Et oui, il y avais longtemps!! Ce n'est pas que j'ai été inactive sur le front culinaire, mais j'ai été tout aussi active sur le front littéraire! Du coup j'aurais bien des choses à vous faire partager, mais je me suis décidée pour mon dernier test! Comme d'habitude, facile! Si, si!
Pour 4 convives, il vous faudra donc:
- 250 g de letilles corail, des lentilles toutes roses et rigolotes pour les filles (et les garçons aussi après tout ils ont le droit d'aimer le rose eux aussi)
- 4 tomates et environ 100 ml de coulis de tomate
- 2 oignons jaunes
- une gousse d'ail
- des filets de poisson blanc (j'ai utilisé du merlu)
- 10 cl de lait de coco
- un citron vert
- un baton de canelle ou une cuillère à café de canelle moulue
- une cuillère à café de curcuma
- une demi-cuillère à café de cumin
- six gousses de cardamome (si vous en avez)
Rincer les lentilles, les mettre dans une marmite avec ail, oignon, tomates, coulis et épices. Ajouter 50 cl d'eau (plus si vous avez tendance à tout faire brûler comme moi), faire mijoter une vingtaine de minutes. Quand les lentilles commencent à faire la tête, enlever cardamome et canelle, mixer.
Pendant ce temps, vous aurez fait cuire les filets de poissons. Les émietter dans le mélange, rajouter le lait de coco, le jus de citron, faites rechauffer un brin et dégustez!!
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Un grain de café dans l'océan de la vie

Irina est vieille, très vieille. Elle rêve, elle pense, elle se souvient de la jeune femme qui a épousé un homme plus vieux qu’elle, qui a quitté Paris pour l’Amérique du Sud à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Elle rêve, elle pense et elle se souvient pendant que la vie continue à couler autour d’elle.L’enchanteur et illustrissime gâteau café-café d’Irina Sasson offre beaucoup de choses. D’abord un magnifique portrait de femme, empreint de sensibilité et de sensualité. Sur 145 pages, Irina nous offre ses souvenirs, rythmés par la recette de ce gâteau café-café qui a fait sa renommée dans la petite société de Batenda, la ville où vit la famille d’Adriano son époux. Un gâteau qu’elle n’a jamais goûté.Pendant qu’Irina se souvient, sa petite-fille Susan est auprès d’elle, avec l’enfant qu’elle porte. Symbole de la vie qui se transmet de mère en fille, de femme en femme.Susan mène une vie qui n’a rien de commun avec celle de sa grand-mère. C’est ce que Joëlle Tiano va prouver avec brio.On suit d’abord Irina dans sa vie de jeune fille parisienne plus instruite que la moyenne des filles de son milieu.On la suit ensuite découvrant ce qu’être femme et épouse signifie. Son éclat de rire au soir de ses noces à la vue de son mari est extraordinaire. « Il continue de s’avancer. La chose oblongue sous son pyjama semble un porte-drapeau. Vous éclatez de rire. J’ai éclaté de rire. » C’est toute une condition de la femme que l’on découvre à travers son histoire, celle de femmes pour lesquelles le mariage est la seule voie envisageable, et de femmes qui n’ont pas choisis leur époux. Pourtant, peu d’entre elles paraissent malheureuse. Irina elle-même vit son sort avec une sorte de philosophie, d’acceptation. C’est ainsi. Son mari a le caractère vif, mais elle en tombe amoureuse, plus ou moins.Amoureuse par la force de l’habitude et du quotidien. Amoureuse jusqu’au jour où elle rencontre Ambroise pour qui, avec qui elle va vivre une véritable passion.On suit également Irina découvrant ce qu’être mère veut dire. Une mère à l’amour plein et entier pour sa fille. Ce qu’elle ressent pour cette enfant va la sauver. Car Irina est une femme qui doute, qui aime, qui souffre. Elle cherche un amour qu’elle lui croit être refusé, interdit, déchirée entre deux hommes. Son histoire est celle d’une femme qui lutte