquérir une originalité qui n'est jamais dépaysante. J'avoue avoir particulièrement apprécié le fait que rien n'est jamais vraiment nommé, obligeant à deviner ce que sont les personnages, ce dont ils sont capables. De toute manière, dès les premières pages, on est piégé par l'atmosphère créée par l'auteur: un meurtre mystérieux perpétré par un terrifiant personnage, des rues et un cimetière perdus dans une brume qui s'enroule et se déroule au coeur d'une nuit dont on sent la noirceur et l'humidité. Et puis, alors qu'on attend de s'enfoncer dans une terrifiante histoire, tout dérape: une horde de fantômes sympathiques, la mort qui vient faire un tour, des discussions agitées, de l'humour à revendre, un revenant qui essaie d'être terrifiant et n'y parvient pas. Et la pointe d'amertume qu'il faut par-dessus pour que jamais la miévrerie ne devienne une menace.

J'ai particulièrement aimé être accompagnée dans ma lecture par les illustrations de Dave McKean (que j'apprécie énormément) qui font du livre un bel objet.

C'est un merveilleux roman, fait pour ceux qui aiment rêver, une lecture doudou qui fait peur juste ce qu'il faut, et qui enrobe dans la confortable chaleur des personnages, une lecture qui fait réfléchir aussi à l'enfance et à l'âge adulte, aux chemins que nous prenons et à la nécessité, toujours, de continuer à s'émerveiller.

 

L'avis de Yue Yin, de Fashion, Karine, Pimpi, SBM,...

 

Neil Gaiman, L'étrange histoire de Nobody Owens, Albin Michel, Wiz, 2009, 310 p.

 

04.03.2009

La reine des lectrices

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La Reine est prévisible. Parce qu'elle est la Reine et que ses devoirs et ses habitudes sont ancrées dans le terreau de ses longues années à la tête du royaume. Des hobbies? Elle n'en a pas. Parce qu'avoir un hobby est avoir une préférence et que la Reine n'a pas de préférence. Jusqu'au jour uù poursuivant ses abominables chiens, elle tombe dans la cour du château sur un bibliobus. Et dans le bibliobus, sur  le plongeur gay qui va devenir son conseiller de lecture personnel. Repartant par pure politesse avec un roman, la reine ne se doute pas qu'elle vient de mettre le doigt dans un engrenage qui va mettre sans dessus dessous la cour et le pays.

 

La reine des lectrices est un roman pour les amoureux de lecture. Une petite oeuvre légère et drôle qui s'avale en une heure ou deux le sourire aux lèvres. C'est qu'elle est attachante cette reine qui découvre sur le tard le pouvoir enchanteur de la littérature, qui explore sans idée préconçue le gigantesque  continent romanesque, qui gribouille ses notes et ses envies dans autant de petits carnets, que l'on retrouve au détour d'un couloir le nez dans un roman et qui poursuit ses petits enfants et son premier ministre avec les oeuvres qu'elle veut leur faire lire! Armée de ses romans, elle devient une délicieuse grand-mère indigne qui fait tourner son conseiller en bourrique et boude quand elle n'a rien à lire sous la main. La manière dont elle détourne le protocole et ses obligations donne lieu à des scènes savoureuses. Les personnages sont campés en deux coups de stylo plume mais se meuvent dans les ors de Buckingham palace avec brio.

C'est aussi une joie réflexion sur la lecture, l'écriture et la manière dont on devient lecteur, souvent un peu par hasard, parfois même sans y penser. Et que de pistes de lecture dans tout ça! Ma LAL m'a démangé! Pensez donc: Nancy Mitford, Sylvia Plath, Ian McEwan, Jane Austen, Proust, Dickens, George Eliot, ....

Ce n'est sans doute pas le roman du siècle, mais c'est un bon moment à passer en compagnie d'une héroïne qui ressemble furieusement à tous les passionnés de lecture en ce bas monde!

