30.06.2009

Wisconsin

1967, Wisconsin. La famille Lucas vit sur ses terres: le père, alcoolique et violent, Claire, la mère, battue par son époux, considérée comme folle par son voisinage, James, 16 ans, chasseur émérite et admirateur d'Elvis Presley, Bill, 6 ans, qui voue un amour et une admiration sans borne à son frère et à la nature qui l'entoure.

Une vie marquée par la violence, par le passage des saisons jusqu'au jour où James s'engage dans l'armée et part au Vietnam, autant pour fuir que pour rabattre le caquet de son père. Commence alors pour sa mère et son frère une longue descente aux enfers marquée par sa disparition, la lutte contre un époux et père qui sombre dans la folie et l'amour que les Morriseau, couple de voisins porte au petit garçon.

Une histoire de folie, de fureur, de souffrance et d'amour  dans les paysages magnifiques et sauvages du Wisconsin. Une polyphonie qui fait plonger le lecteur au coeur d'une famille déchirée et malheureuse. C'est ainsi que l'on peut résumer Wisconsin.

 Mary Relindes Ellis fait parler tour à tour ses personnages, Claire, Bill, James, mais aussi Ernie Morrisseau le demi-sang et sa femme la superbe Rosemary. De récit en récit, de voix en voix, elle révèle avec un souffle romanesque enthousiasmant les forces et les faiblesses de ses personnages, les secrets qui rongent, les doutes, les petites joies et les amours. Elle révèle aussi la folie qui se cristallise autour du deuil de James, le pivot, ce garçon si fort, si courageux, un peu bête parfois comme tout adolescent, mais capable de protéger sa mère et son frère. 

C'est un roman terrifiant par bien des côtés, un roman qui exsude le mal, la violence, l'indifférence du monde, les ratés des destins humains: Claire incapable de quitter ce raté qu'elle a épousé et qui fait payer le prix de ses échecs et de ses manquements à ses fils et sa femme, Claire considérée comme folle, sur les marques de coup de laquelle toute la ville ferme les yeux, Ernie et Rosemary dont l'amour ne va pas sans le deuil de l'enfant qui n'est jamais né, Bill qui grandit comme il peut et sombre de trop en avoir encaissé, sans que personne sauf Ernie, Rosemary et sa mère ne tente de le sauver. Après tout, il faut qu'un fils suive les traces de son père.

Il y a tout cela et l'amour aussi qui peut sauver, la rédemption. La nature autour, grandiose, dont les mystères sont livre ouvert pour ceux qui savent l'écouter et la regarder, la volonté de continuer vaille que vaille et malgré tout. Cadre et personnage à part entière, la nature prend une place importante et magnifique: vue par les yeux de Claire qui y puise le courage de continuer à vivre, par les yeux d'Ernie qui porte en héritage son sang indien, par les yeux de Bill qui l'aime à se damner et à y consacre sa vie d'adulte. C'est elle qui soigne les blessures, qui sans les guérir, permet de les supporter.

Même si certains aspects du récit m'ont paru un brin artificiels, même si la voix des fantômes un peu trop présente m'a parfois agaçée, force m'est d'admettre la force de ce récit, la sensibilité qui s'en dégage et l'empreinte qu'il laisse une fois la lecture terminée. Un très très beau roman.

L'avis de Fashion, de TamaraLily, Amanda, Sassenach, ...

Mary Relindes Ellis, Wisconsin, 10/18, 2008, 4/5 

28.06.2009

La femme de l'allemand

 

Fanny et Marion dans leur petit appartement proche du Marais, Fanny et Marion, la mère et la fille, seules et unies face aux autres, les parents, les voisins. Mais Fanny est malade, de cette maladie qui ne dit pas son nom et qui va transformer en enfer le bonheur.

Psychose maniaco-dépressive, un nom barbare et bizarre, un peu chantant et mystérieux qui entre un jour dans la vie de Marion pour n'en plus sortir, un nom qui a pour elle une histoire qu'elle va raconter bien des années plus tard. L'histoire de sa mère, Fanny, si belle, si drôle, si excentrique et excessive. L'histoire de leur amour et de leur vie à deux entre école et séances de cinéma, balades dans Paris et rires. L'histoire de cette autre Fanny qui fait un jour irruption, laide et cruelle, effrayante et incontrôlable. L'histoire d'un amour qui devient prison et drame, d'un secret qui gangrène tout.

Marion est une enfant de la honte, le fruit de l'amour interdit pendant la Seconde guerre mondiale entre une française et un allemand, le fruit d'une absence aussi. Elle va grandir avec cette béance, l'absence de ce père dont elle découvre peu à peu des bribes, qu'elle façonne au gré de son imagination d'enfant avant de connaître le peu qu'il y a à connaître d'une histoire somme toute banale qui a fait basculer sa vie avant même qu'elle ne vienne au monde.

