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  • D'un siècle à l'autre

    Je me répète, je sais. J'en ai déjà parlé, je sais aussi! Twentieth century boys est du grand manga.

    En 1969, une bande de gamins comme les autres joue à sauver le monde et à inventer des histoires de super-héros. A la fin du 20e siècle aucun n'a réalisé les rêves de son enfance. Mais leur petite vie tranquille va être bouleversée par les agissements d'un mystérieux personnage qui ne veut rien de moins que provoquer la fin du monde en suivant un scénario qu'ils ont inventé... Difficile de résumer le scénario de ce seinen riche en détails et en rebondissements. Il est resté rivé à mes mains. Plus le scénario avance et plus les choses se compliquent. Et jamais elles ne vont dans le sens où l'on pense qu'elles vont aller. Nouveaus personnages, retour d'anciens, changments de points de vue, rebondissements... J'ai l'impression de me retrouver de nouveau plongée dans Les 10 petits nègres. Vous voyez ce que je veux dire? Le fait de tout avoir sous le nez et de ne rien voir venir? C'est la même chose! Ma machoire s'est fracassée sur mon bureau à la fin du 12e tome et je ne l'ai pas encore ramassée! Incroyable. Je file de ce pas à la bibliothèque récupérer la suite. Et si elle n'y est pas... Je dynamite la section!

    20th century boys, Naoki Urasawa, t.1 à 12, Panini Manga

  • De nuit et de feu

    Au commencement était La Sève et le Givre, au commencement de ma découverte de l’œuvre de Léa Silhol en tout cas. J’en garde un souvenir fort, celui d’avoir été happée, gardée et changée par cette écriture, par cette histoire si vieille, déjà si racontée et pourtant nouvelle.
     
    « Trois fois les Parques ont parlé, et en accord avec leurs prophéties de ruine, Finstern, Roi de la Cour unseelie de Dorcha, doit mourir. Sauf si... Comme une dernière chance, ou un danger supplémentaire, des puissances contraires mettent au monde Angharad, née du printemps et de l'hiver, de l'élan et de la mort. Elle peut contrecarrer le destin de Finstern, ou le précipiter, et s'avance sur l'échiquier en Reine Blanche, porteuse du pouvoir de trancher entre des myriades d'intérêts divergents. Mais sans savoir quel est son destin, ni le prix qu'elle devrait payer pour écarter Finstern du sien. Au cœur des affrontements entre les fées d'Ombre et de Lumière, les Fatalités et les anciens dieux, Angharad cherche une voie qui lui soit propre, chacune de ses décisions engageant à la fois l'équilibre de la Féerie, et des Terres de Mortalité... » (présentation de l’éditeur)
     
    Ce n’est pas à une simple romance qu’invite Léa Silhol, mais à une chanson de geste traversée par un souffle qui n’est qu’à elle. Dans son roman, l’amour rime avec souffrance, fuite, affrontement, guerre. Rien de tranquille ou de doux. Un romantisme à l’état pur, une poésie brute, loin de l’eau de rose que j’exècre. J’ai aimé ces personnages rigides, entiers, et pourtant non exempts de failles. J’ai aimé ces cours d’Ombre et de Lumière, ces rites et ces peurs ancestrales. J’ai aimé cette dialectique du choix et du renoncement, de la liberté et de la soumission. Et j’ai aimé, par-dessus tout cet art de faire revivre des légendes, des mythes, des contes, et toute une tradition.
    La plume de cet auteur est tout bonnement fabuleuse, et je pèse mes mots. Ciselée comme au couteau, brillante, précise. Je ne m’en lasse pas et ce n’est pas faute de lire et relire ses phrases !
    Ce n’est pas pour rien qu’elle est nommée la Tisseuse. Car c’est bien une toile qu’elle tisse par petits bouts, qu’elle créée à partir de matériaux existants, les transformant à sa guise au gré de son talent. C’est ce que me souffle la suite de La Sève et le Givre.
    La Glace et la Nuit, opus 1 – Nigredo confirme tout le bien que je pense et dit de cet auteur.
     
