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  • Looking for Books

    books 2010.JPGEt de trois donc! Assez bizarrement, les habitudes s'installent au bout de trois ans... Constituer les sacs de lots à minuit en comptant sur ses doigts, transbahuter 1 tonne 28 de livres divers et variés de la chambre au salon et parfois retour, trimballer le tout jusqu'au carrosse d'Amanda et sa bonne fée qui parle, armées de nos sandales. Regarder d'un air blasé les premières gouttes de pluie tomber, commencer à paniquer à mort quand les trois gouttes se transforment en déluge digne d'un arche que nous ne nous voyons pas construire là comme ça... Boire pleeeeeinnn de café sous l'oeil goguenard d'un serveur qui se demande ce que diable ces deux glamourous girls font dans son café armées d'un caddie à papillon, d'un gigantesque parapluie et recevant la visite de gens ma foi fort étranges. Voir débouler des équipes qui nous détestent, mais alors vraiment nous détestent profondément, et-d'abord-qu'est-ce-que-c'est-que-cette-énigme-non-mais-on-a-pas-idée-franchement, des fous rires, des angoisses, des coups de fils et des SMS dans tous les sens,...

    A la fois tout pareil et tout pas pareil et toujours le même plaisir à voir filer la journée et les équipes, à rire aux larmes devant les inventions des uns et des autres. Il faut dire qu'entre des demoiselles de Rochefort zombie abattues par un parapluie de Cherbourg, une poupée en paille et tissu, un morceau du bûcher d'Esmeralda, un film d'horreur dans les toilettes, les tee-shirts de l'équipe Tribbiani ou les badges de Sean Connery, et les cogitations sur des énigmes ma foi retorses (mea culpa et tout ça, mais que voulez-vous, quand on nous dit que c'était trop facile l'année dernière, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres et aux tendances sadiques des organisatrices), nous aurons été gâtées. De toute manière, vous vous êtes vengés. Parce que les photos à la manière Harcourt, ce fut grandiose. J'entends encore l'une me dire "Prends l'air méprisant" pendant qu'une deuxième derrière son épaule faisait "ohhhh ouiiiiiii, prends l'air mépriiiissaaannnt Chiiifff'"! Ou "Souris moins"! Vous auriez réussi à garder votre sérieux vous? Ben moi non! Et au moins je sais pourquoi je n'ai pas fait porte-manteau professionnel dans la vie! Et non mon mètre cinquante-cinq et mes hanches n'ont vraiment mais alors vraiment rien à faire dans ce non-choix de carrière!

    Et puis moi, ce que j'aime, c'est écouter Amanda, boire du café avec elle et apprendre pleeeeinde choses sur la mode. J'ai découvert l'existence de Suzy Menckes par exemple. Savez pas qui c'est? Franchement...La papesse de la mode!! Ok, moi non plus. Mais maintenant oui parce que non seulement Amanda parle superbement de littérature, couine, mais en plus elle sait tout plein de choses et elle les partage avec enthousiasme et passion! A ma décharge je change de chaussures quand je suis obligée de rentrer pied nus chez moi et de tee-shirt quand il y a des trous dedans. Un jour je promets, je parviendrai à marcher avec des talons!

    Bref, ce fut encore une bien belle jouréen, humide à souhait! Merci Amanda de m'avoir supportée toute la journée. Merci les participants pour votre bonne humeur et vos inventions... hilarantes, merci aux éditeurs pour leur aide cette année encore, merci les GO parce que quand même, on aura bien rigolé!

    Pour la petite histoire, j'ai affiché mes couleurs toute la journée, parce qu'il y a des choses fondamentales dans la vie et ce n'est pas Fashion et Karine:) qui me contrediront!

     

    Doctoooor.jpg

    Et vous n'avez pas vu le dos...

    Vous retrouverez toute la listes de comptes-rendus et bientôt les réponses et autres inventions des participants sur le blog de Books!

    Et un petit article sur MyBoox!