On ne saura pas si Fanny a basculé dans la folie à cause de son amour, ou si elle portait en elle le germe de la maladie. Peu importe finalement: la fragilité était là, la folie est venue. Marion la raconte avec ses yeux et sa voix d'enfant d'abord, puis d'adulte. Il y a d'abord ce souvenir d'une peur intense, puis ces failles au quotidien dans la voix et dans les attitudes de la mère tant aimée, et enfin, les crises, intenses, atroces, où Fanny devient autre. La folie est-elle soluble dans l'amour? Marion va tout faire pour: protéger sa mère, subir ses crises, promettre ce qu'elle ne peut tenir, échouer finalement. Amour, peur, haine, dépendance, Marion va passer par bien des phases avant de trouver enfin une délivrance qui ne va pas sans culpabilité et de pouvoir se pardonner et pardonner à sa mère.

Sans aucun pathos, Marie Sizun raconte une descente aux enfers, le combat d'une femme qui lutte pour vivre dignement avec son enfant malgré son statut de mère célibataire, le combat d'une enfant pour sauver sa mère. C'est bouleversant et intense: à certains moments la respiration manque, à d'autre les larmes pointent le bout de leur nez. Le déchirement que connaît Marion, cette culpabilité intense, cet étouffement sont rendus de manière poignante et vibrante. C'est une histoire d'amour absolu, de souffrance et de déchirement qui laisse l'estomac noué. Deux beaux portraits, complexes et bouleversants et un récit profond sur la quête des origines.

L'avis de Chaperlipopette, de Pascal, d'Amanda, ...

La femme de l'allemand va sortir bientôt au Livre de Poche.

Marie Sizun, La femme de l'allemand, Arléa, 2007, 5/5

26.06.2009

Jeanne d'Arc

"Si j'ai entrepris d'écrire une Vie de Jeanne d'Arc, c'est d'abord parce que je l'aime. Et voilà une raison suffisante! Je crois être aujourd'hui le seul homme capable de comprendre cette enfant. Elle m'est aussi proche et aussi naturelle qu'une soeur. Je l'ai amenée à moi à travers le désert archéologique. Elle est là, toute neuve devant mes yeux. Les vieilleries de l'histoire, la dessication du temps ne lui ôtent ni ses fraîches couleurs, ni son sourire de chair. Non, ce n'est pas une légende, ce n'est pas une momie. Foin du document et foin de la couleur locale! Je n'ai dessein ici que de montrer une fille de France.

Ma Jeanne d'Arc a 18 ans."

Inclassable. C'est ainsi que je définirais la plume de Joseph Delteil. Cet écrivain du début du 20e siècle, méridional monté à Paris, un peu symboliste, un peu surréaliste a tracé sa route sans guère se soucier de l'avis de ses contemporains et en provoquant autour de lui des débats et des conflits passionnés. Son Jeanne d'Arc en est un parfait exemple. Prix fémina, ce récit provoqua l'ire des surréalistes et la colère des catholiques. Pour des raisons différentes, certes, mais avec la même virulence, une partie importante du monde littéraire des années 1920 s'abattit sur l'oeuvre. Mais qu'a donc fait Joseph Delteil pour provoquer de telles réactions. Rien, si ce n'est proclamer son amour profond pour la figure de Jeanne d'Arc. Pas la sainte, pas le symbole brandi en politique comme un étendart ou haï pour les valeurs morales et religieuses dont elle est parée, mais la jeune fille partie en guerre, la fille de France.

Jeanne d'Arc est un OVNI littéraire. Delteil donne, certes, dans le genre hagiographique, mais une hagiographie marquée par le burlesque, une certaine trivialité et un lyrisme qui laisse parfois perplexe. Sa Jeanne d'Arc est une paysanne en pleine santé, pleine de bon sens et de foi, une jeune femme ancrée dans la terre même si sa tête est au ciel. Un être humain qui a des besoins physiques, qui parle une langue truculente. Le récit est étonnant de folie et d'audace: la sainte qui reste aujourd'hui un symbole politique fort y acquiert un aspect neuf, attachant. Delteil en parle avec passion, tendresse, presque amour: il en devient destabilisant, presque inquiétant par moment.

Lire Delteil, c'est accepter de laisser ses habitudes au vestiaire et s'embarquer dans un drôle de voyage. J'avoue n'avoir pas adhéré particulièrement au style de l'auteur, mais plusieurs mois après ma lecture, Jeanne d'Arc trotte encore dans ma petite tête, signe, vous me l'accorderez, d'une lecture marquante. A découvrir.

