28.12.2008

Avec le sentiment du devoir accompli, je me présente au rapport!

 

Dans un moment d'inconscience (est-ce qu'il m'arrive d'être consciente, telle est la question), je me suis lancée par une belle journée dans un challenge. Un nouveau challenge. Quans on pense que j'ai lu 6 romans sur les 26 prévus dans le challenge ABC, il y avait de quoi avoir peur. Et pourtant, je me présente aujourd'hui devant vous avec le sentiment du devoir accompli: c'est fait! Je susi parvenue à terminer le Fashion's Klassik List Challenge! Et le premier qui me dit qu'il n'y avait que cinq romans dans la liste sort immédiatement!

J'ai donc lu, au fil des mois écoulés:

- La chartreuse de Parme: un grand moment de bonheur

- La foire aux vanités: j'ai aimé. Ben oui. J'avais déjà lu (ahhhhhhhhh, Rhett!!!!!!) et adoré, faut-il le préciser, Autant en emporte le vent.

- Lettre d'une inconnue: Stephen Zweig, ça ne peut pas être autre chose que merveilleux.

- Northanger abbey: en lieu et place d'Orgueil et Préjugé. Je l'avais lu au jeune âge de 17 ans et ne m'en souvenais guère. Voilà qui est réparé. Ce que j'en pense? Ce que je pense de Jane Austen en général, en particulier, au coin du feu ou sous la pluie.

- De grandes espérances: Dickens est rock'n roll. Voir ci-dessous.

 

Mreci Fashion!! Tu as une autre liste?

De grandes espérances

 

Ou comment Pip, orphelin élevé par sa soeur et son forgeron de mari, va acquérir de grandes espérances, vivre de folles aventures et devenir un homme.

Autant être franche, si Fashion n'était pas un jour passée par là avec son challenge, je n'aurais sans doute jamais approché, même de loin, ce bon vieux Charles Dickens. Un a priori impliquant une bonne dose de poussière, des orphelins, quelques horribles drames et beaucoup de larmes. Il faut dire que ce ne sont pas les adaptations en dessin animé de mon enfance qui auraient pu me donner une subite envie de me jeter sur les pavés de Charles!

Bref, je ne vais pas m'étendre sur mes traumatismes d'enfance et cesser là ce suspense insoutenable: Dickens, c'est poussiéreux ou pas?

Et bien non, Dickens n'est pas poussièreux! Il est même plutôt rock n'roll! Et oui! Prenons De grandes espérances puisque c'est, de toute manière, de lui qu'il est question: évasions rocambolesques, meurtres, déchirements amoureux, vils profiteurs, hommes de loi de glace, vieille sorcière échevelée, sublime beauté au coeur froid, et j'en passe. Ca ne vous donne pas envie vu sous cet angle là? Moi, si on me l'avait vendu comme ça, ça n'aurait pas fait un pli!

De grandes espérances est un roman aux multiples facettes. Il y a, bien sûr, les aventures de Pip, son amour malheureux, Magwitch le forçat, miss Havisham et ses horribles complots: un récit plein de suspense, de rebondissements, de brouillard et de tempête qu'on dévore par envie de savoir ce qui va bien pouvoir arriver aux héros. Dickens est un feuilletoniste, et on le sent dans son art de tirer les fils de son intrigue, de lier les personnages les uns aux autres.

Mais ce n'est pas l'essentiel. Dickens est un formidable raconteur d'histoires et observateur de son temps. La satire est là, féroce et lucide. Il prend prétexte du roman d'initiation pour décrire l'Angleterre telle que la bonne société ne la connaît pas, ou peu, et telle qu'elle la condamne quand des échos de ce qu'il s'y passe lui parviennent. On découvre en même temps que Pip, les difficultés de la vie d'un enfant orphelin dans les classes populaires, le sort des forçats sur les pontons, la bêtise des gens respectables, le pouvoir de l'argent. Puis, quand il lui vient soudain de grandes espérances, c'est un autre univers: celui des jeunes messieurs oisifs, dépensiers, vaniteux en même temps que celui d'une ville de Londre ambivalente: brillante des fastes de la richesse d'un côté, noire, poisseuse et dangereuse de l'autre. Ambivalente comme l'est Pip finalement...