 

L'avis d'Emeraude, de Cathulu, de Lune de pluie, de Cuné,  d'Amanda, Ys, Lou, ....

 

Alan Bennett, La reine des lectrices, Denoël, 2009, 3/5

03.03.2009

Zénith

Le narrateur travaille dans un entrepôt, à l'expédition des colis. Une vie en demi-teintes marquée par les visites à sa mère et l'amitié qui le lie à un de ses collègues, Del Roulio, un passionné de montres. Un jour, celui-ci lui offre une montre, une Zénith toute simple, au fond de laquelle est gravé:  «Témoignage de reconnaissance Grande Bacnure - À M. Louis Cabolet - Juin 1949.»

Il ne se doute pas alors que cette montre va l'amener à remonter le fil d'histoires familiales marquées par le secret et la souffrance, dont la sienne.

 Zénith est un roman d'initiation doux-amer qui explore avec une certaine force les thèmes de la paternité, de la transmission et du souvenir, mais aussi de la découverte de soi. De chapitres en chapitres, on suit le cheminement mental du narrateur, sa curiosité qui s'éveille devant le mystère de Louis Cabolet., l'obsession qui l'étreint. Ce qui commence comme une interrogation amusée sur l'identité de cet homme dont la montre est parvenue jusqu'à lui devient rapidement l'occasion pour lui de s'interroger sur la mort et sur le souvenir. Parce qu'une montre gravée comme l'est la Zénith est un objet de famille, un de ceux qui passe de père en fils ou de père en fille, un objet intime qui a marqué l'écoulement d'une vie et qui la résume en quelque sorte. Et que pour Louis Cabolet, la chaîne a été rompue.

Le narrateur va chercher à renouer le fil du souvenir. Son enquête va le mener au coeur de la communauté des amateurs de montre, puis en Belgique dans une ancienne ville minière, et finalement, sur les traces de sa propre histoire. Chaque rencontre, chaque étape franchie le ramène à son enfance, à son adolescence et au suicide de son père, aux prémisses de sa vie d'adulte avec cet échec amoureux qui a conditionné sa vie. Petit à petit, il va apprendre à faire face à ses démons intimes. Zénith, c'est finalement l'histoire d'un tout petit objet qui change une vie. L'histoire de Louis Cabolet va faire émerger une histoire familiale marquée par le secret, et renouer les fils d'un lien père-fils qui a été brisé par le suicide du père. Symboliquement, c'est avec une autre montre que se clôt l'histoire, une montre qui rattache enfin le narrateur au passé qu'il fuyait et lui permet de regarder enfin vers l'avenir. En soldant les comptes de sa propre filiation, il peut enfin s'autoriser de désirer une vie de famille et un enfant.

De manière assez tendre, Zénith montre aussi de quelle manière nous reproduisons les schémas de l'histoire familiale, quand bien même ils sont restés de nombreuses années sous le sceau du secret. Il montre aussi à quel point nous connaissons peu ceux qui nous ont donné la vie et de toute manière, ceux que nous aimons et pensons connaître. Et comment l'ignorance de cette méconnaissance creuse les fossés de l'incompréhension et de la peur. La découverte progressive que fait le narrateur de son entourage, mais aussi les personnes qu'il va rencontrer au fil de son enquête donne une galerie de personnages complexes et attachants dans leurs failles et leurs faiblesses, celui du narrateur, écrivain en devenir, n'étant pas la moins fascinante..

  

 Le site de Jean Grégor.

 

Jean Grégor, Zénith, Mercure de France, 2009, 3.5/5

01.03.2009

Lemashtu

Les vampires ne sont pas un mythe. Nommés stryges, ils vivent dans un ghetto en Europe de l'est. Après des siècles d'extermination, c'est une race en voie de disparition. Lemashtu est le dernier des voïvodes de son peuple, en quelque sorte le dernier roi des vampires. Infiniment précieux pour ceux de sa race, il est aussi celui qu'il faut abattre. Maintenu sous haute surveillance par Féhik Alamédu et Aratar Déochétor et soigneusement maintenu à l'écart des autres élèves, il poursuit ses études dans une high school anglaise huppée.