Merci à JMJ qui se reconnaîtra s'il passe dans le coin!

Une étude passionnante par .

Joseph Delteil, Jeanne d'Arc, Grasset, 1961

24.06.2009

Les monades urbaines

J'ai tout entendu sur Les monades urbaines: fabuleux, percutant, emmerdifiant, essentiel, inintéressant... Tout entendu au point de l'acheter et de le laisser traîner approximativement six années sur une PAL qui n'en demandait pas tant (et encore, ce n'est pas le locataire le plus ancien). Je le regardais du coin de l'oeil, il me regardait du coin de l'oeil, cela aurait pu durer encore longtemps. C'est la résolution de faire baisser ma PAL (oui, elle est remontée aussi sec, c'est même pire, c'est comme les régimes ce truc là, perdez en trois, vous en reprendrez quatre) conjuguée à une grosse semaine de vacances qui a signé son salut.

Bref, revenons à nos moutons. Dans une avenir lointain mais pas si lointain que ça, l'humanité s'est multipliée: 70 milliards d'être humains vivent dans des monades dont ils ne sortent jamais, de gigantesques tours au fonctionnement quasi autarcique, et au sein d'une société équilibrée et juste où toute notion de propriété a disparu et où chacun est à chacun. Plus de jalousie, plus de guerres et de conflits: la vie est sacrée et le bonheur est pour tous... Du moins en apparence.

 On se croirait dans une utopie, on est dans une dystopie.  Qu'est-ce qu'une monade: une gigantesque ruche au fonctionnement parfaitement rodé, une organisation sociale et politique que l'on va découvrir petit à petit à travers le destin de quelques habitants de la monade 116, citoyens parfaits ou déviants: celui qui veut sortir et voir la mer, celui qui ressent la jalousie, le jeune prodige ambitieux qui brûle ses ailes à son rêve, la femme stérile, la jeune femme contrainte à l'exil. Autant de personnalité, de réactions qu'il faut cacher soigneusement pour survivre, ou qui mènent à la folie.

Au commencement est l'idée d'une société idéale fondée sur la croissance démographique et une liberté sexuelle perçue comme entière, une société où chacun trouve sa place. A la fin est une société totalitaire dont les contraintes sont totalement intégrées par ceux qui la constituent: un système qui régit tous les aspects de la vie et de la pensée, où l'individu s'efface au profit de la communauté, où tout ce qui est différent est éliminé ou rééduqué. Tout l'art de Robert Silverberg est d'introduire par petites touches le malaise dans sa description de la société monadiale.  Il démonte petit à petit les rouages sociaux de la monade: la hiérarchie sociale voilée, la ségrégation comme règle non écrite (on ne fraye pas avec les étages inférieurs, et on ne se risque guère dans les étages supérieurs), la quasi impossibilité de refuser une relation sexuelle, le rejet des sentiments et émotions, la distribution de drogues et de psychotropes "étatisée"... Une monade est un monde clos sur lui-même: impossible d'en sortir, impossible d'y revenir: une expérience de laboratoire dont Silveberg pousse la logique à l'extrême. C'est de la SF, mais c'est aussi de la sociologie, de la science politique, une réflexion sur la liberté, la vie en société, et une intrigue passionnante. Certes, le roman est clairement daté des années 70, mais bien des choses restent valables et essentielles. Un indispensable.

Choupynette a aimé. L'avis de Brize.

 

Robert Silverberg, Les monades urbaines, Livre de Poche, 2000, 4/5

22.06.2009

Un Dieu un animal

 

Un jeune homme a quitté son village pour vivre plus grand et plus fort sous l'uniforme des mercenaires. Il a survécu pour revenir à son point de départ: dévasté, il est condamné à devoir s'adapter à une vie qui ne semble plus vouloir de lui. Quand même l'amour ne permet plus de respirer, que reste-t-il?

 

Je dois dire que si je n'avais pas croisé Jérôme Ferrari à la remise du prix Landerneau et entendu les troupes chanter les louanges de son roman, je n'aurais sans doute pas eu le commencement du début de la vélléité d'y jeter un oeil. Ce qui aurait été fort dommage. Et en plus ça ne compte pas, il ne fait que 109 pages (on a les excuses qu'on peut).

109 pages, certes, mais quelles 109 pages! Le sentiment de malaise, d'étouffement présent dès les premières lignes ne fait que s'amplifier au fil des pages. Un dieu un animal est un roman sur la vanité de la fuite, sur le désespoir et le désenchantement. Comme beaucoup, ce héros sans nom a cru pouvoir partir, tout quitter pour vivre autre chose que la vie qu'il était destiné à vivre. Pas qu'il ait grandi parmi de mauvaises gens: ses parents sont adorables, les voisins pas méchants. Mais voilà, parfois, l'horizon est tellement attirant et les frontières du monde connu tellement et trop proches. Sauf que tout ce qu'il reste au bout du chemin est la désillusion, la connaissance atroce du fait que partir ne résout rien et ne permet finalement pas grand chose de plus que le détachement.

