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Littératures d'Europe de l'Ouest - Page 6

  • Malavita

     
    benacquistatonino_malavita.jpg« Une famille apparemment comme les autres. Une chose est sûre, s’ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner. »
     
    Fred, Maggie, Belle et Warren ne sont pas vraiment Fred, Maggie, Belle et Warren. Et s’ils viennent s’installer au bout du monde à Cholong-sur-Avre, ce n’est pas pour leur amour du terroir normand, loin de là. Car la famille Blake est sous la protection du plan Witsec, le plan de protection des témoins. Fred Blake n’est autre qu’un repenti, un parrain qui s’est mis à table et s’est mis à dos toutes les mafias d’Amérique du Nord. A tel point qu’il lui a fallu s’exiler avec sa famille en Europe.
    Mais tout n’est pas si simple : il faut gérer la crise d’adolescence des petits, les crises de nerfs de Maggie et sa crise humanitaire. Le pire étant sans doute ce naturel du mafioso qui revient au galop chez Fred, lui faisant réaliser les coups les plus tordus. Le pire étant surtout que par une série de hasards, voilà notre famille de repentis repérée par la mafia, transformant du même coup Cholong en succursale du far west.
     
    Je ne connaissais pas du tout Tonino Benacquista, mais après moult concerts de louange, Malavita me tombant sous la main, je me suis décidée ! Et grand bien m’en a pris ! Car Malavita, la « mauvaise vie », la vie de la mafia et des repentis vue par M. Benacquista, c’est drôle ! Bourré de clichés, de répliques entre acidité et truculence, des coups de théâtre, de coups bas et de coups tordus ! Les personnages ne s’épargnent rien et n’épargnent rien aux autres. La rivalité de Fred avec le flic qui l’a fait tombé et qui maintenant le protège est un sommet !
    En plus de tout ça, Benacquista offre un tableau intéressant du monde des mafieux, des rapports humains et de la nature humaine.
    Je regrette quand même quelques longueurs : au bout d’un moment, j’ai eu le sentiment que la famille Blake s’enlisait un peu. Qui dans sa confession, qui dans ses activités associatives, qui dans sa vie de collégien. Des longueurs qui se terminent avec brutalité. La fin est un tantinet trop rapide. Mais sinon, que du bonheur !
    En plus, il semblerait que ce soit le moins bon des romans de Benacquista ! En ai-je de la chance d’avoir commencé par celui-ci !
     
    «  - Si on m’avait dit un jour que je vivrais dans le pays de la crème fraîche, dit Richard.
    -         C’est pas que c’est pas bon, j’ai rien contre, mais notre estomac n’est pas habitué, reprit son collègue.
    -         Hier, au restaurant, ils en ont mis dans la soupe, et puis sur l’escalope, et pour finir sur la tarte au pommes.
    -         Sans parler du beurre.
    -         Le beurre ! Mannaggia la miseria ! S’exclama Vincent.
    -         Le beurre, c’est pas naturel, Maggie.
    -         Qu’est ce que vous voulez dire ?
    -         L’organisme humain n’a pas été conçu pour affronter un corps gras de ce calibre. Rien que d’imaginer ça sur les parois de mon estomac, j’en ai des suées.
    -         Goûtez à cette mozzarella au lieu de dire des bêtises. »


     
     
    L'avis d'Allie.
     

    Tonino Benacquista, Malavita, Gallimard, 2004, 314 p.
     

  • La fille des Louganis

    9782742769018.jpg« C’est une histoire lourde, Pavlina. Douloureuse. C’est aussi une histoire très belle. Faite d’amours fortes, de mort et de vie. »
    Pavlina aime son cousin Aris sans savoir que leur père est le même, ce père mort en mer avec son frère. La fille qu’elle aura d’Aris sera confiée à l’adoption. Arrachée à son île, immigrée en Suisse, elle n’aura de cesse de chercher cette enfant de l’amour fou.
     