Jusqu'au jour où le Bras de la miséricorde et de l'expiation,branche extrêmiste de l 'Eglise qui a juré l'extermination des stryges refait parler d'elle. Et où le seul moyen de maintenir Lem en vie est de le mêler aux adolescents humains de son âge avec Liéga, un jeune strigoï venu le rejoindre. Arthur, Pauline, Lem, Liéga et les autres vont beaucoup appendre les uns des autres...

 

Griffe d'encre nous a habitué à ses excellentes anthologies, ses non moins bonnes novellas, ses fabuleux recueils de nouvelles. Je ne m'étais pas penchée avant Lemashtu sur ses romans, mais celui-ci relève de la bonne littérature vampirique, c'est le moins que je puisse dire en guise de prémisses après ce résumé qui ne lui rend pas justice.

Qu'y a-t-il donc dedans: de l'histoire et de la sociologie, de la passion, des aventures, des complots, de l'amitié et de la haine, des combats sanglants, du suspense, de l'humour, bref, de quoi prendre le lecteur dans ses filets! Li-Cam insère l'histoire des stryges dans le canevas bien connu de l'histoire européenne, la donne géopolitique n'étant guère bouleversée par leur existence, pas plus que les luttes de pouvoir au sein du Vatican. De même, le fonctionnement des sociétés roumaines, hongroises et britanniques (principalement) et plus largement européenne ne diffère guère de ce que l'on connaît. A certains égards, la manière dont le stryges sont considérés et traités dans la zone de confinement rappelle à la fois les ghettos, et plus récemment le sort des roms. Cet arrière-plan est déjà passionnant, mais il faut y rajouter le rôle central de l'Eglise catholique dans l'histoire et l'avenir du peuple des stryges. Une faction veut leur extermination pure et simple, une autre lutte pour leur reconnaissance et leur survie. On voudrait parler de l'éternel balancement entre ouverture et fermeture du Vatican (et d'autres que le Vatican) qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Avec intelligence en plus: les méchants sont certes très méchants, mais les gentils ne sont pas tous blancs et il y a un joli lot d'indécis. Les stryges ne sont pas seulement de pauvres créatures persecutées puisque leur position de prédateur naturel de l'humain et la folie qui parfois les guette a provoqué son lot de bains de sang, de peur et de haine.

Chose que j'ai trouvé appréciable, Li-Cam a pris le temps de créer une espèce et une société stryge, avec ses caractéristiques biologiques, sa hiérarchie, ses coutumes, son histoire. Les informations les concernant sont distillées au fur et à mesure du récit à travers des fiches signalétiques, des extraits d'archives, des histoires racontées par les tuteurs de Lem. L'univers dans lequel se place l'intrigue de Lemasthu se met ainsi en place petit à petit sans nuire au rythme soutenu du récit qui n'est pas seulement une succession de rebondissements et de batailles, mais aussi l'histoire de la confrontation d'un adolescent (stryge certes et prince, mais adolescent quand même avec des hormones en pagaille et un charme fou) de quinze ans à sa nature et au monde qui l'entoure dont il a été relativement protégé. Les personnages ayant tous un sacré caractère et un drôle de sens de l'humour, tout cela ne va pas sans sourires, voire éclats de rire. J'admettrais avoir un léger penchant pour Aratar et ses performances acrobatiques et pour Merlin (mais ça je ne vous dis pas pourquoi, vous n'avez qu'à le lire!).

J'ai donc passé un très très bon moment plein de suspense, d'hémoglobine et d'amour en compagnie de Féhik, Aratar, Lem et les autres. Je ne peux que vous conseiller de faire à votre tour leur connaissance!

 Pour lire le premier chapitre, c'est par là! Le site de l'auteur est ici!

L'avis de Lucile.

 

Li-Cam, Lemashtu, Griffe d'encre, 2009, 410 p. 4/5

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