"Bien sûr les choses tournent mal, pourtant, tu serais parti et quand l'étreinte du monde serait devenue trop puissante, tu serais rentré chez toi. Mais ça ne s'est pas passé comme ça, car les choses tournent mal à leur manière mystérieuse et cruelle de choses et font se briser contre elles toutes les illusions de lucidité. Tu es parti, le monde ne t'a pas étreintet, quand tu es rentré, il n'y avait plus de chez toi. Il y avait tes parents, ta maison et ton village, mais ce n'était miraculeusement plus chez toi."

 Il y a l'espoir tout de même, celui permit par l'amour: Magali, l'amour d'adolescence, la jeune femme retrouvée. Un autre désespoir malgré l'apparence de la réussite. Magali est une jeune femme brillante, jolie, l'image de la chasseuse de tête performante, dévouée à son entreprise. Un masque qui voile mal un sentiment d'oppression, les doutes, et le mépris ressenti envers soi-même de douter quand tout semble aller pour le mieux.

" Elle considère sa vie avec un mélange d'agaçement et de perplexité qui la paralyse. Elle est incapable de se réjouir. Elle est incapable de se plaindre. Quand elle est tentée de le faire, des faits incontestables, sa parfaite santé, sa fiche de paie, sa jeunesse, son appartement si joliment décoré, l'amour de son père l'en dissuadent et l'empêchent de croire à la réalité de sa propre détresse. Le monde n'a rien à offrir contre quoi elle pourrait désirer sérieusement d'échanger tout cela."

 Au centre de leur vie à tous les deux, une angoisse que rien, ni famille, ni amis, ni amour ne peut dissoudre, angoisse parfaitement transcrite et rendue par le style sec de l'auteur, l'usage de la deuxième personne du singulier, comme si le jeune homme s'adressait à lui-même, dans un éclat de lucidité douloureuse et mortelle. Les fils se tissent petit à petit entre souvenirs et présent, dans une introspection que vient entrecouper mais certainement pas alléger le "elle" de Magali, enfant perdue aussi à sa manière. Violence de l'univers du travail et d'une société dont on ne sait guère ce qu'elle attend de ses enfants, violence de la guerre sous le soleil du désert, deux horreurs s'affrontent, aussi incompréhensibles l'une que l'autre. On ne respire pas, on encaisse jusqu'au bout ce récit particulièrement fort et dense de la chute de deux être humains dans l'enfer de la solitude et de la violence. C'est tout simplement magistral.

 L'avis de Lily, Papillon, Fashion, Cathulu, Caro[line], Pascal, Yv, ... 

Jérôme Ferrari a reçu le prix Landerneau 2009.

 

Jérôme Ferrari, Un dieu un animal, Actes Sud, 20098, 5/5

 

19.06.2009

A vos souhaits

On peut faire le gros dos, siffloter d'un air dégagé en regardant les nuages passer, il arrive qu'on ne puisse échapper à ces petites choses qui parcourent la blogosphère, j'ai nommé les tags. Vous allez donc avoir droit, aujourd'hui, à mes huits souhaits. Souhaits littéraires, parce qu'après tout, nous sommes dans un blog littéraire... J'espère juste que les mettre par écrit n'empéchera pas leur réalisation. On ne sait jamais.

Donc, donc, donc... J'ai presque fermé les yeux, je me suis munie d'une vieille lampe à frotter, j'ai tourné plusieurs fois sur moi-même et cherché les étoiles filantes. Résultat:

1 - Je souhaite que le portail de la prose de Jasper Fforde existe vraiment, histoire d'aller vérifier que Mr Darcy est aussi beau qu'il semble l'être, de frissonner dans Dracula, d'aller faire un tour dans Le seigneur des anneaux et de revenir à ma petite vie tranquille après tout ça. Les voyages ça forme la jeunesse, mais j'aime bien mon canapé aussi.

2 - Je souhaite passer une nuit enfermée dans Gibert Joseph et pouvoir repartir avec tout ce qu'il me plaira. Il faudra sans doute plusieurs camions de déménagement et un nouvel appartement.

3 - Je souhaite pouvoir être vraiment payée pour lire, ça ce serait le top.

4 - Je souhaite que quelques inédits de Jane Austen soient planqués dans un tiroir et en passent d'être retrouvés. Et qu'il y ait la fin des Watson dans le lot. Parce que je sais que je vais être immensément frustrée.

