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  • Dear old Jane

    Séduite par son titre et alléchée (telle le corbeau) par ce que j'ai pu en lire ici ou là, je me suis décidée à me lancer dans Le culb Jane Austen de Karen Joy Fowler.

    De nos jours (ou presque), un club particulier s'ouvre en Californie. Il réunit cinq femmes unies par leur amour de Jane Austen et de son oeuvre, et un homme, qui ne sait guère, le malheureux, où il a mis les pieds. Sur une année, nous allons suivre les péripéties quotidiennes, familiales, amoureuses, professionnelles de ces personnages. Jocelyn et ses chiens, Sylvia et son mari volage, Allegra et ses amours difficiles, Prudie et son français adoré... Toutes et tous cachent des blessures, des amours, un passé dont ils vont se faire l'écho l'un après l'autres. Six livres, six réunions vont scander ces récits de vie.

    Les personnages sont attachants. Il est agréable de les suivre, de découvrir ce qu'ils cachent sous la façade qu'ils présentent au monde, ce qu'ils pensent les uns des autres. Rien de bien particulier ne se passe. C'est vraiment une chronique de la vie quotidienne, rythmée par ces rencontres et ces échanges autour de Jane Austen. Parfois un peu longuette, mais jamais désagréable. On se prend d'amitié pour les uns et pour les autres.

    Il va sans dire que l'auteur apprécie cette vieille Jane. Mais finalement, elle n'est qu'un prétexte. J'ai d'ailleurs été un peu destabilisée au départ. Je cherchais un rapport entre les oeuvres qui scandent le passage du temps et les aventures des personnages, un rapport qui n'existe pas, ou alors que je n'ai pas trouvé. Reste des idées amusantes, des réflexions originales ou pas  sur une oeuvre que j'apprécie, à titre personnel, énormément. Rien que pour se retrouver entre amoureuses de cette oeuvre, cette lecture en valait la peine. Et puis aussi des réflexions sur la lecture, sur le partage. On se retrouve un peu dans ces passionnées qui regardent d'un (assez) sale oeil qui ose profaner l'Oeuvre! Qui n'a pas eu ces marottes un peu exclusives!

    Bref, un roman agréable à lire, qui va tranquillement son petit bonhomme de chemin. Pas nécessaire en plus d'avoir lu Jane Austen pour comprendre, même si je pense qu'il faut  connaître un minimum son oeuvre pour réellement apprécier. Rien d'inoubliable, mais un bon moment de lecture.

    "En fait, c'est Austen qui écrit les livres vraiment dangereux, continua Allegra. Des livres auxquels les gens croient vraiment, même des siècles plus tard. Que le courage sera reconnu et récompensé. Que l'amour prévaudra. Que la vie est une belle histoire d'amour."

    Karen Joy Fowler, Le club Jane Austen, Gallimard Folio, 2007, 374 p.

  • Cahiers de verdure

    Et bien il semblerait que je sois en passe de guérir d'une de mes maladies: l'incapacité chronique de lire de la poésie. Comment définir cela... Une résistance à toute épreuve aux vers... Des crises de fou rire à la lecture de Lamartine... Des éruptions de boutons avec Hugo... C'était sans aucun doute que je n'étais pas encore tombée sur un poète capable de me toucher. Ceci dit, la guérison se faisait sentir. Mon cas n'était pas désespéré!

    C'est pour cela que j'ai été touchée et fascinée par Philippe Jaccottet. Cahiers de verdure, suivi de Après beaucoup d'années est un recueil de poèmes et de courts textes qui parlent de la nature, de la montagne, et de l'amour de Jaccottet pour ces lieux. Il dit, avec des mots très simples et très beaux le soleil qui se couche, les arbres et les fruits, les combes et les torrents. Et c'est fou, on sent, on entend, et on revit des soirs d'été que l'on a vécu.

    Une magnifique découverte.

    "Comme quand traine un peu de brume sur une source qui a pris la couleur des plantes qui l'abritent, un trouble embué. Le voile qui amortit et qui aiguise la violence montée des profondeurs.

    Des êtres jamais vus, comme assis sous des nuages dont le bord serait argenté par la lune.

    Avant que tu ne passes une bonne fois au nombre des fantômes, écris qu'il n'y a pas de plus haut ciel que cette source couleur d'herbe."

    Philippe Jaccottet, Cahiers de verdure, suivi de Après beaucoup d'années, Poésie/Gallimard, 2003, 197 p.