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  • Mais où est donc passée la Chiffonnette Chiffon?

    Ce matin jai emmené mes (fausses) converses faire le travail buissonnier. DSCN2070.JPG

     

     

     

     

     

     

    Elles et moi avont papoté bruyères avec un charmant monsieur, contemplé les jonquilles

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    et les reflets dans l'eau

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    avant de faire connaissance avec miss Charity et de hanter les salles obscures.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Demain je pars faire un tour au pays des scones, des autobus rouges, des romancière et des sexy men. Si je croise Colin ou Daniel, je les ramène dans mon sac à dos en même temps que le fudget et autres gourmandises!

    Reprise des activités et tout plein d'articles à mon retour!

  • Oedipe sur la route

    Oedipe le parricide, le fils incestueux, l'aveugle dont les enfants sont promis à un sombre destin. Ce personnage antique, nous le connaissons par le fameux complexe que Freud a mis en lumière et qui a connu une postérité telle qu'on en parle aujourd'hui à presque toutes les sauces, en oubliant un peu vite qu'Oedipe est aussi, et avant tout un personnage littéraire, une figure tragique d'une rare envergure, le personnage  principal d'une pièce superbe et le père d'une fille dont le nom est aussi célèbre que le sien. Cet Oedipe tragique, j'en garde un souvenir lointain, brumeux, celui d'un homme fait d'une pièce, jouet des dieux qui se soumet à son destin. Henry Bauchau lui, en a fait plus qu'un homme. Sous sa plume, Oedipe devient un être humain dans le parcours duquel tout le monde peut se reconnaître.

     Coupable, Oedipe l'est sans aucun conteste. Il est même LA figure de la culplabilité. Mais responsable du drame qui a ruiné sa vie, celle de femme et mère, celle de ses enfants et frères et soeurs, il ne l'est pas. La culpabilité qu'il ressent et qui le pousse à se crever les yeux avant de partir sur la route est celle d'avoir été aveugle toute sa vie à ce qu'il était et à ce qui l'entourait. En s'aveuglant et en s'exilant, il part d'abord vers l'anéantissement. Puis, sous l'influence d'Antigone qui l'a suivi magré tout, et sous celle de Clios le bandit qui va devenir l'ami et le frère, il va se revenir vers la vie et commencer à parcourir le long chemin intérieur qui va le mener vers la connaissance de soi et l'acceptation de ce qu'il est et de ce qu'il a fait.

    A travers Oedipe, Bauchau raconte le parcours de tout homme et de toute femme qui décide de faire face à ses démons et parle de l'aide que peut apporter l'art dans ce parcours, et de l'importance des rencontres, de l'entourage. Clios qui maintient en vie, protège , Diotime la guérisseuse qui ouvre la voie vers la guérison, Calliope qui jalonne le chemin, Constance qui raconte, ... Une galerie de personnages lumineux, qui deviennent des compagnons.

    Au fil des pages, le long voyage d'Oedipe et Antigone se confond avec le voyage intérieur d'Oedipe en un récit au temps suspendu. L'errance dure des années que le lecteur ne voit pas passer. Les indications de temps sont rares. On se sait en été, en hiver, en automne, au printemps, à l'aube, au coeur de la nuit. Rien de plus et c'est bien ainsi. L'important n'est pas le temps que prend le chemin, mais le visage de ce chemin, les paysages de Grèce, les éléments que Bauchau parvient à faire sentir au lecteur en peu de mots. L'histoire et les légendes aussi sont au centre. L'histoire des personnages, et à travers eux de la Grèce. Quand cela devient nécessaire, Bauchau se fait conteur comme Oedipe l'aède. Des histoires dans l'histoire émaillent le récit, l'aèrent, l'enrichissent. La parole de Constance par exemple, qui dit l'histoire des hautes colline a les résonnances d'un mythe fascinant.