Parlons un peu de lui et des autres personnages. La première impression à la lecture est que Dickens utilise des archétypes: le gentil, le méchant, le fou, le riche, le pauvre... C'est, dans une certaine mesure, exact. Joe par exemple, le beau-frère de Pip, son père d'adoption, est irrémédiablement gentil, au point d'être agaçant parfois. Jaggers l'homme de loi est rongé par son métier, effroyablement lucide sur le monde qui l'entoure et d'une froideur à toute épreuve. Orlick l'ouvrier est tout de méchanceté et de bêtise. Pumblechook est un cauchemar de vanité, d'affabulation et de vile flatterie. Chacun à sa manière donne à Pip une impulsion qui lui permet d'avancer, de se confronter à la réalité. J'avoue bien aimer Pip. Parce qu'il est faible, parce qu'il a peur, parce qu'il ne va pas au bout de ses convictions, parce qu'il a honte de ses origines et de sa famille, parce qu'il est égoïste et vaniteux, parce qu'il est atrocement humain, et en même temps drôle, gentil, attachant, perdu par sa naiveté et un amour dévorant. Un autre aspect du talent de Dickens d'ailleurs cette capacité à raconter un si belle histoire d'amour! Pip et Estella, le petit orphelin naif et la petite orpheline éduquée pour briser les coeurs des hommes. Estella est un fabuleux personnages: froide, sans scrupules, intelligente et cynique, perdue par ses certitudes. Quelque soient leurs convictions de départ, elle et Pip sont pliés, presque brisés par leur confrontation au monde. L'un a été aveuglé par l'amour et sa fortune inesperée, l'autre par l'éducation donnée par miss Havisham. Tiens, voilà un intéressant personnage de sorcière! Adorant Jasper Fforde, la simple idée de rencontrer miss Havisham m'était sympathique. Elle ne m'a pas déçue! C'est une femme détruite par un amour malheureux et par sa propre incapacité à surmonter la douleur, habituée qu'elle avait été par son père à tout maîtriser, à tout arranger par l'argent et le pouvoir de sa position sociale. Elle est cynique, amère, lucide et profondément malheureuse, repoussante. Elle élève Estella pour qu'elle la venge des hommes. Mais Dickens la rend aussi digne de pitié par ses failles et sa souffrance: en accomplissant sa vengeance, elle accentue son propre malheur. Sa confrontation avec un Pip fou de la douleur de savoir Estella lui échapper est un moment d'une intensité rare.

Mais il ne faut pas oublier que Dickens a de l'humour, beaucoup d'humour même! Il lui en fait subir à son Pip! On rit souvent à ses aventures, ses bagarres, à ses drames mêmes! La scène où il se retrouve tenu la tête en bas par le forçat dans les marais et où il en profite pour découvrir son village sous un nouvel angle est impayable! La scène du pâté tout autant! Même ses visites chez miss Havisham sont prétexte à des scènes burlesques.

Je vais cesser là mon panégyrique! De grandes espérances a intégré mon panthéon littéraire personnel pour l'immense plaisir de lecture qu'il m'a donné.

Pour la route et parce que la préface est aussi un rare moment de bonheur par John Irving, une petite citation : "D'ailleurs c'est le propre des grands romanciers, qu'il s'agisse de Dickens, de Hardy, de Tolstoï ou de Hawthorne et Melville. On parle toujours de leur style, mais en fait, ils exploitent tous les styles, n'en refusent aucun. Pour eux, l'originalité del 'expression est un phénomène de mode qui passera. Les questions plus vaste et plus importante, celles qui les préoccuipent, leurs obsessions, resteront au contraire: l'histoire, les personnages, le rire, les larmes."

L'avis de Lilly, Ekwerkwe...

Charles Dickens, De grandes espérances, Seuil, L'école des lettres, t. 1 et 2 5/5

25.12.2008

Le Noël de mademoiselle Chiffon

Pour ceux qui ne le sauraient pas, Mademoiselle Chiffon, Mimine pour les intimes, est ma pitite soeur. Et pour Noël, mademoiselle Chiffon vit de folles aventures: réveiller sa soeur à huit heures du matin parce qu'elle ne peut plus attendre de déchirer le papier cadeau (normalement passible d'une mort atroce et violente), tenter de battre sa mère au Jungle Speed (plus dangereux que faire des bisous à des caïmans), manger le plus de clémentines possibles pour qu'il n'y en ait plus au repas de famille, refaire tous les sketches de François Perusse après un verre de champagne (mais qui lui a servi un verre de champagne b*****), monter un court-métrage avec des bouchons de bouteille de champagne (la société protectrice des cartes mémoires a décidé de porter plainte), éplucher des patates (dur)...

