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  • Mrs Palfrey, hôtel Claremont

    Veuve, ne pouvant plus assumer l'entretien de sa maison, Mme Palfrey choisit de s'installer dans un hôtel qui sert de résidence à un petit groupe de personnes âgées. Dans ce petit monde où la lecture des menus et des conversations rythme le temps qui passe, de toutes petites choses éclairent ou assombrissent le quotidien.

    J'amorce avec ce très beau roman reçu dans le cadre du London Swapma découverte d'une merveilleuse romancière anglaise. Elizabeth Taylor, puisque c'est d'elle dont il est question a une plume superbe qui parvient avec finesse, tendresse, cruauté et drôlerie, à dresser le portrait de personnes âgées et de leurs relations avec le monde qui les entoure.

    Dieu sait qu'il est hostile ce monde: une jeunesse dont les us et coutumes sont incompréhensibles, des familles dont la compassion et les bons sentiments sont insupportables, de vieux os qui trahissent chaque jour un peu plus leurs propriétaires, le spectres des hospices et de la perte de toute indépendance qui se profile à l'horizon. Et pourtant, l'espoir toujours, la volonté de faire face et de prendre le meilleur de ce qui reste. A travers les yeux de Mrs Palfrey et de quelques uns des autres pensionnaires on prend la mesure de la cruauté de cet âge de la vie, de la solitude et de ce besoin viscéral d'un peu d'amour et d'attention.

     Il n'y a pourtant rien de larmoyant ou de pitoyable dans les aventures de cette bande de retraités. Bien au contraire, tous portent sur leurs copensionnaires et leur vie un regard acéré et parfois cynique réjouissant. Ils épinglent leurs petits travers, trépignent de pouvoir faire enrager les autres, se réjouissent un peu honteux de leurs petits malheurs, tentent de cacher ce dont ils ont honte. Mrs Palfrey est un personnage adorable: digne vieille damee anglaise, terrifiée par l'horrible Mrs Arbuthnot et pourtant capable de faire face à de folles aventures et à l'amitié qui se noue entre elle et Ludo, un jeune écrivain désargenté. C'est une jolie histoire qui se noue entre eux et apporte du sel à l'existence de Mrs Palfrey: elle se découvre capable de mentir, de faire le mur, d'affronter le regard des vieilles dames comme il faut en allant boire un doigt de sherry avec la vieille dame de mauvaise vie du groupe, de faire tourner en bourrique un petit-fils avec lequel les liens se sont distendus. Ludo lui, se retrouve embringué dans une drôle d'amitié, alors qu'il ne voyait là que l'occasion d'amasser de la matière pour son roman. Ensemble, ils vont faire un bout de chemin qui va leur donner de la force. Pour l'une celle de faire face aux derniers jours de sa vie, pour l'autre, de grandir un petit peu plus. Au-delà de l'amitié de Ludo et Mrs Palfrey, tout un ensemble de petites histoires drôles ou tragiques émaillent le récit et rendent le petit monde de l'hôtel Claremont follement vivant tout en nous parlant de ce que la société occidentale fait de ces personnes âgées devenues encombrantes.

    Une très belle lecture donc, pour laquelle je remercie plutôt deux fois qu'une Chimère!

    Figurez-vous qu'il y a un film! J'ai trouvé la bande annonce! J'adorerais le voir!

     

    J'ai aussi beaucoup pensé à cette magnifique chanson de Jacques Brel, Les vieux.


    Découvrez Jacques Brel!

    L'avis de Dominique.

    Elizabeth Taylor, Mrs Palfrey, hôtel Claremont, Rivage poche, 1992, 213 p., 5/5

  • Le stradivarius caché

     

    En passant devant ce roman, mon oeil a été attiré par son titre, puis par le nom de son auteur qui me disait furieusement quelque chose. Et pour cause, puisque John Meade Falkner n'est autre que l'auteur du merveilleux Moonfleet que j'ai usé jusqu'à ce qu'il tombe en morceau quand j'étais adolescente (et même plus tard, que voulez-vous, je suis fidèle à mes premières amours): des contrebandiers, des aventures, des amours contrariées, de l'histoire, pensez donc! Tout ceci pour expliquer pourquoi diable je me suis jetée dessus sans retenue aucune et l'ai dévoré le temps de quelques trajets de métro manquant à plusieurs reprise de rater ma station, comme le veut la tradition de la LCA parisienne plongée dans un bon bouquin.

    Mais qu'est-ce que ça raconte tout ça allez-vous me demander sans doute et avec raison. Allons-y donc pour un résumé de l'intrigue: au cours de ses études à Oxford, le jeune lord Maltravers, musicien accompli, commence à entendre des bruits étranges et à voir un fantôme dès lors qu'avec son ami, il joue l'Aeropagita, pièce italienne du 18e siècle. Quelques temps plus tard, le spectre, un gentilhomme anglais, le mène vers la cachette d'un magnifique instrument: un merveilleux stradivarius. Mais cette découverte, loin d'être anodine, va le mener à sa perte.

     Autant le dire tout de suite, Le stradivarius caché est un roman furieusement de son temps, et pourtant abominablement passionnant. Les deux ne sont pas antinomiques, loin de là! Falkner trousse à merveille son histoire de fantôme, faisant monter l'angoisse et le suspense à mesure que l'étrange s'instille dans la vie de Maltravers. Peu de choses au départ: un fauteuil en rotin qui craque, la sensation d'une présence, une brume. Et puis, petit à petit, le roman bascule avec la découverte du Stradivarius. Pourtant, le fantastique n'est pas l'aspect principal du récit même s'il y tient une place importante, un violon maléfique n'étant pas après tout la base d'une banale histoire d'aventure. Ce n'est pas tant le fantôme et le violon qui sont au centre que la lente déchéance et la folie qui sont au bout de la route du héros et la manière dont son entourage a perçu cette histoire. Le narrateur est d'ailleurs la propre soeur de John Maltravers, Sophia, qui raconte à son neveu, héritier du titre, les mystérieuses circonstances dans lesquelles son père et sa mère sont morts. Son discours, qui ne rejette pas les phénomènes inexplicables dont elle a été témoin tout en les condamnant avec toute la force de la foi chrétienne qui est la sienne est contrebalancer par celui du deuxième tuteur du jeune lord, l'ami intime de Maltravers, lequel au contraire, malgré tout ce qu'il a vu et malgré les discours tenus au cours de sa jeunesse, tente de trouver une explication rationnelle à tout cela. Le tout donne un récit dont les rebondissements s'enchaînent sans temps morts malgré le style un peu "passé" de l'auteur et des réflexions sommes toutes très marquées par le christianisme et sa morale. Il est tout de même question au fond de la tentation et des risques qu'il y a à y céder et à vivre hors des chemins tracés par la tradition et la foi. Ceci étant dit, rien de cela ne gêne la lecture et c'est au final un roman court mais passionnant qui mérite d'être connu et qui donne une furieuse envie d'écouter cette Aréopagita.

     L'article de Mazel.

    John Meade Falkner, Le stradivarius caché, Rivages poche, 1995, 381 p. 3.5/5