    Dans les paysages brûlés de soleil des îles grecques, Metin Arditi offre à ses lecteurs une tragédie familiale où l’on trouve les échos de la mythologie et des pièces de théâtre antiques. Deux couples, deux enfants du même père, le meurtre, l’inceste et l’abandon, le pardon et la rédemption. C’est l’histoire d’un amour, d’une haine, et de la faiblesse humaine.
    La fille des Louganis est un roman profond, poignant. On y trouve quelques longueurs, quelques facilités et situations tirées par les cheveux, des stéréotypes, mais les paysages et les personnages compensent aisément cela.
    Dans la première partie du roman, on voit la mer brillant sous le soleil de plomb, les maisons, les barques de pêche puis la ville. On sent les odeurs d’iode, d’herbe brûlée par la chaleur. On perçoit les regards lourds de sens qui s’échangent entre Aris et ses amants, entre Pavlina et Aris, entre Pavlina et sa mère Magda.
    Tous se débattent : Aris dans ses amours interdits, Pavlina dans cet amour sans issue qu’elle ressent pour son cousin, Magda dans la culpabilité de s’être donnée à son beau-frère pour avoir un enfant, le prêtre dans les confessions de ses fidèles. Même la famille de substitution que trouve Pavlina sur le continent après l’abandon de sa fille est déchirée par les tensions, les souffrances et la culpabilité.
    Tous se débattent et cherchent un moyen de vivre malgré le poids de la culpabilité : l’issue, ils la trouvent dans l’amour, le fatalisme, la foi… Dans les familles qu’ils se créent pour retrouver un peu de chaleur dans l’exil.
    Pavlina est un personnage complexe : l’adolescente sensuelle, entière a choisi la voie la plus difficile, celle qui lui donne l’espoir d’assouvir son amour pour Aris. Ce choix, la femme le paie par une souffrance tellement intense qu’elle la mène au bord de la folie. Pendant 15 longues années, elle va vivre au bord de sa vie, jusqu’à la rupture qui va l’amener, enfin, à se demander si les liens d’amour ne sont pas plus importants que les liens du sang, si le besoin réciproque que deux personnes peuvent avoir l’une de l’autre n’est pas plus fort que le sang partagé. Le style d’Arditi traduit à merveille les pensées de Pavlina et sa douleur. Pas de sentimentalisme, juste les hésitations et les choix d’une poignée de personnages attachants et l’intensité d’une histoire d’amour et de filiation.
     
    « Ce qui fait la dignité d’un homme, dit le père dans son homélie, c’est sa capacité à vivre avec ses péchés. A les affronter debout. Ses péchés […] et ceux des autres ! Ce ne sont pas nos fautes que le seigneur condamne, ajouta Kosmas. C’est notre manque de charité. Il y a des péchés d’où s’échappent de merveilleux reflets d’amour. »
     

    MetinArditi, La fille des Louganis, Actes Sud, 2007, 237 p.

  • Cochon d'allemand

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    Voilà un roman qui a fait couler beaucoup d’encre et qui me laisse un sentiment mitigé.
     
    Knud est né en1960 dans la petite ville de Nykobing Falster, de mère allemande et de père danois. Une filiation qui lui vaut d’être le « cochon d’allemand » dans un monde où la Seconde guerre mondiale a laissé des plaies profondes et où même un enfant doit payer.
     
    « Nykobing Falster est une ville si petite qu’elle se termine avant même d’avoir commencé. Quand on est dedans, on ne peut pas en sortir, et quand on est dehors, on ne peut pas y entrer. Dans les deux cas, on se retrouve du mauvais côté [..]. C’est à cet endroit que je naquis en 1960, et c’était la façon la plus sûre de ne pas exister du tout. »
    Voilà qui résume parfaitement la situation de Knud et son histoire. Sans jamais une plainte ou un jugement, l’auteur raconte l’enfance qui a été la sienne, pleine de douleur et de solitude, dans une petite ville de province poisseuse, grise et froide.
    L’école est un purgatoire, les rues sont dangereuses, les habitants adultes comme enfants indifférents au mieux, hostiles et violents au pire. Les moments qui devraient être significatifs de bonheur pour un enfant ne sont que douleur pour lui. La première neige, les anniversaires, les fêtes d’école. Chacun de ces événements est une épreuve à surmonter. Un moment où sa mère et lui-même sont en butte aux vexations et aux humiliations.
    Elle est l’allemande, la nazie, la personnification d’un ennemi qu’ils n’ont pas eu le courage de combattre et dont ils se vengent sur qui ne peut se défendre. Le pire est sans doute que leur haine envers cette femme est d’autant plus injustifiée qu’elle a tenté de résister au nazisme et a fait preuve d’un courage exemplaire. C’est ce qui marque le plus son fils d’ailleurs, la souffrance de cette mère qu’on cherche à atteindre quand on l’agresse lui. Son amour inconditionnel lui dicte d’ailleurs bien des mensonges et des omissions. Tout plutôt que de lui révéler une vérité qui pourrait la détruire. Bien sûr sa mère n’est pas dupe. Elle se tient droite et fière malgré tout, comme pour dire à son fils qu’il est possible de résister. C’est un magnifique portrait de femme qui se dessine au fil des années qui s’écoulent : on la voit d’abord à travers les yeux de l’enfant, puis de l’adolescent, et enfin de l’adulte qui peut comprendre la complexité de la personnalité de celle qui lui a donné le jour, la colère et la haine dont elle est pleine et dont elle ne peut se défaire, au point qu’elle meurt dans une douleur atroce.
    C’est aussi le beau portrait d’un enfant qui a réussi à devenir un homme malgré tout, et qui symboliquement, à la dernière page, jette la grenade de son ressentiment et de sa colère, pour enfin se libérer de ce qui a tué sa mère.
     
