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  • Shiro - David Spailier

    Libérée d'une traversée du désert éternelle d'une durée d'au moins un mois, Chiffonnette Chiffon, se jeta telle une vampirette n'ayant pas vu une coupinette depuis des lustres sur la pile instable gisant dans les recoins de son terrier, espérant y trouver de quoi sustenter sa faim dévorante.

    Las, dans la pile se trouvait prioritairement quelques lectures urgentes, voire urgentissimes. Délaissant donc à regret le shoot de fiction qu'elle appelait de ses voeux, Chiffonnette attrapa la première des urgences en question. Laquelle se révéla tellement mauvaise qu'elle en rata sa station de métro, consternée par tant de... Tant de... Tant de... Mon Dieu, je n'en trouve plus mes mots!

    Vérité vraie, chers amis, j'en ai raté ma station de métro. Entendons-nous bien, cela ne m'était jamais arrivé d'être consternée au point de lever le nez, de regarder d'un air hagard le panneau de la station avant de replonger le nez dans le paragraphe et de hurler de rage quelques minutes plus tard. C'est dire. Pourtant, pourtant, Shiro avait tout pour me plaire. Ce n'est pas la quatrième de couverture qui me l'avait dit puisqu'il n'y en a pas, mais que voulez-vous, le premier paragraphe m'a eue! J'ai ouvert un oeil, un deuxième, trouvant l'accroche ma foi plutôt percutante. Le problème, c'est que le reste n'a pas suivi.

    9782915517484FS.gifLe fond était pourtant intéressant: dans un monde dont on ne sait guère à quel point il est proche, deux enfants, Elliott et Daisy, enfermés depuis leur naissance dans des chambres hermétiques d'un centre sont l'objet d'expériences mystérieuses dirigées par le docteur Wilson Willard, ancien enfant du centre. Petit à petit, va se dessiner un univers qui a vu l'avénement d'une intelligence artificielle forte et d'où l'humain a disparu totalement. Un univers où la gigalopole de Tokyozaki s'élève vertigineusement et où les machines s'efforcent de recréer l'humain, de régresser de la perfection de la machine pensante aux émotions de chair, de sang et de pensée. Eliott et Daisy sont deux expériences prometteuses. Deux expériences qui vont peu à peu devenir des grains de sable vite broyés par l'univers dans lequel ils évoluent. Il y a beaucoup de choses de Shiro, et notamment une réflexion passionnante sur ce qu'est l'humain à travers trois personnages qui ne sont plus tout à fait des machines, mais pas encore des êtres humains et qui vont se heurter aux murs d'une identité qu'on ne leur laisse pas découvrir. L'humanité, Elliott, Daisy et même leur démiurge, ne la connaissent que par les vestiges d'émissions de télévision et de films. Il la découvre aussi dans les doutes, les colères, la volonté de liberté ou la peur qu'ils ressentent, l'anoisse qu'ils cherchent, chacun à leur manière de calmer. Il s'y heurtent faute de pouvoir l'exprimer dans un monde où, si l'on cherche à revenir à l'organique, la logique stricte et froide du langage binaire est incapable de comprendre et de ne pas perçevoir comme une menace la différence qu'ils représentent. David Spailier raconte ainsi l'histoire de trois freaks dans un monde de machine qui les rejette. J'ai aimé l'idée de ce point de vue inversé: au lieu de machines évoluant dans un monde d'humains, ce sont des presque humains qui évoluent dans un monde de machine. Une autre manière d'envisager la matrice remise au goût du jour il y a quelques années.

    Mais ce fond, pour dense et riche qu'il soit est déservi à mon sens par un style que j'ai trouvé prétentieux qui m'a crispée de la deuxième à la dernière page: des métaphores récurrentes lourdes, un style incisif qui sonne ampoulé, une manie de faire suivre toute mention de couleur par l'équivalent en version nuancier numérique (merci, on avait compris, monde de machine, etc, etc.) une tendance exaspérante à commencer une phrase en anglais pour la terminer en français et inversement, une manière de faire parler Elliott et Daisy qui ne sonnait jamais juste... J'en passe. Mon appréhension du récit va dans le même sens. Passer d'un personnage à un autre de chapitre en chapitre, soit, j'y suis habituée, mais j'ai eu un sentiment grandissant d'ennui à suivre des non événements qui se suivent et s'enchaînent, les plaintes, atermoiements et révoltes des trois principaux protagonistes ne suffisant certes pas à éveiller plus avant mon intérêt. Il est vrai que l'intérêt n'est pas temps événements et actions que la manière dont la réflexion des personnages évolue d'interactions en interactions. Mais si ce brave docteur Wilson Willard semble devoir jouer le rôle du "poète maudit" enfermé dans un rôle dont il ne peut sortir et qu'il maudit, son comportement de dandy affecté devient très vite insupportable. Sans parler des deux enfants qui enfermés dans des chambres avec pour seule compagnie et éducateur une télévision se mettent à philosopher sur le sens de la vie. Je veux bien que tout ce petit monde soit des robots très perfectionnés, mais le procédé était un brin "trop" pour moi.

    Bref, une rencontre ratée et bien ratée. Je ne suis sans doute pas pourvue des bons circuits pour apprécier...