  • De L'enfant Bleu à Déluge - Henry Bauchau

    Parler d'un roman d'Henry Bauchau m'effraie toujours. Comme traduire l'émerveillement qui me saisit toujours, l'impact physique qu'a chacune de ses oeuvres sur moi, le souffle qui manque parfois et le sentiment de plénitude à la dernière page. Ses récits sont à la fois d'une extrême simplicité et d'une complexité symbolique qui fait de la lecture une exercice fluide et pourtant épuisant.

    Dieu que je l'aime cette plume, je l'aime d'autant plus que je la sais fragilisée par l'âge: Henry Bauchau a 97 ans et continue un travail essentiel et fascinant avec un talent et une force qui ne perdent pas leur intensité.

    Une des choses qui m'a fascinée dès le départ a été la place qu'il donne dans son oeuvre à l'art. A la fois facteur d'équilibre, de déséquilibre, moteur fondamental de la construction de soi, de la survie, enchantement du monde et souffrance. Mais je n'avais pas encore lu L'enfant bleu. Ni Déluge, son dernier roman. Deux romans où l'art et la pratique artistiques ont une place centrale, absolue et qui, d'une certaine manière, sont le prolongement l'un de l'autre.

     

    lenfant-bleu-L-1.jpegL'enfant bleu d'abord. L'histoire d'Orion, un adolescent psychotique que personne ne parvient à réellement prendre en charge jusqu'à Véronique, une psychanalyste qui lui fait trouver le chemin de l'art, un chemin qui va changer son rapport au monde et lui permettre de vivre avec le démon de Paris qui l'attaque dès que la situation dans laquelle il se trouve lui est insupportable.

    L'enfant bleu est un roman sur l'art mais il surtout sur une rencontre: celle de Véronique et d'Orion, celle du monde des "normaux", des "soignants" avec le peuple du désastre. Ces enfants et ces adultes incapables de faire face au monde et à la société dans laquelle ils sont supposés vivre. Ceux qui font peur, ceux qu'on rejette aux marges, à qui on essaie parfois de donner une place, si rarement adapté à ce qu'ils sont et ce qu'ils peuvent. Henri Bauchau donne une voix à ce peuple à travers Orion et ses crises terribles qui le poussent à détruire parce que le monde est trop angoissant, trop incompréhensible. C'est un personnage tragique: à la fois insupportable, terrifiant, poignant. Il sait qu'il est malade, différent des autres et incapable d'affronter cette différence parce que personne n'est présent pour l'aider à le faire tout simplement parce que personne ne sait comment faire, comment l'épauler pour qu'il vive enfin. Et puis il y a Véronique au parcours chaotique, Véronique qui se débat dans une vie compliquée et qui s'attache à Orion, d'abord son patient puis tellement plus que ça. On les suit tous les deux sur le long chemin qu'ils empruntent, fait de progrès, de régressions, de doutes, d'angoisses, mais qui mène vers l'espoir d'une vie rendue meilleure. Et quand Orion passe enfin du "On ne sait pas" au Je, on ressent la joie et la peine de Véronique. J'ai aimé ce personnage, à la fois immensément fragile et suffisamment fort pour se battre contre la grisaille du quotidien, la peur, pour trouver la beauté dans les petits événements, dans les poèmes qu'elle parvient de nouveau à écrire grâce ou à cause d'Orion qui la confronte à un nouveau rapport au monde, dans la musique de Vasco, son homme, qui se trouve lui aussi au fil des pages. A chaque personnage son art et sa manière d'affronter le monde pour parvenir au coeur de lui-même et à l'équilibre. J'ai aimé ces parcours de vie, même si parfois Vasco ou Véronique m'ont agaçé, même si le petit monde des artistes a quelque chose d'un microcosme parfois verbeux et égocentré. Parce que finalement, avec leur art, ils réenchantent un monde routinier, dévoreur, dont la grisaille et les failles avalent le bonheur d'être et jusqu'à la souffrance. L'art est à la fois don, fardeau et catharsis qui permet de s'ouvrir au monde et aux autres.

