25.11.2008
Les terres qui rêvent

Magie et mystères, c'est ce que propose Nathalie Dau dans ses Contes myalgiques. Un recueil de onze nouvelles qui a le mérite de porter le chiffre I avant son titre propre, Les terres qui rêvent, ce qui laisse espérer au lecteur déçu d'avoir du trop vite tourner la dernière page, la possiblilité de retrouver de nouveau cet univers riche et fascinant.
Nathalie Dau a le grand talent de savoir exploiter le format de la nouvelle. Un exercice difficile la nouvelle: raconter une histoire en si peu de pages, faire vivre des personnages, des paysages, leur donner de la profondeur sans oublier de poser très vite le point final. Là, dès l'entame, la plume trace les contours de décors chatoyants et tisse un récit qui attrape le lecteur dans ses rêts. Un petit miracle qui se repête onze fois. Son inspiration, Nathalie Dau l'a trouvée dans les contes et les légendes d'Inde, de Bretagne, de Sibérie et d'ailleurs. Elle transporte son lecteur du soleil provençal aux brouillards lorrains en passant par les neiges du nord et la touffeur des jungles, mais toujours, toujours en féérie. Fées, esprits, trolls, chamans se croisent au fil des pages. Chaque nouvelle amène sa part d'émotion et porte à regarder autrement le monde qui nous entoure. Pour moi, Le Siestophage est peut-être la nouvelle qui résume le mieux ce que dit Nathalie Dau: un fonctionnaire bien sous tout rapport, un poivrot fauteur de trouble et deux frères dont le plus turbulent devient soudainement si étrangement sage. Sage par la faute de l'homme gris qui prône raison et tempérance. Sage parce qu'on le prive de la force de vie qu'est le rire, le rêve. Sauvé par l'exubérance, et l'amour de son frère. L'important est finalement de continuer à voir la magie dans la vie quotidienne quoi qu'il arrive, et de savoir aller contre les apparences. Mais à chaque histoire qu'elle raconte, Nathalie Dau dit surtout que la souffrance n'est pas la fin de tout. Tous ses personnages souffrent: ils souffrent d'amour, de maladie, de deuil, d'ambition, ce qui ne les empêche pas de continuer vaille que vaille leur route.
Ce que je retiens de ces contes, est principalement ses personnages féminins. La veuve qui refuse la mort de son époux, Aenor qui aime malgré le prix à payer pour ce amour, la sorcière qui se sacrifie pour que le monde continue à tourner, la fée qui se venge si subtilement de celui qui la retenait prisonnière, la princesse qui choisit de vivre libre... Des femmes qui vivent intensément et entiérement. Et la musique qui résonne dans les pages, et surtout dans celles du Violon de la fée, sans doute mon conte préféré entre tous.
Un très beau recueil donc, qui emporte dans un monde plein de magie dont on voudrait ne jamais ressortir.
Les avis de Martlet, Fashion, Florinette.
Khimeira, ActuSF qui donne une analyse fort intéressante des contes,...
Et le site de Griffe d'Encre pour en savoir plus!
Nathalie Dau, Contes myalgiques I, Les terres qui rêvent, Griffe d'encre, 2007
07:00 Publié dans Portail vers l'Autremonde | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : contes, nathalie dau
23.11.2008
L'anniversaire de la salade

"J'aime la cuisine, j'aime la mer, j'aime écrire des lettres et en reçevoir. Et bien que je sois beaucoup plus nostalgique ou affectueuse que d'autres, je vis seule à Tôkyô. Je suis étourdie, pleurnicheuse, et je m'étonne de tout et de n'importe quoi. Rien à dire de ces vingt-quatre ans. Rien à dire de Tawara Machi. Mais de ce rien à dire du quotidien, je voudrais continuer à créer de la vraie poésie, ne serait-ce même qu'un seul tanka. C'est qu'en d'autres termes, je voudrais continuer à vivre passionnément. Car vivre, c'est chanter la vie. Et chanter la vie, c'est vivre."
C'est ce qu'écrit Machi Tawara en postface de son recueil en 1987, alors qu'il vient d'être publié et rencontre un succès immense. Cette jeune femme s'est lancée dans l'écriture de tanka pendant ses études, après avoir rencontré un professeur, Sasaki Yukitsuna, qui lui a fait découvrir cette forme poétique, la plus ancienne du Japon. Et comme il l'écrit en postface de ce même recueil: " Sans doute cette musique qui lui était propre et qui dormait au fond d'elle-même, grâce à sa rencontre avec le tanka, s'était-elle éveillée, ébranlée, avait-elle commencé à retentir. Elle avait découvert, autrement dit, sa musique intérieure. Et le tankas, chez elle, jaillissaient avec la même violence en somme que celle qu'on peut imaginer durant les premières heures du réveil d'un volcan éteint."
Pour chanter, Machi Tawara chante. Sous une forme poétique extrêmement codifiée, elle parvient à saisir la quintessence du quotidien d'une jeune femme célibataire vivant dans une grande ville. 3à syllabes dans lesquelles son talent enferme des moments de vie dans toute leur force. Les atermoiements amoureux, les courses, les matchs de base-ball, les balades sur les plages. C'est sans doute la nouveauté de son style, soulignée par son professeur comme par les critiques qui a suscité l'admiration. Elle n'hésite en effet pas à mêler langue moderne, anglicisme et forme fixe du poème. Mais son succès populaire s'explique sans aucun doute par le fait qu'elle parvient à toucher au coeur ses lecteurs en quelques mots. Au centre de ses oeuvres, l'amour: les rencontres, le coeur qui bat, l'attente, la sensation intense de vivre que ressent celui qui aime, le sentiment qui prend au ventre lorsqu'on se rend compte que cette rencontre n'aura pas de lendemain, la tristesse de la rupture... Mais aussi le monde autour, les petits bonheurs quotidiens.
