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  • La reine des lectrices

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    La Reine est prévisible. Parce qu'elle est la Reine et que ses devoirs et ses habitudes sont ancrées dans le terreau de ses longues années à la tête du royaume. Des hobbies? Elle n'en a pas. Parce qu'avoir un hobby est avoir une préférence et que la Reine n'a pas de préférence. Jusqu'au jour uù poursuivant ses abominables chiens, elle tombe dans la cour du château sur un bibliobus. Et dans le bibliobus, sur  le plongeur gay qui va devenir son conseiller de lecture personnel. Repartant par pure politesse avec un roman, la reine ne se doute pas qu'elle vient de mettre le doigt dans un engrenage qui va mettre sans dessus dessous la cour et le pays.

     

    La reine des lectrices est un roman pour les amoureux de lecture. Une petite oeuvre légère et drôle qui s'avale en une heure ou deux le sourire aux lèvres. C'est qu'elle est attachante cette reine qui découvre sur le tard le pouvoir enchanteur de la littérature, qui explore sans idée préconçue le gigantesque  continent romanesque, qui gribouille ses notes et ses envies dans autant de petits carnets, que l'on retrouve au détour d'un couloir le nez dans un roman et qui poursuit ses petits enfants et son premier ministre avec les oeuvres qu'elle veut leur faire lire! Armée de ses romans, elle devient une délicieuse grand-mère indigne qui fait tourner son conseiller en bourrique et boude quand elle n'a rien à lire sous la main. La manière dont elle détourne le protocole et ses obligations donne lieu à des scènes savoureuses. Les personnages sont campés en deux coups de stylo plume mais se meuvent dans les ors de Buckingham palace avec brio.

    C'est aussi une joie réflexion sur la lecture, l'écriture et la manière dont on devient lecteur, souvent un peu par hasard, parfois même sans y penser. Et que de pistes de lecture dans tout ça! Ma LAL m'a démangé! Pensez donc: Nancy Mitford, Sylvia Plath, Ian McEwan, Jane Austen, Proust, Dickens, George Eliot, ....

    Ce n'est sans doute pas le roman du siècle, mais c'est un bon moment à passer en compagnie d'une héroïne qui ressemble furieusement à tous les passionnés de lecture en ce bas monde!

     

    L'avis d'Emeraude, de Cathulu, de Lune de pluie, de Cuné,  d'Amanda, Ys, Lou, ....

     

    Alan Bennett, La reine des lectrices, Denoël, 2009, 3/5

  • Zénith

    Le narrateur travaille dans un entrepôt, à l'expédition des colis. Une vie en demi-teintes marquée par les visites à sa mère et l'amitié qui le lie à un de ses collègues, Del Roulio, un passionné de montres. Un jour, celui-ci lui offre une montre, une Zénith toute simple, au fond de laquelle est gravé:  «Témoignage de reconnaissance Grande Bacnure - À M. Louis Cabolet - Juin 1949.»

    Il ne se doute pas alors que cette montre va l'amener à remonter le fil d'histoires familiales marquées par le secret et la souffrance, dont la sienne.

     Zénith est un roman d'initiation doux-amer qui explore avec une certaine force les thèmes de la paternité, de la transmission et du souvenir, mais aussi de la découverte de soi. De chapitres en chapitres, on suit le cheminement mental du narrateur, sa curiosité qui s'éveille devant le mystère de Louis Cabolet., l'obsession qui l'étreint. Ce qui commence comme une interrogation amusée sur l'identité de cet homme dont la montre est parvenue jusqu'à lui devient rapidement l'occasion pour lui de s'interroger sur la mort et sur le souvenir. Parce qu'une montre gravée comme l'est la Zénith est un objet de famille, un de ceux qui passe de père en fils ou de père en fille, un objet intime qui a marqué l'écoulement d'une vie et qui la résume en quelque sorte. Et que pour Louis Cabolet, la chaîne a été rompue.

    Le narrateur va chercher à renouer le fil du souvenir. Son enquête va le mener au coeur de la communauté des amateurs de montre, puis en Belgique dans une ancienne ville minière, et finalement, sur les traces de sa propre histoire. Chaque rencontre, chaque étape franchie le ramène à son enfance, à son adolescence et au suicide de son père, aux prémisses de sa vie d'adulte avec cet échec amoureux qui a conditionné sa vie. Petit à petit, il va apprendre à faire face à ses démons intimes. Zénith, c'est finalement l'histoire d'un tout petit objet qui change une vie. L'histoire de Louis Cabolet va faire émerger une histoire familiale marquée par le secret, et renouer les fils d'un lien père-fils qui a été brisé par le suicide du père. Symboliquement, c'est avec une autre montre que se clôt l'histoire, une montre qui rattache enfin le narrateur au passé qu'il fuyait et lui permet de regarder enfin vers l'avenir. En soldant les comptes de sa propre filiation, il peut enfin s'autoriser de désirer une vie de famille et un enfant.

    De manière assez tendre, Zénith montre aussi de quelle manière nous reproduisons les schémas de l'histoire familiale, quand bien même ils sont restés de nombreuses années sous le sceau du secret. Il montre aussi à quel point nous connaissons peu ceux qui nous ont donné la vie et de toute manière, ceux que nous aimons et pensons connaître. Et comment l'ignorance de cette méconnaissance creuse les fossés de l'incompréhension et de la peur. La découverte progressive que fait le narrateur de son entourage, mais aussi les personnes qu'il va rencontrer au fil de son enquête donne une galerie de personnages complexes et attachants dans leurs failles et leurs faiblesses, celui du narrateur, écrivain en devenir, n'étant pas la moins fascinante..

      

     Le site de Jean Grégor.

     

    Jean Grégor, Zénith, Mercure de France, 2009, 3.5/5