    « Le vent a soufflé sur le Royaume... En Hiver, la Reine des Neiges déchiffre la Trame du Temps et voit venir les jours derniers, la fin de tous les Chants. Elle confie à l'un des membres les plus inattendus de la Cour Froide une mission capitale, porteuse de tous ses espoirs : retrouver Angharad, Dame de la Sève et du Givre, qui a quitté les Dix-Neuf Royaumes depuis deux cents années mortelles. La retrouver, la ramener, telle est la mission de Kelis, le barde incertain qui connaît si peu le monde. Un acte désespéré, dont tout dépend. Et Kelis, fou blanc, s'avance sur l'échiquier de sa souveraine, sans se douter qu'il va entraîner, à chacun de ses pas, le plus grand changement qu'ait connu la Féerie. S'avance, tandis que le temps coule comme de l'eau... À travers les pièges des fiefs d'Ombre. Les envoûtements de Nicnevin. Les chasses unseelie et les jeux de Lumière. Les plans des Monarques des Trois Clartés. Les alliances avec les dieux étrangers. Les épées élevées des Nishven et l'art antique des filidh. Les routes à créer et les héritages à accepter. Sur les pas d'Angharad et Finstern, jusque dans leur volontaire exil. Vers la fracture des Cours, la guerre contre la Mortalité, et vers la promesse de la plus périlleuse des Cours. Vers l'espoir de Seuil. C'est dans la conquête des passages et des clefs, et sous l'égide des anciens Trésors des Tuatha de Danann, que commence à se tisser le deuxième chant majeur du monde de Vertigen. » (présentation de l’éditeur)
     
    On passe d’un roman à un autre par une transition tout bonnement époustouflante. Dès les premières page, je me suis sentie tomber, passer la frontière entre le monde réel et celui des faes. Le talent est toujours là. De nouveaux personnages sont introduits, les caractères de ceux que nous connaissions déjà sont approfondis. Des liens se tissent avec Musiques de la Frontières, et d’autres nouvelles encore. Très franchement, j’ai le cerveau en ébullition. C’est fascinant de voir ce monde, cet univers en train de se construire. Et de constater que la construction de ce monde offre, outre la magie, des réflexions, des échos avec le monde "réel".
    La Glace et la Nuit est sans doute plus abordable que La Sève et le Givre. Par son écriture. Plus d’action, des personnages plus abordables aussi. Même Angahrad et Finstern, par leur amour vécu dans le quotidien comme le combat nous deviennent plus proches. Pas plus humains, car cela n’est guère possible de ce côté du miroir, mais plus proches. J’ai eu du mal à les quitter, eux, et aussi Kelis le Fili et Elzeriad, et Echaion, et les autres.Quand aux rebondissements de l’histoire, j’en ai eu le souffle coupé !
    Je ne repartirai pas dans une antienne consistant à comparer la dame à Tolkien. Mieux, moins bien, meilleur, etc. Ce serait lui faire injure, et faire injure à deux œuvres très différentes. Mais dans mon cœur, elles sont très, très, très proches, par le bonheur et le plaisir qu’elles m’ont apporté, par la magie qu’elles ont infusé dans mon quotidien. C'est tout dire.
    Certains disent que ces deux œuvres peuvent se lire indépendamment. Sans doute. Mais pour apprécier réellement La Glace et la Nuit, il faut avoir savouré La Sève et le Givre.
     
    Pour terminer avec ces mots qui ne peuvent que médiocrement traduire mon enchantement, ces quelques lignes à savourer :
    « Entre les Cours, entre les certitudes, de ce que le Peuple nomme Le Royaume, il y a des zones franches, des zones mortes, tissées de promesses, d’annonciations, et d’hypothèses. Des Interstices. Se tenir là, c’est être suspendu éternellement dans l’espace bref du passage. C’est contempler à l’infini ses propres choix. Se tenir là, comme à présent je m’y tiens. Le conte de la Dame de la Sève et du Givre et du Seigneur de la Haute Nuit est aussi long que le monde. Avec le monde il naquit, et si la création devait s’engloutir, je le crois, même, capable d’y survivre. De perpétuer le Chant après que toutes les voix se soient éteintes. Au-delà de la chair périssable, les piliers de notre univers demeurent : la main des Saisons est lourde sur l’écorce des sphères ; la Nuit a été, avant même l’avènement de la lumière. Pour ce chant, il y a eu avant moi des bardes. Il y aura après moi des bardes. Il y a eu, il y a, il y aura toujours, un Fili pour le poursuivre. »
     
    Miss Meor parle aussi et Sneed également . Pour la Sève et le Givre en des terres qui me sont plus familières, chez Lhisbei et Chimère.
    Pour le site officiel de la Tisseuse, le chemin est le suivant: http://www.unseelie.net/
     
    La Sève et le Givre, Léa Silhol, l'Oxymore, coll. Moirages, 2002, 281 p.
    La Glace et la Nuit, t. 1 Nigredo, Léa Silhol, Les moutons électriques, 2007, 372 p.