Le plus étonnant est que ces tankas en série forment dans leur ensemble des chapitres de sa vie, une histoire que l'on suit page après page avant de revenir encore et encore picorer les tankas que l'on a préféré.
La postface du traducteur, passionnante, apporte un éclairage bienvenue sur la traduction de poèmes et sur l'oeuvre de Machi Tawara.
Vous l'aurez compris, c'est une jolie découverte que je conseille à ceux qui aiment la poésie, comme à ceux qui pensent ne pas l'aimer. Une manière de découvrir aussi le Japon contemporain et sa littérature.
En guise de mise en bouche, trois tankas qui se suivent, au tout début du recueil:
Quatre heures de m'après-midi
Devant le marchand de légume, réflechir
au menu du dîner devient un bonheur
Ce crépuscule après notre rencontre
Dans mon coeur toi seul
en es le paysage
Samedis où je t'attendais!
Attendre, c'est en dévoratn de tels instants
qu'une femme vit
Tawara Machi, L'anniversaire de la salade, Picquier, 2008, 111 p.
18:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : tankas, salade
20.11.2008
Dans la nuit Mozambique

Devant participer à une rencontre-dédicace-lecture de Laurent Gaudé par un froid samedi soir d'hiver, j'ai ouvert par le jeu du hasard des étagères de bibliothèque publique son recueil de nouvelles, Dans la nuit Mozambique. Autant le dire, je bénis et le libraire et le hasard qui m'ont fait rouvrir les oeuvres d'un romancier que j'avais abandonné après son Eldorado, ce qui m'aurait fait passer à côté d'une petite pépite.
Quatre nouvelles donc:
- Sang négrier, ou le destin étrange d'un négrier qui erre dans les rues de Saint-Malo, rendu fou par la malédiction lancé il y a bien longtemps par un esclave échappé de son navire.
- Gramercy Park Holet, ou les souvenirs d'un vieil homme qui revivent dans le hall d'un hôtel new-yorkais, souvenirs d'un amour mort, de la bohème et d'une vie si intense qu'il a falllu en effacer la trace pour pouvoir continuer à vivre.
- Le colonel Barbaque, ou la trajectoire sanglante d'un poilu parti à la dérive sur le continent africain faute de parvenir à revenir à la vie.
- Dans la nuit Mozambique, ou l'amitié qui lit quatre hommes à travers les histoires partagées.
Quand Laurent Gaudé ne parle pas de l'Italie, il parle de l'Afrique. Un continent dont il parvient à faire vivre les odeurs, les couleurs, la vitalité insolente qui l'habite, la violence. L'Afrique comme un retour aux sources de la vie et à son pendant, la mort. La mort accueillie et ardemment attendue, la mort crainte et rejetée, la mort subie d'un être cher, la mort inexplicable et subite qui parfois frappe. La mort qui n'est que la traduction ultime de la violence intrinsèque de l'être humain. Le mystère auquel chacun est confronté un jour et auquel chacun répond à sa manière, par la froide raison, par la magie, par la révolte ou l'acceptation.
Finalement, la question qui se pose est celle de savoir ce qu'il reste après que la mort soit passée. Une question à laquelle la dernière des nouvelles répond de belle manière: "Le souvenir de toutes ces conversations était là, sur ces papiers salis. Une forme de sérénité l'envahit. Oui. C'était bien. Ils avaient été cela. Quatre hommes qui parlaient, quatre hommes qui se retrouvaient parfois, avec amitié, pour se raconter des histoires. Quatre hommes qui laissaient sur les nappes de petites traces de vie. Et rien de plus."
Rien de plus que le souvenir, qui fait de nous ce que nous sommes. Bourreaux ou survivants, dépositaire de la violence de toute manière. Rendus fous, ou plus lucides par la mémoire de ce qui fut.
Car c'est de violence dont il est aussi question: on croise au détour des pages une chasse à l'homme dans laquelle tous les plus bas instincts se donnent libre court, les tranchées de la Première guerre mondiale, une lutte sans espoir contre le colonialisme, un couple déchiré par l'amour et la folie, un meurtre... La violence jusque dans l'amour et l'amitié.
Des thèmes universels donc, servis par une plume dont le moindre des talents n'est pas de faire vivre personnages et décors avec une rare intensité. Dans la nuit Mozambique fut pour moi une lecture intense dont la petite musique me trottera encore longtemps en tête.
Le Bibliomane nous offre un très bel article.
Laurent Gaudé, Dans la nuit Mozambique, Actes Sud, 2007, 146 p.
07:00 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, laurent gaudé
18.11.2008
A Mélie, sans mélo

"Et depuis, Mélie savoure. Respire. Vit chaque seconde comme si c'était la dernière. Simplement. Sans mélo. De toute façon, ce n'est pas son genre, à Mélie, le mélo"
Mélie, Fanette, Clara, trois générations de femmes, des rires, des larmes et l'envie d'aimer, encore et encore, de transmettre l'amour de la vie.