longtemps contre ce qu’elle est, désirant ce qu’elle n’a pas au détriment de ce qu’elle a déjà. Irina qui a grandit en Orient, vécu son adolescence à Paris, son âge adulte en Amérique du Sud cherche son identité : est-elle la française qu’elle désire être, la femme d’Adriano, la mère de Djoïa, la cuisinière émérite ? S’est-elle dissout dans ce mariage et cette maternité ? En cela il est facile de s’identifier à elle. « Dans la journée, je vivais pour Djoïa, j’existais à travers des rôles qu’Adriano m’avait attribués. La nuit, il me fallait me ramasser à nouveau au plus près de moi-même, prendre garde à ne pas être emportée dans le désert de l’exil et de la solitude, l’exil sans repères, les paysages sans limites, les trop vastes demeures, les odeurs familières mais pourtant toujours étrangères, la langue apprise sans mal et dite plutôt bien je crois, mais qui ne me parlait toujours pas. »A la fin de sa vie, enfin, elle revient sur cette vie bien remplie qui a été la sienne et accepte. « Ce qui se passa d’étrange ce jour-là, c’est qu’Irina se réconcilia avec sa vie. Sa vie était sa vie. Elle n’avait pas été la vie de tout le monde mais elle était sa vie. Elle ne pouvait même plus dire maintenant que si elle avait pu choisir […] A la faveur d’une bouchée du gâteau et d’une gorgée de vin ambré, Irina se réconcilia avec ses joies et avec des douleurs. »Le plus extraordinaire est ces pages pleines de sensualité, cette écriture qui coule, limpide et fluide. C’est un roman très agréable à lire que j’ai beaucoup aimé.Enfin, ce qui nous est offert, c’est le portrait en creux d’une société coloniale, des grandes plantations d’Amérique du Sud, d’une époque d’avant et d’après-guerre. C’est un monde qui change avec une rapidité époustouflante. A peine une quarantaine d’années, et ce monde de planteurs n’existe plus ou très différemment. Quand Irina quitte finalement sa maison, sa fille et sa petite-fille vivent autrement, ailleurs, dans un monde difficile à comprendre pour la vieille dame. Un monde dans lequel elle ne vit plus, réfugiée qu’elle est dans ses souvenirs. Pourtant, reste la vie, la constante de la vie des femmes : amour et maternité. Comme si, finalement, les choses changeaient sans changer.
Cathulu en parle, Moustafette aussi, ainsi que Val et Laurence.
Joëlle Tiano, L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson, Intervista, coll. Les mues, 2007. -
Desperate, really desperate housewives

Les femmes d’Arlington Park ont en apparence tout pour être heureuses. Maris, enfants, maisons… Et pourtant… Pourtant la frustration, l’envie, le désespoir, la jalousie et la dépression règnent en maîtres derrières les sourires. Juliet Randall, Maisie Carrington, Amanda Clapp, Solly Keir-Leigh ont toutes le sentiment d’être passées à côté de leur vie. Rachel Cusk raconte 24 heures de leur vie quotidienne, de leur enfer quotidien, 24 heures au cours desquelles l’inanité et le non-sens de leurs existences leur saute au visage.J’ai abordé ce roman de la rentrée littéraire avec les a priori dictés par ce que j’en avais entendu dire et les critiques que j’avais lues. Un Desperate Housewives dans la banlieue londonienne. Je comprends mieux après lecture l’énervement de l’auteur lorsqu’on qualifie son roman ainsi. Rien de la série télévisée ici. Pas d’humour, pas de situations rocambolesques, pas de gaffes. Rien que le glauque, le sordide du quotidien.J’ai trouvé la construction de la journée assez intéressante. On commence à suivre à la fin d’une soirée, on les quitte à la fin d’une autre. Entre temps, nous aurons découvert Arlington Park. D’entrée de jeu, l’auteur donne le ton. Il n’y aura pas grand-chose de rose : une banlieue endormie sous la pluie, des détritus dans un caniveau, la pluie qui