5 - Je souhaite aller faire un tour au Japon, découvrir les paysages des romans de Yasushi Inoué et de Yoko Ogawa, ceux de mes mangas préférés. C'est effectivement réalisable, il faut bien que certains voeux le soient!

6 - Je souhaite être munie d'un traducteur intégré et ultra-performant pour pouvoir enfin lire toute la littérature en VO que je veux.

7 - Je souhaite être munie d'un retourneur de temps, histoire de pouvoir faire baisser ma PAL et bouquiner tout mon soûl. Et la faire augmenter tout de suite après, évidemment.

8 - Je souhaite continuer à ressentir un tel bonheur en lisant.

 

Bien, bien, bien, bien, bien... Ca, c'est fait! Il me fait maintenant commenter quelques mots...

1 - Message: vous avez un message... Le bonheur d'ouvrir sa boîte mail après une journée de travail et d'y découvrir les histoires des copines, les mots doux, les délires et toute cette vie qui transite par le web.

2 - Blog: au départ un extra-terrestre tout vert avec huit têtes. Puis un univers totalement chronophage et de belles rencontres. Une maison virtuelle.

3 - Prix: champagne.

4 - Croix: croix du sud, croix huguenote, et autres croix. Ma passion pour l'art des primitifs, mon bonheur de retourner dans mon sud natal, des souvenirs d'enfance en veux-tu en voilà.

5 - Scrap: un univers inaccessible.

6 - Création: au commencement était le verbe. Et il a donné de bonnes choses puisque qu'avec le verbe sont les histoires qui nous font vivre et frémir. 

7 - Bonheur: tout les jours quand on regarde bien. Un macaron, un rayon de soleil, un sourire, un fou rire, un bon film...

8 - Vie: cf. ce qui précède. Pas toujours facile, mais tellement belle.

9 - Enfant: une petite chose qui braille, qui prend de la place et qui rend fou d'amour.

10 - Passion: roman Harlequin?  

 

Et pour terminer, quelques mots sur les blogueuses qui m'ont lancé ce tag:

- Fashion que je ne présente pas! Condensé de bonne humeur et antre de la tentation peuvent permettre de définir sa maison virtuelle. Associée dans les séances cinéma improbables et démoniaque inventeur d'énigmes et challenges en tout genre.

- Theoma au blog coloré et aux merveilleux montages photo!

 Je passe le virus à qui veut!

17.06.2009

Caroline... Non, Coraline!

Encore un billet que je vais attaquer par mon habituelle et quasi rituelle déclaration d'amour à Neil. Gaiman. Il est (peut-être) grand, (sans doute) fort, (très probablement) beau, et il est atrocement doué: fantasy urbaine, littératue jeunesse, comics, quelque soit le domaine que ce touche-à-tout explore, c'est réussi. Que celui qui n'est pas d'accord se risque à aller le dire à Fashion!

 Bref. Pourquoi revenir sur la question? Tout simplement à cause de la sortie concomitante de l'adaptation en bande dessinée et en film d'animation du fabuleux Coraline.

Coraline, je l'ai lu il y a un petit moment déjà. Cinq ans pour être exacte, en un temps où le mot blog n'évoquait pour moi qu'un mauvais film de science-fiction avec des bestioles vertes à huit têtes. Je me souviens d'avoir frisonnée, trembloté, frémis et glapis de terreur sous ma couette. Si, si, véridique, j'exagère à peine! Les boutons à la place des yeux, les âmes perdues, le chat qui parle, cet autre univers qui attend comme une toile d'araignée de pouvoir enferme ses proies... Proprement et délicieusement terrifiant. Vous comprendrez donc sans peine la pulsion qui m'a poussée à attraper la version bande-dessinée et à filer dans la plus proche salle de cinéma me plonger dans l'adaptation offerte par Henri Selick.

 

Commençons donc par la bande-dessinée publiée par Le diable Vauvert. Je dois avouer que j'ai été à la fois surprise, et un peu déçue à première vue par le dessin: très comic book, des couleurs un brin pâlichonnes, des personnages et des décors ultra-réalistes... Je m'attendais à plus de rondeurs et de couleurs. Puis, petit à petit, la magie a opéré, le dessin de Craig P. Russell m'est devenu familier. J'ai retrouvé la noirceur du roman, sa charge de peur. En fait, le réalisme du dessin, en ancrant l'histoire de Coraline dans le réel, la rend probablement encore plus effrayante. C'est une belle adaptation, fidèle au roman, servie par une belle édition au format et au papier agréables.