Et mademoiselle Chiffon a reçu un ukulélé a Noël. Ce qui a été l'occasion d'une séance Youtube familiale absolument nonsensique. Il faut être anglais pour faire des choses pareilles. Regardez jusqu'à la fin, vous ne le regretterez pas...

 

 

 

24.12.2008

Joyeux Noël

Joyeux Noël à tous!!

 

23.12.2008

Fell



L'inspecteur Richard Fell a été transféré de l'autre côté du pont qui sépare la capitale du quartier de Snowtown: une chute dans un enfer où il va tenter de ramener un peu de justice.

Fell est un choc. Un polar de grande tenue mis en image par un magicien dont l'art du trait et des couleurs donne vie à une atmosphère qui prend à la gorge. Le lecteur suit l'inspecteur Fell dans son installation, sa découverte du quartier et de ses habitants: un univers où la loi du plus fort est la seule valable. On entre de plein-pied dans la pauvreté, la violence, le sordide, avec d'autant plus de force que chaque enquête est inspirée d'un fait divers réel et rappelle, si l'on ne s'en souvenait plus, que l'humain peut décidemment atteindre les tréfonts de l'horreur avec un naturel désarmant. Chaque enquête de l'inspecteur fait l'objet d'une histoire courte, qui mise bout à bout avec les autres, brosse peut à peu le décor, donne de l'épaisseur aux personnages.

Pas de lumière, ou peu: les personnages évoluent dans un monde saturé de bleu et de gris, étouffant, qui contraste avec les lumières de la capitale. Un monde dont on ne peut pas sortir et dans lequel Fell est piégé. On ne saura pas dans ce tome ce qui l'a amené là. Mais avec son humour cynique, sa gentillesse soigneusement dissimulée, il est un personnage attachant qu'on a envie de suivre.

Bref, une belle découverte à faire pour les amateurs de polar!

L'avis de Champi, Neault, Yozone, BDGest.

Warren Ellis, Ben Templesmith, Fell, tome 1 Snowtown, Delcourt, 2007, 142 p.

21.12.2008

Les belles endormies

 

Une auberge étrange dans laquelle des vieillards viennent passer la nuit auprès de jeunes femmes endormies sous l'effet d'un puissant somnifère. Pour l'un de ces vieils hommes, Eguchi, ces nuits sont un moyen de se souvenir et de méditer sur la mort et la vieillesse. 

Les belles endomies est considéré comme le chef-d'oeuvre de Yasunari Kawabata, ce que je serais bien en peine de contester, faute d'avoir lu toutes les oeuvres du Nobel de littérature 1968. Reste la fascination qu'exerce ce court roman jusque dans la répétition des événements, des gestes, des mots et des pensées de son personnage principal, Eguchi. Pour ce vieil esthète et amoureux des femmes, les nuits passées auprès de ces étranges prostituées sont l'occasion de méditer sur la vieillesse dans tous ses aspects, sur la déshumanisation qu'elle provoque. Les hommes qui fréquentent l'auberge la voient comme un moyen d'approcher sans honte ni remords ce que la vieillesse leur interdit: la beauté, la vitalité. En quelque sorte, ils se conduisent comme des vampires profitant de la jeunesse, aspirant les forces des jeunes femmes endormies par un puissant somnifère. Eguchi, lui, tout en fréquentant la chambre aux tentures de velours rouge, refuse de céder à cette tentation. Il médite, lutte contre ses désirs et ses pulsions de violence, se remémore les aventures charnelles de sa jeunesse, les événements qui ont marqué sa vie d'époux et de père.

Si lui est encore capable de désir et d'assouvissement de ce désir, les autres vieillards ne le sont plus. Ils sont réduits à faire de leurs proies des objets inanimés sur lesquels projeter un désir sans issue, des mortes. C'est en tout cas, ce que nous dit Eguchi de ces autres vieillards. Ne viennent-ils effectivement que pour assouvir leurs pulsions, ou ressent-ils les mêmes sensations qu'Eguchi, soigneusement dissimulées sous le voile de conversations lubriques? Cela le lecteur ne le saura pas. Peut-être le mépris que ressent Eguchi pour eux n'est-il que celui qu'il ressent pour lui-même et ce qu'il sait qu'il va devenir.