Je ne suis pas la première et je ne serai sans doute pas la dernière à venir vous parler du deuxième roman de Barbara Constantine. Il faut dire que quand on vous en parle avec des pétillements dans les yeux, difficile de résister! Allons-y donc. A Mélie , sans mélo est le genre de roman qu'il faut lire quand la vie prend un peu trop les couleurs de la grisaille. Pour le sourire, pour le bonheur qui s'écoule tout doucement de ses pages. Mélie, Marcel, Clara, Fanette, Gérard, Antoine, Bello sont des personnages attachants dans leurs folies douces, dans leurs coups de blues, leurs rires et l'amour qu'ils partagent. Et surtout, c'est un roman tendre sur ce que les générations peuvent se transmettre, sur la nécessité de la mémoire et du partage. Clara la petite découvre le temps d'un été sa Mélie de grand-mère et Marcel le vieux ronchon qui répare si bien les moteurs mais est incapable de réparer sa propre vie. Le style est à l'avenant des personnages. Un peu foutraque, sympathique finalement quand on s'est fait à sa présence, suffisamment vivant pour donner à voir que la vieillesse qui s'avance n'est pas une fatalité. Et puis, comment ne pas se laisser prendre par une romancière qui fait parler les chaises et les lits, et qui sait si bien nous faire regarder une araignée tisser sa toile.
Bref, un joli roman, qui a défaut de laisser une trace durable dans ma mémoire, m'aura donné le sourire quelques heures. Et m'aura appris à faire cette petite chose:
Brize, Fashion, Carolyn Grey, Cathulu, Tamara, Delphine ont aimé...
Barbara Constantine, A Mélie, sans mélo, Calman-Lévy, 2008, 243 p.
07:03 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : de la pousse des bambous, pratique du tandem, toiles d'araignées, barbara constantine
16.11.2008
Pierre de patience

Syngué Sabour, la pierre sur laquelle déverser tous ses malheurs, ses douleurs, ses rancoeurs... Jusqu'au jour où elle éclate et où l'on est délivré. Un homme blessé qui ne donne pas signe de vie. Une femme qui ose enfin dire ce que l'épouse soumise qu'elle était n'a jamais exprimé. Un long monologue dans un Afghanistan dévasté par la guerre.
Syngué Sabour est un livre de femme écrit par un homme. Une contradiction, et pourtant, un roman d'une force rare qui raconte le face à face silencieux, lourd de haine et d'amour qui oppose hommes et femmes dans une société où une femme n'existe qu'en tant qu'épouse et, surtout, en tant qu'épouse soumise et silencieuse.
Le monologue de cette femme dont nous ne connaîtrons jamais le nom est le cri de désespoir d'une épouse qui se sait perdue si son mari meurt, le cri de haine et de douleur de son âme de femme emprisonnée et déchirée dans des traditions qui l'étouffent. Au départ, il y a le silence, juste les bruits de la vie quotidienne, de la routine qui persiste malgré la guerre, les gestes qui soignent et maintiennent en vie. Une litanie, celle de la prière qui doit sauver: le nom de Dieu répété inlassablement. Et puis peu à peu, les mots viennent, difficilement, brisés par la culpabilité, de plus en plus violents. Et paradoxalement, alors que le style est tout de concision, froid, les mots qu'elle crache enfin n'en ont que plus de force. Les phrases sèches, répétitives traduisent cet enfermement, le passage des jours semblables à ceux qui les ont précédé. Le rien, le vide de ces jours s'égrène au fil de la répétition des gestes quotidiens et des grains de chapelets qui coulent entre les doigts au fur et à mesure de cette prière incessante. De cette économie de mots naît, en filigrane, le portrait de l'Afghanistan en guerre et d'une femme. C'est un roman à la fois très visuel et oral dont l'atmosphère envahit les sens avant que le fond n'envahisse l'esprit.
Agée de 17 ans, elle a épousé un inconnu parti à la guerre, un homme qu'elle va attendre trois longues années, surveillée par une belle-mère soucieuse de son honneur, un homme qu'elle ne connaîtra jamais vraiment malgré l'intimité partagée. Un homme que la guerre a pris corps et âme. Ce qu'elle raconte quand elle se trouve face au corps de son bourreau, c'est l'espoir de la jeune fille, l'amour étouffée de silence de l'épouse. "Tu ne m'as jamais écoutée, tu ne m'as jamais entendue! Nous ne nous sommes jamais parlé de tout cela." La connaissance, origine du respect refusée là où elle devrait être loi.
Ce que raconte Syngé Sabour c'est l'élan brisé des corps. Le mal que fait la religion quand elle devient négation de la chair et de l'origine, quand elle permet à la peur qu'ont les hommes de la force de vie des femmes de s'exprimer en opprimant et en niant. L'exergue du roman, une citation d'Antonin Artaud l'annonce: "Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu'au corps."
Concrètement, ce sont les souvenirs de la femme, ce moment où son époux l'a battue parce qu'elle n'avait pas eu le temps de lui dire qu'elle avait ses règles avant qu'il ne la prenne, souillure selon lui et le dogme. Le rejet du sang alors qu'il ne pouvait lui faire l'amour sans être fier du sang qu'il faisait couler à ces moments qui auraient du être ceux du partage et du plaisir, alors qu'il a tué et tué encore.
"Regarde! C'est toujours mon sang, propre. Entre mes menstrues, et le sang propre, quelle différence? Qu'y a-t-il de répugnant dans ce sang?" Sa main descend près du nez de l'homme. "Tu es né de ce sang! Il est plus propre que ton sang à toi!"
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à cette peur qu'expriment toutes les religions en rendant la femme qui saigne impure. Le sang qui est la vie et qui devient la mort parce que les hommes sont incapables de l'accepter. D'ailleurs, très symboliquement, l'homme blessé ne saigne pas. Il est sec, exsangue, un vivant déjà mort. Il est le symbole d'un ordre patriarcal qui étouffe, qui tue et qui assèche par sa soif de dominer le corps des femmes et la puissance qui est le leur: celui de donner la vie.
