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  • Chasseur de livre

     

    Imaginez un monde où les crimes commis contre les livres sont l’objet des enquêtes d’une section spéciale, où les technologies les plus pointues sont mises en œuvre pour comprendre, retrouver les coupables et le cas échéant, les punir. C’est le monde de l’agent Bay et de son équipe. Le monde du chasseur de livre.

     

    Voilà une bande dessinée qui commence sur les chapeaux de roues ! Une équipe casquée et armée intervient chez le voleur des 8 exemplaires du « Lobby chinois en Amérique » achetés et rachetés par la bibliothèque d’Oakland. Et ce n’est pas fini. Quelqu’un a volé l’exemplaire de la Bible Caxton conservé à la bibliothèque d’Oakland, un manuscrit qui doit retourner à la bibliothèque du Congrès dans quelques jours.

    C’est le prétexte à une enquête digne d’un croisement entre Les experts, NCIS et les aventures de Thursday Next ! Analyses ADN, tours de passe-passe avec des coffres-forts, combats épiques où les tiroirs des meubles à fiches deviennent autant d’armes, courses-poursuites haletantes en chariots ou en bibliobus tout y est ! Avec en plus des informations complexes et passionnantes sur la reliure, le fonctionnement d’une grande bibliothèque, les systèmes informatiques et le jargon bibliothéconomique des années 70!! Ce qui a provoqué chez moi une franche rigolade et une certaine dose de perplexité à constater que malgré tout, je m’y perds encore !!

    Servi par un dessin tout en rondeurs et dans des teintes de marron qui changent du noir et gris habituel, cette enquête rocambolesque est un pur moment de plaisir qu’il n’y a aucune raison de bouder !

     

    L’album va maintenant rejoindre les étagères de ma bibliothèque ! Merci à Frédéric Cambourakis, l’éditeur qui a été assez gentil pour faire don d’un exemplaire de Bookhunter pour mon plus grand plaisir, et je l’espère, le plus grand plaisir des lecteurs qui viendront traîner dans nos rayonnages !

     

     

     

     Jason Shiga, Bookhunter, Cambourakis, 2008, 147 p.

  • La route

     


    Un père et un fils sur une route qui file vers la mer. Un monde en cendre.

     

    Je n’ai pas lu d’autres romans de Cormac McCarthy avant celui-ci. Je dois donc croire sur parole ceux qui affirment que son écriture s’est épurée, réduite à l’essentielle. Pour moi, ce style est un constat et un choc. Oui, La route est un roman de l’épure. Mais sous l’épure, il y a une immense richesse de sens.

    Cormac McCarthy écrit le voyage sans fin et terrifiant d’un homme et de son fils sur les routes d’un monde détruit, brûlé où n’ont survécus que quelques êtres humains bien vite retombés dans la barbarie. C’est la condition humaine dans son acceptation la plus minimale, la plus froide que dépeint l’auteur. Quid de la catastrophe en elle-même, de ce qui l’a provoquée, de son déroulement, de ses conséquences autres que la fin de toute  civilisation. Ce n’est pas ce qui est important. Ce qui l’est, c’est ce que devient l’homme quand sa seule préoccupation est de trouver de quoi se nourrir, se couvrir et un lieu pour s’abriter du froid et du danger. Et cette question en filigrane de la lecture : pourquoi faire le choix de continuer à vivre quand le monde est mort ? Aurions-nous la force de continuer comme ce père, prêt à tout pour que son enfant respire encore ? Cette force incroyable d’un survivant face à une nouvelle génération qui n’a pas connu le monde qu’il lui raconte parfois la nuit tombée dans le noir, ou le jour cendreux sur la route, en utilisant des mots qui ont perdu leur sens avec la mort de ce qu’ils décrivaient.

     

    L’homme et son fils font le choix de continuer à vivre en maintenant une certaine éthique. Ils sont les gentils, face aux méchants. Des méchants dont on voit se dessiner les pratiques au fil de la route : sacrifices humains, exécutions sommaires, cannibalisme, esclavage, tortures. En fait des hommes et des femmes qui choisissent la survie immédiate, individuelle à la possibilité de la survie en groupe, seule susceptible de permettre une véritable renaissance de l’humanité. Oubliant toute solidarité et prêts à tout pour satisfaire leurs besoins et leurs envie, même au pire.