A toutes les pages, c'est un long cri d'admiration pour la beauté des femmes que livre Kawabata, beauté physique de la jeunesse, certes, mais aussi de l'esprit. Et prise de conscience de l'aliénation que les hommes font peser sur elles. Face aux belles endormies, Eguchi se souvient de toutes les femmes qui l'ont forgé: mère, épouse, amantes, filles, encore si vivantes pour lui que la simple texture d'une peau, une simple odeur les refont vivre en lui. En leur faisant face, Eguchi se prépare à faire face à sa mort. Et ressent toute la frustration de l'absence de communication possible, seul moyen d'établir une relation véritable.

 

C'est un roman étrange, fascinant, sensuel, qui trotte longtemps en tête.

L'avis d'Allie, de Bartelby, de Praline, de Dominique.

Yasuniari Kawabata, Les belles endormies, Le livre de poche, coll. Biblio 4/5

19.12.2008

Sam ant Twitch

Et voilà! Comme si je n'avais pas déjà assez de vices livresques, j'ai commis l'erreur de me lancer à la découverte d'un genre qui, je le croyais, n'était pas pour moi... Grossière erreur vu l'état des rayonnages de la bibliothèque après mon passage. Ce n'est donc, vous pouvez vous en douter, que le premier d'une série de billet sur les comics qui passent dans mes petites mains fébriles!

 

Sam Burke et Twitch William, deux flics intègres, partenaires à la vie à la mort pris dans la nasse d'un piège: des crimes terrifiants qui visent la mafia, des tueurs indestructibles et un mot, Udaku, pour seule piste.

Voilà pour l'argument des deux premiers tomes de cette série qui dès l'entame installe le lecteur dans l'ambiance. Un univers urbain poisseux et sombre, des flics corrompus, la violence qui rode, et les luttes de pouvoir qui gangrènent la ville. J'avoue avoir eu du mal à entrer dans cet univers: les personnages sont laids, la ville est laide, les couleurs sombres, les dialogues difficiles à suivre pour quelqu'un qui n'est pas habitué à lire du comics. Et pourtant... Pourtant, je me suis laissée happer petit à petit par ces deux flics attachants, la légiste et ses crises de nerfs. L'intrigue tortueuse à souhait m'a embarquée dans ses méandres qui frôlent le fantastique. J'avoue avoir apprécié certains clins d'oeil au comics de super-héros! A mon sens, ils viennent à point nommé rappeler que nos deux flics sont des hommes un peu fragiles, un peu vantards, un peu courageux qui se débattent dans une situation dont ils ont le plus grand mal à appréhender les tenants et les aboutissants. Il faut attendre avant de comprendre qui est le méchant qui se cache derrière tout ce sang.

On les retrouve dans une nouvelle enquête dans le tome 3. Chose appréciable, on y perçoit les conséquences de leurs aventures précédentes. Ils gagnent ainsi en profondeur, et le fait de croiser de nouveau le chemin de certains personnages secondaires qui prennent plus d'ampleur donne le sentiment de retrouver de vieux copains.

Un petit résumé? Allons-y! On retrouve dans Central Park les corps décapités de cinq membres de la Wicca. Sam and Twitch vont devoir déméler magie et réalité pour retrouver le meurtrier.

De nouveau une intrigue bien menée, sans doute plus facile d'accès: j'étais en tout cas acoutumée au dessin, et le format, sur un tome n'a pas permis au scénariste de me balader autant! J'y ai vu un intérêt supplémentaire dans l'éclairage qu'il apporte sur les sorcières, les membre de la Wicca. De fil en aiguille, on découvre leurs rites, leurs croyances et leurs activités.

Bref, une vraie belle découverte pour moi! Vivement que je puisse me plonger dans les trois tomes suivants!

 

Brian Michael, Angel, Bendis, Medina, Sam and Twitch, t. 1 à 3, Semic Books

15.12.2008

Serpentine

 

Une boutique de tatouage, une aire d'autoroute qui se transforme en refuge, un restaurant dont la patronne se nomme Circé, une maison dont l'esprit familier pleure... Dix histoires où le quotidien s'ouvre sur des failles, portes ouvertes vers l'étrange.