    Heureusement, Knud Romer ne s’arrête pas à ces seuls moments. Il retrace aussi l’histoire d’une famille pas comme les autre: une famille de tanneurs danois dont un des descendants s’engage dans les entreprises les plus loufoques et risquées d’un côté, une famille de nobles allemands rigides et fiers de l’autres. On sourit parfois, on pourrait même rire si tous n’étaient pas aussi pitoyables. Partout et toujours, le bonheur se heurte à l’échec, aux tensions familiales, au manque d’amour, aux blessures physiques et morales. La grand-mère allemande si belle transformée en spectre vivant par la bombe qui l’a brûlée sans la tuée, un grand-père danois mort d’avoir eu raison trop tôt, l’oncle Helmut marié à un dragon froid et sans cœur, un père névrotique… Tout ce monde compte pour l’enfant qu’il était sans que cela l’empêche de porter un regard critique et parfois féroce sur eux. Sur sa propre cellule familiale aussi d’ailleurs, puisque les descriptions des fêtes et des moments passés ensemble sont tempérées par la conscience de la solitude complète de ces trois êtres et du huis clos sans échappatoire qui est le leur.
    En tout cas, le regard de l’adulte sur l’enfant et ses petites histoires apporte un peu de légèreté. Il n’hésite pas à raconter que son amour de la lecture lui vient de son envie de découvrir quelle est cette mystérieuse sexualité.
     
    En bilan… Un beau texte, mais desservi par la confusion temporelle et spatiale. On passe du coq à l’âne, d’un personnage à l’autre, d’une période à une autre de telle manière qu’il est souvent difficile de savoir de quel personnage ou de quel moment il est question. Cela rend la lecture moins fluide et agréable.
    Mais le fond est tel qu’il est difficile de ne pas se laisser prendre par cette lecture. On en ressort avec l’envie de garder un peu près de soi Knudchen et sa maman.
     Merci à Fashion de me l’avoir prêté !
     

    Les avis de Lily, Fashion, Malice, Incoldblog, Bernard, Cathe, Pascal, Amy. J'ai du oublier du monde, mes excuses par avance!

    Knud Romer, Cochon d’allemand, Les allusifs, 2007, 186 p.

     

  • Quand les pierres souffrent

    Une jeune femme, à l'aube de son mariage, raconte la vie de sa grand-mère telle que celle-ci et  son entourage la lui ont contée, la vie d'une jeune femme d'une grande beauté à la sensibilité exacerbée, à l'imagination débordante qui rencontre un jour l'écriture dans un monde rural qui supporte mal la différence.

     

     

    Depuis le temps que je regardais avec envie, depuis le temps que je ne lisais que des critiques élogieuses à son sujet, depuis le temps que sa couverture m'attirait l'oeil... J'ai craqué. L'effet TGV, je pense que vous voyez ce que ça peut donner: "Oh! Je suis en avance! Oh! Le Virgin de la gare est ouvert! Oh! Je vais passer 4h coincée dans un wagon! Oh! Et si je m'offrais un bon bouquin??? Non, pas bien, j'en ai déjà trois dans mon sac.... Et puis si, y'a pas de raison!"

    Tout ceci pour dire que le Mal de pierres de Milena Agus a transcendé mon trajet ferroviaire de belle manière! Pourtant, avec tout ce qui en avait été dit, je courrais le risque une fois de plus d'être déçue. Ca n'a pas été le cas, loin de là! Mal de pierres est un roman court, intense, ciselé et dur comme on imagine que peut l'être le soleil de Sardaigne sur la mer et la roche.