 

Rien à voir, mais alors rien à voir du tout avec le film d'animation. Une merveille qui m'a fait retrouver pour le coup tout l'émerveillement de ma lecture. Pourtant, Henry Selick fait des entorses à l'intrigue. Mais c'est pour mieux respecter l'esprit du roman et le rendre encore plus accessible. C'est sans doute un peu idiot, mais le fait est que le contraste entre le vrai monde et l'autre monde est une claque: Coraline vit avec des parents gentils, mais peu présents dans une maison et une région qu'elle ne connaît pas et où elle s'ennuie en attendant la rentrée des classes. Un univers un peu terne dans lequel sa vitalité et son imagination débordantes ne trouvent pas d'exutoires malgré la présence de voisins pour le moins étranges; l'autre monde lui... coloré, chatoyant même, rempli de l'amour d'une autre mère et d'un autre père qui ont certes des boutons à la place des yeux, mais qui lui cuisinent ses plats préférés et créent pour elle des jardins enchanteurs et enchantés. L'autre monde d'Henry Selick déborde de créatures, de trouvailles poétiques et esthétiquement superbes: fleurs animées, insectes géants qui servent de montures, pianos aux mains mécaniques, meubles aux formes étranges... Un monde qui a tôt fait de basculer dans l'horreur et l'angoisse.

On y perçoit bien toute la réflexion sur la famille et l'enfance qui sous-tend le roman et son adaptation en bande dessinée: Coraline comme beaucoup d'enfants, veut fuir un père et une mère qui ne s'occupent pas d'elle comme elle le voudrait. Son fantasme d'une famille meilleure, elle le trouve de l'autre côté de la porte, de l'autre côté du miroir où tous les voeux se réalisent. Sauf qu'elle se rend compte, très vite, qu'elle ne veut pas que tous ses voeux se réalisent, que l'autre mère avec son amour n'est rien d'autre qu'un monstre prête à dévorer "son" enfant pour le garder, l'enfermer dans sa toile (une séquence qui m'a coulée sur place mais que je ne décrirai pas plus avant). Une petite réflexion m'est venue à la vue du film que je n'avais pas eu à l'époque de ma lecture, ni à celle de la bande dessinée: cet autre monde, l'autre mère m'ont rappelé la figure de la fée, du petit peuple qui attirait les humains par leur image de perfection et de bonheur et des promesses de réalisation de voeux. Une tromperie qui menait à la mort le plus souvent. Réaliser ses rêves les plus fous n'est pas toujours une bonne chose, être heureux de ce que l'on a une meilleure garantie de bonheur. Dans l'autre monde il y a aussi cette part d'inconnu que recèle l'autre: parents, voisins, amis qui peuvent soudainement devenir étrangers et inquiétants. De là à voir dans Coraline une mise en garde comme l'étaient les contes d'autrefois...

 Quoi qu'il en soit, l'animation est somptueuse et vaut à elle seule le détour: réalisation image par image, poupées et décors réalisés de main de maître, inventivité et sens du rythme, c'est un véritable bonheur à ne manquer sous aucun prétexte!

 

 

15.06.2009

Departures

Quand l'orchestre qu'il était parvenu fait faillite, Daigo abandonne son violoncelle et regagne sa ville natale avec sa jeune épouse, Mika. Là-bas, le seul emploi que trouve ce musicien sans autres compétences que la musique ni expérience est celui d'assistant d'un entrepreneur de pompes funèbres. Contraint d'accepter par besoin d'argent, il va découvrir un monde dont il ne soupçonnait pas l'existence et un tabou: celui de la mort.

Il faut admettre que vu comme ça, il y de quoi fuir à toute jambe. Et pourtant. Pourtant, ce film est un bijou. Le premier plan déjà. Deux phares qui percent la brume: on se croirait l'espace d'un instant dans le Totoro de Miyazaki, un monde étrange et magique. C'est un peu le cas: en suivant Daigo, on entre dans un univers qui, dans toutes les sociétés fascine autant qu'il provoque la répulsion, celui de la thanatopraxie, ou pour parler plus crûment, des croque-morts. Un métier que Daigo n'exerce pas de gaité de coeur au départ. Grand maladroit, âme sensible, il se voit confronté à des situations auxquelles rien en l'avait préparé. Puis, petit à petit, à travers les gestes des rites funéraires, il découvre le rôle fondamental qu'à celui qui accompagne les morts et l'ambivalence de la société à son égard. A cet égard, Departures est presque un documentaire qui présente le cérémonial mortuaire japonais, un documentaire fascinant: gestes ritualisés d'une grande beauté, d'une rare pudeur et en tout cas révélateur de la culture et de l'esprit japonais.