 Réédité dans la collection L'ombre de Bragelonne, ce premier recueil de nouvelles de Mélanie Fazi est un petit bijou. Déjà, le fait que Léa Silhol ait travaillé sur ce recueil dans sa précédente édition m'avait fait hausser un sourcil. Le fait que Michel Pagel ne tarisse pas d'éloge dans la préface, m'avait mis la puce à l'oreille. Et puis, j'ai lu les premières lignes de la première nouvelle, et le charme a opèré. Mélanie Fazi raconte des histoires. Avec une plume toute de douceur, elle introduit dans la vie de ses personnages la petite faille qui va les faire basculer dans un monde plus onirique, plus magique et bien plus sombre que celui qu'ils connaissent.

A chaque fois pourtant, les lieux sont, sinon connus, au moins familiers. Qui ne s'est pas arrêté sur une aire d'autoroute? Qui n'est jamais passé devant la boutique d'un tatoueur? Et que dire de la ligne 5 du métro parisien avec le nom de ses stations égrené au fil des pages? Autant de lieux sur lesquels elle force son lecteur à avoir un regard nouveau. On peut dire que, d'une certaine manière, elle réenchante le monde. Et elle le rend bien plus effrayant.

Mélanie Fazi puise ses histoires à bien des sources: Mémoires des herbes aromatiques, par exemple, est, ni plus ni moins la suite des aventures d'Ulysse et Ciré. On sent venir la chute de la nouvelle, bien sûr, mais il est tellement jubilatoire de voir ces immortels se venger les uns des autres avec une absence de scrupule totale, que ce n'est pas bien grave. Petit théâtre de rame fait penser au conte Le joueur de flûte de Hamelin. Et il y a toutes ces figures contemporaines: la rock star, l'adolescente, le serial killer dont les névroses se dévoilent petit à petit et qui sont si humains dans leurs failles. Mais attention, il n'y a pas que de la noirceur dans ce recueil! Le faiseur de pluie qui voit deux enfants délivrer l'esprit familier de la maison de leur grand-mère décédée est une petite merveille de tendresse et de poésie. Et Elegie un cri d'amour poignant. De toute manière, il est difficile de dire ce qui est le plus noir, de cet univers fantastique dont l'auteur trace les contours, ou de la réalité, souvent bien plus atroce qu'on sait présente, comme dans Petit théâtre de rame.

Finalement, dans chaque nouvelle, c'est une petite part d'humanité qui se dévoile à travers la voix d'un narrateur toujours différent. Mélanie Fazi possède le talent incontestable de faire entendre chacune de ces voix avec une force peu commune, et de créer autour de ces voix, en quelques mots, une atmosphère difficile à oublier.

L'avis de Nebal, Yozone, Fashion, ActuSF,  

Une interviewsur Yozone, le blog de l'auteur

L'auteur a obtenu le Grand prix de l'imaginaire 2005 dans la catégorie nouvelles pour ce recueil.

Mélanie Fazi, Serpentine, Bragelonne, 2008, 317 p.

09.12.2008

A l'abordage!!

 

"1780... Il est beau, romantique, courageux et de haute noblesse: Joachim Valencey d'Adana. Sur sa mythique frégate qui terrorise les Anglais, il combat aux côtés des américains en lutte pour leur indépendance. Depuis l'enfance, il partage un amour hélas platonique avec Victoire, émouvante jeune femme qui habite le château voisin. Bref, il a tout... mais tous sont contre lui!"

Voilà une quatrième de couverture qu'elle fait envie, non? Comment ça elle fait peur? M'enfin! Hé! Attendez!! Partez pas!! Il y a un deuxième tome!!

 

"Héros de la guerre d'Amérique mais banni par Louis XVI, Joachim Valencey d'Adana et ses amis sont rappelés de leur exil par la Révolution aux abois attaquée sur toutes les frontières. Il sait qu'en France se trouve Victoire, celle dont il partageait l'amour."