    Le chant, le conte, l'art quel qu'il soit est de toute manière au centre de l'oeuvre de Bauchau. Il est moyen de la connaissance de soi, de la catharsis. Oedipe s'exprime à travers la sculpture et le chant. Symboliquement, sa voix lui revient au fil du travail qu'il accomplit sur lui-même. Antigone, elle, sculpte et file, danse et combat. Clios danse et exprime dans cette danse tout ce qu'il est, il va rencontrer la couleur, la peinture. L'art, s'il vient du fond du coeur et de l'âme est essentiel. Peu importe qu'il survive à celui qui a créé: Oedipe abandonne ou détruit ses oeuvres, et rien n'est plus éphémère qu'un chant ou une danse. Ce n'est pas important. L'art est simplement, et justement ce qui permet d'exister et c'est bien. La vague est un chapitre particulièrment impressionnant par la démesure de l'oeuvre accomplie et par la symbolique forte de cette vague sculptée dans une falaise qui menace d'engloutir une barque qui pourtant la surmonte. Oedipe sculpte, et il sculpte d'autant mieux que ses mains traduisent totalement et pleinement ce qu'il est et ce qu'il est en train de devenir. Oedipe sculpte parce qu'il est aveugle et parce que dans le noir, il devient totalement et pleinement conscient de ce qu'il est et de l'essence de ce qui l'entoure. La vague, il la dompte avant qu'elle ne retombe et n'engloutisse tout sur son passage. Et ainsi, il se sauve et sauve Antigone, Clios et ceux qui l'entourent. Au terme de sa route, Oedipe s'est trouvé, mais il a aussi permis à Antigone de devenir Antigone, à Clios d'être Clios, à Calliope de trouver sa voix.

    Lire Bauchau, c'est prendre un risque à chaque fois. C'est en tout cas ce que je ressens chaque fois que je termine une de ses oeuvres. On peut ne pas être sensible à ses écrits. En ce qui me concerne, ses mots résonnent, rencontrent un écho. Comme Antigone, Oedipe sur la route est un roman fort, plein de la lumière et des senteurs de la Grèce, plein des drames et du cheminement d'hommes et de femmes en quête d'eux-même.  

     

    Les mots d'Erzébeth, ceux de Dda

    J'ai retrouvé l'article qui m'avait amenée à Henry Bauchau et son Antigone... Erzébeth, soit mille fois remerciée pour cette belle rencontre.

     

    Henry Bauchau, Oedipe sur la route, Actes Sud, Babel, 1992, 410 p., 5/5

  • La cucina

     

    Si Rosa Fiore aime quelque chose, c'est la cuisine, un art qui lui permet de surmonter les pires des drames et de continuer à vivre vaille que vaille. Jusqu'au jour où sa route croise celle du mystérieux Inglese, pas particulièrement beau mais tellement attirant, qui en échange des secrets de la cuisine sicilienne, va initier la vieille fille qu'elle est devenue aux plaisirs de la chair. La Cucina est à la fois une ode à la Sicile, ses femmes et sa cuisine et un roman truculent, parfois un brin fantastique et souvent drôle. Dès le premier chapitre, j'ai été emprisonnée dans l'histoire racontée par l'extraordinaire Rosa. " Dépose un tas de farine sur la table, la vieille table de chêne qui nous vient de Nonna Calzino, patinée par des années d’usage quotidien. Il en faut juste assez, ni trop, ni trop peu. De la fine farine de blé dur du moulin de Papa Grazzi à Mascali. Ajoute une bonne pincée de sel. Fais un puits et casses-y des œufs entiers extra-frais, plus quelques jaunes, puis incorpore un filet d’huile d’olive premier choix et quelques cuillerées d’eau froide. Ensuite, du bout des doigts, mélange les liquides à la farine, jusqu’à ce que tu obtiennes une pâte souple. Si les œufs la rendent un peu collante, c’est normal. Continue à la fraiser en la faisant rouler sous la paume des mains. Il faut que les bras fatiguent et qu’une petite rigole de sueur naisse entre les omoplates et descende vers le sillon entre les fesses. Cela vaut pour l’hiver, bien entendu. En été, la sueur ruisselle sur le visage et le cou et tombe goutte à goutte sur la table et le dallage en imprégnant les vêtements. Quand la pâte est élastique, huile-la au pinceau, recouvre-la d’un linge humide et laisse-la reposer. Elle en a tout autant besoin que toi. Cela te laisse le temps de feuilleter un magazine et de te tenir au courant de la dernière mode, ou d’observer par la fenêtre la jeune Maria en train de flirter avec le postier au coin de la rue, un peu plus bas, Fredo qui passe à bicyclette ou les chiens errants qui tentent d’échapper à l’employé de la fourrière. La vie qui va sous tes yeux. C’est le moment de commencer à étaler la pâte. Saupoudre la table de farine et divise le pâton en huit sections égales. Une à une, aplatis-les avec le rouleau à pâtisserie, en exerçant une pression vers l’avant, de manière à obtenir une forme rectangulaire. Procède ainsi jusqu’à ce que chaque section de pâte forme une longue bande de l’épaisseur de la lame d’un couteau. Le couteau qui a tranché la gorge de Bartolomeo. Qui est entré dans cette chair jeune et tendre comme un coltello dans du lard. Coupe la bande en deux dans le sens de la largeur et fais-la sécher cinq minutes sur une perche. Répète l’opération avec le reste de pâte de manière à obtenir seize bandes. Découpe chacune d’entre elles dans le sens de la longueur en formant des rubans aussi minces que possible. Et voilà, tes spaghetti sont prêts à être cuisinés. Préparés avec une délicieuse sauce à base de tomates mûres, de jeunes aubergines, de basilic et de ricotta, tu vas pouvoir les manger à la colazione, au moment où les employés de bureau, les acrobates et les hommes des abattoirs rentrent chez eux faire la sieste et où, pendant une brève période, l’agitation cesse et la ville s’endort."