Departures est un film touchant, pudique, qui ne sombre jamais dans le pathos, la complaisance, le voyeurisme. Il y a des scènes d'une rare tendresse, d'autres d'une infinie tristesse, mais il y a aussi les maladresses de Daigo, l'amitié partagé,la vie quotidienne dans une petite ville de province japonaise avec ses bains publics, les rires provoqués par un humour qui frôle par moment le burlesque. On s'attache au patron bourru, à la secrétaire mystérieuse, à Mika, et aux autres. En les mettant en scène, le réalisateur, Yojiro Takita amène à réfléchir sur la mort et la manière dont nous l'appréhendons et la traitons, sur le tabou qu'elle continue à représenter partout, sur l'importance des rites qui l'entourent. Il offre une belle galerie de personnages portée par des acteurs presque impeccables et une mise en scène classique mais efficace, une jolie histoire de famille et d'amitié. Reste quelques petits défauts qui ne m'ont en rien gâché le plaisir: quelques scènes inutilement mièvres, quelques grimaces.

Je n'ai pas vu passer les 2 heures du film.

Un très beau film poétique, pudique, qui mérite, à mon humble avis, le détour. A bon entendeur...

 

 

13.06.2009

Ivanhoé à la rescousse

" Bien-aimés lecteurs de romans, vous avez sans doute été souvent frappés par le fait que les oeuvres qui excitent le plus notre curiosité s'achèvent de manière aussi peu satisfaisante que prématurée à la page 320 de leur troisième tome."

 

 

Ou ce qu'il se passe quand William Thackeray, atrocement frustré et outré qu'Ivanhoé ait épousé l'horrible bigote qu'est Rowena, décide de raconter ce qu'il se passe après que Walter Scott ait écrit le mot fin. Vous auriez pu résister vous? Avec en plus du reste une Fashion absolument dythyrambique pour vous faire l'article? Et bien moi non! Et vous savez quoi, heureusement que j'ai cédé! Il est vrai qu'ayant aimé La foire aux vanité, j'étais un public plus ou moins acquis à l'humour et à la plume de William.

Ceci étant dit, Ivanhoé à la rescousse est absolument hilarant. Non seulement Thackeray garde sa capacité à se moquer d'une bonne société anglaise prompte à imiter les moeurs d'un moyen-âge amplement fantasmé, mais en plus il frôle à plusieurs reprises le rôle de précurseur des Monty Python. Alors évidemment, si Sacré Graal vous laisse de marbre, il y a des chances pour que ce vieil Ivanhoé ne vous tire pas le début d'une esquisse de sourire. A vous de voir. Revenons à nos moutons. Nous avons donc en lieu et place du preux chevalier un époux soumis à son horrible femme et au bord de la dépression nerveuse; en lieu et place d'un roi sans peur et sans reproche, un gros bonhomme ridicule et colérique; en lieu et place de l'épouse douce et aimante une harpie qui terrorise tellement son monde que même le fou n'ose plus rire. Et dans un pays loin, très de la douce Angleterre, une Rebecca qui se morfond. Ce que ne peut supporter Thackeray: il est pro-Rebecca, il trouve insupportable que Scott n'ait pas donné à Rebecca ce qu'elle méritait pour de bêtes questions de morale et de sensibilité de son lectorat. Bref, il va tout faire pour caser Ivanohé avec Rebecca: on se retrouve donc avec un Ivanohé qui part en guerre pour fuir son mariage et qui, après moult aventures et improbables rebondissements, va tomber dans le bras de sa véritable dulciné. Je ne vous dirai pas comment diable il se débarrasse de l'encombrante Rowena, c'est trop savoureux pour que je vous refuse le plaisir de la découverte. Au milieu de tout ce bazar, les personnages qui ont terminé leur rôle partent boire une bière, les anachronismes fourmillent, les principaux personnages en font des tonnes et l'auteur ne se refuse pas le plaisir de s'adresser directement au lecteur.  

Exemple type: " Chers amis, ce n'est pas par manque d'imagination ou d'intérêt pour le sensationnel ou le pathétique que je ne m'étends pas sur le sujet (NdC: une atroce boucherie). Cette description gâcherait votre digestion, vous empêcherait de dormir et vous ferait dresser les cheveux sur la tête." Sauf que le lecteur veut l'atroce description nom d'un lapin géant!

C'est tout bonnement savoureux et délicieusement ironique: en faisant des personnages de Scott les marionnettes d'un spectacle complétement dément, Thackeray retourne les grands mythes: Robin des Bois en prend pour son grade, le roi Richard, n'en parlons pas. La piété? Rowena se charge de l'illustrer. Les grands faits d'arme? Le triste destin de la comtesse de Châlu mitonnée avec sa robe en flanelle et quelques bras et jambes voltigeant se chargent d'en donner une image plus juste. Les croisés? Des tueurs psychopathes. Bref, Thackeray se plaît à faire tourner son lecteur en bourrique et à moquer tous les clichés des grands romans de chevalerie. Loin d'être un simple pochade, sa suite d'Ivanhoé se révèle être un petit bijou d'humour, d'ironie et de critique sociale en même temps qu'un hommage à la littérature .