Bon, en espérant qu'il me reste encore des lecteurs à ce stade, je me dois de les rassurer. Non, je ne lis pas les romans historiques publiés chez Harlequin. Non je ne suis pas atteinte d'une crise de bluette aiguë. Parce que si les quatrièmes de couverture iraient très bien sur un Juliette Benzoni ou équivalent, ces deux romans sont écrits par Frédéric Fajardie. Et Frédéric Fajardie, je l'aime d'un amour qui ne date pas d'hier. Je l'ai découvert par ses merveilleux polars: Sous le regard des élégantes, Après la pluie, La nuit des chats bottés, Querelleur, Clause de style, avant que de mettre la main, presque par hasard sur Les foulards rouges, son premier roman historique. Après avoir été dévorée, mon édition poche d'occasion a gardé une place de choix sur mes étagères et dans ma petite tête de linotte. Mais c'est finalement Caro[line] qui m'a donné l'envie de retourner vers l'auteur. C'est donc chose faite, et avec bonheur.

Allons-y pour un résumé de l'intrigue digne de ce nom: Joachim Valencey d'Adana est l'héritier d'une des plus vieilles familles nobles de France, mais aussi un érudit acquis aux idées républicaines et un capitaine audacieux et talentueux. Un homme dont les succès lui valent la jalousie des puissants, et les idéaux la haine. Rares sont ceux qui connaissent l'homme qui se cache sous l'apparence du noble marin. Et parmi ceux qui le connaissent, un a juré sa mort et cherche à l'atteindre par tous les moyens.

En deux tomes, Frédéric Fajardie retrace l'histoire de la Révolution française à travers les aventures d'un personnage qui n'est certes pas atypique dans son oeuvre, mais dont le point de vue a le mérite d'être plutôt original (me semble-t-il en tout cas, si j'ai tort, n'hésitez pas à me le dire avec références à l'appui, ça me fera d'autres romans à lire!) quand on parle de cette période. Un noble, militaire de surcroît, mais honnête homme et acquis aux idées des philosophes, puis à la Révolution et à la République. Un ci-devant qui met sa vie en jeu pour voir la fin d'un régime qu'il honnit et venger la mort de ses proches. Des aventures il va en vivre. Combats navals, duels, emprisonnements arbitraires, chevauchées endiablées, il n'y a pas, ou peu de temps morts. C'est peu de dire que j'ai suivi toutes ces péripéties avec une attention soutenue quand bien même je savais pertinemment où tout cela nous menait. Car, autant être honnête, il y a de grosses ficelles. Le méchant est très méchant et se dévoile finalement assez vite, les gentils sont gentils sans être monolithiquement gentils, on sait que les choses vont relativement bien se terminer. Ce qui n'enlève rien au fait que c'est passionnant! Fajardie a l'art d'emmener son lecteur dans un voyage où il va frémir, sursauter. J'ai avalé le tout presque sans respirer! Frédéric Fajardie dit lui-même ce qu'il a cherché à faire avec La tour des demoiselles et La lanterne des morts dans un entretien (vous en retrouverez l'intégralité sur le site Fajardie.net): "Je voulais de l'évasion pure avec toujours des petits plus : arrière-plans historique et politique, thriller, histoire d'amour contrariée, duels, trahisons...[...]  Pour moi, c'est important, ces livres, je sais que là aussi j'apporte du bonheur aux lecteurs. C'est même la raison pour laquelle ce qui devait être une simple incursion, une reconnaissance, se transforme en occupation du terrain. Je soigne l'écriture, je donne au style quelques tournures d'époque, différentes pour chaque période : je veux que le plaisir ne soit pas altéré par ce sentiment de littérature vite écrite qui est souvent la faiblesse du genre, je veux que les lecteurs profitent pleinement de l'évasion que je leur propose." C'est réussi!

J'ai bovarysé à fond les manettes tout au long de ma lecture: il faut dire que pour un héros, c'est un héros! Beau, charismatique, loyal, courageux, sensible, romantique, intelligent, des yeux gris-vert...hum... pardon, je m'égare. Un homme en apparence parfait qui cache ses failles et qui n'en est que plus attachant. Comme ses compagnons: Mahé, Victoire, Greville et les autres. A travers eux, Fajardie trace en filigrane le portrait de la France de la fin du 18e siècle, déchirée entre les idées des Lumières, la République et une monarchie et une religion qui ont si longtemps empreint la société qu'elles ne meurent pas sans dégâts. Même superficiel, ce tableau montre que l'auteur s'est documenté sur cette période et utilise le fruit de ses recherches pour donner de la vie et de la profondeur à ses décors. Le plus notable dans tout cela reste son approche plutôt intéressante de la Révolution. Valencey d'Adana est un pur, un Montagnard, ami de Robespierre et de Greville, chef de la police secrète. Ce n'est pas pour autant qu'il soutient la Terreur, mais le regard qui est porté sur Robespierre par exemple lui donne une autre dimension que celle des livres d'histoire. C'est un pur, brûlé par ses idéaux, et prêt à tout, même au pire pour que cette république qu'il a appelé de ses voeux soit pérenne. Que l'on adhère ou pas à cette vision, le personnage qu'il fait vivre dans ses pages éveille l'intérêt. C'est peu de dire, je pense, que Frédéric Fajardie laisse transparaître dans ces pages ses propres convictions, celles dont il parle dans les entretiens qu'on peut lire sur le site officiel qui lui est consacré. Et sans oublier l'humour: même au pied des échafeaux, on rit.