"Les hommes comme lui ont peur des putes. Et tu sais pourquoi? Je vais te le dire, ma syngué sabour: en baisant une pute vous ne dominez plus son corps. Vous êtes dans l'échange. Vous lui donnez de l'argent, elle vous donne du plaisir. Et je peux te le dire, souvent c'est elle qui vous domine. C'est elle qui vous baise."
Pourtant, ce ne sont pas seulement les femmes qui sont aliénées. Les hommes aussi, enfermés dans leur silence, dans une culture où le seul moyen de s'exprimer passe par la violence des armes et du sexe, violence sans laquelle la mort guette. Le beau-père de la femme avec ses histoires, sa sagesse meurt d'être considéré comme fou par sa propre famille. L'adolescent torturé et bègue oscille entre tendresse et violence. "Dès que vous possédez une femme vous devenez aussitôt des monstres." Y-a-t-il alors une issue à ce drame? La pierre de patience peut elle éclater pour qu'enfin il y ait harmonie?
Pas de réponse dans Syngué Sabour, mais un chant magnifique, celui d'une femme blessée.
La blogosphère en parle: Naina, Cathe, Papillon, Essel, Emmanuelle Caminade,mais aussi les mots superbes d'Assirem, de Meggie-Laure, de Gregory qui l'ont lu pour le Goncourt des lycéens
La presse aussi évidemment: une interviewrévélatrice dans le Bibliobs, Télérama, La Croix. Martine Laval de Télérama fait parler Atiq Rahimi ici. Et on trouve une revue de presse sur le site de POL.
On le voit cette fois-ci:
17:08 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, condition féminine, prix goncourt, atiq rahimi
14.11.2008
Ritournelle de la faim

Ethel entre dans l'adolescence alors que la Seconde guerre mondiale se profile. Enfant d'une bourgeoisie qui s'enferme dans ses privilèges, elle va vivre la déchéance de sa famille, connaître la faim, la guerre, la fuite.
Ce que raconte JMJ Le Clézio est l'histoire romancée de sa mère. L'histoire d'une génération brisée et en révole dès avant la guerre: "Ma mère, quand elle m'a raconté la prmeière du Boléro, a dit son émotion, les cris, les bravos et les sifflets, le tumulte. Dans la même salle, quelque part, se trouvait un jeune homme qu'elle n'a jamais rencontré, Claude Levi-Strauss. Comme lui, longtemps après, ma mère m'a confié que cette musique avait changé sa vie. Maintenant je comprends pourquoi. Je sais ce que signifiait pour sa génération cette phrase répétée, serinée, imposée par le rythme et le crescendo. Le Boléro n'est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l'histoire d'une colère, d'une faim. Quand il s'achève dans la violence, le silence qui s'ensuit est terrible pour les survivants étourdis. J'ai écrit cette histoire en mémoire d'une jeune fille qui fut malré elle une héroïne à vingt ans."
La ritournelle de la faim est celle de la faim physique, et celle de la faim de sens et de justice qui anime Ethel.
Elle est l'enfant d'une bourgeoisie en train de mourir à petit feu, l'enfant d'une communauté mauricienne dont les rires, l'éclat masquent mal la menace diffuse qui naît et s'étend au fil des années 30. Dans les repas du dimanche où son père Alexandre le beau réunit famille, amis et relations d'affaire, elle apprend petit à petit les rancoeurs, les mesquineries, les jalousies, et la haine de l'autre. Non qu'elle vive avec eux. Dès l'enfance, Ethel est celle qui observe, qui vit à côté. Si elle a faim dans ces années d'opulence, c'est de l'amour familial que des parents en guerre sont bien en peine de donner. Et elle digère: la trahison de son père qui lui vole l'héritage de son grand-oncle monsieur Soliman, l'antisémitisme et le nationalisme qui animent son entourage, la colère et l'adultère qui séparent ses parents. Par petites touches, au prisme du regard d'Ethel, Le Clezio offre finalement plus qu'une histoire de famille. Il dresse le portrait de la France de l'entre-deux-guerre, de celle de Vichy et de celle de la Libération. Tout en nuances, en finesse comme il sait si bien le faire, par des dialogues, des extraits, et un récit qui coule de la première à la dernière ligne.
La ritournelle de la faim est celle de la faim de liberté qui anime Ethel. Cette faim qu'elle croit partager avec Xénia, la jeune noble russe exilée et déchue qui la fascine par le combat quotidien qu'elle mène pour simplement vivre, par son cynisme et l'énergie folle qu'elle déploie. Leurs parcours sont des miroirs posés l'un en face de l'autre. Xénia va trahir, se trahir en choisissant après la pauvreté, à cause de la pauvreté le confort d'un mariage bourgeois et abdiquant sa fierté et sa lucidité. Ethel, sans que l'on sache de qui d'autre que son grand-oncle elle peut tenir sa loyauté, sa passion, sa force, va choisir la liberté et la colère, au prix du confort. L'écrivain s'efface derrière ce personnage de femme, égrenant des phrases sèches, concises, neutres qui la laisse pleinement s'exprimer.
La ritournelle de la faim est aussi celle de la faim comme réalité élémentaire et fondamentale du corps humain. Vécue et racontée comme telle. La guerre d'Ethel, c'est la fuite vers le Sud de la France, vers la quête quotidienne de la nourriture, celle qui révèle l'âme des gens. J'ai d'ailleurs particulièrement aimé ces pages qui quittent Paris pour Nice et Roquebillière, un payx que Le Clézio avait déjà utilisé comme décor de ses romans et qu'il doit bien connaître pour le décrire aussi bien.