    C'est un beau récit sur la folie, la souffrance qu'offre Milena Agus, un beau personnage de femme qui vit à côté de sa vie faute de pouvoir d'adapter au carcan étroit des valeurs de la société dans laquelle elle vit. Si on la dit folle, c'est que sa sensibilité, et sa sensualité mettent en danger la communauté et ses valeurs. Ce qui est différent ne peut être réellement accepté. Et ce qui ne peut être dit finit toujours par être exprimé par des corps qui ont mal. Le mal de pierre de l'héroïne n'est finalement que l'expression physique de ce qu'elle ne peut révéler, de son incapacité à se sentir heureuse alors que pour ceux qui l'entourent, elle a tout pour cela. Il lui manque l'essentiel, l'amour, l'amour qui se dérobe, qui refuse de venir.

    L'imaginaire et sa force sont le filigrane de cette histoire. L'héroïne chute à cause de cet imaginaire, elle survit grâce à lui et fait de lui le centre de sa vie. C'est ce qui la sauve de la médiocrité des jours, de la mauvaiseté de son entourage. Elle modèle le monde et finit par brouiller ses repères et ceux des lecteurs. Où est le vrai, le réel, quelle est la part de l'invention. En sus d'une belle histoire d'amour, on a une toute aussi belle réflexion sur le vrai et l'écriture.

    Le style sobre de Milena Agus rajoute au charme et à la force de l'ensemble. L'apreté du texte va de pair avec une grande tendresse pour ses personnages, principaux comme secondaires, lesquels sont étonnement précis et vivants. Elle décrit le mal-être et la douleur avec pudeur et retenue. Un beau livre.

    "A partir du moment où grand-mère s'aperçut qu'elle était devenue vieille, elle me disait qu'elle avait peur de mourir. Pas de la mort en soi qui devait être comme aller dormir ou faire un voyage, mais elle savait que Dieu était fâchée contre elle parce qu'il lui avait donné plein de belles choses en ce monde et qu'elle n'avait pas réussi à être heureuse, et Dieu ne pouvait pas lui avoir pardonné ça. Au fond, elle espérait être vraiment dérangée car saine d'esprit, elle ne coupait pas à l'enfer."

    De belles choses en sont dites sur Le blog des livres, chez Clarabel, Cuné, Lilly, ...

     

    Milena Agus, Mal de pierres, Liana Levi, 2007, 123 p.

  • Le chocolat ne meurt jamais

    Au départ était un titre intriguant, une belle couverture et un éditeur de confiance. Puis cette histoire de condamné à mort vendant son dernier souhait à la compagnie Van Houten. A l'arrivé est cet ovni, entre roman et recueil de nouvelles que nous offre Ornela Vorpsi.

    J'ai été assez destabilisée: Ornela Vorpsi commence par raconter ce qui ressemble fortement à son adolescence. C'est à travers sa relation avec une arrière grand-mère mourante qu'elle fait découvrir à son lecteur l'Albanie communiste des années 60, la dureté, voire la cruauté des relations familiales et de voisinage. Car dès le départ, ce n'est guère par amour ou par abnégation que les gens vont les uns vers les autres: si la petite-fille raconte des histoires à une son aïeule, ce n'est pas pour la rassurer ou par amour, c'est par égoïsme, par envie de croire et de faire croire à ses histoires.

    Et cela va continuer. Chaque chapitre présente un personnage différent, homme, femme, adolescents. Chaque chapitre est le récit d'un échec, d'une souffrance, d'une vilénie. Ornea Vorpsi veut montrer avec chacune de ces histoires que l'homme est prêt à se vendre en toutes circonstances et pour quelque raison que ce soit. Se vendre pour gagner sa vie, se vendre pour être aimé, se vendre pour que cesse la solitude, se vendre pour immigrer. L'immigration, le déracinement est aussi un des thèmes majeurs de cette oeuvre. La plupart de ses personnages sont des migrants qui ont tout abandonné derrière eux et qui tentent de survuivre dans un ailleurs dont la réalité est bien loin des rêves d'avant. On ne découvre d'ailleurs que des anecdotes, res petits moments qui disent l'absurdité de la vie.

    J'avoue n'avoir guère accroché. Pas par rejet de l'écriture de l'auteur, mais à cause de cette vision presque uniformément noire et glaçante de la nature humaine. C'est vraiment une peinture déséspérée, voire amère de relations humaines vides de sens. C'est dur, sans doute salutaire pour certains, mais cette sensation de s'enfoncer toujours plus dans la médiocrité, la méchanceté, la folie et la vanité m'a un peu agacée. Peu, voire pas d'humour. J'ai regardé par ma fenêtre, j'ai regardé les gens, et je me suis dit que le monde pouvait être beau. Et que je préférais les oeuvres qui le disent aussi.

    Ornela Vorpsi, Buvez du cacao Van Houten, Actes Sud, 2005, 156 p.