    Bien sûr il y a de scènes à la limite de l’insoutenable dans ce roman. Mais le plus terrifiant n’est pas la violence qui amène à cet insoutenable, Le plus terrifiant est de constater que la civilisation, le vivre ensemble, la culture, rien ne tient face à la nature humaine, et que la frontière est tenue entre le prédateur et l’homme. Et on se demande au fil de la lecture pourquoi on n’abandonne pas, pourquoi on continue malgré ce nœud au ventre, cette douleur de suivre le cheminement de ces deux êtres perdus. Mais on ne peut pas les laisser seuls. La volonté de savoir ce qu’il advient d’eux est finalement la plus forte.

    Ceci dit, je me demande maintenant, a posteriori si ce n’était pas plutôt l’envie de savoir s’il n’existait pas, au bout de la route un espoir, un mince espoir pour l’humanité.

    Y-a-t-il la possibilité d’une renaissance ? La route est une sorte d’apocalypse profane. Je n’invente rien en écrivant cela.  Je ne vais pas citer et analyser les références bibliques dont fourmille le récit. D’autres l’ont fait bien mieux que moi. Mais il est vrai que l’on retrouve les motifs bibliques de l’apocalypse dans ce roman. L’enfant et le porteur de flamme, l’espoir, celui qui persiste, envers et contre tous, même son père à croire et à pratiquer une générosité, une entraide qui lui sont naturelles. Et qui porte l’amour aussi, ne serait-ce que celui de son père.

     

    Une lecture qui prend aux tripes.

    L'avis d'Amanda, celui du Bibliomane, de 
    Sylvie qui a son habitude (trèèèèès bonne habitude), donne une multitude de liens plus intéressants les uns que les autres! 

     

     
    Cormac McCarthy, La route, Ed. de l’Oliver, 2008, 245 p.

  • Rab de fraise et chocolat



     Où l'on retrouve Chanda et son amoureux entre Japon et Europe, parties de jambes en l'air et dédicaces.

     

    Après un premier tome que j'avais trouvé sympathique, le hasard a voulu que je mettes la main sur le deuxième. De l'intérêt de fréquenter des bibliothèques ailleurs que chez soi!

    Que dire de ce second tome... Autant le premier était centré sur l'aspect sexuel de la relation de l'héroïne avec son amoureux, autant le deuxième se décentre! Attention, il est toujours question de la bagatelle, aspect central de la relation qui lie nos deux tourtereaux! Mais le temps passant, les questions qui se posent changent. Il y a l'adaptation à la vie au Japon, la jalousie contre celles qui trouvent le beau dessinateur fort à leur goût et profitent des dédicaces pour flirter avec lui au grand dam de Chenda. Il y a l'angoisse que vingt ans de différence n'ait raison de leur amour, la peur de l'avenir.

    Le résultat donne un album plus tendre à défaut d'être plus calme! Avec toujours ce regard plein d'humour sur l'amour et le sexe, sans vulgarité aucune, ce qui est tout de même un challenge...

    Aurélia Aurita, Fraise et chocolat vol. 2

     

  • Des étoiles plein la cuisine




    Un jour de trop dans le monde sans pitié de la grande cuisine et Gaspard Coimbra, trois étoiles, le titre de meilleur chef du monde dans la poche plaque tout pour se retrouver en bout de course au cœur de la garrigue provençale. Une occasion de recommencer à vivre, et de rencontrer, enfin, le grand amour.

     

    Etoile est une jolie nouvelle. On suit avec attention la trajectoire de cet homme qui a perdu le sens de sa vie et de sa cuisine en trouvant la gloire, en épousant une femme riche et splendide et en cuisinant pour les plus grands et les plus riches. On le regarde sombrer avec inquiétude, et remonter la pente avec plaisir. Avec un plaisir d’autant plus grand et gourmand qu’en réapprenant à vivre, Gaspard retrouve le bonheur de cuisiner ! Dans la lumière et les odeurs foisonnantes de la Provence commence alors un ballet étourdissant de fruits, de légumes, d’herbes aromatiques et d’ingrédient sublimés en toute simplicité par un homme amoureux. Alors bien sûr, il y a les clichés de la chute et du renouveau au cœur de la nature, du coup de foudre, de l’huile d’olive et de la lavande. Mais ça se lit sans faim, comme on grignote une gourmandise, en terminant par le joli carnet d’aquarelle à la fin.

     

    Merci à Stéphanie pour ce prêt !

     

     

    Simonetta Greggio, Etoiles, Flammarion, 2006, 143 p.