Mêlant le vrai à la fiction, recréant l'atmosphère particulière des derniers jours de paix, se racontant aussi un peu dans le chapitre d'ouverture et dans celui de clôture, Le Clézio offre un très beau roman qui me fait renouer avec bonheur avec son univers que j'avais découvert à l'adolescence.
Les articles de Pascale Arguedas, d'Amanda. L'article de Jérôme Garcin.
Et pour la route, l'interview de l'auteur sur France Inter dans Esprit Critique:
07:00 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : nobel de littérature, le clezio, ritournelle de la faim
12.11.2008
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates
Que dire, que dire qui n'ai pas déjà été dit par une partie de la blogosphère...
Reprenons donc du début. 1946, Londres, Juliet, la petite trentaine, célibataire s'interroge sur ce que va bien pouvoir raconter son prochain roman, court le pays pour la promotion de celui qui est déjà en librairie, se dispute avec son éditeur et cherche à découvrir qui peut bien être le mystérieux admirateur qui l'inonde de bouquets. Une petite vie somme toute tranquille qui va changer radicalement lorsqu'elle va recevoir une lettre d'un habitant de Guernesey, membre du mystérieux cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patate. Commence alors une correspondance assidue avec les membres du cercle qui va la mener sur des chemins dont elle ne soupçonnait pas l'existence.
Mary Ann Shaffer est une sorcière. En quelques lettres, elle attrape le lecteur et l'attache sans porte de sortie aucune à l'histoire dont elle tisse la trame avec humour et tendresse. On rit, on verse quelques larmes, on s'enthousiasme, bref, on vit au rythme des lettres échangées. On y entend parler de la guerre et de ses horreurs, des difficultés de l'après entre ravitaillement et deuil, du bonheur de vivre encore et de profiter des petites choses de la vie, de l'amitié qui peut lier des êtres qui n'ont rien en commun, et de la force de la littérature face au pire.
"J'aurais aimé connaître ces mots le jour où j'ai regardé les avions allemands atterrir les uns après les autres, et leurs navires déverser des soldats jusque dans notre port! Je n'arrêtais pas de me répéter: "Maudits soit-ils, maudits soit-ils." Je crois que penser au "jour radieux décline et nous entrons dans les ténèbres " m'aurait un peu consolé. Je me serais senti mieux préparé pour affronter la situation; au lieu de quoi mon coeur s'est liquéfié."
Le ton est juste, enlevé, prenant, les personnages attachants. Isola, ses potions, sa perruche et son amour pour les soeurs Brontë, John Booker et sa passion pour le théâtre et Sénèque, Dawsey qui lit Charles Lamb dans sa grange, Amélia, Eben et son petit-fils, Sidney l'éditeur,.. Elizabeth, la grande absente, si présente encore dans les coeurs et la vie de tous. A tous, la littérature a amené ce qui manquait. Le courage de faire face, le plaisir de partager, un soutien face à la peine. Mary Ann Shaffer et Annie Barrows montrent tout leur amour des lettres et des écrivains (comment ne pas aimer un Oscar Wilde qui invente une vie de chat pour consoler une petite fille) dans leur roman. C'est un bel hommage aux livres et aux pouvoirs de la lecture. Saviez-vos d'ailleurs que les livres ont une vie propre?
"Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas."
On peut en tout cas le supposer quand on voit les fabuleuses rencontres qu'ils permettent.
Les auteurs n'en oublient pas pour autant de brosser un tableau juste des années de guerre. Années noires, mais surtout grises où le pire et le meilleur des hommes se révèle sans que le fait qu'ils soient dans le camp des gentils ou des méchants ne signifie quoi que ce soit. En filigrane, c'est de l'occupation, de la collaboration, de la résistance, des camps de concentration dont il est question. Et c'est un très beau portrait de femme et d'amour qui se dessine lettres après lettres. Parce que c'est aussi l'histoire d'Elizabeth qui est racontée par petites touches, femme de conviction, de courage et femme amoureuse de l'ennemi.
J'ai gardé de cette lecture sa chaleur, son humour, son authenticité. C'est un roman doudou à conserver précieusement pour les jours de pluie.
"Qu'est-ce que tu as bien pu raconter à Isola? Elle s'est arrêtée ici sur le chemin du manoir, où elle allait chercher Orgueil et Préjugés et m'a grondée de ne lui avoir pas parlé d'Elizabeth Bennet et de Mr Darcy. Pourquoi ne pas lui avoir dit qu'il existait des histoires d'amour sans hommes déséquilibrés et sans cimetières? Que lui avions-nous caché d'autre? Je me suis excusée pour cet oubli et je lui ai confirmé qu'Orgueil et Préjugés était l'une des plus belles histoires d'amour jamais écrites - et que le suspense la tiendrait en haleine jusqu'à la fin."
Retrouvez les avis de Tamara, Fashion, Emjy, Delphine, Karine:), Brize, Caro[line], Stéphanie...
07:00 Publié dans Littératures anglo-saxonnes | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : tourte aux épluchures, feuilletés aux grenades, epistolarité
10.11.2008
Les demeurées

Jeanne Benameur est définitivement devenue pour moi une magicienne de la langue, une romancière de haute volée qui fait chanter les mots avec une poésie rare. Un jour mes princes sont venus m'avait séduit et touchée. Les demeurées restera pour moi un de ces tous petits livres qui gardent une couleur particulière dans les souvenirs de lecture, entre ombre et lumière. A la fois sombre tant ce qu'il raconte est infiniment dur, et lumineux pour l'espoir, l'amour qui se dégagent de ses pages.