    J'en avais l'eau à la bouche et une féroce envie de me lancer dans la confection de spaghettis à sa manière! Et pour mon plus grand plaisir, la cuisine est un des thèmes centraux du roman. Rosa est une cuisinière émérite. Suivre son histoire est un peu suivre une cuisinière qui explique en mots, en images, en odeurs et en saveurs, la cuisine de ses ancêtres. Or des odeurs et des saveurs, la cuisine sicilienne n'en manque pas. Au fil des pages, on découvre des plats, des desserts, des gourmandises: torta di ricotta, fritteda, pasta alla Norma, cassata, connoli, dolci, pollo alla Messinese, ciabbatas et focaccoas, panelle, formaggio all'Argenteria, timballo, pasticcio du Sostanza... Je ne sais pas vous, mais moi je me sens soudain un appétit féroce! C'est passionnant et enthousiasmant pour les gourmands.

    Je rassure ceux que cet étalage gastronomique ne convaincrait pas, La cucina ne parle pas que de cuisines. C'est un roman foisonnant de vie et de drôlerie qui frôle par moment le vaudeville. C'est que la famille de Rosa n'est pas commune: un père écrasé par la personnalité d'une mère hors du commun aux appétits légendaires qui fait passer un casting original à ses prétendants une fois devenue veuve, des frères siamois dont le destin ne sera pas moins étonnant que celui des autres membres de cette fratrie. Tout ce petit monde vit, rit, se dispute et pleure autour de la cucina, le coeur de la ferme, le centre de la vie et de l'histoire de la famille.

    "La cucina c'est le coeur de la fattoria et la toile de fond sur laquelle s'inscrit la mémoire de notre famille, les Fiore. Depuis des siècles, la cuisine est le terroir privilégié de tous les événements familiaux heureux et des malheurs, des naissances, des morts, des mariages, des fornications. Aujourd'hui encore, elle est habitée par les fantômes de nos ancêtres. Ils sont assis là, tels des vieux amis, et participent aux discussions ou donnent leurs avis sur les activités des vivants. La cucina est imprégnée des senteurs du passé et chaque note olfactive raconte un événement de son histoire."

    Dans une certaine mesure, La cucina est un roman initiatique, le cheminement de Rosa vers l'âge adulte et le bonheur à travers des épreuves atroces. L'auteur pourrait mettre la larme à l'oeil du lecteur avec ces drames, mais Rosa les raconte de telle manière que jamais on ne s'apitoie sur son sort. C'est émouvant, drôle, inquiétant, mais jamais larmoyant. On a juste envie de savoir ce que va devenir cette toute jeune fille brisée par le meurtre de son fiancé, exilée à la ville, s'étiolant dans une société où tout le monde, de ses frères à sa logeuse, veille sur une vertu que d'autres moquent. Elle fait partie d'une lignée de femmes fortes et tient de sa mère, Isabella, la capacité de surmonter, de faire face et de continuer à vivre malgré la mafia dont la violence fait irruption dans la vie des gens ordinaires aux moments où on en l'attend pas, d'assumer ce qu'elle est malgré le regard que la société sicilienne porte sur les comportements qui sortent de la norme. Ces réalités de la Sicile, on les découvre en filigrane, et on voit Rosa les défier en partant à la découverte de l'amour avec l'Inglese. A mon avis, les galipettes ne sont pas toujours bien amenées, mais le lien entre le sexe et la cuisine, la sensualité qui lie les deux est très bien exploitée et donne lieu à quelques jolies pages et à une belle histoire d'amour.

    C'est donc un roman fort sympathique, enlevé, drôle et appétissant. J'ai passé un bon moment avec Rosa et j'ai été désolée de la laisser si vite à sa cuisine et à ses amours!

    L'avis de Clemenciel, de Ségolène Ampelogos, de Lune de pluie,    

    Lily Prior, La Cucina, Grasset, 295 p., 2002, 3.5/5