Le matin de son anniversaire, la première chose que voit Ellen est un drôle de cadeau : une couronne en argent qu’elle met immédiatement avant de partir se promener en attendant que le reste de la famille se réveille. A son retour, la maison a brûlé, sa famille aussi et le policier qui l’amenait au commissariat est tué par un bandit. Elle décide donc de partir chez sa tante Sarah à 600km de là, et de se débrouiller toute seule. Mais des gens étranges prétendent lui venir en aide, et rapidement, il lui semble être suivie…
Il y a une longue, très longue histoire entre moi et ce roman jeunesse. Je l’ai découvert au CDI du collège que je fréquentais, l’ai emprunté et réemprunté, ai quitté le collège et l’ai redécouvert entre les mains de ma sœur quelques douze ans plus tard, avec à l’intérieur, la même fiche d’emprunt. Je l’avais regardé avec un sourire à l’époque et puis j’étais passé à autre chose. C’est tout récemment que j’ai eu l’occasion de le relire. J’étais, je dois bien l’avouer, un peu inquiète de ne pas y retrouver le même plaisir. J’avais tort. Je n’ai sans doute pas aimé pour les mêmes raisons, mais quel roman !
Avant tout, La couronne d’argent est une merveilleuse aventure, pleine de rebondissements, de suspense. On suit avec intérêt la jeune Ellen dans ses aventures, on découvre avec plaisir les personnages hauts en couleur qu’elle rencontre au fil de son voyage, on tremble pour et avec elle.
Mais au-delà de ça, La couronne d’argent est un roman étonnant : écrit en 1962, il met en scène une véritable petite héroïne, décidée, futée et déterminée à ne pas se laisser marcher sur les pieds par les garçons. Elle n’hésite pas à partir à l’aventure, se tire des mauvais pas avec ou sans aide. Elle sait qu’elle est une reine et va se comporter comme tel : avec courage, dignité, et la volonté de tenir sa place dans le monde. On est loin des robes empesées et des petites filles modèles. En plus de cette héroïne peu commune, Robert O’Brien n’hésite pas à écrire une histoire aux accents de science-fiction merveilleuse qui joue avec certains canons du conte de fée et parle, l’air de rien, du contrôle des esprits par la propagande, du terrorisme, de l’utilisation de la terreur pour dominer et asservir. Le fond est passionnant et amené d’une manière qui le rend à la fois compréhensible (en jouant sur le sentiment d’injustice que provoque les menées du roi à la couronne noire) et approfondi.
Au final un classique de la littérature jeunesse anglo-saxonne passionnant et toujours actuel. Un grand moment de bonheur pour les petits et les grands.
O'Brien, Robert C., La couronne d'argent, L'école des loisirs, 1987, 5/5

"C'est aussi bien que Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" qu'il disait le monsieur. Et bien vous savez quoi? Il avait raison. Et tort aussi. Mais ceci est une autre question.
Precious Jones, 16 ans, illettrée, enceinte pour la seconde fois des œuvres de son père, brimée par sa mère, une vie d’ors et déjà brisée. Mais c’est sans compter avec l’espoir et les rencontres qui parfois permettent de changer les choses.
Que dire du film... A sa manière, il est aussi un choc. J'en suis sortie l'estomac noué et sans voix. Sans condescendance, avec justesse, Lee Daneils a adapté le roman de Sapphire, lui rendant un hommage juste et parvenant à traduire ce qui fait la force du texte sans aucun voyeurisme. Bien sûr, certains choix, comme de se focaliser sur les rêves de Precious aux pires moments peuvent par moment sembler un peu artificiels, mais ils évitent de sombrer dans le sordide et de rendre le film totalemement insupportable. Ceci dit, le réalisateur épargne ainsi au spectateur ce que la romancière n'épargne pas à son lecteur. La crûdité de certaines scènes dans le roman est rare. Quand au jeu des acteurs, il est impeccable pour la plupart d'entre eux. Precious est superbe, sa mère glaçante. Dommage que la critique du système social qui transparaît dans le texte soit édulcoré dans le film: il n'est jamais question du rôle de l'école et de ses failles, et le personnage de l'assistante sociale est un peu trop idyllique même si cela a aussi le mérite de montrer que le rôle des travailleurs sociaux est loin d'être facile. Bref, un film qui présente quelques défauts, mais qui a le mérite de remettre sur le devant de la scène l'histoire de Precious même s'il ne peut pas rivaliser avec lui en terme de force.