La Varenne est la demeurée du village. Sa petite Luce l'est donc aussi. Car que peut être l'enfant d'un demeuré, sinon demeuré lui-même. Maintenues à l'écart par les honnêtes gens, les gens normaux, elles forment un bloc d'amour, une seule âme pour deux corps. Jusqu'au jour où arrive mademoiselle Solange, l'institutrice. Par elle, le mur qui sépare Luce du monde va commencer à se fissurer.
Mois de 100 pages et tellement de choses à en garder, tellement de choses dont il faudrait parler. La Varienne et Luce, deux êtres hors du monde et qui pourtant y vivent tellement plus que les autres. Tout ce qu'elles sont, tout ce qu'elles vivent passe par les sensations brutes, les odeurs, les couleurs, le toucher. Rien n'est réfléchi, intellectualisé. Pour la mère, rien n'est en dehors de sa fille. Et sans elle, elle n'est rien d'autre qu'une enveloppe vide qui ne trouve plus de sens à une existence dont elle a à peine le sentiment. La Varienne n'a pas les mots pour se dire. Juste les sensations.
"Le regard qu'elle pose sur l'enfant qui part le matin sans un mot a la lueur rauque des cris qu'on ne pousse pas, la sauvagerie inarticulée de ces sons que parviennent à lancer, parfois, les muets. Luce le reçoit en plein coeur et son coeur devient "là-bas", quelque part tout en haut, sous l'aile d'un oiseau. Elle échappe.
Il lui faut l'air qui manque trop quand leurs deux regards se croisent.
Il y a quelque chose de vital dans les fuites de la petite, de vital et d'éperdu."
Si Luce, parfois, s'échappe, c'est pour revenir toujours vers celle qui lui a donné le jour. Avec sa langue épurée, Jeanne Benameur entre dans l'intériorité de ces deux êtres hors norme, révèle cet "autrement" qui régit leur vie et leur permet de continuer à vivre malgré tout dans un bonheur si complet qu'il ne devrait pas exister et qu'il est incompréhensible à ceux qui les entourent.
"Mademoiselle Solange repense aux contes que sa mère lui lisait dans son enfance.
C'était là, quand elle écoutait de tout son être ces paroles auxquelles sa mère ne prêtait plus attention à force de les répéter qu'elle savait quelque chose.
Quand les paroles trop lues se vident de leur sens, enfin légères, elles font leur chemin. Elles l'ont fait alors jusqu'à cette part d'elle-même qu'on nomme peut-être l'âme et qui s'est endormie.
Luce et La Varienne l'ont réveillée jusqu'à l'éblouissement.
Comment faire désormais?
Elle voudrait parler à quelqu'un.
Devant elle, le secret tissé entre deux êtres.
La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout. Même de nom.
Le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher.
Qui était-elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille?
Comme elle a été naïve de croire qu'elle pouvait apporter à un être quelque chose de plus!
La petite est comblée. De tout temps comblée et si elle l'ignorait, en la faisant venir ici, dans cette école, elle le lui a appris. C'est la seule chose qu'elle lui ait enseignée sans le savoir: une douleur et un bonheur intense. Savoir qu'on manque à quelqu'un, que quelqu'un nous manque."
Pourtant, le monde est là, présent, et même l'amour le plus fusionnel ne peut l'ignorer. Le monde pour Luce et La Varienne, c'est celui du village avec lequel elles cohabitent dans une indifférence partagée de part et d'autre et bienheureuse jusqu'à l'arivée de Mademoiselle Solange. Que représente-t-elle, cette jeune institutrice. L'école républicaine, le savoir obligatoire et égal pour tous, les interdits et le déchirement pour la mère et la fille contraintes de se séparer comme elles n'avaient encore jamais eu à le faire. Tout cela mais aussi le monde qui s'ouvre pour Luce. Pourtant elle résiste la petite, refuse ces mots, ce savoir qui la séparent de sa mère et sont une trahison.
"Le vieil homme lui répond qu'on ne peut rien, rien, contre l'obstination d'un enfant. "On ne fait pas accéder au savoir les êtres malgré eux, mon petit. Cela ne serait pas du bonheur, et apprendre est une joie, avant tout une joie. Rappelez-vous toujours, Solange, une joie." La lettre du vieux professeur ne l'a ps réconfortée. Qu'a-t-elle fait de cette joie, mon dieu, qu'en a-t-elle fait, elle qui a précipité une enfant dans la maladie, dans l'absence, avec la bénédiction de tous ici?
Si au moins on lui en voulait, si elle pouvait se battre, argumenter. Mais personne ne lui demande rien. Dans le village, les choses sont enfin en ordre. Et grâce à elle. Elle a servi ce qu'elle hait."
Mais petit à petit, par des biais inattendus, le mur se fendille. Luce rencontre le monde, passe le seuil de l'amour maternel qui la maintenait enfermée. Elle se libère de sa mère. Ce que Mademoiselle Solange lui apporte, c'est ce qui lui manquait pour prendre son envol: la compréhension de mots. Cela m'a fait penser au magnifique Le vol de l'ibis rouge. L'importance de savoir lire et écrire pour entrer pleinement dans le monde. L'importance d'une rencontre qui peut transformer une vie. Pour Luce, c'est une institutrice, mais surtout, ce sont les fils de couleur, et la broderie qui lui permet de jeter sur le tissu ce qu'elle ne peut exprimer. "Le monde s'est ouvert. Chaque soir, elle brode les mots nouveaux, se les répète silencieusement." Un art qui la transcende et la fait exister autrement que par sa mère sans pour autant tuer l'amour qu'elles partagent.
