Histoire de fêter comme il se doit ce jour béni de la Saint-Patrick (et une pinte de Guiness, une!), le Club des Théières invite cordialement la blogoboule à se joindre à sa lecture de mars! Le thème??? Et bien... La tourbe, le whisky, les landes et les leprechauns!! L'irlande quoi!!
Date prévue de publication des billets sur les blogs des participants et sur le blog des théières: 17 mars!!
Que les amateurs se fassent connaître!
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Les seigneurs du thé
En 1873, Rudolph Kerkhoven se rend dans les Indes orientales pour se consacrer avec sa famille à la culture du thé. De ses études à son mariage avec Jenny Roosegarde Bisschop, de ses échecs à sa réussite, on suit le parcours d’un homme hors du commun.Hella S. Haasse est loin d’inventer l’histoire de l’homme dont elle parle. Pour ce faire, elle s’est basée sur les archives de sa propre famille. On sait donc dès la préface que tout ce que l’on va lire, bien qu’en partie romancé est vrai. Du coup, ce qu’on lit est d’autant plus passionnant ! On découvre la Hollande De la fin du 19e siècle, le monde colonial à une période charnière, la naissance et le développement de la culture du thé !Hella S. Haasse sait transcrire les odeurs, les couleurs. On a l’impression de voir les ciels gris de Hollande, la tristesse et la raideur des relations sociales, des ciels encore plus gris quand on arrive enfin aux Indes avec leur luxuriance, la sensualité, la violence aussi. La place que prennent les paysages, véritables personnages est proprement époustouflante.Ce monde colonial n’est plus naissant, loin de là. Mais on a passé la charnière des grands partages, des conflits et des tensions entre colonisateurs (dans une certaine mesure seulement, je vous l’accorde). Les colonisateurs hollandais en sont à leur deuxième, voire leur troisième génération. Ils se mêlent aux populations indigènes, chinoises dans un brassage qui ne signifie pas mélange. Les hiérarchies sont reproduites, les préjugés tenaces. Si quelques uns tentent de faire le bien des populations locales, on en est à un mélange de paternalisme et de socialisme qui donne de curieux résultats.Mais cela n’est guère qu’un petit aspect de ce roman. Les relations familiales des Kerkhoven, les relations conjugales de Rudolph et de Jenny sont au cœur du récit. Rudolph est un homme entier, intègre, honnête. Mais ces qualités sont autant de défauts. Incompris d’une grande partie de sa famille, tous ses actes vont être jugés durement quand iol ne cherchait finalement que la reconnaissance de ses mérites. Les jalousies et les haines vont se déchaîner, parties de si petits malentendus et de si idiotes disputes que les conséquences en semblent disproportionnées. Sans le vouloir, par aveuglement et entêtement, Rudolph va provoquer le malheur de ceux qui l’entourent et surtout de sa femme tant aimée, Jenny dont il va briser illusions et rêves. Car le monde des colons est un monde où les femmes sont soumises. Soumises aux décisions de leurs pères et époux, soumises au désir d’hommes qui leurs font de trop nombreux enfants. Le destin de Jenny, usée par des grossesses et des enfants qu’elle ne désirait pas tant et par une vie dans des conditions difficiles et extrêmes qu’elle n’avait pas choisie en est un exemple. Mais sa propre mère, ses sœurs, les sœurs de Rudolph, sa fille Bertha portent autant d’histoires douloureuses.Dommage que le récit soit un brin lent à démarrer et trop prompt à finir. L’utilisation des archives, si elle permet à Hella S. Haasse d’appuyer son récit et de lui donner des points d’ancrage plombe parfois le propos et hache la narration au point de devenir parfois inconfortable. Entre documents et chapitres romancés, on ne sait parfois plus trop à quelle source se vouer ! J’ai aussi eu un peu l’impression que faute de correspondance, elle finit par s’appuyer sur des photographies qui laissent peu de place aux développements. Et cela au moment où les choses devenaient encore plus intéressantes !Seul gros bémol au final, la multitude des personnages et la complexité des relations familiales qui auraient nécessité un bel arbre généalogique, histoire de s’y retrouver ! D’autant que tout ce petit monde porte peu ou prou les mêmes prénoms !
