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  • Les chants de la terre lointaine - Arthur C. Clarke

    Les-Chants-de-la-Terre-lointaine.gifLa Terre se meurt et les derniers représentants de l'espèce humaine prennent place à bord du Magellan avec l'espoir d'atteindre, après un voyage de plusieurs centaines d'années., une nouvelle planète. Au cours d'une escale sur une planète océan, Thalassa,  colonisée longtemps auparavant par des vaisseaux-semeurs, l'équipage du Magellan rencontre des humains pour qui la Terre est un lointain souvenir. Qui des deux va le plus apporter à l'autre?

    Les chants de la Terre lointaine parle de fin du monde, d'exil, de deuil, et pourtant, c'est un roman qui déborde de tranquillité. Pas si paradoxal que ça puisque finalement, la mort de la Terre est le prétexte à imaginer la rencontre entre terriens et une civilisation autre née de la colonisation d'une planète. D'un côté des êtres humains détenteurs d'une technologie avancée, héritiers d'une histoire longue et témoins de la fin d'une ère, de l'autre, une société pacifique, athée, ouverte, qui ne sait de la Terre que ce qui a été transmis dans les archives du vaisseau-semeur. Arthur C. Clarke raconte un choc des cultures et un enrichissement réciproque, s'attachant plus particulièrement à quelques destins et esquissant au passage quelques pistes de réflexion sur la religion, le devenir de l'humanité, les évolutions d'un groupe humain confronté à l'inconnu. Dommage que la question des espèces intelligentes non humaines soit abordée seulement comme une aventure, et que le devenir de Thalassa et de ses habitants, confrontés à la menace que représente cette intelligence née de l'évolution et le changement que représente la présence de certains des visiteurs restés sur leurs terres soient effleurés, mais finalement, là n'est pas le coeur de ce roman qui s'attache à l'humain plus qu'à l'aventure, à un intermède dans un combat dont on ne connaîtra pas l'issue. C'est du coup de l'aventure sans aventure, une rencontre improbable qui se déroule dans une sérénité bonne enfant dont on prend plaisir à découvrir les tenants et les aboutissants, mais se sentir vraiment remué et interrogé. Mais le voyage est indéniablement plaisant!

    Cachou, pas très convaincue,...

    Clarke, Arthur C., Les chants de la Terre lointaine, Milady, 2010, 352p., 3,5/5

  • La tour de guet - Ana Maria Matute

    tourdeguet.jpgUne terre battue par les vents, traversée par un grand fleuve. Un roi lointain, un baron et ses vassaux dont fait partie le père de cet enfant de dix ans qui grandit seul ou presque, cerné par la misère, la médiocrité et la crasse depuis que sa mère est partie se consacrer à Dieu. Mais comme pour ses frères avant lui, vient enfin le jour de partir s'initier aux armes chez le baron Mohl. Là, il découvre un autre monde, non moins dangereux que celui où se sont déroulées ses premières années.

    Déroutant est le premier terme qui vient à l'esprit une fois ce roman court, mais dense, refermé. D' Ana Maria Matute, une des plus grandes romancières espagnoles contemporaines, c'était le premier texte que je découvrais. Et, autant le dire, une plongée dans un texte foisonnant, au style travaillé, presque baroque au sens premier du terme, et même parfois difficile. La tour de guet est un roman d'initiation. C'est le récit du passage à l'âge adulte d'un enfant confronté à la violence qui imprégne la société féodale, entre apprentissage des armes, éducation féroce, combats singuliers et guerres entre petits seigneurs. Son univers est celui d'un Moyen-Âge où les anciennes croyances affleurent encore, où on brûle les sorcières, et où la barbarie côtoie un raffinement extrême et où la loi est celle des guerriers et des seigneurs. Ceci dit, les interrogations qui le traversent sont intemporelles: plus que tout, il cherche sa place dans un monde que tout d'abord, comme un Candide, il ne comprend pas, puis qu'il fuit ou recherche, déchiré entre dégoût des hommes et désir de puissance, terreur et exaltation, visions d'un monde dont il ne sait pas s'il est passé ou à venir, et un quotidien où les luttes de pouvoir et la méfiance sont de règle et où l'amour est une autre guerre. En cela c'est le thème de la perte de l'innocence qui traverse le roman, une innocence bien loin de celle d'un candide puisque ses premières années sont marquées par la violence de ses frères et de sa mère, la déchéance et l'indifférence de son père, un bûcher, la solitude, la survie. Ce qu'il perd, ou ce qu'il gagne, c'est la perception de la complexité du monde, l'angoisse existentielle, celle qui l'ancre dans le monde et l'y perd à la fois. Une complexité et une angoisse dont il avait l'intuition enfant et qu'il avait perdues pour les retrouver, les approfondir.

    Ce cheminement, on le suit à travers les méandres d'un récit qui résiste, qui s'explore, et qui offre une richesse qui en fait ni plus ni moins un chef d'oeuvre. Et en tout cas maintenant, un indispensable de ma bibliothèque.

    Plaisirs à cultiver...

    Matute, Ana Maria, La tour de guet, Phébus, Libretto, 2011, 236p., 5/5