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Littératures québécoises

  • Le ciel de Bay City

     

    Rares sont mes échecs de lecture dont je parle dans ce blog. Tout simplement parce qu’en général je n’ai pas envie d’en parler. Mais Le ciel de Bay City fait partie de ces rares romans qui m’ont tellement agacée que je ne les ai non seulement pas terminés, mais qui m’ont aussi laissée en colère.
    Même en frôlant l’overdose de récits sur la Shoah et ses conséquences sur les victimes et descendants de victimes, je n’avais pas franchement d’a priori en commençant ce roman. Je manquais d’un peu de motivation, mais rien d’insurmontable. Je m’attendais en fait à un texte fort, empreint de noirceur. Le hurlement de souffrance d’une jeune femme portant sur ses épaules le destin d’une famille en grande partie décimée dans les camps de concentration. C’est exactement ça : Amy raconte les quatre jours qui ont précédé l’incendie de la maison familiale, et la mort de ce qui lui restait de famille, elle raconte l’enfance entre une mère qui ne l’aime pas et une tante qui en fait une sainte, la difficulté de se construire, l’impossibilité de sortir du désespoir malgré l’ivresse et l’amour. C’est un long monologue, répétitif, glauque, où il est difficile de faire la part du vrai, du fantasmé, des hallucinations.   Je l’ai trouvé insupportable. Il est vrai que le style de l’auteur est étonnant, maîtrisé, mais il n’a pas fonctionné sur moi et m’a mené à l’écoeurement. Je ne pouvais plus supporter cette image du ciel dont les couleurs défilent et dont le vide devient une sorte de symbole du vide intérieur de la narratrice et de l’impasse dans laquelle elle se trouve. J’ai malgré tout parcouru les dernières pages : l’espoir renaît dans une certaine mesure sans que le mal ait disparu pour autant.
     
    L’avis de Venise, Martine Laval, Papillon, Lucie Renaud a aimé et donne pléthore de liens intéressants, Marielle en fait une analyse intéressante.

    Mavrikakis, Catherine, Le ciel de Bay City, Sabine Weispiser, 2009, 2/5

  • Un ange cornu avec des ailes de tôle




    Celui-ci est un coup de coeur. Je l'ai lu presque d'une traite, le laissant à regret à la fin d'un trajet de métro, l'abandonnant le coeur serré quelques jours avant de le dévorer le temps d'un voyage en train! 
     
    Petit Michel deviendra grand. En attendant, petit Michel grandit dans une famille agitée et chaleureuse, dans un quartier montréalais convivial et, surtout, petit Michel apprend à aimer lire avant que de devoir écrire.
     
    J'ai littéralement adoré ce livre. C'est drôle, fin, tendre, touchant et une foultitude de choses qui m'échappent maintenant! Un lecteur ne peut qu'être touché je pense par cette lecture, tant l'amour des livres et de la lecture transpire de ces pages. On rencontre la grand-mère Tremblay qui envoie son petit-fils en course pour lui chercher des livres avant de les échanger avec la voisine d'en face, une vieille femme à qui elle n'a jamais parlé mais avec qui elle partage tant que les mots ne sont plus nécessaires. On croise aussi la maman, Rhéauna, grande lectrice à ses heures, le père qui remplit une mission top secrète, des frères qui jouent des tours pendables et n'aiment pas moins lire, des voisins avec qui faire les quatre cent coups
    Chacun peut retrouver, je pense, un peu de son parcours de lecteur à travers l'histoire de Michel Tremblay. La lecture en cachette, le soir, la lecture passionnée des dimanches après-midi, lové dans les coussins du canapé ou du lit, la lecture au point d'en oublier le monde autour, le plaisir de découvrir des mondes insoupçonnés et de voyager. Il en parle avec ardeur dans une langue claire qui frappe juste et touche à coeur. Et qui donne envie de lire ou de relire certains textes. Comme l'Auberge de l'Ange Gardien de l'inénarrable comtesse de Ségur, ou Gabrielle Roy.

    On ne trouve pas qu'une histoire de lecteur dans ces pages. On trouve aussi une histoire d'écrivain. Intimement lié au lecteur, il y a un écrivain qui apparaît au fil du temps. Un écrivain qui va mettre du temps à s'affirmer comme tel, qui va longtemps jouer au chat et à la souris avec son entourage, qui va d'abord inventer des fins alternatives à Blanche-Neige (il a raison, elle est tarte cette fin), puis écrire des textes qu'il va cacher dans les endroits les plus improbables avant de finir par les rendre publics.

    Au-delà de tout cela, l'intérêt de ce récit autobiographique réside dans ce qu'il dit des effets de la lecture. On voit le jeune Michel se découvrir, construire un sens critique grâce à la lecture, un imaginaire qui vont sans doute en partie le sauver. Son affrontement sur Victor Hugo avec les frères qui l'enseignent est un moment épique. On frémit d'indignation avec lui, d'angoisse en attendant les conséquences, et de soulagement au final! On le voit aussi tisser des liens avec son entourage grâce aux livres. Les discussions qu'il va avoir avec sa mère notamment, avec son frère aussi sont parmi les plus beaux échanges sur des lectures que j'ai lues. Et les plus drôles. Il faut le voir disserter sur la vraisemblance en littérature!!


    Et puis c'est tellement drôle. Cette histoire de famille populaire des années 50, doucement frappadingue, aimante, envahissante, solidaire dans les coups durs. En quelques touches Michel Tremblay dresse le portrait de personnages d'autant plus attachants qu'on les sait "vrais". Le parlé québécois avec ses expressions tellement savoureuses est un vrai bonheur tant il sonne juste! On sent que Michel Tremblay n'a pas forcé le trait. Ils étaient comme ça ses proches, ils parlaient et se parlaient comme ça! Il porte un regard juste sur son enfance et son adolescence. Et il rend un hommage poignant à une mère à l'amour inconditionnel et vachard. J'aurais bien cité ici la dernière phrase du récit, mais je ne veux pas gâcher la lecture d'un ou d'une malheureuse!


    En tout cas, j'en ai noté des choses! Pour le plaisir de partager, un passage que j'ai particulièrement aimé...

    "On dit que désirer est plus jouissant que posséder. C'est faux pour les livres. Quiconque a senti cette chaleur au creux de l'estomac, cette bouffée d'excitation dans la région du coeur, ce mouvement du visage - un petit tic de la bouche, peut-être un pli nouveau au front, les yeux qui fouillent, qui dévorent - au moment où on tient enfin le livre convoité, où on l'ouvre en le faisant craquer mais juste un pue pour l'entendre, quiconque a vécu ce moment de bonheur incomparable comprendra ce que je veux dire. Ouvrir un livre demeure l'un des gestes les plus jouissif, les plus irremplaçables de la vie."


    Merci Gachucha de m'avoir donné envie de le lire!



    Michel Tremblay, Un ange cornu avec des ailes de tôle. Récits. Babel, 1996, 284 p.