Bref, globalement une belle lecture même si ce n'est pas un coup de coeur!
Hella S. Haasse, Les seigneurs du thé, Points, 1996, 327 p. -
Le petit coeur brisé
Mélaine a perdu ses parents, puis son grand-père, puis sa grand-mère. Aujourd’hui, à l’âge de 11 ans la voilà héritière d’une fortune non négligeable et prise en charge par deux vieilles cousines excentriques. Dès lors sa vie prend un tour pour le moins agité. D’autant que le petit médaillon brisé qui appartenait à sa grand-mère et les albums de photographies de famille la mettent sur la piste d’un sombre secret de famille.Le petit cœur brisé est un roman attachant. Attachant pour son héroïne, Mélaine, mais aussi pour sa galerie de personnages loufoques. Les deux cousines photographes dont l’une est atteinte de narcolepsie, les cousins pour le moins envieux de l’héritage, le notaire et la nourrice, etc. Attachant pour son intrigue : entre le policier, l’histoire de famille et le fantastique. La tension monte progressivement, et on a hâte de comprendre où l’auteur veut en venir. L’humour allège un peu le tout. Car Moka n’hésite pas à enfoncer les clous ! Les meurtres sont de vrais meurtres et les méchants n’épargnent rien aux gentils, descriptions à l’appui (n’exagérons rien, il n’y a pas de giclées de sang et de tortures affreuses) ! Les parents peuvent faire disparaître un enfant gênant, les orphelins sont rarement épargnés.En plus du reste, (et de l’aveu même de l’auteur), le deuxième niveau de lecture aborde des sujets difficiles : le deuil, l’affirmation de soi et les secrets de famille. A la mort de sa grand-mère, Mélaine part à la découverte d’une famille dont elle ne savait finalement rien. Et petit à petit, elle se construit : en apprenant à connaître ses grands-parents, ses parents un peu aussi, elle apprend à exister, elle qui était transparente.Bref, une belle découverte !Moka, Le petit cœur brisé, L’école des loisirs, Médium, 2001, 165 p.
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Du whooper et de Bubulle
Où l’on retrouve Lisbeth dans de sales draps, Mikael en pleine enquête et où le tranquille petit monde suédois laisse place à un univers où mafia, secrets d’Etat, et complots ont la part belle.Inutile de résumer plus avant le deuxième tome de la trilogie Millénium, le phénomène à côté duquel il est difficile de passer depuis quelques mois.A tort ou à raison, je ne me prononcerais pas sur la question, mais en tout cas, je n’ai pas boudé on plaisir. Plaisir de renouer avec deux personnages que j’apprécie. Plaisir d’en apprendre plus sur Lisbeth Salander la mystérieuse. Même si j’aurais apprécié d’en savoir moins et moins rapidement sur ce personnage haut en couleur. C’est un personnage intriguant cette Lisbeth. Tour à tour attendrissante, agaçante, effrayante. Un personnage tout en brisures qui surprend au moment même où l’on pensait l’avoir cernée. Par contre, rien à signaler du côté de super-Mikael, fidèle à lui-même et d’Erika Berger (que je n’aime guère).En tout cas, Larsson sait entretenir le suspense tout au long de son roman avec un certain brio. Mais je qualifierais le tout de thriller plus que de roman policier à mon avis, tant l’enquête de police n’est finalement que la part congrue de l’ensemble (à mon humble avis en tout cas).Abordant le thème difficile des trafics de femme et de la prostitution dans un des pays d’Europe dont la législation est la plus restrictive en la matière, Stieg Larsson montre à quel point la loi ne change pas toujours les mœurs, surtout quand ceux qui sont censés l’appliquée sont les premiers à l’enfreindre. On se rend compte que cette société si souvent citée en exemple n’est pas exempte des tares et problèmes de toute société humaine. Un peu de politique, beaucoup de rebondissements, aboutissent de nouveau à une fin en forme de point d’interrogation qui laisse le pauvre lecteur sur sa faim et avec l’envie pressante de savoir ce qu’il se passe après la page blanche ! Bravo monsieur Larsson.Stieg Larsson, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, Actes Sud, 2006, 652 p.