tombe sur des humains qui s’agitent. Quelques pages qui dressent le portrait d’une prison sans barreaux, impression renforcée par le chapitre qui coupe le roman en deux. Décrivant le parc d’Arlington Park en fin d’après-midi, il confirme tout ce que l’on pouvait avoir appris sur ce lieu et sur les personnages qui le peuplent. Le malaise s’installe progressivement, lentement, mais sûrement.C’est avant tout le portrait de femmes qui se sentent enfermées dans la vie qu’elles mènent entre mari et enfants. Des femmes qui avaient un avenir prometteur avant de se marier. Des femmes qui ont le sentiment de se mouvoir dans un monde irréel, dans la ouate d’un confort qui les aliène. Le regard qu’elles portent sur ce monde qui est le leur est empreint de dégoût, de noirceur. Le regard qu’elles portent les unes sur les autres est empreint d’une dureté folle, de jalousie, d’incompréhension, de fiel. L’amertume et l’aigreur dont elles font preuve soulèvent le cœur par moment. Petites vengeances contre les amies et les maris, remarques blessantes, elles n’épargnent rien ni personnes, surtout elles-mêmes dans leurs moments de lucidités.Mais le pire est sans doute que tout en étant conscientes de leur prison, elles sont incapables d’en sortir, incapable de se révolter autrement qu’en passant, finissant par se convaincre elles-mêmes que la vie qu’elles mènent n’est pas si mal que ça.Leur vie les empêche de voir la beauté du monde qui les entoure, malgré quelques moments de grâce. Tout y passe.C’est aussi le portrait au vitriol d’une classe moyenne et d’une classe supérieure contente d’elle, imbue de sa situation et de ses privilèges.C’est très bon, bien écrit, bien construit. On reste un peu trop en surface parfois. C'est en tout cas définitivement très mauvais pour le moral. J’en avais l’estomac retourné par moment, et j’en suis ressortie avec la ferme intention de ne jamais prendre mari ni avoir d’enfants ! J’ai eu un peu de mal à le terminer du coup. Mais c’est sans aucun doute un coup de poing.A posteriori (une bonne semaine de réflexion tout de même), je me rends compte que le tout était un tantinet agaçant ! Trop de noirceur, un regard trop pessimiste sur la nature humaine. Il semble un peu à la « mode » de dénoncer maternité, et vie de famille comme une pure aliénation… Je n'ai pas l'expérience nécessaire pour donner un avis circonstancié sur la vie d'une mère, et a fortiori d'une mère au foyer, mais si c'était si terrible que ça, il n'y aurait vraiment aucune femme heureuse... Ce qui me paraît un tantinet outrancier! Mais c'est vrai que Rachel Cusk décrit aussi une autre manière de vivre la féminité et la maternité à travers un personnage particulier... Je n'en dirait pas plus!
Extraits:« Elle se demanda si les livres qu’elle aimait la consolaient précisément parce qu’ils étaient les manifestations de son propre isolement. Ils étaient pareils à de petites lumières sur une étendue déserte, une lande : de loin ils semblaient serrés les uns contre les autres, innombrable, mais de près on voyait que des kilomètres et des kilomètres d’obscurité et de vide les séparait. »« Etait-ce cela que Juliet serait un jour ? Vide, entièrement déversée en Katherine, en Benedict et Barnaby ? Morte et pourtant vivante ? »« On se rend compte qu’on attend quelque chose, dit Juliet, qui n’arrivera jamais. La moitié du temps on ne sait même pas ce que c’est. On attend la prochaine étape. Puis, à la fin, on comprend qu’il n’y a pas de prochaine étape. Il n’y a rien de plus que ça. »« Elle vivait maintenant dans une sorte de boucle ou de circuit qui la faisait passer par les mêmes endroits et la ramenait sans cesse aux mêmes choses. »
Clarabel en parle, Cathulu aussi.
Rachel Cusk, Arlington Park, Editions de l'Olivier, 2007,