Il n'y a pas de jugement porté sur cet amour névrotique, sur la fusion de la mère et de la fille, sur l'intervention d'une institutrice qui ne pourra pas supporter cette rencontre et le doute qu'elle porte sur sa volonté de donner le savoir. Luce est aussi l'incarnation de ce que peut représenter le pas à faire entre ignorance et savoir, de la peur que l'on peut avoir lorsqu'on fait face à l'infinité de ce qu'il y a à comprendre et apprendre.
PS: j'ai pensé pendant cette lecture à des films. Brodeuses, Séraphine...
Dominique n'a pas aimé, Florinette si, tout comme Bellesahi. Un très beau billet de Sylvie avec une multitude de liens plus intéressants les uns que les autres.
Jeanne Benameur, Les Demeurées, Denoël, 2000, 84 p.
18:49 Publié dans Littératures françaises | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : des mots et des choses, broderie, amour maternel, jeanne benameur
07.11.2008
Glamourama
A l'issue d'une semaine à teneur hautement culturelle, il me faut, dans un grand élan de partage et d'amour universel, vous livrer mes réflexions sur deux films qui laisseront des traces, sinon dans l'histoire du cinéma, à tout le moins dans le coeur et l'âme de quelques cinéphiles avertis. Deux films, deux sex symbols, deux figures maternelles, des cascades époustouflantes, des courses-poursuites dantesques, des baisers torrides. Deux films, deux générations qui s'affrontent. James Bond in Quantum of Solace vs Troy Bolton in High School Musical 3. Deux films qu'avec deux LCAaussi scientifiquement curieuses que moi, nous avons vu, étudiés et disséqués.
Commençons sur de bonnes bases.
A ma gauche, The James Bond, j'ai nommé Daniel Craig. Sacré l'homme le plus sexy de l'univers par les LCA parisiennes dans un ensemble qui serait touchant s'il n'était pas effrayant. Un regard bleu azur (*soupire*), du muscle utile à revendre (© Choupynette), de la testostérone juste comme il faut, un art de porter le torse nusmoking qui mérite une renommée intergalactique, un romantisme soigneusement caché sous des dehors bourrus.
A ma droite, Troy Bolton: le regard également azur, du muscle, du romantisme, du ressort et de l'énergie à revendre. A noter que dans une scène qui a déclenché chez les aventurières que nous sommes une hilarité explosive, il porte plutôt bien le tee-shirt mouillé. Certes pas aussi bien que Colin la chemise tout aussi mouillée, mais on peut noter un potentiel à développer.


S'il on en vient à discuter scénario, profondeur psychologique des personnages, ressorts dramatiques, il convient de reconnaître que chacun de ces films atteint des sommets dans son genre.
Un espion au coeur secrètement brisé (sauf pour les millions de spectateurs suivants ses exploits, mais est-ce bien la question), un basketteur de talent déchiré entre ses aspirations secrètes à monter sur scène et amour débordant du basket. Leur drame commun? Les femmes... Comment s'étonner quand on entend (métaphoriquement hein, sinon je vais faire la fortune de mon pharmacien en achetant du paracétamol) les millions de coeurs énamourés qui battent à la vision de leurs exploits?
A ma gauche, les James Bond Girls. Bien que j'ai eu des doutes sur le bien fondé du choix de certaines des dernières James Bond Girls (tout comme des James Bond eux-même, mais je n'en dirait pas plus de peur de risquer ma vie en rencontrant certaines fans de l'homme qui porte très bien le lamé bleu), l'arrivée de Daniel Craig a relevé le niveau. Belles , dangereuses, sexy même en marcel déchiré (du moins je suppose), séductrices jusqu'au bout des sourcils, elles crèvent l'écran.

Comme vous pouvez le constater, il n'y en a pas que pour nous, mesdames.
Ceci étant, il y a du répondant dans la jeune génération. Armées de leurs gloss, de brosses à cheveux en guise d'arme de poing, le talon aiguille prêt à être dégainé, elles ont du potentiel.


Par contre, en terme de baisers torrides, l'avantage va sans aucun doute possible à notre James. Ou fais-je preuve ici d'une abominable cécité du au fossé générationnelle qui me fait préférer les pattes d'oies à la mèche et un torse dépassant avantageusement d'un maillot bleu dorénavant bien connu à un celui surplombant un baggy artistiquement tombant (le karma du jean est-il de tomber ou de ne pas tomber, telle est la question)? Les autres participantes à cette entreprise scientifique seront, je le pense, d'accord avec moi sur le fait que High School Musical 3 manque déséspérement de bisous. Notre spécialiste es adolescentss'est demandé où diable Walt Disney avait bien pu faire passer les hormones qui normalement bouillonnent dans les petits coeurs tout mou des moins de 18 ans. Après mûre réflexion, je pense qu'il a du en faire don à Daniel Craig. Je ne vois que cette explication au fait qu'un seul et unique spécimen masculin soit aussi sexy. Que diable! Un maigre petit bisou et quelques bécots sur la joue, une petite valsounette et quelques étreintes prudes contre des baisers qui font monter la température d'une salle de cinéma à au moins 58,6°C!! La folle passion!!! Dans ce cas bien précis, rien ne vaut l'expérience. Elle évite de regarder vers les étoiles comme si Saint-Michel devait en surgir pour annoncer à nos tourtereaux un avenir radieux et pailleté dans le middle class américaine.