Plus que conseillé par temps pluvieux et en cas de morosité tenace.

 

Tout est de la faute de Fashion, mais Lilly en parle aussi.

William Thackeray, Ivanohé à la rescousse, Rivage, 2009, 5/5

11.06.2009

Soulfood équatoriale

Saint-LCA seul sait pourquoi je me suis prise de tendresse pour la collections Exquis d'écrivains de Nil éditions, sachant que j'ai été très déçue par ma première expérience, tout juste convaincue par la seconde. Saint-LCA étant bon avec ses ouailles, la troisième a été la bonne: Soulfood équatoriale est un petit bijou.

Léonora Miano a une plume splendide, charnelle, imagée, parfaitement maîtrisée et exprime dans chacun des courts chapitres de ce récit un amour profond de son pays d'origine et de sa cuisine. Je suis certes gourmande, mais je pense que même un ascète ne pourrait rester insensible à ses descriptions de plats, mais surtout de la vie qui se déploie autour des cuisines, des restaurants, des vendeuses de rue. Manger n'est pas seulement se nourrir. Dis moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es: la cuisine est la quintessence de la culture d'un pays, le révélateur absolu de ce qu'elle est. Elle est le rappel des jours enfuis. Proust avait sa madeleine, Léonora Miano a sa pierre à écraser:

"Il est des jours comme celui-ci où une fringale de rivage me prend. En un rien de temps, je l'aperçois. Le voici. Là, sous mes mains qui cherchent, dans le placard de la cuisine, le gros galet plat et sa petite pierre ronde. Une pierre dense et solide. Elle sert à écraser, une fois posée sur le galet, les ingrédients de la sauce qui me raménera chez moi. Je la laisse épouser parfaitement le creux de ma main.

Aussitôt, j'entends le clapotis de l'eau sur les rochers. Le chant des pêcheurs qui rapportent une moisson de soles à braiser pour les fines cuisinières de la côte.

Tout est dans la forme de la pierre à écraser. Dans son crissement régulier. Dans les parfums qui sont imprimés en elle au fil des ans. Mon âme se repaît de ces souvenirs, tandis que j'apprête, sur le plan de travail, près de la pierre, les minuscules crevettes séchées et le gingembre frais."

C'est ça la soulfood: la nourriture qui touche l'âme. Mais c'est aussi le mélange des ingrédients d'Afrique, d'Amériques, d'Europe, le mélange des traditions culinaires né des grands mouvements de l'histoire: colonisation, esclavage, développement du commerce. Igname, miele, misole, ndjangsang, pebe, pains chargés, jazz, gumbo, sorgho, gombo, manioc, morue séchée, etc., des ingrédients qui fleurent bon une cuisine colorée, épicée, chaleureuse.

Au fil de ses souvenirs, Léonora Miano donne à sentir le Douala de son enfance, un pays où les aliments ont un goût incomparable mais où la faim peut faire d'un avocat trop mûr un véritable trésor. Elle parle de la cuisine, la vraie, celle qui révèle les âmes, celle qui peut décider d'un amour, celle qui est porteuse des légendes et des traditions, celle pour laquelle il y a des tours de mains gardés secrets pour mieux donner envie aux invités de revenir, celle pour laquelle il n'y a pas besoin de verres doseurs. Il y a de véritables petits bijous, comme l'histoire de Florence qui fait préparer un solo à ses prétendants pour la départager, ou les conseils de l'auteur pour mieux tromper son homme en cuisine. Je me garderais bien de trop en dire, pour ne pas déflorer le plaisir de découvrir ces merveilleuses tranches de vie, pleine d'humour.

C'est peu de le dire que j'ai été séduite. Elle dit à la perfection tout ce que représente la cuisine pour moi: la trompeuse simplicité, le plaisir du partage, le plaisir d'offrir, les ruses, le bonheur de choisir ses ingrédients et de sentir leur odeur, leur forme. Bonus, c'est l'Afrique équatoriale qui est rentrée chez moi et l'envie qui est née d'essayer malgré tout de remplir ma cuisine des effluves du solo et des bananes plantains.

 L'avis de Cathulu,  de Bookomaton,...

 

Merci à Balelio qui m'a envoyé ce petit bijou dans le cadre de l'opération Masse Critique!

 

Léonora Miano, Soulfood équatoriale, Nil, 2009, 4/5

 

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