    Spailier, David, Shiro, Editions Imho, 2010, 2/5

  • Chien du heaume - Justine Niogret

    Cuné m'ayant très justement fait remarquer que nous étions déjà le 16 et que j'avais annoncé mon retour dans le monde merveilleux de la blogosphère pour le 15, je me suis jetée, toute contrite, sur mon clavier, atterrée de ne pas avoir entendu les avertissements de ma montre de gousset et la petite voix sur mon épaule me susurrant: "Mais par mes moustaches, tu es en r'tard!". Et me demandant au passage si j'allais encore savoir écrire un billet. Suspense. Angoisse intense. Sueurs froides. Tremblements convulsifs. Mon Dieu mais de quoi vais-je bien pouvoir parler? Du roman que tu as terminé ce midi patate! Ah, oui, c'est vrai, un roman. C'est que j'avais perdu l'habitude de ces petites choses là moi! Bon, roman sous le coude, check, clavier opérationnel, manifestement puisque je suis en train de taper des idioties, porte-clé muffin, accroché au porte-clé, le Doctor, à son poste, couinement,... Mais je m'égare. Quoi que le roman dont je vais bien finir par vous parler mérite quelques petits couinements. Parce que raconter comme ça le Moyen-Âge, j'affirme que cela mérite un, voire deux couinements. Là. Ca, c'est dit! Comment ça ce n'est pas suffisant? Ah bon? Bon, alors place à Chien du Heaume!

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    Chien du Heaume, c'est le nom qu'a gagné la mercenaire sans nom au fil de ses combats. Un nom qui ne remplace pas celui dont elle ne se souvient pas, celui qu'elle a perdu en suivant sur la route son père, celui qu'elle cherche désespérement pour enfin retrouver une identité, une existence, pourquoi pas une famille qui se souviendra d'elle après sa mort. Mais si la quête d'un nom n'est pas si facile, elle peut amener aussi amener à des rencontres qui changent une vie. Comme celle du chevalier Sanglier en son castel de Broe, celle de Regehir le forgeron, celle d'Iynge, et celle de Noalle la cruelle.

    Une légende, de celles qu'on raconte au coin du feu un soir d'hiver. C'est un peu ce à quoi fait penser l'histoire pleine de sang et de douleur qui est celle de Chien. Parce qu'il y a ce Moyen-Âge froid et violent, brûlant des passions humaines, un monde en transition qui voit les derniers mystères s'effacer devant le Dieu chrétien. Parce qu'il y a la voix du conteur aussi qui parfois se fait entendre. Parce qu'il y a, comme dans les légendes, des combats, des souffrances, de folles amours. C'est peu de dire que j'ai aimé cette très belle histoire. D'abord pour ses personnages en fait. Chien la première, laide, ronde, experte dans le maniement de cette hache qui ne l'a jamais quittée depuis la mort de son père. A la fois mercenaire sans foi ni loi et capable du plus grand dévouement et du plus grand amour, souffrant de son identité perdue et prête à tout pour retrouver son nom et ses racines. Derrière elle Bruec, le chevalier Sanglier et son ost, Regehir le forgeron, un peu conteur, un peu menteur, virtuose du métal, Iyinge le beau, trop tendre pour le métier des armes, et les autres: Bréhyr le faucon incarnée en femme, Noalle et ses yeux verts et trompeurs, La Salamandre et les mystères que cache son armure.Tous trop complexes pour jamais devenir des héros. J'ai aimé découvrir leurs failles, leurs secrets, leurs souffrances cachées, j'ai aimé les voir grandir peu à peu, et mourir parfois. J'ai aimé leurs relations d'amour, d'amitié, de loyauté ou de haine, le tout étant mêlé parfois.

    A travers eux, on plonge dans un Moyen-Âge saisissant, une atmosphère de brumes, d'hivers glacés, d'étés brûlants qui happe. C'est à la fois intensément poétique, crûment réaliste, d'une grande justesse jusque dans la langue, travaillé avec juste ce qu'il faut de ce qui sonne à nos oreilles comme des archaïsmes pour sonner vrai sans alourdir le récit. Il est vrai que ce récit pêche un peu par moment: un peu trop long par ci, un peu trop rapide par là,, une chute un brin décevante. Mais toujours cette ambiance fabuleuse qui fait tout oublié et me donnait envie de retrouver Chien et les autres et de ne plus les laisser aller.

    Et puis dans Chien du Heaume, il y a aussi cette vision d'une femme guerrière loin des clichés du genre, une femme forte, poignante dans ses faiblesses, et sa confrontation avec une autre, tellement différente, annonciatrice d'un monde qui change, d'une religion qui va faire des dames des êtres qui ne trouveront le salut que dans la ruse et la foi. Il y a cette vision d'un monde mourant et les mots poignants d'un homme qui sent son monde s'évanouir. Il y a ces souvenirs égrénés pendant une nuit de garde et les échos d'anciennes batailles. Il y a le souffle des pays lointains et des hommes, des êtres et des choses qui vont devenir la trame des contes et des légendes. Il y a ce nom qui s'échappe et la question lancinante de savoir si ce nom vous définit.

    Au point de se sentir un peu perdue à la dernière page.

    Merci Justine Niogret pour ce roman. Merci aussi pour ce lexique pour le moins décoiffant dont le souvenir me fait encore rire! A très vite j'espère!

    Et billet dédicacé au passage à Mo qui a, comme moi, des réactions couino-manique devant certaine période historique...


    Niogret, Justine, Chien du Heaume, Mnémos, 2009, 205 p., un lexique à ne pas manquer et un prix Imaginales fort mérité!