Le plus beau dans tout cela? La figure maternelle n'est pas oubliée. M., la fabuleuse M. qui couve du regard son James, inquiète de le voir prendre tant de risque (ou serait-elle atteinte du syndrome de l'infirmière elle aussi?), prête à le remettre dans le droit chemin comme le fait Miss D., professeur de théâtre d'une telle abnégation qu'elle prend tout les risques pour amener ses élèves au meilleur, se lançant dans des discours philosophico-orientatifs d'une ampleur encore jamais vue sur grand écran (ce ringard de Robin Williams peut aller se rhabiller avec ses élèves debouts sur les tables, les siens bondissent, grimpent aux murs, et poussent la chansonnette en même temps, si ce n'est pas du talent tout ça)!
Cela donne des cascades ébourstiflantes où nos élèves tourbillonnents, sautent sur les capots des voitures tels des super-héros, s'accrochent aux câbles. L'avantage reste cependant à James, capable de se relever après un saut en parachute calamiteux où il sert de coussin à sa James Bond Girl, galant homme comme il est, et de repartir comme si de rien n'était, vodka martini à la main. He's a real man mesdames! Quoi que, traverser la moitié des Etats-Unis dans une épave roulante pour danser la valse avec sa copine sur le campus de Stanford mérite sans aucun doute également une médaille.
Passons à des choses bassement matérielles. Les voitures. En temps habituel, pour moi, une voiture est une chose avec quatre roues et un volant (les autres accessoires permettant de faire tenir roues et volant ensemble m'indiffèrent totalement) permettant d'aller d'un point A à un point B distants de moults kilomètres en polluant, certes, mais de manière bien plus pratique qu'avec mes simples petits petons. Dans le cas précis de James Bond, je me transformerais volontiers en mécanicienne. La scène d'ouverture de Quantum of Solace est à ce titre un moment de pur bonheur: une Aston Martin ET une Alfa Roméo dans une course-poursuite d'anthologie! On en oublierait presque (j'ai bien dit presque) que Daniel Craig est au volant. L'avantage de la maturité et d'être au service de Sa Majesté est de pouvoir massacrer de belles voitures. L'épave conduite par Troy n'a donc, vous le comprendrez, rien de bien alléchant pour mon petit coeur tout mou.

Par contre, niveau paillette, High School Musical gagne! Ca brille, ça scintille, ça luit, ça papillote dans tous les coins en rose, en argent, en mauve, en bleu quand James n'est finalement capable que de nous offrir des explosions fort traditionnelles. Il faudra penser à inclure des paillettes dorées à la prochaine explosion d'avion, de bateau ou de voiture.
J'en terminerai ici, laissant de côté mes réflexions sur le travail des stylistes (cette mini-jupe en lamé rose était d'un goût divin) et les mérites comparés des smokings portés à 40 ans et à 17 ans.
Une seule question me taraude encore... Daniel Craig sait-il chanter?
ps: une dancing queen de talents'est révélée à nous hier soir. Sa chorégraphie folle restera dans nos souvenirs émus. Elle sera sans nul doute engagée pour tenir son propre rôle dans High School Musical 4 (bientôt sur nos écrans je l'espère) ou le monde est injuste.
23:59 Publié dans Entoilée, étoilée | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : dialectique du baggy, chemise mouillée, aston martin, muscle utile
Le gros coup

Robert and Brant, violents, indisciplinés, un brin ripoux, pas franchement beaux gosses. Robert and Brant que menace le coup de propre annoncé dans la police métropolitaine et qui sont bien décidé à ne pas laisser leur peau dans l'affaire. Reste donc à trouver le gros coup. L'idée imparable qui va les mettre définitivement à l'abri.
Il ya une chose que l'on peut reconnaître à Ken Bruen, c'est son don pour fabriquer des personnages complètement dingues: un flic irlandais cinglé, vulgaire et imprévisible (Brant donc), un flic anglais dont la femme fréquente un bordel et qui sombre dans l'alcool et la dépression (Roberts cela va de soi), une fliquette noire (Falls de son petit nom) qui tente de survivre dans un univers dont les paillettes ont sacrément perdu de leur brillant, un tueur en série qui s'attaque à l'équipe nationale de cricket, quelques junkies pas piqués des hannetons et autres. Tout ce beau monde s'agite à qui mieux mieux, essayant de tirer son épingle d'un jeu où il ne peut pas y avoir de gagnants, écoute de la musique, tente de rester à niveau et se bastonne.
Pour être franche, j'ai eu l'impression de retrouver l'univers des polars américains de mon père que j'avalais à la chaîne adolescente. Ceux dans lesquels il y avait des privés, des flics pas corrects, misogynes, racistes parfois, un humour aussi violent que les rebondissements de l'intrigue et des répliques pas franchement politiquement correctes. L'hommage à Ed McBain et son 87e district est d'ailleurs ouvert et vibrant. Et il faut bien dire que ça marche: on veut savoir où vont nos deux affreux, ce que vont devenir les (des)espoirs amoureux de Falls, on rit même parfois franchement à certaines situations et à certaines répliques. Ca se lit vite, avec plaisir. Mais j'avoue une petite déception: à mon avis, la psychologie des personnages est un peu sommaire, les rebondissements un peu attendus. Paradoxalement, malgré ce petit bémol, j'ai envie d'aller la suite de leurs aventures et d'aller faire un tour du côté de Jack Taylor! C'est qu'on s'y attache quand même aux affreux!
L'avis d'Yvon, celui de McOliversur Polarnoir.
Merci à Chimère qui me l'a envoyé dans le cadre du London Swap!
Ken Bruen, R&B - Le Gros Coup, Folio Policier, 2005, 272 p.
07:02 Publié dans Polars | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cricket, pendaison par noyade, ken bruen