    On sent au fil des pages l'expérience d'Henri Bauchau, devenu, un peu comme Véronique psychanalyste au bout d'un long chemin. C'est sans doute grâce à cette expérience qu'il parvient à rendre Orion si vivant, si crédible dans cette parole lourde de souffrance et naîve, inventive et violente, chambardifiée. C'est aussi par cette expérience qu'il fait découvrir ce que peut être le dialogue du psychanalyse et de son patient, ses dangers, l'espoir non pas de guérir les blessures, mais de parvenir à vivre avec et à en faire une part de soi qui participe du bonheur. C'est fascinant et passionnant. Et c'est beau. Parce que Henri Bauchau sait décrire l'art, sa puissance, son expressivité, la brûlure qu'il représente, la peur qu'il provoque chez ceux qui portent une oeuvre en eux, l'incompréhension ou la passion de ceux qui voient, entendent ou touchent. Parce qu'il sait aussi, aimer ses personnages, les faire s'aimer et nous les faire aimer.

    9782742789894FS.gifDéluge est le miroir de L'enfant bleu. Il y avait Orion, il y a Florian, le peintre fou et pyromane dont l'habitude de brûler ses oeuvres répond à cet acte accomplit par Orion et auquel on pense forcément. Florian, c'est un peu Orion, un Orion qui aurait vieilli, dont l'art aurait connu succès et reconnaissance, qui rencontrerait sur sa route une jeune femme à sauver comme lui avait été sauvé par une femme, celle qui avait su l'écouter et l'amener à trouver dans la peinture un exutoire. Cette jeune femme c'est Florence, qui a abandonné une carrière universitaire prometteuse pour partir se soigner, et surtout se trouver et se construire elle qui n'avait fait que suivre le chemin tracé par sa mère vers le succès et la reconnaissance sociale. C'est sur les docks d'un port du Sud de la France que leurs chemins vont se croiser et s'entremêler sans qu'on sache bien qui soutient qui dans cette collaboration qui les ménera tous les deux et leur entourage avec eux vers la grande oeuvre de Florian.

    On retrouve dans Déluge les thèmes de L'enfant bleu, l'écriture sèche et concise qui parvient si bien à emporter le lecteur dans l'intensité d'un récit qui atteint le coeur de l'humain. C'est de folie qu'il s'agit, de la folie du monde, de celle d'individus dont le combat quotidien est de vivre dans ce monde dont ils sont exclus par leur différences, ou dans lequel ils ne parviennent plus à respirer. Henry Bauchau raconte une nouvelle fois la rencontre de ceux qui sont cassés, l'amour qui les lie et les sauve, l'art qui leur permet de jeter à la face du monde leur souffrance, de la mettre en image, qui guérit parce qu'il panse les blessures de l'âme. On plonge profondément dans la psyché des personnages et c'est en même temps pudique. Plus encore que dans L'enfant bleu, Henry Bauchau va au coeur de l'acte même de la création, de la force avec laquel il s'impose à l'individu. On voit Florian et Florence se perdre, se retrouver au gré des scènes de cet immense tableau qu'ils peignent, on voit comment chacun influence l'autre, comment l'attraction qu'exerce Florian fait naître une petite communauté soudée, magnifique de gens perdus et aimants qui trouvent avec les autres l'équilibre qui manquait à leur vie.

    Pour moi, ces deux romans se répondent, et affirment, chacun avec sa voix, l'importance de l'art dans une vie d'homme, sa force et le pouvoir qu'il a de construire, d'étayer une existence, comme de la détruire. Henry Bauchau dit tout cela avec un talent qui ne se dément jamais et un ton unique qui fait oublier très vite les quelques défauts qu'on pourrait trouver à ses oeuvres, les petits agaçements qui ne manquent pas face à des personnages qui ont une telle présence. Surtout, surtout, Henry Bauchau donne corps et voix aux différents, aux pas-comme-les-autres avec un respect et un amour qui forcent l'admiration et font de ces deux romans, si ce n'est de son oeuvre, une ouverture sur le monde proprement indispensable.

    Erzébeth a accepté de faire billet commun! Pour Déluge, c'est par là!

    Bauchau, Henry, L'enfant bleu, Actes Sud, 2006, 442 p., 5/5

    Bauchau, Henry, Déluge, Actes Sud, 2010, 169 p., 5/5