  • Jargonnons

    Je suis trèèèèès fière de moi! Oui, j'ai été bibliothéconomiquement opérationnelle ce week-end! J'ai désherbé ma bibliothèque! Comment ça, "arrêtes de frimer"! Maieuhhhhh! C'est vrai quoi, si je ne peux pas utiliser tous les jolis mots que j'apprends en formation où va le vaste monde!?!

    Bon, tout ça pour dire qu'au bilan du viaduc du 8 mai, j'ai trié les livres (Mes livres! Maman, ne touche PAS à ce Ffjorde, il est à moi!) qui encombrent les étagères chez mes parents... Quoi? Comment ça "même pas vrai"? Mais si voyons!... Bon, d'accord, j'ai uniquement réussi à jeter mes vieux bouquins de droit périmés. Et pis Les Confessions aussi, mais ça c'est parce que je hais Rousseau! Et puis les polars stupides de ma pré-adolescence. Et pis les leçons de psychanalyse de Freud que je ne lirai jamais.

    Où en étais-je?

    Nulle part? Ah. 

    Comme il va bien falloir que j'avoue, passons à table. En triant, j'ai retrouvé tout plein de livres que je n'avais pas lus. 10 ans d'arriérés de lecture, je vous laisse imaginer. J'ai honte! D'autant que j'avais acheté encore quelques titres le matin même. On ne se refait pas. J'ai fait voeu (que je romprai à la première occasion) de ne plus mettre les pieds dans une librairie avant d'avoir éclusé le drame. J'ai de quoi résister à plusieurs défis ABC pour tout dire...

    Et pour le plaisir des yeux, une partie du drame en images. Sortez vos mouchoirs!

     

     

    Ca, c'est chez papa et maman

     

     

     

     

     

     

     

    Ca c'est à ma maison. J'ai pu en oublier trois que j'ai déjà lu dans le tas, mais en gros, c'est ça! Pour la liste, suivre la piste!

    Et vous savez quoi, le pire? C'est que je travaille DANS une bibliothèque.

  • Honneur au merveilleux

    Etant donné que me voilà lancée dans la nouvelle oeuvre de Léa Silhol, et que je vais incessement sous peu chroniquer tout cela, un petit renvoi vers ma première critique d'un de ses livres me semble adéquate. Dont acte! Pour les Musiques de la Frontière, c'est par ! Pour la Sève et le Givre et La Glace et la Nuit, c'est par ici!

  • De petits livres en petits livres

    Mme Campan fut lectrice à la cour puis femme de chambre de la reine Marie-Antoinette, de l'arrivée de celle-ci à la cour à la révolution française. Instruite, lettrée, fine, elle mit ses souvenirs par écrit bien des années plus tard, alors qu'elle était devenue une éducatrice respectée. Les extraits de ses mémoires, présentés par Martine Reid dans la petite collection des Folios à deux euro est un vrai bonheur. On voit revivre la cour dans ses petits détails, dans le quotidien au lieu de ne voir qu'une galerie des glaces et un Trianon, on voit la politique du royaume en train de se faire. Le regard acéré de la dame ne fait que peu de cadeaux. Fidèle et loyale à sa reine, elle la défend, sans pour autant passer sur ses petits défauts et ses ridicules et sans oublier une rigueur historique qui liui fait honneur. On voit revivre la femme cachée sous la couronne et les fastes. Cest passionnant et agréable à lire. Ceux qui ont aimé le Marie-Antoinette de Sophia Coppola y trouveront largement leur compte.

    Mme Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette (extraits), ed. établie par Martine Reid, Gallimard, Folio Femmes de Lettres, 2007, 132 p.

    Par contre, Nathalie Rheims retrouvée par hasard au fond de ma bibliothèque ne m'a pas fait plus forte impression qu'à ma première lecture qui date d'il y a quelques années. Ses Lettres d'une amoureuse morte sont un oeuvre hybride, à cheval sur le poème et le récit. Une amante éconduite pleure sur l'amour mort et sombre dans une dépression noire au point de se laisser mourir. Mon manque de sensibilité s'explique sans doute par mon absence d'expérience de ce genre de passion, mais j'avoue m'être un brin ennuyée. Ou alors c'est mon coeur de pierre? Après tout on me reproche toujours de m'être écroulée de rire à la fin de la Cité des Anges (suis-je donc la seule personne en ce bas monde à trouver ce film totalement ridicule? Bien sûr que quand on fait du vélo les yeux fermés on se plante!)! Quelques très belles pages toutefois.

    Nathalie Rheims, Lettre d'une amoureuse morte, Gallimard, Folio, 2000, 89 p.