 

Bref, c'est un de ces bonheurs de lecture dont on se souvient longtemps! Fortement conseillé en ces temps de froidure pour réchauffer un brin le quotidien!

L'avis de Lilly.

 

Frédéric Fajardie, La tour des demoiselles, Jean-Claude Lattès, 2005, 350 p.

                          La lanterne des morts, Jean-Claude Lattès, 2006, 426 p.

08.12.2008

La vieille anglaise et le continent

 

Après de longues années passées en recherches, en combats pour l'écologie, Ann Kelvin pensait pouvoir mourir, sinon en paix, au moins dans la tranquillité. C'est sans compter un de ses anciens étudiants et amant qui lui propose une nouvelle vie. Pas une humaine, mais celle d'un cachalot. Avec pour mission, presque désespérée, de sauver cette espèce en voie de disparition de la voracité humaine. Mais c'est sans compter avec la soif d'immortalité des hommes...

Il est vrai que l'écologie est un sujet à la mode qui inspire avec plus ou moins de bonheur les écrivains, qu'ils sévissent dans le genre des thrillers ou de la science-fiction. Dans cette déferlante, Jeanne A-Debats tire son épingle du jeu de belle manière. En mêlant l'humain et l'animal, elle crée une intrigue complexe: on bascule du transfert d'esprits humains aux manipulations génétiques en passant par la lutte pour la préservation des espèces animales, et alors que ces enjeux pourraient paraître bien éloignés les uns des autres, le tout forme au final un ensemble cohérent et harmonieux. On sent chez l'auteur un amour contagieux des cétacés et la mer, ce qui donne lieu à de beaux moments. Ann, dans son corps de cachalot découvre un monde avec ses règles, ses jeux, ses luttes et ses amours. Avec elle, le lecteur part à la découverte de l'océan, et de ce mystérieux continent cétacé. Le transfert de son esprit dans ce corps si différent de celui qui était le sien est un moyen pour elle de vivre encore, mais surtout, d'aller au bout des convictions qui animaient la grande biologiste qu'elle était, même en sachant qu'elle n'a aucune chance de gagner son combat.

C'est un autre aspect appréciable de cette novella d'ailleurs. Les personnages luttent, mais comme tous ceux qui mènent des combats perdus d'avance, ils le font aussi en se battant contre leur lassitude, leurs doutes, leur colère. Pas d'angélisme: Ann est une affreuse vieille dame acariâtre, son ancien étudiant n'est pas beaucoup plus sympathique. L'une a versé dans l'extrêmisme, l'autre s'interroge un peu tard sur les conséquences de ses recherches. Ce sont le bout de chemin qu'ils vont faire ensemble qui est au centre de la novella, et pas les aspects scientifiques qui trop souvent plombent ce type de récit en cassant le rythme de l'intrigue. D'ailleurs, l'alternance des trames et des points de vue donne de la vie au texte et la plume fort agréable de Jeanne A-Debats permettent d'entrer complétement dans l'histoire qu'elle conte. La concision du format ne l'empêche pas de donner de l'épaisseur aux décors comme aux personnages et de faire rêver par quelques jolies trouvailles.

Bref, une belle découverte, et un auteur à suivre!

 

Pour la petite histoire, Jeanne A-Debat a obtenu le Grand prix de l'imaginaire 2008 et le prix Julia Verlanger pour La vieille anglaise et le continent.

On en parle sur  Yozone, ActuSF, Noosfère

Les avis de Nébal, Lucile, Brize, Chimère, ... 

 

Jeanne A-Debats, La vieille anglaise et le continent, Griffe d'encre, 2008

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